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Tant qu'il n'y a pas d'œuvre commune, il y aura toujours de l'intolérance

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De la grève générale de l'USB au 12 décembre : la rupture sociale se mue en mobilisation politique. Face à Meloni, à la guerre et au coût élevé de la vie, le pays, dans sa réalité, ne s'arrête pas. (Éditorial de Luciano…)

Le 30 octobre n'a pas marqué une fin en soi, mais le début d'une nouvelle phase de lutte sociale et politique dans notre pays. La participation exceptionnelle à la grève générale, les plus de 58 manifestations organisées à travers l'Italie, la convergence des mouvements ouvriers, étudiants, travailleurs précaires, migrants, dockers, agriculteurs et défenseurs du droit au logement ont démontré qu'une part croissante de la société refuse désormais de subir passivement les politiques du gouvernement Meloni, l'économie de guerre, la perte de pouvoir d'achat et le démantèlement des droits sociaux. C'est pourquoi nous avons déjà commencé à préparer une nouvelle mobilisation nationale d'envergure pour le 12 décembre. Nous ne voulons pas disperser cette force, mais au contraire lui donner continuité, organisation et une perspective politique.

Publié par Danielle Bleitrach

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Source : www.farodiroma.it

Depuis équipe éditoriale-01/11/2026

Le 30 octobre, le vrai pays a parlé

La première considération politique concerne la signification même de la grève générale. Ce fut une journée de forte participation, dépassant les attentes et remettant en question une représentation du pays trop souvent construite par les structures institutionnelles, les émissions de débat et les réseaux d'information les plus proches des intérêts économiques dominants.

Nous avons vu des dizaines de milliers de personnes sur les places, des marches enthousiastes, des étudiants défilant aux côtés des travailleurs dans les villes ; autant de réalités sociales habituellement décrites séparément, mais qui ont ici révélé une condition commune. L’aspect politique n’est pas seulement quantitatif. Il est avant tout qualitatif : une nouvelle capacité de réconciliation et de gestion des conflits sociaux a émergé.

Le monde du travail, les jeunes générations, les classes populaires, les banlieues, les migrants, les travailleurs précaires et ceux qui ne peuvent plus faire face au coût de la vie se sont unis. C'est le principal résultat de la grève lancée par l'USB et soutenue par un collectif de syndicats, d'organisations politiques et d'associations.

Nous n'assistons pas simplement à une protestation contre une mesure économique isolée. Nous assistons à la manifestation d'une contradiction structurelle : un système qui produit de la richesse mais la concentre, qui exige des sacrifices des travailleurs tout en augmentant les investissements militaires, qui prétend gouverner la société par la précarité et la compression des salaires.

Le slogan « Déposez les armes, augmentez les salaires » résumait cette contradiction avec une efficacité extraordinaire.

Les nouveaux soulèvements sociaux et la nécessité d'une opposition de classe

Un élément particulièrement significatif résidait dans la composition des mobilisations. Dockers, travailleurs du secteur des services, étudiants, jeunes, migrants, agriculteurs, travailleurs précaires, mouvements pour le logement et associations de base formaient une convergence qui ne saurait être considérée comme une simple accumulation de revendications.

Ce sont là les nouveaux soulèvements sociaux, l'expression d'une société qui commence à reconnaître la guerre, l'austérité, la privatisation des services et la précarité du travail comme différentes manifestations d'une même logique de domination économique et politique.

Il est nécessaire de distinguer cette opposition sociale et de classe de celle qui se limite à la compétition parlementaire et à la recherche de nouveaux équilibres au sein du champ politique. Modifier l'équilibre électoral ne suffit pas si l'équilibre des pouvoirs dans la société n'est pas transformé, si une direction organisée des travailleurs et des classes laborieuses n'est pas mise en place.

Une véritable alternative ne peut émerger uniquement dans les palais. Elle doit se développer sur les lieux de travail, dans les universités, les écoles, les quartiers populaires, les ports, les banlieues et dans les luttes pour le droit au logement.

C’est pourquoi je considère comme important le travail commun que nous menons avec le Rete dei Comunisti, Cambiare Rotta, Potere al Popolo, l’USB, l’OSA, les mouvements pour le logement, les Donne di Borgata et de nombreuses autres associations et mouvements. Il s’agit d’une voie ouverte, qui ne prétend pas épuiser le champ du conflit social, mais vise plutôt à contribuer à la création d’un espace de convergence pour tous ceux qui entendent s’opposer concrètement aux politiques dominantes.

Une nouvelle phase commence au Colisée : le 12 décembre.

La poursuite de la grève générale a déjà trouvé sa première manifestation concrète à Rome, où, juste devant le Colisée, un piquet de grève a été organisé avec des tentes et un campement qui a accueilli pendant trois nuits des camarades de divers horizons.

Il ne s'agissait pas d'une simple initiative symbolique. C'était un choix politique délibéré : occuper un espace public, en faire un lieu de rencontre et de discussion, et construire une nouvelle étape de la mobilisation par la présence physique et le rassemblement.

Les tentes installées devant l'un des monuments les plus célèbres au monde adressaient également un message à une société qui, trop souvent, dissimule ses contradictions derrière une façade de normalité. Derrière la beauté de nos villes se cachent des familles sans abri, des travailleurs pauvres, des jeunes sans avenir, des migrants privés de droits et des services publics de plus en plus appauvris.

L'assemblée nationale qui s'est tenue devant le Colisée a canalisé cette énergie et a entamé le processus de planification d'un nouvel événement : le 12 décembre.

Le Réseau communiste, Cambiare Rotta, Potere al Popolo, USB, OSA, les mouvements pour le droit au logement, les Femmes de Borgata et de nombreux autres groupes ont lancé une mobilisation nationale ouverte à toutes les organisations, associations et entités sociales qui souhaitent y participer.

L’objectif est de transformer les manifestations du 30 octobre en une force capable d’influencer l’équilibre politique, en plaçant au centre la nécessité d’un changement radical par rapport aux politiques du gouvernement Meloni : contre la guerre, contre le coût élevé de la vie, contre l’emploi précaire, pour l’emploi, les salaires, le logement, les soins de santé et l’éducation publique.

La revendication d'une transformation politique et de la chute du gouvernement Meloni est indissociable d'un programme social concret. Il ne s'agit pas de remplacer une classe dirigeante par une autre sans rien changer, mais de construire une alternative fondée sur les intérêts des classes laborieuses.

La guerre n'est pas dissociable des crises sociales.

L’un des résultats les plus importants du 30 octobre a été de lier explicitement la question sociale à la question internationale.

La guerre n'est pas un problème lointain, confiné aux territoires où elle se déroule. C'est un choix économique et politique qui influe directement sur les conditions de vie des populations. L'augmentation des dépenses militaires, la reconversion industrielle vers la production de guerre et la subordination des politiques économiques aux intérêts stratégiques de l'OTAN et des puissances impérialistes entraînent un détournement de ressources au détriment de la protection sociale, de la santé, de l'éducation, des retraites et des investissements productifs et sociaux.

Nous ne pouvons accepter que l'on demande aux travailleurs de renoncer à une partie de leur salaire, que les services publics soient réduits et que les familles soient laissées à elles-mêmes face à la hausse des prix, tandis que les ressources allouées à l'armement se multiplient.

La question de la paix est donc indissociable de la lutte pour la justice sociale. Il est nécessaire de contrer le militarisme et la subordination de l'Italie aux stratégies de guerre des États-Unis et de l'Union européenne, en revendiquant une politique étrangère autonome fondée sur la coopération internationale, la diplomatie, le droit des peuples à l'autodétermination et le désarmement.

Ce cadre inclut également notre solidarité avec Cuba socialiste, soumise depuis des décennies au blocus criminel des États-Unis, et notre soutien au peuple palestinien, qui continue de subir une tragédie humanitaire et le déni de ses droits nationaux.

Il n'y a pas d'internationalisme authentique sans solidarité concrète avec les peuples qui résistent à l'impérialisme et au colonialisme. La lutte contre le blocus de Cuba et la lutte pour la liberté palestinienne font partie d'un même combat pour un ordre international multipolaire, fondé sur la souveraineté et l'égalité des peuples.

Les dockers ont démontré que le travail peut mettre fin à la guerre.

La dimension internationale de la grève du 30 octobre était particulièrement évidente dans la mobilisation des dockers.

Dans 113 ports répartis dans 22 pays, avec la participation de 25 syndicats, les travailleurs ont élevé la voix contre le trafic d'armes et la complicité économique dans les guerres et les génocides.

Des ports italiens aux ports français, de la Grèce à la Turquie, en passant par l'Europe du Nord, les États-Unis, le Mexique, l'Inde et l'Australie, une solidarité internationaliste s'est manifestée, transcendant les frontières nationales.

Il s'agit d'une étape d'une grande importance politique. Les dockers ont démontré que le monde du travail n'est pas condamné à être un rouage passif de l'économie de guerre. Au contraire, il peut devenir un acteur actif, capable d'entraver le transport des armements et de dénoncer la responsabilité des secteurs économiques dans la production et la distribution des armes de guerre.

Cette mobilisation, construite à travers les relations syndicales internationales et le parcours de Ports en action, démontre que la solidarité peut se transformer en organisation et que l'internationalisme n'est pas une déclaration abstraite, mais une pratique concrète.

Le rôle de l'USB, aux côtés des syndicats qui ont organisé cette journée, a été crucial. Le 30 octobre a démontré que la lutte contre la guerre peut rejoindre la lutte pour les salaires et les droits, en construisant une plateforme commune entre les travailleurs de différents pays.

Le droit à la dissidence ne saurait être anéanti par la répression.

Un autre élément qu'il convient de souligner concerne la tentative de restreindre les espaces de protestation par le biais de réquisitions, d'interdictions, de menaces et de campagnes de criminalisation.

La réaction des rues a démontré que la peur n'a pas freiné la mobilisation. Les syndicats et les organisations sociales ont exercé leur droit constitutionnel de grève, et des milliers de personnes ont choisi d'y participer, malgré les pressions et les tentatives visant à discréditer leur mouvement.

Il est également important de ne pas laisser des épisodes isolés de violence ou d'éventuelles provocations occulter les raisons profondes qui sous-tendent les protestations et le caractère largement pacifique des manifestations.

La démocratie se mesure non seulement au fonctionnement des institutions représentatives, mais aussi à la capacité concrète des citoyens de s'organiser, de faire grève, de manifester et de contester les décisions gouvernementales.

Nous suivons également de près l'évolution de la situation en France, où les mouvements sociaux continuent d'exprimer une forte opposition aux politiques gouvernementales et où le recours aux interdictions et aux mesures répressives n'a pas permis de s'attaquer aux causes profondes du conflit. Cette situation confirme la profonde crise de la représentation qui sévit dans les démocraties libérales européennes, lorsque les institutions prétendent gérer la dissidence plutôt que d'en écouter les causes.

Une plateforme sociale pour changer les priorités économiques

La mobilisation du 12 décembre doit aussi être un moment de réflexion et de proposition.

Nous avons besoin d'une politique économique radicalement différente, qui redonne la place centrale au travail et aux besoins sociaux.

Nous voulons des salaires décents, un véritable rétablissement du pouvoir d'achat, la lutte contre la précarité de l'emploi, le droit au logement, des investissements publics dans la santé et l'éducation, des pensions adéquates et le rétablissement des aides au revenu pour les personnes vivant dans la pauvreté et la marginalisation.

Il faut stopper les privatisations et s'opposer à la subordination des décisions industrielles aux intérêts des multinationales et de la finance. Un vaste plan d'investissement public est nécessaire, axé sur la reconversion écologique et sociale, la protection des terres, la recherche, la culture et la qualité de l'emploi.

Avant tout, nous devons inverser le sens des dépenses publiques : moins de ressources pour l'armement et plus de ressources pour la vie des citoyens.

Il ne s'agit pas d'une question de compatibilité comptable, mais de priorités politiques et de rapports de force. Les ressources existent, mais nous devons décider où les allouer et quels intérêts privilégier.

Construisez une organisation, ne dispersez pas la colère

La forte mobilisation du 30 octobre nous impose une responsabilité. Nous ne pouvons pas nous contenter de célébrer le succès d'une seule journée, ni supposer qu'une manifestation d'envergure modifiera automatiquement l'équilibre des pouvoirs.

La colère sociale doit se muer en prise de conscience, en organisation et en initiative. Il nous faut renforcer les liens entre les différentes expériences de lutte, consolider le leadership des travailleurs et des étudiants et bâtir un réseau de solidarité solide entre les syndicats, les organisations politiques et les organisations sociales.

Un travail politique de longue haleine est nécessaire, capable de concilier les revendications immédiates avec une critique globale du modèle capitaliste et impérialiste qui engendre la guerre, les inégalités et l'exploitation.

C’est pourquoi le 12 décembre ne doit pas être considéré comme une simple manifestation de plus. Il doit devenir une nouvelle étape d’un processus de réconciliation sociale et politique, ouvert à toutes les forces qui reconnaissent la nécessité d’une véritable opposition aux politiques du gouvernement Meloni et aux intérêts économiques qui les soutiennent.

Nous ne cherchons ni à bâtir une coalition électorale sans ancrage social, ni à accumuler les acronymes. Nous voulons contribuer à la construction d'un mouvement citoyen organisé, capable d'intervenir dans les conflits, de donner la parole aux populations les plus exploitées et de proposer un plan de transformation de la société.

Le 30 octobre a démontré que cette possibilité existe. La manifestation devant le Colisée a constitué le premier signe de continuité. Le 12 décembre devrait représenter un tournant décisif.

Le pays véritable est descendu dans la rue. Il doit désormais pouvoir construire son propre avenir, sans déléguer à d'autres la défense de ses droits et la possibilité du changement.

Notre slogan demeure simple et radical : déposer les armes, augmenter les salaires, défendre les droits, construire la paix. Et surtout, transformer la protestation en organisation, et l’organisation en une force collective de changement.

Luciano Vasapollo

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