Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Face à la révélation de la guerre en Iran , quelle est ta place dans le monde, ta liberté réelle ? par danielle Bleitrach

Histoire et societe poursuit sa méditation sur l’Histoire, l’événement ses conséquences : la guerre prolongée… Si la fin d’un monde unipolaire avec le Zugzwang est inéluctable, la question est de savoir dans quel état cette agonie laissera le monde multipolaire. Un champ de ruine ou une architecture inédite ? Les deux probablement et cela prend forme sous nos yeux pour qui sait voir. Mais nous sommes convaincus que ce qui nous est posé à chacun en tant qu’être politique (dirait Aristote) c’est un choix de civilisation, et le sens que nous donnons à notre vie? Ce que Hegel définit comme la liberté réelle celle d’avoir sa place chez lui dans sa famille, sa localité, sa nation et le monde.

NOus avons déjà souligné à quel point le suzerain du monde unipolaire se joue dans l’affirmation spectaculaire de sa puissance militaire, financière, celle aussi d’imposer ce narratif au monde, de l’apeurer et le désorienter en occupant les écrans et en renforçant pas cette surexposition la censure, en interdisant tout ce qui peut si peu que ce soit contredire ce guignol qui finit par décréter le blocage du détroit d’Ormuz faute de pouvoir obtenir que la situation de ce dernier retourne simplement à ce qui existait avant son intervention et celle d’Israël .

Nous avons également souligné la contradiction entre cette représentation et le prix de l’essence à la pompe, les FAITS. Là les faits deviennent têtus. Même la diabolisation de l’adversaire n’y suffit pas.

Ce qui peut accorder un sursis à ce pouvoir c’est que le champ politique de cette superpuissance et celle du monde sur lequel s’exerce son emprise deviennent une foire d’empoigne et se divise à l’infini, la caste et son pouvoir discrétionnaire engendre des forces groupusculaires qui ne mordent plus sur la réalité et « sur-idéologisent » en jargonnant. Que ce que Lénine définit comme la première nécessité d’une situation révolutionnaire, à savoir l’impossibilité à gouverner de la classe dominante soit son ultime survie et qu’alors ce soit le règne de l’arbitraire et du fascisme…

Pour comprendre cette décomposition du champ politique dit « libéral », démocratique des sociétés occidentales qui se retournent en leur contraire le fascisme, la désertion et l’abstentionnisme dans lequel une poignée d’individus en proie au prurit électoral paraissent hystériques sur des enjeux de plus en plus éloignés de la réalité, faudrait consacrer des chapitres entiers à l’étrange organisation de l’impérialisme à son stade financiarisé qui n’est plus celui de Lénine, avec transformation de la concurrence monopoliste, tend à vider de leur pouvoir les Etats eux-mêmes pour leur substituer des milliers de lieux dans lesquels il n’y a plus aucune régulation . le fait que ce soit désormais les îles Caïman ou les îles vierges qui détiennent l’essentiel de la dette des USA plus encore que la Chine, le Japon, ou les Européens dit la nature réelle du pouvoir d’un Trump et de la manière dont il avance un oeil fixé sur les marchés et l’autre sur les sondages des élections de mi-mandat devrait nous faire percevoir la nature de ce système.(1)

Qui à travers la propagande qui est déversée sur nous peut avoir la moindre conscience de ce qu’est le système qui laisse actuellement les nations à commencer par les USA en état de guerre civile ?

Ou encore nous faire nous interroger sur ces paradoxes qui font que Trump a parfaitement raison de noter que les Etats-Unis ne dépendent pas du détroit d’Ormuz qu’ils sont parfaitement suffisants et même excédentaire en pétrole et que ceux qui souffrent de son blocage sont en priorité tous les pays qui lâchement refusent de s’engager à ses côtés pour le sortir du guêpier. Il n’y a pas que les européens, les pires sont peut-être la Corée du sud et surtout le Japon traitant directement avec l’Iran. Quant à la Chine il y a pire de sa part, elle achète du pétrole des USA et le revend avec bénéfice aux asiatiques impactés tout en bénéficiant d’un traitement préférentiel de l’iran et de la Russie et en ayant constitué des stocks y compris à travers un système sophistiqué de participation aux raffineries. Sans parler d’une ré-orientation des routes des échanges qui ne sont plus seulement maritimes.

Donc revenons à la question pourquoi alors que les Etats-Unis sont à l’abri des conséquences du blocage du détroit d’Ormuz non seulement sont-ils empêtrés dans cette guerre que personne ne peut gagner parce qu’elle s’inscrit dans une guerre prolongée et que visiblement l’Iran a choisi la durée… Pourquoi cette guerre que l’on présente comme le résultat de l’influence nuisible de Netanyahou s’inscrit-elle dans un voracité pétrolière de Trump qui l’a déjà poussé à l’expédition au Venezuela et à revendiquer le Groenland. Mais ces questions se doublent d’une autre pourquoi alors que’ les Etats-Unis à l’abri de la pénurie et sont même excédentaires sont-ils en train de subir un effet inflationniste à partir mais pas seulement de la montée des prix du pétrole?

Là encore il faut avoir conscience que ce qui est visé c’est l’approvisionnement chinois et l’asphyxie de sa capacité à maîtriser les échanges dans un monde « mondialisé » sur le mode dominant impulsé par l’Impérialisme.

Ce monde est non seulement celui d’une caste de multimilliardaires qui s’émancipe de toutes lois et régulation mais prétend le faire en revendiquant la liberté la plus absolue pour lui et ses pareils. On pourrait dire qu’il y a eu une parodie de la stratégie révolutionnaire du Che : allumer partout des foyers révolutionnaires, le capital confronté à sa propre crise a à travers l’utopie du marché ouvert la possibilité de la fuite des capitaux y compris de l’épargne pour la santé des fonds de pension vers des territoires pas reglementés, sans taxes. Ce choix est celui des Etats privatisant à tour de bras à partir du choc pétrolier, celui de Mitterrand transformant les sociétés nationales comme EDF et d’autres en sociétés par action partant à l’assaut de continents entiers et se détachant de plus en plus du service public. Mais il table sur ce qui devient les efforts non coordonnés d’acteurs privés en quête de profits mais aussi de sécurité que l’Etat ne leur accorde pas ou alors de moins en moins. Le monde est de moins en moins interconnecté, de plus en plus fragmenté si ce n’est pas des gens qui comme Trump sont de plus en plus à l’affut de cette « dynamique » de rupture avec tout contrat social pour en retirer des profits et le droit à la tyrannie.

Il est évident qu’il est des individus et mêmes des collectifs plus doués que d’autres pour enclencher cette « dynamique »de la fragmentation et Marine Tondelier a mis l’accent d’une manière humoristique sur la capacité en France du PS a vivre un congrès permanent dans lequel aujourd’hui Mélenchon, Olivier faure et Hollande ne cesseront pas de créer les conditions de la division, la machine à perdre du crétinisme parlementaire(2). Mais le processus provient surtout du capital.

Il est alors question d’une capacité à organiser des sécessions douces pour le capitalisme de la séduction (3) , la multiplicité de petits actes de défection de chacun vers le privé, le marché, ce qui peut être obtenu par un paiement, une épargne individuelle par rapport au service public, à l’état , à la solidarité collective.

Et à une échelle territoriale plus vaste, cela devient un monde d’enclaves clôturées autour duquel monte une situation invivable (4) et complètement paranoïaque de peuples dangereux et envahisseurs qui sont serviteurs opprimés et esclaves en état de révolte anarchique.

Tout système politique envisageant d’autres valeurs, et d’autres priorités, et qui de ce fait s’oppose à ce naturalisme des eaux glacées du calcul égoïste, cette référence à une nature humaine, en devient coercitif, tyrannique. Le capitalisme qui occulte l’exploitation de ses travailleurs au profit d’une vision du marché et du primat du consommateur solvable et plus, semble traduire un maximum de volontés d »acteurs non contraints apparemment. Qu’il s’agisse alors des ascèses spiritualistes ou des propositions collectives, elles sont considérées comme relevant de la tyrannie. Cette « dictature n’est pas :lié au collectif elle est la manière dont ceux-ci sont obligés de s’opposer par la force, par la revendication des véritables intérêts de la majorité des nations et des peuples à la liberté du libre renard dans le libre poulailler. Par ce que Marx, Lénine et les autres définissaient par la dictature du prolétariat sans laquelle il n’y a pas de socialisme allant vers le communisme. C’est à la fois très vieux et le monde de la marchandise porté à ce niveau spectaculaire lui a donné une dimension de superproduction…

Tandis que le monde multipolaire est de plus en plus dans la conscience de la guerre prolongée dans laquelle se joue le sort des nations avec des acteurs rassemblés sur des bases diverses en l’occurrence l’impossibilité de la survie dans pareil système qui est devenu Apocalypse Now…

Encore que il faut là aussi mesurer les effets réels de la période, au-delà du sentiment de cet apocalypse, en particulier le fait que la fin du monde unipolaire a peu de chance de déboucher sur le rêve d’Emmanuel Todd de la disparition des Etats-Unis et le fait qu’ils ne seront plus une grande puissance. Si en revanche il n’en est pas de même des guerriers par procuration que sont l’Ukraine et zelenski et Israël de Netanyahou et quelques autres, il faut être très prudent dans cette vision et ne pas confondre ce qui est un changement de génération qui est un autre fait caractéristique avec un bouleversement d’orientation bien que cela puisse y contribuer.

Y a-t-il une stratégie consciente à l’intérieur de la multipolarité? qui repose également sur cette articulation d’un projet le socialisme par l’agrégation de choix sous la pression des masses et la dictature de l’unipolaire devenue facteur de division?

Une des questions qui est posée dans la période c’est celui de l’affrontement inévitable bien que différé entre les USA et la Chine… Et inévitablement il est procédé alors à l’estimation des forces, à ce que les conflits existants en particulier ceux d’Ukraine et d’Iran nous apprennent. Le fait est que comme l’avaient signalé les auteurs d’un livre important la guerre hors limite (5). Pour Qiao et Wang, la guerre n’est plus uniquement une épreuve des volontés sur le champ de bataille entre deux armées régulières, elle n’est plus seulement un duel entre États comme Clausewitz le pensait. La guerre s’est étendue à toutes les activités de la vie humaine, à tous les espaces, à tous les domaines. Elle n’est plus l’apanage des militaires, mais aussi des civils comme le hacker ou le financier. mais au-delà de ces figures de « spécialistes », il existe la pression des masses qui prend des effets nouveaux comme le rôle des sondages. En outre, des organisations supranationales comme l’ONU ou des organisations non-étatiques telles que les groupes terroristes ou les cartels ont également accaparé le monopole longtemps réservé aux États de faire la guerre. Elle fait usage de tous les moyens comme la spéculation financière, la dévaluation, etc., et non plus seulement des soldats, des chars et des avions. Elle ne se déroule plus forcément sur un territoire, elle s’est déterritorialisée dans l’espace exo-atmosphérique ou le cyberespace. En ce sens, la guerre et ses manifestations sont nombreuses et difficilement saisissables : « guerre financière », « guerre économique », « guerre médiatique », « guerre du droit international », « guerre écologique »… Mais derrière cette déterritorialisation, on retrouve de plus en plus le retour comme dans la guerre en Iran et le détroit d’Ormuz le poids des énergies et des produits « réels ». C’est même une manière de peser sur la transformation en cours.

C’est à ce type de guerre qu’est confronté le monde multipolaire et il place très différemment chaque pays suivant son niveau de développement mais aucun ne peut ignorer le terrain (6) de ce hors limite (7).

Après la fin de l’histoire son retour en force… Le passé mais rien n’est reproduit à l’identique…

On repense à ce dialogue étonnant entre Xi et Poutine sur le fait que les planètes étaient alignées dans un ordre qui n’avait pas existé depuis 100 ans (en gros la révolution d’octobre qui avait suivi la première guerre mondiale). Et les deux dirigeants tous deux élevés dans une perspective historique celle du matérialisme historique s’interrogeant : es-tu prêt, je le suis a répondu l’autre. Et on peut effectivement s’interroger sur ce qui s’oppose à ce qui est présenté comme la loi « naturelle » de l’unipolarité avec sa somme de vénalités, d’individualismes ou simplement de recherche de sécurité orienté vers le maintien de la loi d’une caste.

Effectivement tout se passe comme si nous étions confrontés à deux temporalités, celle des USA se jouant dans sa puissance à effrayer le monde, à prétendre le fasciner par sa capacité à ignorer les lois, les valeurs, les institutions qu’il a lui -même engendré et qui n’étaient pas que le fruit de la volonté de cette caste aveuglée par sa suprématie mais le produit aussi de la lutte des classes étendue à l’échelle de l’humanité avec l’impérialisme. Aujourd’hui il ne lui reste que l’arbitraire et les jeux du cirque assorti de quelques trucs de promoteurs immobilier dans « l’art du deal ».

Face à lui un autre monde largement impulsé par la Chine en partenariat stratégique avec la Russie, mais aussi la Corée du nord et l’Iran face à l’événement, ce rendez-vous qu’est le blocage du détroit d’Ormuz. Ce sur quoi nous insistons aujourd’hui est une autre approche décentrée émanant d’autres cultures mais surtout tenant compte de la multiplicité et de la complexité de la mondialisation, une réponse certes militaire mais qui a été obligé d’apporter des réponses au front hors limite dans lequel l’économique, le financier, le juridique se reconstituent en fonction de l’endiguement de la bête sauvage qu’est devenu l’impérialisme occidental dont les USA ne sont que le bras armé militairement et financièrement. Une réponse qui tient compte de l’humain dans le contexte de sa relation nouvelle à la nature, à sa propre nature.

Ce qui est en jeu est l’unité du genre humain, la fin de toutes les discriminations à travers lesquelles les rapports de classe on pu s’imposer depuis des millénaires, et c’est parce que Cuba est devenue à cause de l’exemplarité de son combat la capitale de la solidarité humaine qu’elle emporte une unanimité qui va bien au-delà des camps habituels. Si nous devons être attentifs aux conditions réelles, matérielles et idéologiques du combat actuel, la force des communistes tient à cette capacité à ne jamais oublier le but, c’est ce qui crée la force d’inventer, d’innover sans se contenter des limites que paraissent receler les temps et même de proposer un combat commun aux croyants.

Nous vous présentons aujourd’hui quelques FAITS qui témoignent de la résilience, de la capacité à résister au choc qui se développe : un article qui montre comment la Chine crée son propre arsenal juridique pour s’opposer à la militarisation du dollar, aux sanctions, aux blocus que les USA prétendent imposer au monde. Nous voyons par ailleurs comment la Russie s’adresse aux BRICS en priorité par rapport à la sécurité alimentaire. La manière dont le Vietnam qui a longtemps joué les deux bambous se rapproche de la Chine.

Cette « résilience » ou capacité à résister aux chocs est en priorité organisée avec les pays émergents du sud mais elle ne se contente pas de faire un front de quelques grands pays mais a le souci d’intégrer ceux qui sont les premières victimes de la vague, le cas de Cuba est bien sur le plus évident, mais Cuba correspond aussi à ce monde des « non-alignés » qui contribue à changer la face des décisions de l’ONU.

Quel est la place de chaque nation, de chaque force politique, de chaque individu dans ce choix de société avec cette interpellation : « Quel sens donnes-tu à ta vie ? » qui ne peut être éludé au-delà des vaines querelles de notre propre marginalisation à laquelle nous invite un système crépusculaire.

danielle Bleitrach

(1) Notons que le PCF avec les travaux des frères Bocquet sur les paradis fiscaux qui a engendré des textes et propositions législatives avait pris une certaine avance qui malheureusement a été bloquée par le refus de la prise en considération du monde multipolaire et de la stratégie de la Chine. Blocage que l’on doit à la faction qui s’est constituée entre la commission internationale du PCF dirigée par le sieur Boulet, son travail sur les publications du PCF et l’entreprise de liquidation menée au sein de la presse à commencer par l’Humanité et le groupe communiste à l’assemblée nationale mais aussi au sénat qui à la veille du 40e congrès et des présidentielles connait une maturation évidente mais qui se prépare de longue date y compris depuis le 38 e congrès. Cette décomposition ne concerne pas que le PCF et son origine est à rechercher dans celle du monde unipolaire décrit ici.

(2) on peut craindre que l’incontestable socialdémocratisation du PCF l’ait (lui et les groupuscules qui n’ont de sens que par leur satellisation) ait transformé définitivement l’organisation de ce parti en simple machine électorale et en annexe du Congrès permanent avec ses factions qui va avec.

(3) Ce thème que l’on trouve chez le sociologue Mike Davis des Etats-unis et dont l’idéal type est Los Angeles nous l’avons décrit dans notre livre « quand la France s’éveillera caractérise toute une littérature des années deux mille. Le Monde multipolaire va ouvrir sur une autre réalité celui des nations émergentes, la Chine en particulier qui utilisent pourtant la libéralisation mais en défendant leur souveraineté et en refusant d’être simplement les dépotoirs de ce que des îlots de puissance revendiquent pour eux seuls. Pourtant il existe si l’on considère le transfert massif vers des sociétés écrans dans les paradis fiscaux. Ce qui a été mis en lumière dans les Panamas papers et les Paradise Papers autant que par l’affaire Epstein.

(4) En fait, ce qui est en question est moins ce monde d’enclaves que leur vocation à devenir à travers les soubresauts de l’impérialisme américain la grande source d’inspiration de la survie dans la réorganisation politique de la société qui s’imposera au monde et qui prend alors des allures d’apocalypse.

(5) publié pour la première fois en 1999 en chinois aux Éditions littéraires et artistiques de l’Armée de libération (, La Guerre hors limites (Chāoxiànzhàn 超限戰) est un traité de réflexion stratégique qui a été publié en français par Rivages.

(6) là encore l’histoire réelle de l’affrontement nous confronte à bien des découvertes, non seulement le monopole des terres rares des Chinois, l’autarcie relative du monde russe héritée de l’URSS, mais également le haut niveau de formation des ingénieurs iraniens et même des miliciens houtis.

(7) les adversaires qu’affronte et frappe l’Iran sont non seulement les bases américaines mais ce monde des paradis fiscaux un paradis comme à Dubaï qui repose sur la surexploitation des travailleurs philippins et autres peuples d’asie et océanie…

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