TOPO EXPRESS
Cuba résiste. Voilà un article qui a le mérite de détailler les problèmes concrets qu’affronte l’île, ils paraissent insurmontables mais il y a une donnée qui est fondamentale celle de la manière dont la volonté de résistance cubaine peut s’appuyer sur celle de gouvernements et de peuples. La solidarité « hispanique » celle de l’Espagne et des gouvernements comme le Mexique, le Brésil, la Colombie est fondamentale et provoque une onde de résistance dans tout l’hémisphère sud des Amériques, en fait cette onde de choc va bien au-delà mais elle s’ancre sur le rôle joué par la Chine et la Russie à la fois diplomatique et énergétique. Une des bases de la résistance est donc de prendre conscience de l’élargissement du champ des solidarités. (noteettraduction de danielle Bleitrach pour histoiretsociete)
Géopolitique 29 avril 2026
CUBA ACCÉLÈRE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : LE SOUTIEN DE PÉKIN ET DE MOSCOU FAIT TOUTE LA DIFFÉRENCE
Par la rédaction de l’AntiDiplomatico
Effondrements généralisés, coupures de courant tournantes, usines à l’arrêt, champs non irrigués. Et une population épuisée par la chaleur et l’incertitude. Voilà la situation dans laquelle se trouve Cuba, victime du blocus énergétique criminel imposé par les États-Unis.
Mais le ministre de l’Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, lors d’une intervention tardive dans l’émission télévisée Mesa Redonda 1 , a tenté d’esquisser une lueur d’espoir : « Nous sommes parvenus à enrayer le déclin de la production pétrolière nationale et nous pouvons désormais affirmer qu’elle est en croissance. » Une déclaration qui paraît presque miraculeuse quand on sait que l’île est passée de 4,2 millions de tonnes équivalent pétrole à un peu plus de 2,2 millions. Un effondrement dû, explique le ministre, à un manque de financement, de pièces détachées, voire de pneus. Et aussi aux difficultés de transport du pétrole brut extrait.
Le gouvernement vise une production de 3,3 millions de tonnes d’ici fin 2026. Mais le problème de fond, celui qui provoque les coupures de courant dans les foyers cubains, c’est le carburant. Le carburant importé. Celui qui alimente les générateurs des centrales de production décentralisée – ces milliers de mégawatts installés qui restent muets faute de carburant – et celui qui alimente les centrales thermoélectriques à la tombée de la nuit. Et voici le tournant, ou du moins une tentative de tournant : le pétrolier russe Anatoly Kolodkin, arrivé fin mars avec cent mille tonnes de pétrole brut. Ce n’est pas une solution, comme De la O Levy l’a lui-même souligné, mais c’est une aide concrète. « Quiconque pense qu’un seul navire suffira à résoudre le problème se trompe. Il nous en faut huit par mois. » Huit navires transportant du pétrole brut, du diesel, de l’essence et du GPL. Un flux qui, pour l’instant, relève davantage de l’espoir que de la réalité.
Le pétrole brut russe a subi un revers logistique majeur : le navire n’a pu accéder à la baie de Cienfuegos, où se trouve la raffinerie la plus performante du pays, ce qui a nécessité un transbordement complexe, « une, deux, voire trois fois », a expliqué le ministre. Vint ensuite le raffinage : 48 heures, a-t-il promis, et le produit serait prêt. Mais la distribution s’avère une autre paire de manches. Les réservoirs des centrales de production décentralisée sont vides, et le carburant qui arrive est consommé en moins de 24 heures. « Le fût arrive à Guantánamo, mais lorsqu’il arrive à Cienfuegos, il est déjà épuisé », a-t-il résumé.
À ce jour, grâce à cette cargaison russe, 800 tonnes sont distribuées quotidiennement, soit la moitié des besoins réels. Ce choix, explique De la O Levy, était stratégique : ne pas tout consommer immédiatement pour limiter les coupures de courant, mais augmenter progressivement les réserves afin de se ménager une marge de manœuvre. Cette décision souligne la faible marge de manœuvre dont dispose l’île. Parallèlement à cette pénurie de carburant, on observe toutefois une bonne nouvelle : celle des énergies renouvelables.
Début 2025, les énergies propres ne représentaient qu’à peine 3 % du mix électrique. Fin 2020, grâce à une accélération de la construction de centrales solaires fournies par la Chine, ce chiffre atteignait 10 %. Avec l’arrivée de systèmes de stockage – des batteries déjà présentes sur l’île et d’autres en cours d’installation – il sera enfin possible d’utiliser l’énergie solaire la nuit, stabilisant ainsi la fréquence d’un réseau fragilisé par des centrales thermoélectriques obsolètes. Car, comme l’a admis le ministre, nombre de centrales ne peuvent plus réguler la fréquence comme elles le feraient en temps normal. Sans stockage, le seul moyen d’éviter un effondrement est le système DAF (Allocation Différentielle de Fréquence), qui déconnecte automatiquement les circuits lorsque la fréquence chute trop bas. Les batteries, promet-il, résoudront ce problème. Quatre batteries de 50 mégawatts sont actuellement en voie d’achèvement. Cependant, tout ne s’est pas déroulé sans accroc. La centrale thermoélectrique de Felton 2, stratégique car alimentée au pétrole brut local, a subi un incendie qui a détruit sa chaudière. Une nouvelle structure est en construction à Las Tunas, mais aucun calendrier n’a été annoncé. La station Céspedes de Cienfuegos a eu plus de chance : après une panne technique, elle a pu reprendre ses activités grâce à une solution entièrement nationale. Les États-Unis ayant refusé l’accès au logiciel propriétaire nécessaire à l’étalonnage, Cuba a dû concevoir une solution alternative en interne, en faisant appel à l’industrie militaire et à des spécialistes locaux.
Voici un exemple utilisé par le ministre pour décrire ce qu’il dénonce comme un « blocus énergétique brutal ».
Il ne s’agit pas seulement de sanctions commerciales, mais aussi de réelles perturbations de l’assistance technique : « Les spécialistes étrangers déjà présents dans le pays ont reçu un appel et ont été rapatriés », a-t-il déclaré.
Parallèlement, afin de limiter les dégâts économiques, le gouvernement a décidé de protéger 631 lignes électriques à travers le pays – celles qui alimentent l’agriculture (riz, maïs, soja, tabac) et les industries d’exportation. En début d’année, ces lignes consommaient plus de 800 mégawatts. Un choix difficile, car cette énergie aurait pu être utilisée pour alimenter les foyers, mais nécessaire, a expliqué le ministre, pour éviter un arrêt de production encore plus grave.
Et qu’en est-il de la population ? Les habitants d’une province comme La Havane, où de nombreux services essentiels doivent être préservés, constatent que les coupures de courant se concentrent sur quelques circuits seulement. « Aucune province n’est identique à une autre. La distribution est complexe et pas toujours optimale. »
Malgré tout, le ministre reste optimiste. L’objectif pour 2026 est de consolider les 1 000 mégawatts récupérés grâce à la production décentralisée, d’atteindre 570 mégawatts supplémentaires provenant des centrales thermoélectriques et de poursuivre le développement du gaz domestique, qui garantit déjà une production stable de 340 mégawatts. À propos de gaz : le gaz naturel liquéfié (GNL), dont 80 % est importé, est actuellement rationné et réservé aux hôpitaux, aux soupes populaires et à la production stratégique. Les bouteilles de gaz pour les particuliers demeurent un luxe.
Il y a ensuite la transition culturelle, comme l’appelle De la O Levy. Cela implique la restauration des anciens moulins à vent – 5 673 des 7 827 d’origine sont désormais en service – et des petites unités de biogaz, abandonnées car « il est plus simple de se brancher sur une prise électrique ». Cela comprend également la fourniture de panneaux solaires portables aux enseignants, aux médecins et aux enfants qui dépendent de l’électricité pour des raisons médicales. Le ministre a annoncé que 100 % des polycliniques disposent désormais d’au moins deux kilowatts d’énergie renouvelable, une quantité suffisante pour garantir l’éclairage et le fonctionnement des équipements essentiels.
Cuba survit donc, prise en étau entre l’embargo américain, que le ministre qualifie de « brutal », et la pénurie chronique de carburant, et parvient à maintenir l’approvisionnement en électricité grâce à l’ingéniosité nationale et à la solidarité internationale. L’aide apportée par la Russie avec le pétrolier Anatoly Kolodkin s’est avérée cruciale dans ce contexte, tandis que la Chine continue de soutenir l’île dans sa transition énergétique en lui fournissant des technologies et des capacités de stockage, démontrant ainsi que l’embargo n’est pas parvenu à isoler complètement La Havane, contrairement aux intentions de Trump.
Notes
DERNIÈRE HEURE : LA CHINE ILLUMINE CUBA Ils voient enfin la lumière à Cuba, coincée pendant des mois dans des coupures de courant de plus de 20 heures, trouve un allié qui n’arrive pas avec le pétrole… mais avec la technologie. Et ce qui se passe en ce moment change tout. Le virage est direct : 75 plantes solaires se lèvent en un temps record. Ce n’est pas seulement un chiffre, c’est une déclaration de pouvoir et de stratégie. Pékin déploie une armée de panneaux avec un objectif clair : réduire la dépendance énergétique et stabiliser un système qui était au bord de l’effondrement. Ce n’est pas de l’aide… est de l’influence Nous voyons la fin d’une ère où le pétrole dominait tout, et le début d’un modèle d’indépendance énergétique dirigé par la Chine.

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