l me semble qu’on peut poser le problème – réel – différemment dit Franck en réagissant à l’article de Bhim Burtel qui est un Népalais. Il me semble que ce dernier n’a jamais dans son article imaginé une neutralité des forces productives ce qui est intéressant dans son article est qu’il remet en cause l’hypothèse d’un capitalisme autoritaire despotique comme issue en montrant qu’il est trop tard pour une telle « solution » qui serait celle de l’Inde justement à cause de ce que décrit Franck, les pseudos inventeurs qui ne sont que « les soutiers de la privatisation » . Ils jouissent d’énormes capitaux et de la triple puissance des USA, une armada force armée que l’on voit à l’oeuvre dans le Golfe, la monnaie « universelle » y compris avec le petrodollar et la presse d’entreprise qui diffuse par censure et occupation du champ le narratif impérialiste. Mais cette triple puissance se heurte à la réalité ne serait-ce que de la pompe à essence et il faut mesurer comment cette réalité apparaît au sud, là où il faut détricoter les effets du colonialisme. Sans leur imposer notre schéma a priori mais en mesurant en quoi ils peuvent s’étayer mutuellement, ce que le texte de Franck permet à l’inverse d’autres « contributions » qui s’en montrent incapables. (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

1) La technologie ne se développe pas de manière autonome, et elle n’est pas socialement neutre. La grande bourgeoisie dirige, en tant que classe dominante mondiale les choix sociaux et les choix technologiques sont des choix sociaux. L’histoire d’internet nous en offre une illustration probante. La grande bourgeoisie n’est pas pour grand chose dans l’apparition d’internet. C’est l’oeuvre de chercheurs, de bricoleurs et de militaires, cherchant des moyens de communiquer. Les télécommmunications étaient alors largement encore un monopole public. Des standards communs pour les communications, notamment internationales étaient la norme. Internet se développe d’abord autour de quelques protocoles standards ouverts et libres d’utilisation : http pour le web, ftp pour le transfert de fichier, mail pour les messages. Il en est de même pour les communications mobiles, avec l’invention du standard sms. Commencent à se développer des système de partages de fichiers, notamment musicaux. Le capital a livré une lutte sans merci pour prendre le contrôle de l’internet. Aujourd’hui, tout cela a été largement privatisé : les messages circulent via des applications privées qui sont devenues propriétaires de nos carnets d’adresse. Facebook, Instagram et autres ont privatisé notre image sociale. Les téléphones portables se sont transformés en capteurs géants qui attrapent toutes les données de notre vie et en font une marchandise. Les nouvelles sociétés créées sont devenues des mastodontes financiers, dont on met en évidence les dirigeants comme une nouvelle génération « d’inventeurs », alors qu’ils n’ont été que les soutiers de la privatisation, au services d’intérêts financiers qui existaient déjà et qui sont les réels propriétaires de ces sociétés. Les standards communs n’ont pas été supprimés, on en a fait ce qui a été fait à l’école publique aux USA : un système de secours non qualitatif et limité. Les mails sont pollués par les spam, les sms n’ont pas évolué techniquement et ne permettent pas – par exemple – de réelle communication de groupe … Il subsiste partout des militants de l’internet qui oeuvre à rétablir l’esprit public et non capitaliste d’internet en développant de nouvelles solutions (linux, mastodon, …) mais, faute de moyens financiers et politiques, ils sont marginalisés. Les monopoles – pour l’essentiels états-uniens – de l’internet mènent la danse et ont acquis non seulement un poids économique considérable, mais également un poids politique et même militaire considérable.
2) Contrairement aux apparences, l’économie « immatérielle » est très matérielle : elle consomme de l’énergie, des ressources, elle nécessite de lourdes infrastructures, une concentration mondiale de moyens de production. Apple emploie environ 165 000 personnes dans le monde. C’est peu. Mais Foxcon, un de ses principaux sous-traitants, celui qui fabrique réellement les téléphones, en emploie plus de 800 000, essentiellement en Chine. En septembre 2024, OpenAI, la société qui produit ChatGPT employait 3500 personnes. Nvidia, le concepteur des puces qu’utilise (notamment) massivement OpenAI pour « entraîner » son modèle en emploie 160 000. Et Nvidia ne réalise que la conception des puces, qui sont produites largement par des « fondeurs », comme TSMC, qui emploie plus de 90 000 salariés. L’intelligence « articielle » est elle aussi très humaine, c’est à dire incapable de fonctionner sans une armée d’humains qui l’entretient en permanence.
3) Comme l’expliquait Marx, le capitalisme dirige la technologie dans un sens unique : l’accroissement de l’exploitation. Cela se traduit par la dévalorisation du travail. La machine (dès ses débuts en réalité) standardise et divise le travail. Cela produit une masse de travail à faible valeur et une petite quantité de travail à haute valeur, ce qu’on appelait les « cols blancs » et les « cols bleus », mais qui prend d’autres dimensions aujourd’hui. La concentration du capital et la mondialisation ont conduit à une répartition mondiale de la production, une division mondiale du travail, selon les règles de l’exploitation capitaliste : Les pays dominant ont davantage de cols blancs (mais la situation de leurs ouvriers est non moins difficile, car ils sont en concurrence avec leurs collègues du bout du monde), les anciennes colonies et semi-colonies ont davantage de cols bleus. La population active mondiale est de l’ordre de plus de 3 milliard 500 millions de personnes. Je pense que l’effet immédiat de l’IA sera de transférer un grand nombre de travailleurs de la catégorie des postes à haut revenus vers celle des postes à bas revenus.
Mais tout cela à plusieurs limites :
L’article évoque la question de la consommation, c’est un fait. Le capitalisme peut connaître une crise de surproduction. Jusqu’ici, le capitalisme a connu plusieurs crises sévères de surproduction, notamment celle de 1929. Il s’en est sorti sur la période récente parce que, autour des pays capitalistes développés, il existait une grande masse de population encore non urbanisée, à faible niveau de consommation et à forte croissance démographique. C’est le ressort de la mondialisation des années 1980 – 2010. Donc, les consommateurs des pays développaient ont perdu en pouvoir d’achat, mais d’autres, en plus grand nombre, les ont remplacés. Cette source se tarit progressivement, mais elle continue à exister encore un peu.
La concentration de la richesse et la paupérisation des classes moyennes portent peu à peu les contradictions sociales à un niveau incandescent. C’est vrai à l’intérieur des pays capitalistes en général, mais c’est vrai aussi dans les rapports mondiaux entre le bloc impérialiste et l’ensemble des autres pays, qui aspirent désormais à une gouvernance et une répartition de la richesse basée sur la réalité des forces productives, actuellement plus au « sud » ou à « l’est », qu’au « nord » ou à « l’ouest ». C’est la cause profonde des guerres actuelles, qui opposent partout le bloc impérialiste et ses intérêts dominants à des pays qui n’en font pas partie et défendent leur souveraineté, la possibilité de leur développement autonome. Nous avons besoin d’une transition politique mondiale, d’une reprise du pouvoir par les producteurs, tant dans les rapports internationaux (que nous appelons le monde multipolaire) que dans les rapports sociaux au sein des nations (que nous appelons le socialisme).
Cette révolution des rapports sociaux permettra de remettre la technologie dans le bon sens : au service de l’émancipation, du développement, de la culture, de la civilisation et d’une nouvelle harmonie entre la civilisation humaine et la nature, entre les peuples et les nations, entre le travail et la vie.
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