Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Après Islamabad par Peiman Sahel

TOPO EXPRESS

Il y a des logiques qui s’affrontent avec l’incapacité pour les Etats-Unis – mais une incapacité largement partagée par les politiciens et « élites » intellectuelles – de penser l’état d’esprit et l’opinion de l’Iran. Cette incapacité à percevoir la réalité autrement que par le prisme occidental et sa supposée suprématie nous éloigne de ce que Mao appelait en d’autres temps la « guerre prolongée » et le fait que celui qui la mène ne peut pas céder à son anéantissement. Ce manque cognitif de tout ce qui n’est pas l’occident fait partie du Zugzwang tel que nous l’avons défini et qui visiblement est l’obstacle à la négociation et à la fin de la guerre. Je signale si certains l’ignorent que nous sommes très directement impliqués nous Français dans une escalade possible avec les émirats puisque nous sommes désormais avec les Etats-Unis dont nous partageons la base être ceux qui assurent la défense des émirats en liaison d’ailleurs avec Israël. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Géopolitique 2 mai 2026 Peiman Salehi

APRÈS ISLAMABAD :  L’ESCALADE AMÉRICAINE entre en conflit AVEC LA DOCTRINE IRANIENNE DE « GUERRE PROLONGÉE ».

L’échec des pourparlers à Islamabad a non seulement mis fin à une nouvelle tentative diplomatique, mais a également marqué un tournant dans la perception du conflit par Téhéran. Ce que Washington considère encore comme une campagne de pression, l’Iran le perçoit désormais comme la phase initiale d’une confrontation de longue durée, où le temps, les marchés et les pressions politiques pourraient avoir un impact plus important sur les États-Unis que sur la République islamique.

Les négociations ont échoué car elles ne reposaient pas sur une compréhension partagée de la réalité. Les États-Unis se sont présentés à la table des négociations convaincus que la pression militaire leur conférait déjà un pouvoir de négociation suffisant pour obtenir des concessions significatives. L’Iran, quant à lui, partait du principe inverse : la guerre n’avait pas encore atteint le stade où de telles concessions étaient nécessaires. Le problème, cependant, est plus profond qu’une simple question tactique.

La position de Washington s’inscrit dans la continuité de sa stratégie habituelle : démanteler le programme nucléaire iranien, réduire son influence régionale et garantir la libre navigation dans le détroit d’Ormuz, tout en évitant tout engagement contraignant envers le Liban. Du point de vue de Téhéran, il ne s’agit pas d’une négociation visant un compromis, mais plutôt d’une tentative de transformer des gains partiels sur le champ de bataille en une capitulation politique.

La position de l’Iran repose donc sur un calcul différent. Téhéran insiste sur le maintien de ses capacités nucléaires, sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz et l’extension de tout cessez-le-feu au Liban. Ces positions reflètent des contraintes stratégiques, ancrées dans la conviction que le conflit est régional et ne peut être isolé.

L’Iran incompris

Un facteur clé de cette divergence réside dans la mauvaise interprétation par Washington de la situation intérieure iranienne. Les États-Unis semblent présumer que l’Iran considère toujours les négociations comme une voie incontournable pour surmonter les pressions économiques. Or, le climat intérieur a changé : on ne s’attend plus fermement à ce que la diplomatie apporte un soulagement immédiat. Au contraire, une large partie de l’opinion publique remet en question la logique même de négocier en position de force.

Ce changement interne a des conséquences directes sur la position de négociation. Comme l’a observé l’analyste politique Foad Izadi le 12 avril, « trop parler de négociations irrite la population », ce qui témoigne d’une sensibilité accrue à toute perception de capitulation. Dans ce contexte, le compromis n’est plus seulement un outil diplomatique, mais un risque politique.

Hormuz comme levier, et pas seulement géographiquement.

Au cœur de cette réévaluation se trouve le détroit d’Ormuz. Les événements des 11 et 12 avril ont démontré que l’Iran utilise désormais ce passage maritime comme un instrument de pression actif. Les forces iraniennes ont adressé des avertissements directs à un navire américain, réaffirmant la position officielle selon laquelle « toute unité militaire s’approchant du détroit d’Ormuz sera considérée comme une violation du cessez-le-feu et s’exposera à une riposte ferme et violente ». Ce discours révèle une tentative d’imposer les règles d’engagement selon les conditions de Téhéran.

Ce récit est renforcé par un message officiel plus large et plus énergique : les autorités iraniennes soulignent que « le détroit est sous l’administration de la marine iranienne et que les navires civils peuvent y transiter conformément à une réglementation spécifique », esquissant un modèle dans lequel le détroit d’Ormuz est non seulement défendu, mais aussi géré.

Parallèlement aux déclarations officielles, certains analystes internes préconisent une approche plus radicale. Izadi a affirmé que « le détroit d’Ormuz pourrait devenir la principale source de revenus de l’Iran », laissant entendre des propositions visant à restreindre le passage et à imposer des droits de transit substantiels. Bien que ces idées fassent encore l’objet d’un débat, elles témoignent d’une orientation stratégique où la géographie est instrumentalisée comme outil de pression économique.

Washington réagit, Téhéran recalcule ses calculs.

La riposte des États-Unis a alimenté la même dynamique, mais en sens inverse. Le président Donald Trump a laissé entendre que Washington pourrait restreindre les activités maritimes afin d’empêcher les navires d’opérer sous l’influence iranienne, suite à l’imposition d’un blocus naval le 13 avril et aux affirmations selon lesquelles les forces américaines auraient affaibli certaines capacités militaires de l’Iran. La menace d’un blocus, alors qu’il est déjà en place, relève davantage d’une attitude réactive que d’une stratégie cohérente.

Du point de vue de Téhéran, cette incohérence est interprétée comme un signe de détresse. Les responsables iraniens ont qualifié la rhétorique américaine d’expression de « désespoir et de colère », soulignant ainsi le décalage entre les objectifs affichés et les résultats obtenus.

Le rôle d’Israël a encore compliqué le processus diplomatique. Pendant les négociations, les attaques israéliennes au Liban se sont poursuivies et les autorités ont clairement indiqué qu’aucun cessez-le-feu n’était en vigueur dans ce pays. Cette situation a engendré une contradiction structurelle : l’Iran abordait les pourparlers dans une perspective régionale, tandis que Washington et Tel-Aviv traitaient le conflit comme un problème isolé.

La guerre et les différentes conceptions du temps

L’échec des négociations laisse entrevoir la suite des événements. Si la guerre reprend, Washington compte sur une pression accrue pour contraindre l’Iran à céder. Téhéran semble avoir d’autres projets.

L’économie iranienne demeure sous pression, et un nouveau conflit ne ferait qu’aggraver la situation. Cependant, la réflexion stratégique iranienne met de plus en plus l’accent sur l’asymétrie de la répartition des coûts. Comme l’a souligné Izadi, espérer une levée des sanctions ou des concessions économiques significatives de la part des États-Unis est illusoire, ce qui conforte la conviction qu’une confrontation prolongée pourrait s’avérer plus profitable qu’un compromis.

Le facteur décisif réside non seulement dans les capacités internes de l’Iran, mais aussi dans les conséquences externes de l’escalade. Toute perturbation prolongée du détroit d’Ormuz aura un impact direct sur les marchés mondiaux de l’énergie, les routes maritimes et les coûts d’assurance. Ces effets ne se limiteront pas à la région, mais s’étendront aux économies et aux systèmes politiques occidentaux.

C’est là que le facteur temps devient crucial. Les États-Unis abordent une période politiquement délicate, marquée par des événements internationaux majeurs et des cycles électoraux. La hausse des prix de l’énergie et l’instabilité économique ont des conséquences qui dépassent largement le cadre de la politique étrangère. Une escalade représente un risque politique direct pour l’Occident.

Téhéran semble avoir intégré ce facteur à sa stratégie : plus le conflit s’éternise, plus la pression risque de se déplacer vers l’extérieur plutôt que vers l’intérieur. L’Iran ne cherche pas à éviter les dommages, mais à les gérer de manière plus prévisible que ses adversaires.

L’échec des pourparlers à Islamabad marque le début d’une nouvelle phase du conflit, caractérisée par la résistance, la pression et la stratégie. Si la guerre reprend, l’issue ne se décidera pas uniquement sur le terrain, mais aussi selon la capacité du camp à en supporter durablement les conséquences internationales. Pour la première fois dans ce conflit, Téhéran semble croire que la riposte ne sera pas favorable à Washington.

Monde

L’Iran dément que les États-Unis aient coulé ses navires.

« Les affirmations des États-Unis concernant le naufrage de plusieurs vedettes de combat iraniennes sont un mensonge », a déclaré un commandant iranien.

Hormuz Oman

L’Iran exerce un contrôle opérationnel total sur le détroit d’Ormuz, exigeant une coordination préalable pour tout transit et un avertissement quant à d’éventuelles ripostes militaires décisives en cas d’entrée non autorisée. Photo : EFE


4 mai 2026 Heure : 19h3


Un haut responsable militaire iranien a réfuté lundi les affirmations de l’armée américaine selon lesquelles des navires iraniens auraient été coulés dans le détroit d’Ormuz . D’après un reportage de l’agence de presse officielle IRIB , le commandant a qualifié de « mensonge » la déclaration du Commandement central américain (CENTCOM) .

L’amiral Brad Cooper, chef du CENTCOM, avait précédemment déclaré que les forces américaines avaient détruit six petits navires iraniens et intercepté des missiles et des drones . Selon Washington, cette action visait à briser le contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz afin de permettre le passage des navires commerciaux bloqués.

L’administration Trump a ordonné une opération militaire pour ouvrir cette voie navigable, où près de 3 000 navires restent immobilisés après plus de deux mois de crise due à l’agression américano-israélienne contre le pays perse.

Contrôle souverain du détroit

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a averti que toute tentative de navires militaires ou commerciaux américains de transiter par le détroit sans coordination préalable se verrait répondre par une riposte rapide et décisive .

Cette position de contrôle opérationnel sur cette voie navigable, par laquelle transite 20 % du pétrole mondial, a laissé des milliers de navires et quelque 20 000 marins bloqués de part et d’autre, provoquant une hausse significative des prix internationaux du pétrole.

Les forces armées iraniennes ont envenimé la situation en affirmant que leurs unités navales avaient empêché des destroyers liés aux États-Unis et à Israël de pénétrer dans le détroit d’Ormuz. Le commandant du quartier général central de Khatam al-Anbiya , le général de division Ali Abdullah, a déclaré que la sécurité du détroit d’Ormuz relevait exclusivement de la souveraineté de l’Iran et que tout transit devait être coordonné avec ses autorités .

Téhéran a mis en place un système de facto combinant surveillance militaire et dissuasion, incitant les navires marchands et les pétroliers à s’abstenir de franchir ses frontières sans autorisation préalable. En vertu de cette politique, toute force militaire étrangère tentant de s’approcher sans permission pourrait être prise pour cible.

Ce durcissement est complété par la mise en place d’un système de péage prévoyant des exemptions pour les alliés stratégiques tels que la Russie, la Chine mais aussi l’Espagne qui bénéficie dans l’UE d’un statut spécial . Bref si l’on suit bien les Etats-Unis sont en train d’envisager une guerre y compris nucléaire pour simplement retrouver un statut d’Ormuz qui était celui avant leur expédition.

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