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BRICS à Delhi : Construire un système commercial libre de toute influence occidentale
Lorsque Washington peut geler à volonté la monnaie d'un pays, la réponse qui s'est dégagée du récent sommet en Inde n'a pas été la création d'une monnaie rivale, mais une refonte discrète des mécanismes de paiement entre pays. Il faut enfin comprendre la coexistence de deux systèmes et la lente désagrégation du premier dans lequel la France est absorbée vers des guerres par procuration, la répression de sa classe ouvrière, de sa jeunesse et l'autre qui se dégage de cette mortifère influence... c'est la véritable lutte antifasciste...
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : thetricontinental.org
Lorsque Washington peut geler à volonté la monnaie d'un pays, la réponse qui s'est dégagée du récent sommet en Inde n'a pas été la création d'une monnaie rivale, mais une refonte discrète des mécanismes de paiement entre pays.
23 septembre 2026Chers amis,
Le récent sommet des BRICS à Delhi, qui a duré deux jours, était important car il a montré que même le gouvernement du Premier ministre indien Narendra Modi – qui avait auparavant tenté d'établir une relation stratégique avec les États-Unis et Israël – réalise désormais que son avenir réside dans le maintien de son autonomie stratégique.
Rosana Paulino (Brésil), Atlântico vermelho (Atlantique Rouge), 2017.
Force est de constater que les États-Unis, l'UE, l'OTAN et le G7 (clubs de puissances coloniales et ex-coloniales) ne sont plus les forces décisives sur la scène internationale. Le monde évolue vers un ordre mondial multipolaire beaucoup plus flexible. L'influence de l'Occident, qu'elle s'exerce par le biais de sanctions financières ou d'interventions militaires, n'est plus prépondérante. La Déclaration de Delhi des BRICS visait stratégiquement à créer des circuits alternatifs pour les échanges commerciaux et financiers. Ces circuits devaient être indépendants des banques américaines et du système SWIFT, par lequel transitent la plupart des transactions internationales. C'est grâce au contrôle américain du système SWIFT et des banques occidentales que l'Occident peut imposer ce qu'il appelle des sanctions « mondiales » à la Russie et à l'Iran, pays avec lesquels il est en guerre – soit directement, comme en Iran, soit par l'intermédiaire de son allié, le gouvernement ukrainien de Volodymyr Zelensky, contre la Russie.
La guerre contre l'Iran a constitué la toile de fond stratégique du sommet, même si elle n'a pas été explicitement mentionnée. Les interventions militaires américaines, que ce soit par le biais d'Israël au Moyen-Orient ou directement comme au Venezuela, démontrent que les États-Unis ne sont pas prêts à renoncer à leur position d'hégémonie mondiale unique – ou, selon l'expression de Francis Fukuyama, à l'« empire américain ». Ce constat s'inscrit également dans le contexte du recul des positions géostratégiques de l'Inde sous le gouvernement Modi, notamment sur la question palestinienne. Son rapprochement avec Israël contraste fortement avec le large consensus qui se dégage des pays africains, asiatiques et latino-américains, lesquels considèrent l'État colonial de peuplement d'Israël comme le principal problème au Moyen-Orient.
Hannibal Alkhas (Iran), Victoire sur le fascisme , 1996.
Problèmes liés aux biens communs
Compte tenu des divergences au sein des BRICS, et notamment avec l'Inde en tant que pays hôte, il n'est pas surprenant que le sommet se soit concentré sur un problème commun à tous les pays n'appartenant pas à l'alliance néocoloniale menée par les États-Unis. Ce problème est celui de la possibilité de commercer entre eux sans avoir à négocier les règles commerciales américaines – un ensemble de documents complexes permettant aux États-Unis d'interdire pratiquement tout commerce qu'ils souhaitent bloquer. Sous l'administration du président Donald Trump, ces règles commerciales ont permis d'imposer des droits de douane plus élevés (jusqu'à 100 %) sur toutes les exportations indiennes vers les États-Unis, au motif que l'Inde importe du pétrole de Russie, pays sous sanctions américaines. Parallèlement, les États-Unis continuent, de manière hypocrite, d'importer de Russie l'uranium enrichi dont ils ont besoin pour leurs centrales nucléaires.
Étant donné que les États-Unis demeurent la première économie mondiale en termes nominaux (mais pas en termes de parité de pouvoir d'achat) et qu'ils peuvent exclure n'importe quel pays de la plupart des transactions bancaires et financières grâce au système SWIFT, le sommet de Delhi a décidé de faire du commerce son principal enjeu. Ce point est essentiel à la volonté de la plupart des pays de mener des politiques étrangères et économiques indépendantes et de préserver leur autonomie.
La stratégie adoptée par les BRICS ne consiste pas à créer une monnaie alternative utilisable par tous les pays. Un tel système nécessiterait soit une nouvelle monnaie, soit la garantie de la monnaie d'un État membre par les banques centrales des pays BRICS. Les BRICS ont donc opté pour un système permettant à chaque pays d'effectuer des transactions dans sa monnaie nationale pour l'achat de biens auprès des autres. La mise en œuvre de ce système soulève plusieurs problèmes. Il s'agit notamment de définir un mécanisme simple de transfert de fonds, à condition que les deux parties se soient entendues sur un taux de change. Il s'agit également de déterminer comment interconnecter les banques centrales des deux pays pour permettre ces transactions.
Part du PIB mondial (%) en parité de pouvoir d'achat (PPA) : BRICS 5 vs G7
Un avantage majeur dont bénéficient aujourd'hui la plupart des pays BRICS, notamment ceux qui devraient gérer la plus grande part des transactions, réside dans l'existence de plateformes de paiement pour les transactions internes. Les défis sont les suivants :
- L'interconnexion des systèmes de paiement de chaque pays, tels que l'UPI en Inde, Pix au Brésil, le CIPS en Chine et le SPFS en Russie, est essentielle. L'Afrique du Sud est pour l'instant exclue, à moins qu'elle ne se connecte à l'un de ces quatre systèmes.
- Le prix de chaque produit est fixé dans la devise du pays vendeur, en appliquant le taux de change en vigueur ce jour-là entre les devises des deux pays.
- Fixation des taux de change entre les monnaies de chaque pays. Étant donné que seuls les systèmes de paiement de quatre pays sont concernés, les banques centrales de ces pays doivent ajuster quotidiennement les taux de change.
Si une monnaie de réserve unique simplifiait grandement les choses à l'époque où seules les banques communiquaient entre elles, les plateformes de paiement numérique avancées au sein des BRICS rendent aujourd'hui le problème bien plus gérable. Les systèmes informatiques et la connectivité numérique sont relativement plus faciles à mettre en œuvre que la création d'une monnaie de réserve pour les BRICS. Cela empêche également tout pays d'émerger comme puissance hégémonique au sein des BRICS, à l'instar des États-Unis au sein du G7.
Vers la souveraineté
Pourquoi les pays cherchent-ils à se détourner du système SWIFT et des systèmes financiers occidentaux ? Cela tient à l’immense pouvoir financier que les États-Unis exercent au sein de ce système : le pouvoir non seulement d’imposer des sanctions financières à n’importe quel pays pour des raisons politiques, mais aussi de saisir les fonds détenus dans les banques occidentales utilisant le système SWIFT. En 1979, les États-Unis ont saisi les avoirs iraniens dans des banques américaines. En 2022, les États membres de l’Union européenne ont saisi les avoirs russes dans des banques européennes .
Pu Yingwei (Chine), Une étude en rouge : Police souveraine (Célébration) , 2021.
Les sanctions financières imposées par les États-Unis à un pays sont d'une efficacité redoutable grâce à l' extraterritorialité de leur législation. Par exemple, en décembre 2018, Meng Wanzhou, directrice financière et vice-présidente de Huawei, a été arrêtée au Canada suite à une demande d'extradition provisoire des États-Unis. C'est cette extraterritorialité dont bénéficient les États-Unis du fait de leur hégémonie mondiale et de l'interprétation que font les tribunaux américains de leur propre législation. Selon les États-Unis, toute transaction en dollars effectuée partout dans le monde relève de la loi américaine et de la compétence des tribunaux américains.
L'abandon du système SWIFT, du dollar américain et des systèmes monétaires et bancaires américano-européens et européens n'est pas qu'une simple question de commodité pour les pays BRICS. Il est crucial pour eux d'exercer leur droit de commercer avec le pays de leur choix, en se fondant sur leur droit national et non sur la portée extraterritoriale des lois américaines et européennes. En réalité, il s'agit tout simplement d'affirmer que l'ère du colonialisme et du néocolonialisme est révolue.
Les partisans du processus des BRICS estiment que le monde doit s'unir contre les tentatives de l'Occident de dominer le monde, non seulement par la force militaire directe, mais aussi par le biais des structures financières et économiques existantes. Des guerres coloniales et néocoloniales se poursuivent, du Venezuela à l'Iran. Chacune de ces guerres devra être menée par les peuples de ces pays, mais le soutien des forces progressistes du monde entier est indispensable.
Nalini Malini (Inde), Moi – c’est l’Afrique Moi – c’est l’Asie , 2015.
La tentative de contrôler financièrement le monde est d'autant plus dangereuse qu'elle affecte toutes nos économies. Les pays membres des BRICS peuvent avoir des approches différentes sur les questions géopolitiques – comme on le constate sur la Palestine, la guerre russo-ukrainienne et la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Mais tous les pays des BRICS partagent un intérêt commun : affranchir leurs échanges commerciaux des pouvoirs extraterritoriaux dont s'arroge l'Occident, et notamment les États-Unis.
Si les BRICS parviennent à résoudre le problème crucial de la mise en place d'un système d'échanges bilatéraux sans intermédiaire, ce serait une avancée majeure. Le moment est venu d'instaurer un tel système, et nous disposons déjà des outils nécessaires : les plateformes de paiement des quatre principales puissances économiques des BRICS. Il ne s'agit en aucun cas d'un obstacle technologique insurmontable, qui requiert simplement la volonté de le mettre en œuvre.
Chaleureusement,
Prabir Purkayastha
Prabir est un scientifique et un militant politique. Il est membre fondateur du Delhi Science Forum et rédacteur en chef de Newsclick.in .
