Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Cinema : ma frère

  • samedi vu « ma frère ».. Je n’ai pas le temps en ce moment de réellement faire la critique des films que je vois, mais dès que je suis sortie du bouclage de mon livre que je le sais à l’imprimerie je m’y remet, c’est promis juré, j’ai d’ailleurs une foule d’autre projets, la préface d’un livre sur la Russie et l’Asie centrale dont nous reparlerons et à propos de cinéma une étude du mage du Kremlin. Je me contente donc d’impressions sur un film que je n’e reverrai pas plusieurs fois à l’inverse d’Hamnet qui me hante. On ne peut pas critiquer un film sur une seule première vision, je suis trop bon public, il faut que je reprenne les impressions et que je vérifie à quoi elles correspondent en matière d’écriture du film. Donc considérez ce que je dis de ce film de l’intérêt d’une chronique sociale de ce type mérite approfondissement. Ma frère est le deuxième long métrage de Lise Akoka et Roman Guéret, et je n’ai pas vu le premier, l’histoire suit deux jeunes femmes, Shaï et Djeneba (visiblement les incarnations des deux autrices) pour lesquelles on éprouve spontanément de la sympathie. Et on ne cesse de rire face à leur inventions et celle des enfants dont elles ont la charge…
  • Ces deux amies fuient les problèmes accumulés dans leur banlieue de la région parisienne en devenant animatrices en colonie de vacances dans la Drôme. A leur propos, on est à la limite de ce qui devrait être toléré en matière d’encadrement et elles ne sont pas les plus déjantées du groupe des moniteurs, une sorte d’équipe du splendide au club méditerranée quelques décennies après quand s’est écroulée la « cité Gagarine »… Malgré ces conditions extrême, tout ce monde et nos deux héroïnes en tête, sont loin d’être la matrice de l’échec que l’on imagine, comme leur amitié, leur relation aux enfants recèlent des trésors d’art dans la manière de provoquer les confidences de panser les traumatismes.
  • Ce qui est à l’œuvre dès la première scène est la parodie par les enfants du monde adulte à travers un accouchement simulée par une petite « africaine » d’une dizaine d’années avec un dialogue savoureux anticonformiste, de la part des adultes qui encadrent la scène. Le ressort est donc dans une langue drôle qui a assez de puissance pour recréer jusqu’au décor et devient alors un comique de situation et la salle s’esclaffe comme on disait à Marseille,… La langue française, comme au temps de Rabelais, éclate dans son carcan académique bon chic , bon genre et bien sur cela passe par la paillardise, le scatologique de l’enfance. Le rire nait alors de la précision, du mot exact évoqué en contrepoint , la vulve à la place de la zézette, comme si se rejouait une nouvelle fixation de la langue à partir des péripéties des petites gens venus d’ailleurs. Le masculin et le féminin, la France profonde et celle des banlieues entrent en contact, quand un car tandis déferle de la région parisienne plein de petits enfants de toutes couleurs, disciples de Rousseau, ces bons sauvages, découvrent que la Drome n’est pas au bord de la mer et s’approprient le fleuve en s’étonnant des mœurs des bobos fauchés qui campent sur l’autre rive du fleuve, pratiquent le nudisme et la « tolérance ». le rire surgit., encore,… Ce sont les petites filles et les femmes qui mènent la danse d’où « ma » frère.. Notez que dans un temps où il est question d’interdire les enfants dans certains compartiments de train, dans les lieux de divertissement, on apprécie ce jaillissement de joie et de tendresse …. Mais car il y a un mais, ce n’est pas facile de saisir la spontanéité de l’enfance, le jeu qui leur est si essentiel… Le fait est que nous sommes loin de Jean Vigo et de zéro de conduite, de la magie de la rébellion même si cela demeure sans fausse note…
  • On a tellement envie d’adhérer à cette chronique sociale dans tout ce qu’elle a de juste et de touchant, que l’on repousse ce je ne sais quoi qui laisse sur sa faim, empêche de se sentir emporté dans cet univers qui peu à peu épuise ses effets de truculence , s’assèche au moment même où la crise intervient paraît s’imposer à tant de bonne volonté. C’est comme chez Guédiguian, après la fraicheur de Marius et Jeanette, un peu mieux que chez Jugnot, il y a cette retombée parce que l’ effet alors reste de surface, sans tension interne . Les choses de la vie , celles qui habitent la souffrance et l’amour sont désignées, mais dans la superficialité des conventions et c’en est à un point que ça devient problématique. A savoir à qui est-ce qu’on cherche à plaire pour que tout reste ainsi lisse au moment où intervient le paroxysme et son issue, quand le conflit, le chagrin sont là et que rien ne se passe qui nous touche. C’est alors un cinéma auquel il manque la catharsis autant que la distanciation l’apaisement des passions et l’intelligence du réel, que le film aurait pu porter plus complètement. Pagnol, lui aussi incarnait ce primat de la langue, mais il arrivait à nous faire percevoir un destin dans lequel la tragédie de la terre, de la mer, des décors du quotidien donnent au dialogue un véritable écho. Ettore Scola y est parvenu, pas toujours mais souvent.
  • Bon, elles sont jeunes encore et ne manquent pas de talent, les autrices et leurs interprètes En tous les cas la salle approuve, attendons la suite et puis dans le catastrophisme ambiant qui s’en plaindra, il y a là peut-être le véritable défi du film: les femmes et les enfants d’abord et c’est pas triste…
  • (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Détail de l’affiche de « Ma frère » – Lise Akoka et Romane Gueret

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