Histoire et société3

Tant qu'il n'y a pas d'œuvre commune, il y aura toujours de l'intolérance

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Histoire et société > Culture

Fjord un film éprouvette sur l'impossibilité à vivre ensemble et l'énigme du devenir de nos enfants…

J'ai vu ce film avec un plaisir certain mais aussi une contribution à l'interrogation du moment sur la rencontre entre des mondes qui se présentent comme inconciliables et alors que j'ai envie de hurler à mes concitoyens français : il est obligatoire que vous vous compreniez et pas parce que vous êtes bons, civilisés, parce qu'à l'inverse de l'extrême-droite vous êtes des "progressistes" mais parce que vous ne pouvez pas faire autrement, c'est obligatoire et l'avenir que nous laissons à nos enfants nous place déjà ,dans un réalité dont nous devons reconnaitre les changements de "codes". Ceux qui feignent de "tolérer" sont parfois les pires et faire ensemble sans mettre en avant les idéologies est déjà là comme une issue. et il y a l'essentiel l'écriture du film qui elle aussi à la manière de la vie remet en cause les discours.

Publié par Danielle Bleitrach

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Article original pour le blog

Christian Mungiu, le réalisateur roumian, a accompli l'exploit d'avoir eu 2 fois la palme d'or à Cannes, la première fois en 2007, alors que l'institution était sous le coup de l'émotion de la victoire sur le communisme rétrograde. La deuxième fois cette année alors que tout est nettement plus confus.

Mais cette double palme d'or dit aussi la ruse du personnage qui s'est débrouillé de vendre à ce haut lieu festivalier de la bonne conscience bobo du cinéma par deux fois une Roumanie post-soviétique (la Roumanie a-t-elle été soviétique est une autre question mais elle est invendable). La Roumanie post-soviétique ne doit pas trop s'éloigner pour l'institution festivalière du stéréotype comme dans le tourisme : le bon sauvage face à la sophistication occidentale alors que moi j'en conserve le souvenir d'un haut niveau culturel comme dans la plupart des pays socialistes . Les Roumains ont très vite compris ce que le "marché" attendait d'eux et ils ont déjà réussi à nous vendre le faux charnier de Timisoara pour couvrir leur obéissance aux ordre de la CIA d'avoir à exécuter le couple de "dictateurs" baptisés à cause de ce "charnier" les Dracula des Carpathes. Cet art de la mise en scène leur a même donné une vedette imméritée par rapport au massacre bien réel au Panama; Tandis que le monde s'horrifiait du charnier mis en scène dans le silence général l'aviation uSA a accumulé les morts (on parle de 3000) dans l'opération "juste cause". Au Panama, la créature des Etats-Unis, Noriega jusqu'ici narcotrafiquant docile, s'était piqué d'indépendance dans l'exploitation du canal. Il y avait eu une opération un raid qui avait repris la main fomentée par Bush père agent de la CIA qui connaissait son boulot. Quelques cadavres sortis de la morgue d'un côté avaient fait plus de bruit que 3000 morts au panama. on ne pouvait qu'en concevoir du respect pour l'art de la mise en scène des Roumains quand ils cherchent et obtiennent les faveurs de l'occident.

Donc Christian Mungiu est un de ces rusés metteurs en scène, issu de pays du sud chez qui les velléités de communisme ont été réprimées dans le sang au nom de la démocratie et qui savent que le festival de Cannes est une annexe de l'usine à image qui invente le bon droit occidental à la manière des courtisans sociaux démocrates qui s'indignent sans mettre en cause leur financements... Ces metteurs en scène qui sont issus d'un monde très cultivé viennent avec pas mal de métier vendre l'image arriérée des sociétés post communistes à un public occidental qui n'aime pas être dérangé dans sa zone de confort. Il faut conserver dans le sillage des images le fait que L'occident est progressiste, évolué et les sociétés ex-communistes (quel que soit leur désengagement dans le projet soviétique et leur compromis avec l'occident) sont des ploucs arriérés aux mœurs rétrogrades et obscurantistes.

Oui mais que voulez-vous le conformisme a des limites et le metteur en scène retourne le propos contre la généreuse terre d'accueil en contrebande comme il l'a appris des plus grands.

c'est le cas avec ce film intitulé Fjord. Le truc de Mungiu c'est l'énigme des tensions culturelles, le refus apparent de prendre partie et son écriture faite de grands plans séquences est totalement adaptée au propos apparent sur la difficulté de vivre ensemble et de ce qu'avec ce que nous sommes les uns et les autres nous prétendons faire de nos enfants. Ces plans séquences le plus souvent fixes sont aussi coupés de travellings qui disent un au-delà inconnu, un mystère, l'ensemble en devient un champ de bataille, une guerre de tranchée de certitudes conflictuelles qui débouchent sur l'inconnu. Cette écriture fait du film quelque chose de plus que son propos et c'est là que le cinéma devient précieux quand il sa au-delà de l'illégitimité totale de nos idéologies du meilleur des mondes possibles et là il se montre convainquant, sacrément convaincant … Une direction d'acteur impressionnante dans laquelle les acteurs sont bridés comme l'exige la situation mais aussi sont toujours sous tension , une tension libérée par la sauvagerie latente des enfants objets de tous les interdits.

pour cela on va choisir un huis clos, un Fjord d'une grande beauté ce qui ne gâche rien, mais aussi un cul de sac, le bout du monde. Les créatures observées ne peuvent s'échapper. Imaginez une famille de roumains, le père et la mère et les cinq enfants, appartenant à un secte évangélique débarquent dans ce bout du monde lui même la proie de doutes existentiels mais la quintessence de la social démocratie et ses valeurs d'ouverture, une béance effectivement. Les interdits ne sont pas moins présents : ils ont été codifiés, institutionnalisés, au point que chacun est devenu l'élément d'un rouage et les voisins dans le Fjord sont également juges, avocats, pasteurs, enseignants et surtout de redoutables agents de "la protection de l'enfance". La social démocratie laïque progressiste contre un catholicisme de la punition, du repentir et de la prière. Accusée de "maltraitance" sans preuve la famille roumaine se trouve prise dans les rets de l'institution impitoyable de la protection de l'enfance et la lieu clos du Fjord enferme un autre lieu clos celui du procès de la famille.

Avouons que l'on ne s'ennuie pas, chaque mot, chaque geste rend le suspens plus serré, la manière dont il se referme autour de la famille, le père surtout est inexorable comme le bruit d'une horloge avec apparemment un maximum de bonne volonté pour atténuer les tensions, pour masquer ce qui divise , la protestation en devient incongrue. Et cela culmine dans le procès.

Qui n'aime pas les procès dans les films? Une mise à distance des protagonistes qui rapidement arrive à l'essentiel : le trompe l'œil de l'accusation et ce qui est réellement l'objet de l'accusation qui en devient illégitime et dans ce procès les choses vont si loin que les salauds sont les "progressistes" . Le malaise de la critique a été palpable face à ce traitement comme si Christian Mungiu avait été trop loin et tel le Méphistophélès de la littérature allemande et viennoise il nous contraignait à un pacte réactionnaire dans lequel nous ne voulions pas reconnaitre notre réalité profonde. C'est notre accueil des migrants, l'aumone faite et la contrainte de renoncer à ce qu'ils sont, ce qu'ils croient, leurs enfants enlevés à leurs principes au nom d'un progrès qui n'est pas le leur ni dans les faits, ni dans la morale.

Le procès lieu clos du retournement de l'accusation est lui aussi pris en otage par une foule militante conservatrice qui vient dénoncer l'immoralité des "progressistes "Et là l'avocate elle-même rencontre les limites de sa plaidoirie. Deux monde inconciliable dont on ne peut être que soulagé qu'ils s'éloignent les uns des autres. Et qui dit clairement ce qui a provoqué un scandale, votre monde est celui de la solitude totale et de l'ennui dans lequel pour exister l'adolescent s'automutile et le vieillard ne se nourrit plus.

Sauf et c'est là une des principales réussites du film la manière dont l'interprétation s'arrête face aux enfants, quelles conséquences sur eux de ces éducations caricaturales, cette hostilité qu'ils ne peuvent partager les enfants objets du procès sont eux mêmes la principale énigme, ils parlent très peu et toujours en décalage avec ce que l'on attend d'eux. Encore que l'on se rend compte que les enfants forts et capable d'affronter un monde aussi pavé de bonnes intentions et aussi invivable sont ceux de la famille roumaine… Et le dernier message que la jeune fille roumaine envoie à son amie norvégienne (sont-elles amoureuses l'une de l'autre? ) est de faire attention à elle comme si le fjord s'était avéré toxique.

Bien sur il y a dans le dialogue cinématographique sous l'égide de l'institution festivalière toute la mauvaise foi occidentale, les crédits pour la mise en scène, la diffusion, la critique, tout l'appareil contrôlé par l'occident mais il y a aussi cette invite 'faites attention à vous, vous n'êtes pas préparés au monde tel qu'il est", c'est unes sorte de pitié amicale que j'ai si souvent rencontré chez ceux qui ne demandaient pas mieux que de devenir mes amis dans mes voyages et qui correspond bien à ce que j'éprouve d'inquiétude, de fou rire et de désespoir devant ce que devient ma société française, ces moments où face à un peuple qui vaut mieux que ce à quoi on l'invite on doit subir des idéologies alternatives caricaturales et où on est soulagé de constater une attention bienveillante pour soulager la peine et calmer les effrois.

danielle Bleitrach

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