Histoire et société3

Tant qu'il n'y a pas d'œuvre commune, il y aura toujours de l'intolérance

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Editorial : notre présentation de la situation française en Chine par Danielle Bleitrach et Edmond Jansen (DELGA)

Les éditions Delga ont été invitées à une conférence internationale en Chine sur "la gouvernance mondiale" . Nous avions droit à 10 minutes maximum d'intervention de présentation vu le grand nombre d'intervenants. Suivi d'un débat de plusieurs jours. Voici donc l'intervention que nous avons préparée avec Edmond Jansen directeur des éditions Delga. par parenthèse la situation de la lecture en Chine est différente de la France où c'est la catastrophe. Selon la 22e enquête nationale sur la lecture publiée en 2025, le taux de lecture global des adultes chinois atteint 82,1 % (dont environ 59,9 % pour les livres imprimés ou numériques) et les Chinois connaissent infiniment mieux nos auteurs que nous connaissons les leurs. Inviter une maison d'édition à donc une importance en Chine. Il s'agissait de présenter la situation française et la manière dont les éditions s'inscrivaient dans cette situation. Si j'ai accepté avec Histoireetsociete de nous impliquer dans cette maison d'édition c'est d'abord à cause de son total désintéressement: auteurs et éditeur n'attendent aucun profit mais estiment avoir un rôle de transmission qui va a contrario de la doxa de la société française actuelle. Un rôle également de mise en contact qui manque cruellement. Mais voici donc notre courte présentation commune.

Publié par Danielle Bleitrach

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Article original pour le blog

Nous voudrions axer notre intervention sur la manière dont la conception chinoise de la multipolarité s’impose face à la réalité, celle d’un développement autonome et souverain des pays du Sud, mais également devant l’impasse de la gouvernance de l’hégémon US et de ses alliés, à travers le cas de la France, des mouvements populaires récents et du rôle que nous jouons en tant que maison d’édition.

L’existence de l’alternative chinoise devrait aider tous les pays à repenser leur développement scientifique et technologique, leur souveraineté énergétique, la formation de leur jeunesse, à la fois en termes de souveraineté et de coopération. C’est une coopération globale, mais à laquelle chaque nation, chaque aire civilisationnelle doit apporter sa contribution souveraine, à partir de sa situation concrète, de ses ressources, de ses potentialités, de ses besoins et de ses traditions. Doit se construire dans le même mouvement un cadre de coopérations et de négociations internationales, dans une dynamique souple, sans coalitions ni logique des blocs.

Cette validation de la proposition de gouvernance de la Chine invite l’humanité à élargir sa conception de ce qui relève de l’universel et du particulier, dans une dialectique matérialiste qui est celle de la Chine, dans son choix socialiste et sa tradition millénaire. Surtout aujourd’hui, alors que l’hégémon occidental en train de s’effondrer menace la totalité de l’humanité d’une formidable régression assumée, au point que son président, face à ce qu’il a lui-même provoqué à Ormuz, menace de ramener à l’âge de pierre le pays qui est attaqué chez lui et qui refuse l'invasion illégale.

Mais ce n’est pas seulement une réponse à une crise externe de pillage rencontrant des résistances non hostiles, car il y a aussi une crise interne liée aux compétitions pour le pouvoir au sein d’une classe capitaliste divisée par cette compétition même. À ce titre, ce que nous sommes en train de vivre en France avec ce mouvement de la jeunesse peut être éclairant, et je demeure disponible pour répondre aux questions que ce bref exposé ne permet pas d’aborder.

La cause principale de ces mouvements peut se résumer au slogan « Contre l’économie de guerre et la vie chère, nous irons jusqu’au bout ». Leur colère est massive, pratiquement spontanée, et la répression ne la fait pas céder. Ce qui caractérise ces mouvements, ce n’est pas l’anarchie destructrice, mais le calme patient qui mêle les générations. Les manifestants n’exigent pas moins d’État, mais un État qui assure la sécurité et la promotion au mérite. Faute d’une réponse, cela peut déboucher sur une victoire de l’extrême droite, par xénophobie et racisme, mais d’abord, paradoxalement, par volonté de sécurité et de paix. Même le fond gaullo-communiste qui se réveille est récupéré par l’extrême droite.

Crise de l’État : nous sommes dans une situation électorale permanente dans laquelle s’exaspèrent les antagonismes secondaires, mais le peuple, les exploités, la jeunesse ont de plus en plus conscience qu’il n’y a rien à en attendre. Cette crise de l’État, comme celle qui secoue l’Occident, c’est celle d’un système qui se fragmente et ne dirige plus rien. L’État n’assure plus la redistribution des profits du pillage ; pour financer ses guerres, il contraint les citoyens à une économie de guerre, détruit l’État-providence et impose la cherté de la vie et le non-accès à la consommation. De plus en plus, cet État est aux mains d’une ploutocratie quasiment héréditaire, fermée sur elle-même malgré les élections à répétition, qui ne laisse plus aucune possibilité de promotion à la jeunesse, avec des études qui ne débouchent sur rien pour les exclus du système.

Autre paradoxe : la crise française est profondément nationale et met en cause l’absence de souveraineté, puisque la nation ne bat plus monnaie, n’a plus de politique étrangère ni d’armée propres, le tout délégué, à travers l’UE et l’OTAN, aux États-Unis, suzerain de plus en plus impitoyable. Mais la solution passe par la coopération internationale, et c’est précisément ce que la propagande organisée, systématique xénophobe mettant en avant de menaces imaginaires sert à masquer, le même "travail" porte pour l’origine des guerres.

Nous avons donc tenté de contribuer, par nos publications, en particulier sur la Chine, à faire connaître l’existence d’une alternative, celle proposée par la Chine. Sur ce plan, les choses bougent, mais elles se heurtent à la désinformation systématique et à un consensus idéologique qui remonte à l’offensive de la guerre froide. À cause de ce « consensus », des gens qui refusent massivement la guerre sont incapables de constituer une opposition rationnelle et de masse à celle-ci. Nous publions des livres qui éclairent les racines historiques de cette vision largement xénophobe et paranoïaque. Nous sommes heureux de jouer un rôle modeste pour la France en l’aidant à retrouver la mémoire de son histoire nationale et européenne, depuis le choc de la fin de l’URSS jusqu’à une nouvelle étape en pleine dynamique. Nous faisons face à un dogmatisme massivement organisé et à une guerre idéologique qui va vers la fascisation.

Ce qui est le plus difficile, y compris pour ceux qui sont entrés en lutte malgré cette pression, c’est de passer du dogme à l’expérimentation concrète. Et ce qui caractérise la Chine, selon nous, c’est d’oser un chemin qui n’a jamais existé, même s’il se nourrit de multiples sources, celles du matérialisme historique et dialectique approprié par de multiples civilisations échangeant l’analyse de leurs réussites comme de leurs échecs : il s’agit d’avoir le courage, en défense de l’humanité, d’aller vers l’universel par le concret.

Fort heureusement, nous sommes dans une période où, sous la pression du mécontentement des classes populaires, de la jeunesse, d’un peuple qui s’estime trahi, les illusions s’écroulent, et les luttes font plus qu’un long discours ou qu’un livre, même si celui-ci y contribue. Il n’y a pas de prophétie, rien n’est écrit, mais la dynamique existe.


Petit commentaire en forme de confidence

Il arrive un âge où vu le peu de temps qui vous reste on étire nécessairement celui-ci au-delà du commun, on s'identifie à l'Histoire celle des masses qui la font... Et on voit comment les foules qui défilent, toutes les pratiques par lesquelles s'exprime cette nécessité du changement, comment elles emportent les individus au-delà du présent vers l'avenir.

A ce moment là le passé prend tout son sens, celui d'une humanité qui poursuit sa course et alors il est des propositions qui vous intéressent plus que d'autres parce qu'elles correspondent justement à ce moment là de rencontre dans le temps et dans l'espace du désir de vivre mieux et de donner un sens à sa vie.

Nous avons écrit avec Edmand Jansen au nom des editions Delga, dans ce jour où la France manifestait et se rassemblait une réponse qui va dans le sens de ce texte. j'étais heureuse d'envoyer ce message...

C'est extraordinaire alors que l'on est une vieille femme de pouvoir s'inscrire dans la jeunesse du monde comme si on apportait le témoignage de temps révolus. Ce besoin de transmettre ne date pas d'aujourd'hui et il a donné un sens à mon métier d'enseignant, pour faire sentir cette chaîne ininterrompue je disais à mes étudiants : "rappelez vous que vous aurez connu quelqu'un qui a connu quelqu'un qui a vécu la Commune de Paris". C'était mon arrière grand mère maternelle fille d'un maitre verrier de Baccarat qui à six ans avait fuit devant l'armée allemande et réfugiée à Paris avait été avec sa famille prise au milieu de la Commune. Elle nous chantait le temps des cerises en soulevant son verre en disant "Encore un que les boches n'auront pas, elle a épousé mon arrière grand père un militant anarchiste piémontais fuyant après un attentat, ils se sont marié en 1883 à la mort de Karl Marx et quand mon autre bisaïeul arrivait de Pologne en caftan et l'un de ses enfants mon grand père se réfugiera à Cuba et deviendra Cubain ...

. Brecht explique et résume l'essentiel : "ce n'est pas que je tienne en grande estime mes contemporains mais tout ce qui m'importe passe par eux! " A savoir que sans le collectif ,quelle que soit son imperfection, l'attitude perd tout son sens. Je pense à deux pièces en particulier, celle qui concerne la mère, le peuple qui prétend sauver ses propres enfants en acceptant la guerre et qui les sacrifie, c'est-à-dire La mère courage et ses enfants. Ou le rôle du savant dans le "politique" , Galilée cette fois c'est le savant qui par gloutonnerie et lâcheté ment et renonce à son savoir par peur de l'inquisition, en prive le peuple qui y a droit, et ce renoncement a une portée immense dont il demeure le symbole du renoncement. Alors me situant dans l'entre deux, simplement dans cet acte de transmettre, je me serai d'abord peut-être trompée moi même mais je n'aurai jamais trahi cet engagement d'une vie.

Nous allons nous tous de sang mêlés aller à la rencontre de la Chine millénaire qui a fait la révolution et nous allons ensemble inventer l'avenir pour mes petits enfants franco-algériens à travers ce peu que nous transmettrons... Et bien sachez à quel point j'en suis heureuse, comme j'ai en moi la plénitude d'une vie réussie : hier je suis descendue jusqu'au départ de la manifestation, je les ai vus, j'étais trop vieille pour défiler, je ne marche plus, je trottine... Alors je leur souriais en leur disant "défilez pour moi... Ils riaient et me proposaient de m'emmener , je secouais la tête "je vous encombrerai " mais j'ai encore pas mal de choses à faire et c'est une immense joie qui va bien au-delà de ce que les prises de position partisanes parfois inutilement décevantes ne sauraient apporter.

danielle Bleitrach ...

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