Histoire et société > Textes fondamentaux
L'Amérique d'abord en Afrique, les premiers seront-ils les derniers ?
Nick Checker, le nouveau « Monsieur Afrique » du Département d'État, a dévoilé « L'Amérique d'abord en Afrique », une feuille de route censée résumer la stratégie de l'administration Trump pour le continent. Le slogan est percutant, mais le document sonne creux. Il reflète à la fois une prise de conscience tardive et une ambition démesurée, avec des objectifs désormais inatteignables.; Notez que ce que nous avions désigné comme le problème central de la tentative éperdue et dangereuse du monde unipolaire à savoir l'absence de stratégie commence à s'imposer à tous les analystes. Souvenez-vous de ce que je disais alors et pas seulement pour Trump: chercher à lutter pour une hégémonie en déclin avec des tactiques répétitives et régressives qui ont eu quelque pertinence à l'orée de ce mode de production capitaliste, voir dans l'Afrique et ses immenses ressources la sécurisation des chaînes d'approvisionnement par exemple, en essayant de tolérer les gouvernances et les moeurs est déjà un pas mais tout est gâché quand on continue à chercher un "changement de régime" s'il n'agit pas dans notre intérêt reste un positionnement tactique et il constitue le chemin le plus court de la défaite à chaque coup, qui vous met alors en plus mauvaise postures qu'auparavant même si on a détruit un maximum et alterné menaces, sanctions, blocus, bombardements avec des phases de négociation de marchands de tapis ou de biens immobiliers.
Publié par Danielle Bleitrach
le
Source : www.cese-m.eu
Nick Checker, le nouveau « Monsieur Afrique » du Département d'État, a dévoilé « L'Amérique d'abord en Afrique », une feuille de route censée résumer la stratégie de l'administration Trump pour le continent. Le slogan est percutant, mais le document sonne creux. Il reflète à la fois une prise de conscience tardive et une ambition démesurée, avec des objectifs désormais inatteignables.
par Leslie Varenne
Article original : https://iveris.eu/america-first-in-africa-les-derniers-seront-ils-les-premiers/
La fin de la morale, le retour à l'intérêt personnel
Depuis des décennies, la Chine investit massivement sur le continent africain. Pékin est son principal partenaire commercial. Croire aujourd'hui que les États-Unis peuvent inverser cette dynamique, la surmonter, voire la contenir, relève de la pure illusion. Parallèlement, d'autres acteurs ont également consolidé leur présence : la Russie, la Turquie, l'Inde et les pays du Golfe. Dans ce contexte, proclamer « L'Amérique d'abord en Afrique » s'apparente davantage à un plaidoyer qu'à une stratégie.
Néanmoins, ce texte marque une rupture significative, une rupture que ces concurrents du Sud global avaient, soit dit en passant, perçue depuis longtemps. Finies les leçons de morale, les discours d'État et autres théories du même genre. Washington adopte désormais une approche pragmatique et sereine. Nick Checker la résume ainsi : « Réussir en diplomatie, c'est rencontrer les pays sur leurs propres termes et respecter leurs différences culturelles, historiques et de gouvernance afin de promouvoir des priorités communes. Cette réalité implique que nous devons dialoguer avec les gouvernements tels qu'ils sont, et non tels que Washington voudrait qu'ils soient. » Sur ce point, du moins, les États-Unis ont bien compris le message de l'opinion publique africaine, qui ne souhaite plus de codes de conduite, mais de véritables partenaires. Mais le revers de la médaille est le suivant : « Nous nous engageons à respecter les choix de chacun, pourvu que les pays agissent dans notre intérêt. » Tant que Washington n'est pas contrarié, tout va bien…
L’aide en est un parfait exemple. Depuis 2025, dans le cadre de la stratégie mondiale de santé « L’Amérique d’abord », une vingtaine de pays africains ont signé des accords bilatéraux de santé avec Washington, incluant des clauses de cofinancement et de partage de données sanitaires. Ces accords prévoient notamment le transfert de données sanitaires et d’échantillons d’agents pathogènes. Officiellement conclus au nom de la sécurité sanitaire, ces accords profitent en réalité uniquement à l’industrie pharmaceutique américaine. L’exemple de la Zambie est révélateur. Le pays s’est vu proposer plus d’un milliard de dollars d’aide sur cinq ans, en échange d’un cofinancement important, d’un meilleur accès aux données sanitaires et d’une coopération accrue sur les ressources minérales. Rien de moins… Face à ces exigences exorbitantes, Lusaka a refusé de signer sous sa forme actuelle. L’aide apparaît ainsi pour ce qu’elle est : un moyen de pression dont plusieurs États commencent à contester les modalités.
Sécuriser les ressources : une stratégie délibérée
« Tout ce que nous faisons est guidé par la Stratégie de sécurité nationale 2025 », déclare Nick Checker. Cette affirmation est surprenante, car l’Afrique n’est reléguée qu’à quelques lignes en bas de ce document, ce qui démontre qu’elle est la dernière priorité de Washington.
En réalité, le programme « L’Amérique d’abord en Afrique » comble un manque. L’Afrique présente effectivement un intérêt pour les États-Unis. À ce titre, le document est explicite : il vise à « tirer parti des abondantes ressources naturelles de l’Afrique et de son potentiel économique latent pour sécuriser nos chaînes d’approvisionnement ».
Dans un article intitulé « Donald Trump et la question du tantale », l'auteur analyse la politique étrangère américaine à la lumière de la grave pénurie de minéraux stratégiques et de sa dépendance structurelle à l'égard de la Chine. Ces matériaux sont essentiels à la défense et à la réindustrialisation promue par Donald Trump depuis son premier mandat. Dans ce contexte, l'Afrique occupe une place centrale. Elle n'est pas simplement un marché ou un partenaire, mais un réservoir de matières premières indispensables à la compétitivité mondiale. La stratégie est donc claire : diversifier les approvisionnements en garantissant un accès direct aux ressources, quitte à redéfinir les relations diplomatiques.
Minéraux critiques, cobalt, cuivre, terres rares : Washington découvre que le continent est devenu indispensable dans la compétition industrielle mondiale. Mais il est trop tard ; la partie est déjà lancée. De nombreux acteurs se sont déjà positionnés, certains depuis des décennies. Les concessions minières ont été largement octroyées, notamment à des entreprises chinoises. Les États-Unis pénètrent dans un espace occupé où leur marge de manœuvre est réduite. Dans ces conditions, la politique « L’Amérique d’abord en Afrique » apparaît comme une tentative désespérée de regagner du terrain.
Un écran de fumée
Le reste de la feuille de route n'est qu'une façade. Cependant, la section la plus révélatrice est celle consacrée à la gestion des conflits. Le fossé entre les paroles et les actes est abyssal. Le document présente Donald Trump comme un « président de la paix » à la mi-mars, en pleine série d'attentats en Iran — une affirmation qui serait risible si la situation n'était pas si grave.
Le président américain est également présenté comme un négociateur exceptionnel, notamment grâce aux accords conclus par Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Là encore, le récit se heurte à la réalité, la paix promise restant hors de portée. Il en va de même pour le Soudan, où l'on parle d'efforts diplomatiques, alors que la guerre dure depuis trois ans sans perspective de résolution.
Concernant le Sahel, la déclaration est vague : « Notre dialogue avec le Niger, le Mali et le Burkina Faso, visant à rétablir les relations, cherche à partager les responsabilités et à promouvoir l’appropriation et la coopération régionale face au défi persistant que représentent les groupes terroristes transnationaux au Sahel. » On croirait presque lire un document de la Commission européenne ! Cela souligne l’ambiguïté stratégique de cette région. En revanche, la dernière phrase de cette section est on ne peut plus claire : « Cela signifie aussi tolérer l’instabilité là où les intérêts américains ne sont pas directement en jeu. » « Un cynisme revendiqué, peu diplomatique, mais franc… »
En résumé : l'Amérique d'abord en Afrique, ou comment arriver après tout le monde, sans stratégie, en espérant monter sur le podium.
