Cette conférence qui comme bien d’autres s’interroge non seulement sur l’OTAN et sur les promesses de « sécurité » de l’ordre unipolaire mais fait référence au gladio ce complot des années de plomb en Italie qui fit du terrorisme l’allié des forces conservatrices et capitalistes qui s’opposaient à l’union des communistes et des chrétiens pour empêcher la stratégie de l’eurocommunisme qui était celle de Berlingue. L’issue en fut la destruction du parti communiste et la montée actuelle de l’extrême-droite décomplexée par rapport à Mussolini de Meloni au moment où après un apparent triomphe, celle-ci qui a intégré l’UE se heurte à une crise de confiance, le recours au « conservatisme » montrant son échec, nous en sommes là dans toute l’UE, le recours politique au fascisme populiste à son zénith et en voie d’écroulement et à qui il ne reste plus que la guerre mais une comédie de ce qui fut une tragédie. Un rappel qui fait écho à la fin du mythe de l’union des forces conservatrices contre le néolibéralisme y compris en Russie et dans les ex-pays socialistes comme d’ailleurs les illusions d’une troisième voie social démocrate, nous en sommes là à la prise de conscience des « apories » et ces retour vers un passé différent mais qui éclaire le présent. parce que le refus du triomphe des monstres doit être confronté à l’internationalisation du fascisme. (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
30 juin 2026 11 minutes de lecture
Le Centro Studi Eurasia Mediterraneo (CeSEM) a été fondé à Trieste au printemps 2012 par un groupe de chercheurs issus de divers contextes italiens. toujours travaillés par l’idée d’un nouveau bloc historique dont l’hégémonie résulterait de la fusion entre les chrétiens et les communistes face à une social démocratie qui a cédé la place soit en rejoignant les rangs du fascisme, soit en s’intégrant au communisme avec son parti de type nouveau.

Les 26 et 27 juin 2026, la Conférence internationale sur la sécurité mondiale et l’OTAN s’est tenue sur les rives du Bosphore, dans le cadre magnifique d’Istanbul.
Les 26 et 27 juin 2026, la Conférence internationale sur la sécurité mondiale et l’OTAN s’est tenue sur les rives du Bosphore, dans le cadre magnifique d’Istanbul.
La conférence a été impeccablement organisée par le prestigieux think tank turc Dünya-Mer (pour suivre les travaux de ce centre de recherche et pour plus d’informations sur la conférence, veuillez consulter son site web : https://dunya-mer.com/) et a réuni des intervenants et des experts de renom venus de différents pays.
Parmi les personnes présentes figuraient le président de Dünya-Mer, Semih Koray, et le chef du Parti de la Patrie (Parti Vatan), Doğu Perinçek.
L’Italie était également représentée par Alessandro Fanetti du CeSEM, présent en personne, et le général Francesco Cosimato, qui a participé à la conférence à distance.
Cet événement a offert une occasion importante aux analystes du monde entier d’échanger leurs points de vue et d’approfondir leur compréhension de la situation géopolitique complexe à laquelle nous sommes actuellement confrontés, dans le contexte du conflit historique entre unipolarité et multipolarité.
Les discussions, vastes et approfondies, ont suscité une profonde réflexion et abordé des enjeux d’importance croissante qui joueront un rôle déterminant dans l’avenir de l’humanité. La conférence s’est conclue de façon significative par la présentation de la Déclaration finale en présence des intervenants, d’un large public et de nombreux représentants des médias.
Ci-dessous, nous publions le discours prononcé en personne par Alessandro Fanetti et la Déclaration finale :
Je tiens tout d’abord à remercier les organisateurs de cette importante conférence, DUNYA-MER et son président Semih Koray, d’avoir créé un espace où nous pouvons discuter de l’une des questions les plus cruciales de notre époque : la sécurité mondiale et l’avenir de l’ordre international.
Salutations chaleureuses de ma part et de toute l’équipe du « Centro Studi Eurasia e Mediterraneo » (CeSEM).
Mesdames et Messieurs,
L’avenir de l’humanité ne saurait se construire par la confrontation des civilisations, mais par le dialogue, la coopération et le respect mutuel. L’étude des interactions entre les civilisations, la contribution des puissances asiatiques émergentes et la construction d’un avenir commun pour l’humanité ne relèvent pas de simples sujets académiques ; elles constituent des enjeux politiques et moraux urgents.
Aujourd’hui, à l’approche du sommet de l’OTAN, nous sommes appelés à réfléchir honnêtement à l’état de la sécurité mondiale.
À mon avis, l’une des premières questions que nous devons nous poser est de savoir si l’OTAN peut être décrite simplement comme une alliance défensive. Selon moi, la réponse est non.
Ses partisans affirment qu’elle demeure une organisation vouée à la défense collective. Cependant, l’histoire des dernières décennies révèle une réalité plus complexe.
L’OTAN a participé à des opérations militaires majeures bien au-delà du territoire de ses États membres.
Parmi les exemples notables, citons la campagne de bombardements de 1999 contre la République fédérale de Yougoslavie, menée sans autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU ; l’intervention en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001, qui est devenue l’engagement militaire le plus long de l’histoire de l’OTAN ; et l’intervention de 2011 en Libye, initialement justifiée comme une mission humanitaire mais dont l’issue a contribué à l’instabilité qui continue de sévir en Afrique du Nord et en Méditerranée.
Que l’on soit pour ou contre ces interventions, il est indéniable qu’elles ont profondément influencé la perception de l’OTAN dans une grande partie du monde. Pour beaucoup, l’OTAN n’est plus seulement considérée comme une alliance défensive, mais aussi comme un instrument de projection de puissance au sein d’un cadre géopolitique plus large.
Ce débat n’est pas seulement international. Il concerne également mon pays, l’Italie.
Dans ce contexte, nombreux sont les Italiens qui ne peuvent évoquer l’histoire de l’OTAN sans faire ressurgir l’ombre de Gladio.
L’opération Gladio était une structure secrète de maintien de l’ordre établie pendant la guerre froide, officiellement justifiée comme un réseau d’intervention en cas d’invasion soviétique. Son existence est restée cachée au public pendant des décennies avant d’être révélée (et sommes-nous vraiment sûrs qu’elle, ou une structure similaire, n’existe plus ?).
Par ailleurs, le débat autour de Gladio a progressivement dépassé le cadre des événements historiques eux-mêmes. Certains chercheurs et observateurs politiques affirment qu’il soulève des questions plus vastes concernant les relations entre les services de renseignement, les alliances militaires, les intérêts économiques et les institutions démocratiques.
Ils mettent en lumière l’influence croissante des appareils de sécurité, des industries de défense, des réseaux de lobbying, des groupes de réflexion et des cercles de politique stratégique dans la formation des affaires internationales.
Que l’on adhère ou non pleinement à ces interprétations, elles mettent en lumière un enjeu crucial pour tous les pays : comment garantir la transparence, la responsabilité et le contrôle civil lors des décisions relatives à la sécurité nationale et aux interventions internationales ? Cette question demeure d’une grande actualité, notamment lorsqu’on aborde le rôle futur des alliances militaires dans un monde en pleine mutation.
Après la chute du mur de Berlin et la dissolution de l’Union soviétique, beaucoup pensaient qu’une nouvelle ère de paix allait s’instaurer.
La thèse de Fukuyama sur la « Fin de l’Histoire » résume parfaitement l’idée fausse que beaucoup de gens à travers le monde ont fini par croire.
Au lieu de cela, une autre réalité a pris forme.
Le monde bipolaire a disparu, mais un ordre international véritablement coopératif ne l’a pas remplacé. Au contraire, le monde est entré dans une ère souvent qualifiée d’unipolaire, caractérisée par la domination américaine. Et l’OTAN est devenue un instrument de plus en plus important pour maintenir cet ordre.
Malheureusement, cet ordre est trop souvent maintenu par les États-Unis, avec le soutien de l’OTAN et de leurs alliés à travers le monde, principalement de deux manières :
En promouvant une « domination » stratégique sur diverses régions qui ne souhaitaient pas se conformer à l’ordre unipolaire.
Et là où cette « domination » stratégique était objectivement impossible, en promouvant la stratégie du « diviser pour mieux régner ».
Et tout cela a toujours été mis en œuvre par diverses formes de coercition, y compris militaire.
Dans ce contexte, de nombreux critiques ont fait valoir que l’ère post-Guerre froide a également été marquée par l’influence croissante de ce que certains appellent l’appareil militaro-industriel et sécuritaire : le réseau d’institutions, d’entreprises de défense, de centres de recherche stratégique et d’acteurs politiques impliqués dans la définition des priorités de sécurité à long terme. Quelle que soit la terminologie employée, l’influence de ces structures est devenue un sujet majeur de débat public dans de nombreux pays.
Pendant un certain temps, cette structure est restée incontestée.
Pourtant, l’histoire n’est jamais figée et, pas à pas, de nouvelles puissances ont émergé, de nouveaux centres économiques se sont développés et de nouvelles réalités politiques ont pris forme.
Des pays comme la Chine et la Russie (pour ne citer que les acteurs les plus importants, mais avec tant d’autres « à leurs côtés », du moins dans leur conception de la nécessité d’un nouvel ordre géopolitique mondial) ont commencé à promouvoir des visions alternatives des relations internationales et à plaider en faveur d’un monde multipolaire. D’autres États ont également recherché une plus grande autonomie et indépendance stratégiques dans les affaires mondiales.
Que l’on soit d’accord ou non avec toutes leurs politiques, la montée de la multipolarité reflète un processus historique plus large : de plus en plus de nations exigent d’avoir davantage voix au chapitre dans la construction de l’avenir de l’humanité.
À cet égard, comment ne pas souligner l’existence d’organisations internationales qui ont reçu un « élan » significatif ces dernières années, comme par exemple BRICS+, l’Organisation de coopération de Shanghai et l’Alliance des États du Sahel ?
Des exemples de résistance d’une part, et la promotion d’un autre « monde géopolitique » d’autre part.
Dans ce contexte, le rôle de l’Iran, malgré des décennies de sanctions et de pressions, demeure important. Le pays continue de résister aux tentatives extérieures de dicter sa voie politique et est devenu un acteur majeur des dynamiques régionales.
De même, Cuba continue de représenter quelque chose de bien plus vaste que ses dimensions géographiques.
En effet, dans l’imaginaire politique de l’Amérique latine (et au-delà), Cuba n’est pas simplement un pays. C’est un symbole de souveraineté, d’autodétermination et de résistance aux pressions extérieures.
Toute menace directe contre Cuba est donc perçue par beaucoup, sur le continent et au-delà, non pas comme un simple différend concernant une île, mais comme une remise en cause du principe selon lequel les peuples ont le droit de déterminer leur propre destin librement, sans contrainte.
À l’instar de David face à Goliath, il tenta de préserver son indépendance malgré des difficultés extraordinaires.
Ainsi, depuis 1959, Cuba nous montre à tous qu’un autre monde est possible.
Tout cela, quoi qu’il arrive.
Dans ce contexte, Cuba a également joué un rôle important dans les efforts visant à renforcer l’intégration latino-américaine à travers des initiatives telles que la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) et l’ALBA-TCP, qui reflètent toutes deux des aspirations à une plus grande coopération et autonomie régionales (et donc à faire de cette région l’un des pôles du nouveau monde multipolaire).
Je suis fermement convaincu que la transition d’un monde unipolaire à un monde multipolaire est un processus complexe, jalonné inévitablement de revers et de progrès. Un fait demeure cependant clair : cette transformation est inéluctable et irréversible, à moins qu’un conflit mondial ne soit déclenché pour en stopper l’émergence. Je suis certain que personne ici présent ne souhaite un tel scénario.
Je voudrais également dire quelques mots sur le pays qui accueille cette importante initiative : la Turquie (Türkiye).
La Turquie occupe une place unique dans la géopolitique contemporaine et, comme j’ai eu l’occasion de le souligner l’année dernière ici même en Turquie lors de la conférence « Méditerranée orientale – Mer Noire », l’Asie occidentale (et l’Asie en tant que continent) et ses forces eurasiennes et multipolaires les plus dynamiques sont bien placées pour jouer un rôle de premier plan dans la transition vers le « nouveau monde ».
Il est clair et évident que la Turquie peut et doit jouer un rôle central. Une Turquie pleinement intégrée à la dynamique multipolaire, c’est-à-dire capable de déployer tous ses atouts sans contraintes ni restrictions extérieures d’aucune sorte. En réalité, rares sont les « États civilisationnels » au monde qui peuvent prétendre à un rôle de premier plan au sein de leur centre géopolitique et sur la scène internationale. Ankara est l’un d’eux, notamment grâce à son histoire et aux atouts qu’elle peut encore mobiliser. Au service d’elle-même, de son centre géopolitique et d’un monde plus juste et plus sûr pour tous.
Aujourd’hui, la Turquie est membre de l’OTAN, mais elle a maintes fois fait preuve d’une certaine indépendance d’esprit sur la scène internationale. Elle a maintenu le dialogue avec des acteurs qui se retrouvent souvent dans des camps opposés lors de conflits mondiaux. Elle s’est efforcée de défendre ses intérêts nationaux tout en évoluant dans un contexte régional de plus en plus complexe.
Cette autonomie stratégique pourrait devenir encore plus importante dans les années à venir.
Et les récentes déclarations du ministre israélien des Affaires de la Diaspora, Amichai Chikli, qui a affirmé que « la Syrie et la Turquie représentent une menace plus importante pour Israël que l’Iran », démontrent une fois de plus notre position.
À l’heure où le Moyen-Orient est confronté à d’immenses tensions, ce dont la région a besoin, ce ne sont pas de nouvelles guerres, mais de dialogue, de diplomatie et d’accords de sécurité fondés sur le respect mutuel et la souveraineté.
Les populations de cette région ont déjà suffisamment souffert des conflits.
Ce qu’il faut maintenant, c’est un cadre capable d’assurer la stabilité sans domination et la coopération sans coercition.
En fin de compte, la question centrale qui se pose à nous est simple.
L’humanité peut-elle continuer à s’appuyer sur des systèmes fondés sur la rivalité, les blocs militaires, les sanctions et la confrontation géopolitique ?
Ou bien est-il temps d’évoluer vers un ordre véritablement multipolaire fondé sur l’égalité souveraine, la coexistence pacifique, le dialogue entre les civilisations et le développement partagé ?
Je pense que la réponse est claire.
La sécurité mondiale ne peut se construire ni par l’hégémonie, ni par la confrontation constante. Elle ne peut reposer sur la conviction qu’une nation, une alliance ou un bloc a le droit de déterminer l’avenir de tous les autres.
Un ordre international stable exige équilibre et respect, la reconnaissance que la diversité de l’humanité est une force plutôt qu’une menace.
L’avenir doit appartenir non pas à la domination, mais à la coopération.
Non pas à l’unipolarité, mais au dialogue entre de multiples centres de civilisation.
Non aux conflits éternels, mais à un avenir partagé pour l’humanité.
Comme le soulignait il y a des décennies mon compatriote, le grand intellectuel communiste Antonio Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître. Et dans ce clair-obscur naissent les monstres. »
Il est de notre responsabilité à tous de veiller à ce que les monstres ne triomphent pas et qu’un avenir de paix et de stabilité prévale.
Mille mercis.

Déclaration finale
La Conférence internationale sur la sécurité mondiale et l’OTAN, organisée par le Centre de recherche de l’Initiative des civilisations mondiales, s’est tenue les 26 et 27 juin 2026 au Centre événementiel Taşyapı à Istanbul.
Les présentations, par ordre alphabétique, ont été données par deux intervenants des États-Unis, un d’Allemagne, un d’Azerbaïdjan, un de Bulgarie, un de Chine, deux d’Iran, deux d’Italie, deux de Russie, un de Serbie et sept de Turquie. Des personnalités politiques, des parlementaires, des généraux à la retraite, des universitaires et des experts ont participé aux quatre sessions de la conférence, qui s’est déroulée sur deux jours.
La conférence a examiné le thème « SÉCURITÉ MONDIALE ET OTAN » sous de nombreux angles. Les participants sont parvenus à plusieurs conclusions communes, que l’on peut résumer comme suit :
Compte tenu de la crise et de la désintégration actuelles du système atlantique, il ne serait pas surprenant de prédire que le sommet de l’OTAN prévu à Ankara les 7 et 8 juillet 2026 pourrait être le dernier. La déclaration du président français Macron, selon laquelle « l’OTAN est en état de mort cérébrale », associée à la description de l’OTAN comme un « tigre de papier » par le président américain Trump, confortent cette analyse.
Les efforts des États-Unis pour diriger et dominer les autres États membres de l’OTAN par le biais de l’alliance ont contribué à rendre l’organisation de plus en plus instable dans un monde multipolaire émergent. Si cette tendance se poursuit, le monde deviendra un endroit de plus en plus instable.
La coopération de l’Iran avec la Fédération de Russie et la République populaire de Chine a joué un rôle déterminant dans sa résistance efficace à l’attaque américano-israélienne, malgré les sacrifices consentis. Le retrait de la Turquie de l’OTAN et sa participation à ce partenariat contribueraient de manière significative à l’avenir de l’humanité et renforceraient la capacité de dissuasion de l’alliance face aux menaces à la sécurité mondiale.
Un axe composé de la Turquie, de la Russie, de l’Iran et de la Chine servirait également de base au développement d’une coopération régionale plus large. Chercher à jouer un rôle plus important au sein d’une OTAN en déclin ne ferait qu’accroître le fardeau de son effondrement pour la Turquie.
La désintégration en cours au sein du système atlantique s’accompagne d’un déclin moral qui mine particulièrement la vigueur des jeunes générations. La sécurité mondiale est ainsi devenue non seulement une préoccupation à court terme, mais un enjeu qui influence l’avenir à long terme de l’humanité.
L’humanité a un besoin urgent d’une nouvelle civilisation. Une nouvelle civilisation émergeant de l’Est et des pays du Sud est une candidate sérieuse pour répondre à ce besoin, et elle ne sera assurément pas une réplique du système atlantique.
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