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Ce que les initiatives mondiales de la Chine offrent au monde : Quarante-deuxième bulletin d'information (2026)
À l’heure de la guerre, de la dette, du pouvoir des entreprises et de la dépendance technologique, cinq propositions chinoises rouvrent une question longtemps occultée : quelles institutions sont nécessaires pour rendre la paix, la souveraineté et le développement matériellement possibles ? Soit on accepte de continuer à s'enfermer dans l'Apocalypse soit on refuse la peur sui paralyse mais alors il faut avoir la lucidité du concret de ce qui existe déjà comme alternative. En refusant l'apocalypse, je ne suis pas optimiste, je pense simplement que le pessimisme est un luxe petit bourgeois que ceux aux côtés de qui j'ai choisi non seulement de "penser" la réalité mais de FAIRE ne peuvent pas se permettre. Mais cet optimisme est d'abord lucidité, connaissance, compréhension de la réalité, du mouvement qui modifie l'ordre des choses existantes. Ceux qui prennent le parti de refuser la défaite le font certes avec une vision humaniste mais aussi réaliste et sans propension aux prophéties apocalyptiques et c'est un peu le thème du jour. Je voudrais faire partager la dure expérience de la "politique" non telle qu'on la rêve mais telle qu'elle s'impose, innovation et discipline collective à l'école de ce que fut le communisme. Comment est-ce quand on choisit de s'opposer à l'ordre existant il faut très rapidement mesurer sa place réelle et à choisir une position qui n'est pas celle de la défaite et alors on ne peut plus ignorer la réalité des initiatives mondiales de la Chine, le tournant civilisationnel. vers un ordre mondial plus équitable et plus juste (video) avec ce mélange d'archaïsme et de modernité.
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : thetricontinental.org
Yang Shanshen (Chine), le poète Xie Lingyun et ses compagnons , sd
Chers amis,
Salutations de la part de Tricontinental : Institut de recherche sociale .
Les flammes de la guerre ravagent la Palestine, l'Ukraine, le Soudan et l'Iran, démoralisant des milliards de personnes à travers le monde, déjà accablées par les flammes et l'inflation. Ces conflits semblent sans issue, et il est impossible d'entrevoir leur dénouement. Les puissances de l'OTAN s'obstinent à vouloir vaincre la Russie, tandis que les États-Unis cherchent à renverser la République islamique d'Iran. Aucun de ces scénarios n'est envisageable : la Russie est une puissance nucléaire capable de faire face à une menace existentielle, et l'Iran a démontré sa capacité à porter gravement atteinte aux intérêts américains dans la région. Le drapeau blanc de la capitulation ne flottera pas, mais les agresseurs refusent de s'asseoir sérieusement à la table des négociations.
C’est dans ce contexte de démoralisation que le gouvernement chinois a proposé cinq initiatives :
- L’initiative « la Ceinture et la Route » (BRI) .Par le biais des infrastructures, du commerce et des investissements, la BRI vise à contribuer à la construction d’une « communauté mondiale de destin partagé », une vision exposée dans le livre blanc du gouvernement chinois de 2023. Ses deux principaux volets ont été proposés une décennie plus tôt : une ceinture économique traversant l’Asie centrale, annoncée au Kazakhstan en septembre 2013, et une route de la soie maritime, annoncée en Indonésie en octobre de la même année.
- L’Initiative mondiale pour le développement. Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2021, en pleine pandémie, le président Xi Jinping a suggéré qu’un plan de développement – tel que l’Agenda 2030 de l’ONU – devrait constituer un objectif structurant des relations internationales.
- L’Initiative pour la sécurité mondiale. Lors du Forum de Boao pour l’Asie, en avril 2022, Xi Jinping a proposé une vision du développement des pays qui ne s’engagent pas dans un conflit permanent ni dans la coercition. Les principes qui guident ce développement doivent reposer sur le respect de l’intégrité territoriale.
- L’Initiative pour une civilisation mondiale ,annoncée en mars 2023, affirme la diversité des civilisations et la pluralité des voies de modernisation. Elle rejette catégoriquement l’idée que le développement passe nécessairement par l’imitation des cultures et institutions étrangères.
- L’Initiative pour la gouvernance mondiale .En septembre 2025, lors de la réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai à Tianjin, Xi a mis davantage l’accent sur la réforme institutionnelle à travers cinq concepts : l’égalité souveraine, l’état de droit international, le multilatéralisme, une approche centrée sur les personnes et des résultats concrets.
Yuan Qingyi (Chine), Spring Has Come , 1984.
Prises ensemble, ces cinq initiatives constituent une base solide pour un dialogue mondial non seulement sur la paix, mais aussi sur son fondement matériel : le développement. Leur potentiel doit être évalué à l'aune de leur capacité à aider nos sociétés à instaurer la paix, à renforcer leurs capacités productives et à exercer une maîtrise de leur vie économique. Ces initiatives visent à relancer un dialogue qui a abouti, en 1974, à l'adoption par l'Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration sur l'instauration d'un nouvel ordre économique international. Les propositions de la Chine démontrent que ce dont nous avons besoin, ce n'est pas une réforme partielle de telle ou telle institution internationale, ni un cessez-le-feu dans tel ou tel conflit, mais une refonte globale du multilatéralisme qui garantisse non seulement une égalité formelle entre les États, mais aussi la fin des profondes inégalités de puissance économique.
Ces cinq initiatives ne suffisent pas, à elles seules, à instaurer un nouvel ordre économique international. Actuellement, le régime économique international est un ensemble de règles régissant le commerce, l'investissement, la fiscalité, la dette et la technologie. Or, ces règles sont conçues pour renforcer le pouvoir des entreprises plutôt que pour promouvoir la démocratie internationale. Elles sont façonnées par les sociétés transnationales (STN), qui peuvent contraindre les gouvernements à s'imposer en déplaçant les investissements, en transférant les profits et en jouant sur les rivalités entre juridictions. À quoi peuvent espérer ces initiatives si les règles du jeu continuent de privilégier les profits des entreprises avant tout ?
Lu Shoukun (Chine), Chan Painting, 1970.
Les grands principes de ces cinq initiatives devront être intégrés à un programme pour les pays du Sud. Celui-ci devrait inclure une plus grande influence des pays du Sud au sein des institutions financières, un financement du développement adapté à la transformation industrielle et des règles commerciales et d'investissement favorisant la diversification économique. Ces principes ouvrent le dialogue, mais il incombe désormais aux pays du Sud de leur donner une dimension institutionnelle. Voici cinq domaines dans lesquels ce programme peut se concrétiser :
- Fiscalité.Uneétudede l'Université d'Oxford publiée en 2015 estimait que l'évasion fiscale des firmes transnationales pourrait coûter aux pays en développement environ 213 milliards de dollars par an à long terme. Ce chiffre était sous-estimé à l'époque et est certainement bien plus élevé aujourd'hui. Pour remédier à ce problème, des négociations ont été entamées en 2025 sur laConvention-cadre des Nations Unies pour la coopération fiscale internationale. Ce processus en cours offre un cadre existant pour corriger les problèmes grâce à des normes minimales communes et à une répartition des recettes qui tiennent compte à la fois de la production et des ventes. Il est essentiel que les pays échangent des informations sur les firmes transnationales, exigent la publication de rapports par juridiction, empêchent les entreprises d'obtenir des concessions par la menace de délocalisation et coopèrent pour imposer les bénéfices là où se concentre l'activité économique.
- Normes du travail.Les États devraient s'entendre sur des protections exécutoires pour les syndicats, la négociation collective, la sécurité au travail et l'absence de travail forcé. Ils devraient partager les résultats des inspections et offrir aux travailleurs des moyens de faire valoir leurs droits au-delà des frontières. Les entreprises leaders doivent assumer des responsabilités clairement définies en cas d'abus dans les chaînes d'approvisionnement. Les accords régionaux peuvent freiner la concurrence pour attirer les investissements en comprimant les salaires et en baissant les droits. La déclaration de l'Organisation internationale du travail surles entreprises multinationalesfournit des orientations ; son application contraignante exige des engagements juridiques supplémentaires.
- Responsabilité des entreprises.En 2014, le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies a créé un groupe de travail chargé de négocier un instrument juridiquement contraignant surles entrepriseset les droits humains. Plus d'une décennie plus tard, les négociations ont abouti à des projets successifs, mais aucun traité n'a été adopté. Un régime sérieux réformerait les accords d'investissement afin de protéger la réglementation publique légitime et de rendre les obligations des entreprises exécutoires. Il devrait prévoir des enquêtes sur les malversations des entreprises, la responsabilité des entreprises dont la conduite ou les manquements contribuent à un préjudice, la coopération entre les autorités judiciaires et des recours exécutoires par le biais d'un système juridique international crédible.
Wang He (Chine), secrétaire de Lin Hejing , 2024.
- Accès aux technologies.Les négociations relatives à l'annexe sur l'accès aux agents pathogènes et le partage des avantages, intégrée à l'Accord de l'Organisation mondiale de la Santé sur la pandémie,offrent un cadre concret permettant aux pays du Sud de promouvoir une coopération technologique renforçant leurs capacités de production. Ces discussions portent sur l'accès aux vaccins, aux traitements et aux tests. Les dispositions de l'accord concernant le transfert de technologies constituent un point de départ, mais leur dépendance à des conditions mutuellement convenues rend trop d'éléments dépendants de la bonne volonté des détenteurs de droits privés. Le financement et les marchés publics devraient être assortis de conditions contraignantes afin de garantir les licences technologiques, de partager les connaissances pratiques, de former la main-d'œuvre et de renforcer la recherche et les fournisseurs nationaux. Les pays du Sud peuvent mutualiser leur pouvoir d'achat et financer conjointement des institutions de recherche, tout en conservant le droit d'utiliser les licences obligatoires lorsque les règles internationales le permettent. L'accès aux brevets ne suffit pas à lui seul à créer la capacité de production : les pays ont également besoin d'équipements, de main-d'œuvre qualifiée et des connaissances nécessaires à l'organisation de la production. L'enjeu est de transformer les engagements de l'accord en obligations assorties d'objectifs et d'échéances clairs, permettant ainsi aux pays d'adapter, d'améliorer et de produire eux-mêmes les technologies.
- Dette et financement. L’ Engagement de Sévilledes Nations Unies offre aux pays du Sud la possibilité de s’organiser collectivement pour un régime de dette souveraine plus équitable, en s’appuyant sur le travail de longue date de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) en matière de restructuration de la dette. Sa plateforme pour les pays emprunteurs devrait leur permettre de coordonner leurs demandes de transparence des prêts, de restructuration rapide et de règles contraignantes empêchant les créanciers privés d’entraver les accords. Le processus intergouvernemental envisagé par cet engagement devrait ouvrir la voie à un cadre multilatéral contraignant qui protège les dépenses publiques essentielles et évalue la capacité de remboursement au même titre que les investissements nécessaires à la transformation économique.
Wang Yin (Chine), Dans le train , 2013.
J'écris cette lettre d'information à bord d'un train à grande vitesse quittant Xinyu, dans la province chinoise du Jiangxi. C'est à Xinyu que Song Yingxing écrivit au XVIIe siècle son ouvrage de référence sur la technologie, le Tiangong Kaiwu (L'Exploitation des œuvres de la nature) . Ce livre a également inspiré un drame dansé mis en scène par Lu Chuan. Aujourd'hui, la région abrite d'impressionnantes usines – de batteries au lithium et d'acier au silicium – qui utilisent les techniques de production les plus sophistiquées. À Xinyu, j'ai interrogé Wang Wen, doyen de l'Institut Chongyang d'études financières de l'Université Renmin de Chine, sur ce qu'il considérait comme essentiel au développement des pays du Sud. Il a évoqué trois axes : une industrialisation respectueuse de l'environnement, la revitalisation des cultures locales et la capacité d'interagir avec les autres cultures sans complexe. Tandis que je quittais Xinyu et que la campagne s'étendait à perte de vue, j'ai écrit ce poème :
Il n'y a pas de poussière dans l'usine.
Elle est assise à son bureau, à cet endroit
où l'acier au silicium glisse devant elle,
fin comme un fil de dentelle.Son casque orange détonne
au-dessus de son visage attentif ;
une bande de terre argentée défile,
et elle en suit le cours des yeux.« Que faites-vous à votre bureau ? » demandai-je.
« Je maintiens la vitesse du tapis roulant. »
Sa main se pose légèrement sur le clavier,
où les chiffres s'offrent à elle.Nous rendons l'acier possible , je pense,
en observant ses doigts et ses yeux.
La machine a ses mille instructions ;
elle sait où les problèmes peuvent surgir.Une danseuse antique pénètre dans l'œuvre,
sa manche décrit un mouvement dans l'air ;
descendant du Tiangong Kaiwu,
elle y retrouve ses descendants.Un luth, une cloche, le bruit de pas :
la vieille mélodie parcourt le sol.
Elle s'arrête devant l'acier en mouvement,
puis suit son parcours jusqu'à la porte.« La bienveillance au service du bien-être du peuple ».
Lu Chuan parle de Song Yingxing :
Dehors, les ouvriers montent dans leurs bus ;
le crépuscule à l'usine est une chose lumineuse.Un livre du quotidien s'ouvre :
le four, le métier à tisser et le grain.
Les noms de ceux qui y travaillaient ont disparu ;
ce qu'ils savaient demeure.À Xinyu, on fabrique les piles au lithium
qui prolongent le jour jusqu'à la nuit ;
une autre page du vieux livre de Song
s'écrit à la lumière électrique.Ibn Khaldun s'intéresse aux métiers d'art ;
Abul Fazl se penche sur une page.
Le monde avait des mains avant Manchester ;
aucune nation n'invente seule une époque.Il n'y a pas de poussière dans l'usine.
L'acier brille d'argent et de bleu.
La danseuse tend les mains vides ;
l'ouvrier sait ce qu'il a à faire.Nous héritons du monde avec son art inachevé.
Chaleureusement,
Vijay
