Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Fidel : Je crois en l’extraterritorialité de l’honneur et de la dignité humaine.

Voici plusieurs jours que je tente difficilement de vous expliquer ce qu’est Cuba mais voici un texte de Fidel de 2001 qui vous dira mieux que moi ce que peut représenter d’honneur, de dignité tranquille ce magnifique peuple et ses dirigeants. C’est un Cubain qui l’a publié sur facebook en espagnol et je l’ai rapidement traduit avec le commentaire suivant : je sais qu’un mur Facebook n’est pas le lieu idéal pour un long message. Mais compte tenu des récentes calomnies contre Raúl, je recommande la lecture de ces déclarations faites par Fidel il y a 25 ans, lorsque le régime de Batista a tenté une manœuvre similaire à son encontre. De plus, avec sa concision habituelle, pas un mot n’est superflu. Elles contiennent des concepts qui guident encore notre attitude aujourd’hui. Elles ont été publiées par tous les médias cubains le samedi 28 avril 2001 et ont eu un impact international considérable.C’est vrai, j’étais à Cuba et j’ai partagé la lecture de ce texte, et de tant d’autres qui assortis d’actes m’ont convaincue qu’il pouvait un jour exister un autre monde, d’autres dirigeants politiques et que peut-être mon malheureux peuple français vivrait ce jour des merveilles. Il n’y a rien d’autre qui m’intéresse. (danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Déclaration du commandant en chef

Je crois en l’extraterritorialité de l’honneur et de la dignité humaine.

L’agence de presse NOTIMEX rapporte que le juge Garzón, interrogé par un journaliste du Listín Diario de Saint-Domingue sur la possibilité d’envoyer Fidel Castro en prison, a répondu : « On ne peut pas poursuivre un chef d’État en exercice pour quelque crime que ce soit, et les mêmes règles des traités de 1969 et la non-responsabilité des chefs d’État s’appliquent. »Seul un tribunal international peut le faire. Selon le télégramme, Garzón a déclaré ignorer si Castro avait été effrayé par l’arrestation de Pinochet, mais il a noté que le dirigeant cubain avait une réunion prévue en Espagne et qu’au lieu d’y rester toute la durée prévue, il était parti après seulement quelques heures.

Le juge a reconnu avoir reçu des documents à charge contre le président cubain, mais a indiqué ne pas les avoir examinés en détail, faute de pouvoir engager des poursuites judiciaires en raison des limitations imposées par le droit international. D’autres agences de presse rapportent des faits similaires.

Garzón a déjà donné sa réponse et exprimé son opinion. C’est maintenant à mon tour de donner la mienne.

Concernant les dossiers envoyés au juge Garzón, je sais très bien que la mafia terroriste cubano-américaine était derrière ces transactions, et qu’elle fondait de grands espoirs sur lui.

Je n’ai jamais éprouvé la moindre inquiétude à l’égard de M. Garzón. Tout simplement, je ne suis soumis ni à sa juridiction, ni à la loi espagnole.

Aucun principe international n’autorise le gouvernement espagnol à juger un citoyen d’un autre pays qui ne réside pas en Espagne et n’y a commis aucune infraction. Le droit espagnol n’a pas d’application extraterritoriale, tout comme la loi Helms-Burton et le droit américain. Une telle application extraterritoriale constituerait une arme dangereuse entre les mains des grandes puissances contre les petits pays qui s’opposent à leurs intérêts. Les dirigeants de tout mouvement révolutionnaire, aussi éthiques que soient leur conduite et justes que soient leur cause, qui déplaisent à l’impérialisme, peuvent être jugés par celui-ci à son gré, selon ses lois nationales et le pouvoir discrétionnaire de ses juges, souvent vénaux et corrompus. La haine universelle suscitée par Pinochet et les crimes odieux du gouvernement militaire argentin, avec ses dizaines de milliers de personnes torturées et disparues, ne devraient pas servir de justification pour accorder aux États-Unis et à leurs alliés de l’OTAN l’extraterritorialité de leurs lois et de leurs juges.

Au sommet ibéro-américain de Porto, le jour même où je rencontrais le roi Juan Carlos d’Espagne au petit matin, on m’informa que Pinochet avait été arrêté en Grande-Bretagne. Je me dis alors : « Étrange, car c’est Pinochet qui a le plus aidé les Britanniques pendant la guerre des Malouines. »

Après le sommet, je me suis rendu par la route en Espagne, à l’aimable invitation de M. Juan Carlos Rodríguez Ibarra, président du gouvernement régional d’Estrémadure. À Mérida, la capitale de la région – où nous sommes arrivés après minuit –, nous avons été accueillis avec une grande hospitalité et beaucoup de chaleur. Nous y avons passé la nuit.

Le lendemain, après avoir visité le Musée national d’art romain et, entre autres sites historiques, les ruines d’un amphithéâtre de cette époque, et après avoir répondu aux questions de quelques journalistes concernant l’arrestation en Grande-Bretagne et les éventuelles poursuites en Espagne de M. Pinochet, je leur ai dit :

D’un point de vue moral, l’arrestation et la punition sont justifiées.

D’un point de vue juridique, cette action est discutable.

D’un point de vue politique, je pense que cela va créer une situation compliquée au Chili, compte tenu de l’évolution du processus politique dans ce pays.

Plus tard, j’ai ajouté

Pinochet n’a pas agi seul. Le président des États-Unis, son gouvernement et les plus hautes instances du pouvoir étatique ont décidé de renverser Allende dès son élection. Ils ont alloué des fonds considérables et donné des instructions pour empêcher, par tous les moyens, son entrée en fonction et, par ailleurs, pour tenter de le renverser durant toute la durée de son mandat.

J’étais un fervent partisan du jugement et de la punition de Pinochet au Chili.

Je comprends pleinement les sentiments de ceux qui ont été témoins de tant de crimes commis contre leur peuple, en toute impunité. Ce fut monnaie courante dans l’histoire politique de l’Amérique latine. Le peuple cubain en a souffert à maintes reprises. Mais lorsque la Révolution a triomphé, les criminels de guerre, comme cela avait été promis au peuple, ont été jugés et sévèrement punis, à l’exception de ceux qui, après avoir torturé et assassiné des dizaines de milliers de Cubains, ont trouvé refuge aux Etats-Unis. Les gains mal acquis des détourneurs de fonds furent confisqués. C’était la première fois dans l’histoire de l’Amérique latine qu’une justice aussi rigoureuse et systématique était appliquée.

Tout le monde sait que c’est le gouvernement des États-Unis qui a non seulement encouragé le coup d’État au Chili, mais aussi soutenu les gouvernements militaires d’Argentine et d’Uruguay, la contre-révolution au Guatemala, la guerre sale au Nicaragua et les répressions sanglantes au Salvador ; il leur a fourni des armes et une aide économique ; il a formé des milliers de tortionnaires sur le sol américain aux techniques les plus sophistiquées d’obtention de renseignements et de terreur.Même la Gestapo d’Hitler n’a pas atteint de tels extrêmes de cruauté. De tels régimes ont fait disparaître plus de 150 000 personnes et coûté la vie à des centaines de milliers d’autres. Ceci est prouvé et reconnu dans des documents officiels déclassifiés. On est en droit de se demander pourquoi aucun responsable américain de cette politique criminelle n’a été convoqué au procès de Pinochet. Un ordre juridique mondial doit être établi pour lutter contre le génocide et les crimes de guerre, avec des normes rigoureuses et précises, et un organe judiciaire absolument indépendant sous la supervision de l’Assemblée générale des Nations Unies et jamais sous celle du Conseil de sécurité tant que le droit de veto existe, accordant des privilèges exceptionnels à seulement cinq pays, dont la superpuissance hégémonique, qui l’a utilisé plus que tous les autres membres permanents du Conseil réunis.

Cuba subit une guerre économique depuis plus de 42 ans, et de graves crimes et actes de génocide ont été commis à son encontre, tels que le blocus des denrées alimentaires et des médicaments, conformément aux traités de 1948 et 1949 signés par Cuba et les États-Unis, qui les définissent, les prévoient et les autorisent, même en temps de guerre. De plus, ces traités confèrent aux tribunaux du pays victime le droit de juger les responsables, en attendant la mise en place d’un tribunal international qui serait habilité à agir.

L’affaire Pinochet devrait servir d’exemple, non pas pour que les nations sous-développées et militairement faibles, qui constituent la grande majorité des États du monde, courent le risque suicidaire d’accorder à la superpuissance et à ses alliés de l’OTAN le privilège de juger tous les autres pays, mais plutôt pour exiger que les Nations Unies adoptent les mesures nécessaires afin de garantir justice et protection à tous les peuples du monde contre les crimes de guerre et les actes de génocide. Cuba sera alors la première à appuyer un tel jugement.

Cela dit, je remercie le juge Garzón pour sa réponse judicieuse au journaliste du Listín Diario. Mais je ne le remercie pas pour ses propos, ni parce que les dossiers apportés par la mafia de Miami n’ont pas été examinés en profondeur, ni parce que j’occupe la fonction de chef d’État, ce qui, selon lui, rendait l’action impossible. Je tiens toutefois à préciser que je n’ai pas avancé mon départ d’Espagne d’une seule minute.De Mérida, je me suis rendu par la route au palais de la Moncloa pour une visite de courtoisie au Premier ministre espagnol, José María Aznar, conformément à la procédure habituelle et comme prévu. C’était ma seule réunion programmée à Madrid. De la Moncloa, je suis allé à l’aéroport.Il faisait déjà nuit. Franchement, j’étais lassé des autoroutes, des flots de voitures, des embouteillages et du gaspillage d’énergie et d’éclairage qui caractérisent la capitale espagnole. Je n’avais donc aucune envie de flâner dans les rues encombrées de Madrid. Depuis l’aéroport, j’ai appelé Julio Anguita, alors coordinateur de la Gauche unie et ami fidèle, et je suis parti pour Cuba à bord de mon cher vieil Il-62, faisant confiance à la technologie soviétique. J’excuse M. Garzón car il ne connaît pas les Cubains et n’a certainement étudié qu’une infime partie de l’histoire de leurs luttes contre des centaines de milliers de braves soldats espagnols. Malgré l’énorme différence d’effectifs et d’armement, face à une armée aguerrie, les patriotes cubains n’ont jamais reculé devant le danger.

Bien qu’après l’intervention opportuniste du jeune empire nord-américain, Cuba ait été cédée par la puissance coloniale aux États-Unis, et que ce même empire nous ait imposé un amendement constitutionnel lui donnant le droit d’intervenir, Cuba constitue aujourd’hui un peuple libre qui défend honorablement son indépendance contre les agressions, l’hostilité et la haine de la puissance déjà gigantesque qui nous sert de voisin.


Aucun mortel ne devrait s’illusionner en pensant être plus redoutable que les dieux.

J’ai toujours vécu et vivrai en paix jusqu’à la fin de mes jours, car je sais défendre avec dignité les droits de mon peuple et l’honneur des petites nations, pauvres ou faibles, et j’ai toujours été animé par un profond sens de la justice. Je suis un révolutionnaire et je mourrai révolutionnaire.Si un juge ou une autorité, en Espagne ou dans tout autre pays de l’OTAN, tente de m’arrêter en usant de pouvoirs extraterritoriaux arbitraires et en violant des droits qui me sont sacrés, qu’il sache d’avance qu’il y aura un combat, où qu’il s’agisse. Je crois en l’extraterritorialité de l’honneur et de la dignité humaine.


Fidel Castro

Abril 28 del 2001 

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— à La Havane, Cuba.

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