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Karl Marx et la monnaie par jean claude Delaunay (I)
Jean Claude Delaunay m'a proposé d'écrire la préface du livre de lui que va publier Delga sur la "monnaie". J'ai accepté sans hésitation parce que Jean Claude est un de ces esprits qui ont le don singulier de situer leurs recherches au cœur de l'actualité la plus brulante. C'est de lui dont vient la proposition phare de notre ouvrage collectif d'adhérer au BRICS.(1) Nous étions, lui et moi, je pense déjà convaincus de la nature de la crise globale économique : une crise liée à la baisse tendancielle du taux de profit tournant à la crise classique de surproduction et prenant avec les subprimes en 2008, un aspect financier qui conduit au Krach type année trente... Nous ne pouvions pas savoir qu'en 2026 l'impérialisme US et l'erratique Trump trouverait encore le moyen d'engendrer avec le blocage d'Ormuz une crise énergétique... Mais déjà nous mesurions que cette accumulation de crises allait au delà des purges habituelles du capitalisme même si elle tentait de recourir à la guerre comme cela était le cas dans les précédents conflits mondiaux.
Publié par Danielle Bleitrach
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Article original pour le blog
ELUCIDER LA NATURE DE L'IMPERIALISME CONTEMPORAIN
Mais revenons-en au dernier ouvrage de Jean Claude que je me propose de découvrir avec vous ce qui va m'aider à rédiger cette préface et à populariser cette réflexion. Revenons en à ce qui nous permettait en décembre 2024 de mesurer le caractère global de la crise du capitalisme avec l'effondrement de l'impérialisme, d'affirmer que le mode de production dominant devaient céder la place et que cela passait par cette phase multipolaire, cette transformation de l'ordre international . Ce qui serait déjà très compliquée si tout le monde était d'accord mais le fait est que la principale puissance du monde, les USA non seulement n'est pas d'accord mais se bat bec et ongle pour l'empêcher, allume des feux partout en brulant derrière lui tout ce qui vit... Un tel effondrement a lors un aspect disons anthropologique qui est au coeur du dernier livre dont Jean Claude Delaunay m'a proposé d'écrire la préface. Pourtant ce sera à travers une dimension particulière le rôle joué par la monnaie.
C'est là effectivement que je retrouve la capacité de Jean Claude de situer son questionnement théorique au coeur de l'actualité la plus brulante. Et c'est là dessus que nos démarches se rencontrent : Delga qui est l'éditeur sait que mes préfaces sont toujours une manière de lire la profondeur historique d'événements, de FAITS SOCIAUX, non comme une évolution, mais en partant de ce que l'actualité, l'urgence fait comprendre du passé. Comme le disait Marx c'est l'anatomie de l'homme qui explique celle du singe et non l'inverse. Ce qui est également la perspective de Jean Claude Delaunay. Donc j'ai accepté de préfacer ce petit manuscrit d'environ 200 pages en étant convaincue que la réflexion de Jean Claude me permettrait comme je l'ai fait pour le livre d'Alleg à propos de la décolonisation sous le capitalisme et le socialisme (2) et comme je l'ai fait pour l'année 1956 (3), pour les événements de Budapest d'éclairer par le présent et l'avenir ce que les événements du passé recèlent encore d'inconnu pour ceux qui les vivent.
Etant bien entendu, mais j'y reviendrai, que la dite actualité est aussi selon nous celle dans laquelle les enjeux sont le plus souvent masqués. Parce que nous avons l'illusion d'un savoir immédiat qui entretient les conformismes ceux de notre société dans lesquelles l'idéologie est toujours celle de la classe dominante. Et aujourd'hui plus que jamais cela se double d'une propagande qui prétend ne pas laisser le moindre espace à d'autres interprétations.
Dans son introduction, Jean Claude part d'un "bluff" intervenu le 27 juillet à Nashville dans le Tennessee, lors de la journée annuelle du bitcoïn, la première et la plus connue de toutes les crypto monnaies : Trump avait promis que les Etats-Unis deviendraient la capitale mondiale de la cryptomonnaie virtuelle et émise indépendamment de toute autorité bancaire mais "sécurisée' par le dépôt par les grands investisseurs privés et qui était destinée à relancer l'économie industrielle, ceci plus ou moins en réponse à la crise des subprimes, une monnaie non étatique qui s'est avéré vendre du vent en matière de ré-industrialisation et être l'instrument de spéculatio, puisque ce sont ceux qui ont crée la crise des subprimes qui ont la haute main dessus... La Chine populaire a depuis mise en oeuvre l'e-Yuan monnaie numérique également sécurisée mais émise et gérée par la Banque centrale.
Cet exemple dit déjà la problématique de cette élucidation de ce qu'est l'impérialisme et sur le rôle de la monnaie entre capitalisme laissée à la discrétion des banques et de la spéculation financière et le socialisme de marché dirigé par un parti communiste.
Mais derrière "la sécurité" que peut représenter une telle monnaie garantie par des capitaux et pas soumis à la capacité d'endettement de la puissance publique chacun mesure bien qu'il y a un questionnement sur l'effondrement potentiel du dollar avec la dette abyssale des USA et les risque que le Krach de la monnaie dans laquelle sont assurés la majeures partie de l'économie mondialisée fait peser sur la dite économie. Ce que l'on peut considérer c'est que depuis 2024, les menaces d'un tel effondrement se sont encore aggravées et que la position de la Chine comme facteur de stabilité s'est développé dans les BRICS et pas seulement.
C'est pourquoi Il faut insister sur l'actualité brulante de ce livre de Jean Claude parce que dans la confusion générale ce livre propose de construire des repères et en quoi la théorie marxiste conçue au XIX e siècle alors que tous les processus de la financiarisation étaient encore embryonnaires peut être pertinente? Il n'y a pas que la Chine communiste, il y la capacité de voir ce que d'autres paraissent ignorer en accumulant les conditions de leur propre écroulement et celui de l'humanité. L'impérialisme s'effondre sous les certitudes vaines de l'éternité de sa propre conception du monde. Ce n'est pas d'aujourd'hui que Jean Claude Delaunay s'inscrit en faux contre la propension de l'impérialisme contemporain à sous estimer ses adversaires. Il n'y a pas que le bluff spéculatif, il y a le mépris de l'adversaire, les masses exploités, les résistances, ce qu'il mettait en avant dans un article en citant Histoireetsociete: "À partir de considérations de cet ordre, je crois possible d’élucider la nature spécifique de l’impérialisme contemporain, lequel demeure, me semble-t-il, jusque parmi ses adversaires, sinon un inconnu, du moins un méconnu. Ce n’est pas la première fois que les puissants de ce monde, parce qu’ils croient être beaucoup plus forts économiquement, se trompent lourdement sur la capacité de leurs adversaires à leur résister. Quatre exemples manifestent le caractère inopérant de leur conception étroitement matérialiste et capitaliste de ce qu’est la force d’un peuple (même leur matérialisme étroit est biaisé !) : les Japonais, en 1937, croyaient ne faire qu’une bouchée de la Chine, ramassis de gueux plus pauvres encore que les Indiens de l’époque, mais les samouraïs n’eurent guère l’occasion de parader avec le sabre dont ils étaient si fiers pour éventrer leurs ennemis et leur couper la tête ; les colonialistes français pensaient ne faire qu’une bouchée de l’Indochine, autre ramassis de supposés subalternes, mais l’armée française, avec ses officiers de haut rang et son matériel américain, fut battue à Diên Biên Phu en 1954 ...(3)
Cet art d'atteindre une cible que souvent personne ne perçoit a ses génies politiques que l'on considère comme “visionnaires” alors qu'ils se contentent de percevoir ce qui est déjà là mais qui demeure caché sous les habitudes, le conformisme de la norme admise. Notons simplement le fait puisqu'il s'impose à notre lecture, mais chez les chercheurs, chez les intellectuels cet art d'atteindre une cible que souvent peu de gens perçoivent est d'autant plus étonnant qu'en général ce même type d'esprit parait s'intéresser à des questions théoriques abstraites et ne pas craindre une plongée dans les “origines” supposées d'un phénomène, ce dont le politique nous fait grâce (5). Il y a dit-on en gros, dit-on, deux modes d'esprit, celui qui perçoit ce que personne ne voit en s'identifiant aux masses, au collectif, se désincarnant dans cette action transformatrice, révolutionnaire et celui qu'inspire un désir de connaitre la "vérité" qui serait l'intellectuel toujours en concurrence avec ceux de sa catégorie et revendiquant la solitude. Ce n'est pas le sujet de cette préface que de réfléchir à ce que le marxisme a bouleversé de cette opposition, mais aussi la manière dont elle structure plus que jamais notre conception contemporaine avec la crise du socialisme réel. Nous sommes quelques uns à nous ingénier à tenter de dépasser ce contexte et cela donne justement ces formes d'esprit qui déploient des trésors d'érudition hors saison mais sont en même temps au coeur de l'actualité la plus brulante, celle que la démarche ordinaire ne perçoit plus y compris dans "les élites" politico-médiatiques.
Notons ce que je n'ai pas encore dit et qui est pourtant essentiel : à savoir que Jean Claude réside en Chine depuis des années et qu'à ce titre il a déjà produit des ouvrages essentiels; Nous avons un profil singulier celui d'une magnifique aventure entre la classe ouvrière, les peuples en lutte et la perspective multipolaire. (5)
Voici donc Jean Claude Delaunay en train de s'interroger sur ce que la théorie marxiste peut apporter à la compréhension de la monnaie et il part à ce propos dans des questions théoriques sur la monnaie est-elle une marchandise ou la relation entre la monnaie et le travail. retenez bien ce terme et là encore notez son actualité dans le débat public.
Je ne sais quand le lecteur de cette préface va me lire à son tour mais j'ai commencé la lecture du manuscrit de Jean Claude à la fin du mois de septembre 2026, c'est-à-dire alors qu'une mémorable assemblée de l'ONU avait subi l'intervention d'un Trump visant à créer ce que les Américains appellent un “october surprise” . Un terme classique de la politique interne des Etats-Unis qui désigne un événement majeur spontané mais le plus souvent orchestré survenant juste avant les élections de novembre, de mi-mandat, destiné à modifier radicalement les intentions de vote. Nous sommes là déjà devant une particularité du système démocratique à son stade d'épuisement qui veut qu'en période électorale se multiplient les tentatives de peser par des effets spectaculaires sur un vote ou il n'y a pas pourtant de véritable alternative révolutionnaire. En fait, il s'agissait d'un Trump empêtré dans le détroit d'Ormuz et qui cherchait un coup d'éclat et il hésitait visiblement entre anéantir l'Iran ou envahir Cuba.
Mais ce coup de bluff qui avait provoqué une bronca encore feutrée de la majorité de l'assemblée, en particulier des pays venus du sud contre le Conseil de sécurité et contre une ONU qui n'était que trop la chambre d'enregistrement de l'occident derrière son suzerain en mauvaise posture avait débouché sur un sommet entre le président Xi et celui des Etats-Unis. La presse aux ordres avait décidé qu'il ne s'y passerait rien comme si de la part de la Chine contraindre à la paix l'hégémon en état de furie était une mince affaire. Comment la Chine avait-elle réussi depuis le dernier sommet non seulement à forcer à une forme de coexistence pacifique d'une autre nature que celle de l'URSS khrouchtchévienne et plus encore gorbatchévienne ? Il y a bien d'autres questions que pose désormais chaque événements en particulier ceux de la récente crise énergétique.
Ces dernières années, l'Iran et la Chine ont abandonné le système d'échanges monétaires basé sur le dollar. Ils sont revenus au bon vieux troc : du pétrole d'un côté, tout ce que l'on veut de l'autre. Les sanctions et les restrictions financières ne sont pas à l'ordre du jour, et les affaires ont prospéré. Du moins, jusqu'au blocus naval. D'après une enquête de Reuters, l'Iran et la Chine ont canalisé ces dernières années entre 2 et 2,5 milliards de dollars d'échanges commerciaux via un systèpenunique, proche du troc . Concrètement, l'Iran fournit du pétrole et la Chine le paie en biens et investissements chinois, excluant ainsi le dollar et le système financier traditionnel de cet accord. Cet accord a permis à l'Iran d'obtenir des médicaments, des véhicules, du matériel de communication et d'autres produits chinois (y compris, semble-t-il, des biens à double usage pouvant être utilisés dans l'industrie militaire) sans que les fournisseurs chinois soient obligés de payer directement par l'intermédiaire de banques iraniennes.
Le cadre est posé et maintenant vous voici je l'espère en situation de mesurer l'importance de ce petit livre qui va nous initier à une réflexion sur la monnaie et les impérialisme en chute, comme l'impérialisme contemporain. Ma préface va déboucher sur une autre partie : à savoir la monnaie est-elle une marchandise ? Nous sommes en plein dans un fantôme, un fétiche là aussi il va falloir sans redoubler ce que dit le livre faire ressortir l'originalité de la démarche...
(1) Danielle Bleitrach, Marianne Dunlop, Jean Jullien et Franck Marsal : quand la France s'éveillera à la Chine, la longue marche vers un monde multipolaire. Préface de Fabien Roussel. Delga 25 avril 2025.
(2) Préface la nouvelle édition par Delga en septembre 2026 du livre d'Henri Alleg: étoile rouge et croissant vert.
3) Préface du livre à paraître sur le cahier noir des événements de Budapest en 1956; A paraitre en octobre 2026
(4)Des États-unis, du dollar, de la théorie de la monnaie et de l’impérialisme contemporain. Un point de vue marxiste Par Jean-Claude Delaunay Pages 3 à 37Date de mise en ligne : 27/05/2024 https://doi.org/10.3917/droit.077.0003
(5) citons en particulier Les trajectoires chinoises de modernisation et de développement de Jean-Claude Delaunay Delga. 3 septembre 2018 Rompre avec le capitalisme, construire le socialisme de Jean-Claude Delaunay. Delga 17 août 2020 qui ont joué un grand rôle dans la perception renouvelée que nous avons de la Chine.
(1) En fait l'exemple de Lénine est là pour démontrer que les grands politiques, ceux qui paraissent se désincarner littéralement dans une classe sociale, une nation, ne renoncent pas à ferrailler sur le plan théorique en 1908, quand Lénine écrit Matérialisme et empiriocriticisme il déclare "Nombre d'écrivains qui se réclament du marxisme ont entrepris parmi nous, cette année, une véritable campagne contre la philosophie marxiste. (...) En ce qui me concerne, je suis aussi un « chercheur » en philosophie. Plus précisément : je me suis donné pour tâche, dans ces notes, de rechercher où se sont égarés les gens qui nous offrent, sous couleur de marxisme, quelque chose d'incroyablement incohérent, confus et réactionnaire." A la veille de chaque prise de décision qui doivent entraîner la mise en mouvement des masses il a ce moment théorique face à l'incohérent, le confus voire les tentatives de manipulation et c'est ce qui caractérise les grands dirigeants politiques mais leur démarche reste d'Abord celle d'une mise en œuvre alors que l'intellectuel reste dans une démarche cognitive. Même s'il y a la fascination dans l'engagement du “laboratoire” et de la réalisation personnelle.
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