Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Après avoir parlé avec Poutine, Xi a mis en garde Trump

Piotr Akopov est un fin analyste et qui adopte la position du Kremlin. Il présente ici un des exposés les plus convaincants du partenariat stratégique entre Poutine et Xi, en montrant que si chaque pays a ses propres intérêts dans une négociation avec Trump, ceux-ci ne doivent pas s’exercer aux dépens du partenariat privilégié non seulement parce qu’ils ont des intérêts communs de voisinage régional, mais parce que c’est l’ordre international multipolaire qui a besoin de cette entente. Et le cas de Cuba et du Venezuela est de ce point de vue fondamental par le refus du partage supposé du monde en zones d’influence, aussi bien que par ce que représentent ces pays en matière de justice et de souveraineté pour le Sud. Nous avons vu les positions du KPRF, on peut noter que les termes de cette entente entre Poutine et Xi vont dans le sens souhaité par Ziouganov et ont donc besoin au plan interne de la politique pour laquelle nos camarades combattent, et ce contre une oligarchie qui elle souhaiterait pour poursuivre son pillage aller vers une entente avec les Etats-Unis sous prétexte que Trump partage les valeurs conservatrices (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop).

Le Nouvel An chinois a été l’occasion pour les dirigeants des trois grandes puissances – la Chine, la Russie et les États-Unis – de se rencontrer. Il ne s’agissait pas de négociations directes, mais le fait même que Xi Jinping ait discuté avec Donald Trump immédiatement après sa vidéoconférence avec Vladimir Poutine ne peut être considéré comme une coïncidence. Il s’agit d’une démonstration délibérée de la position de la Chine, non pas entre la Russie et les États-Unis, mais en tant que grande puissance indépendante. Cependant, il est impossible de comparer les relations de Pékin avec Moscou et Washington, car elles sont de nature fondamentalement différente.

Le commerce et l’interdépendance avec les États-Unis sont-ils plus importants ? Oui, mais les contradictions sont énormes et ne font que s’accentuer. La Chine n’est pas intéressée par une rupture et une confrontation ouverte, mais Washington a désigné Pékin comme le principal défi, problème et menace pour les États-Unis. La « menace chinoise » est utilisée par les Américains pour justifier tout et n’importe quoi, de la prise de pouvoir de Maduro aux revendications sur le Groenland. C’est les États-Unis qui ont déclenché la guerre commerciale avec la Chine, et même si Trump assure que la seule raison est qu’il veut « rendre sa grandeur à l’Amérique », c’est-à-dire ramener la production et les investissements aux États-Unis, tout le monde comprend la véritable raison : les États-Unis ne voient pas seulement dans la Chine leur principal concurrent sur les marchés mondiaux, ils la considèrent comme le principal obstacle au maintien de leur hégémonie américaine reformatée. L’objectif des États-Unis est de contrer, d’affaiblir, de réprimer et, en fin de compte, d’isoler la Chine. Le compromis sur lequel la Chine misait auparavant est désormais impossible, en raison de l’approche américaine même de l’ordre mondial.

Les événements du début de cette année l’ont clairement démontré : le Venezuela et l’Iran sont des pays importants pour la Chine, et pas seulement en raison de leurs livraisons de pétrole. Dans la pression qu’il exerce sur eux, Trump n’a pas l’intention de tenir compte des intérêts chinois, même s’il affirme le contraire, par exemple en déclarant qu’il compte sur la Chine pour continuer à acheter du pétrole vénézuélien. Mais uniquement sous le contrôle américain, qu’il espère établir sur ce pays. On propose à la Chine d’accepter les règles du jeu américaines dans le monde entier, et il est clair que Pékin se rend compte que cela conduira finalement à une nouvelle forme de dépendance vis-à-vis des États-Unis. Or, cela est tout à fait inacceptable pour la Chine, d’autant plus que les États-Unis mettent simultanément en place de nombreuses coalitions anti-chinoises, allant du domaine militaire à celui de l’approvisionnement en éléments de terres rares.

Oui, parallèlement, Trump se montre très aimable, comme il l’était après sa conversation d’hier avec Xi. Il dit attendre avec impatience sa visite à Pékin en avril, parle de discussions très positives sur des sujets très variés, allant des questions internationales aux questions commerciales (en soulignant que la Chine promet d’acheter aux États-Unis), et qualifie ses relations avec le président chinois d’« extrêmement bonnes », soulignant que « nous comprenons tous les deux à quel point il est important de les préserver ». Tout cela est très « trumpien ». Mais Xi souligne également la « bonne communication » entre eux et sa volonté de « diriger avec Trump le gigantesque navire des relations sino-américaines à travers les tempêtes et les vagues, en assurant sa navigation stable au cours de la nouvelle année ». Fait-il le jeu de Trump ? Non, il souligne simplement que la Chine ne souhaite pas de confrontation. Mais il n’oublie pas pour autant la réalité, c’est-à-dire ce que font les Américains.

C’est précisément à cela que se réfère la déclaration de Xi selon laquelle la question taïwanaise est la question la plus importante dans les relations sino-américaines : « Taïwan est un territoire chinois, et la Chine doit défendre sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale, elle ne permettra jamais la séparation de Taïwan de la Chine ».

Et en termes clairs : « Les États-Unis doivent aborder avec prudence la question de la vente d’armes à Taïwan ». En d’autres termes, Xi avertit à nouveau Trump qu’il est inacceptable d’utiliser la question taïwanaise pour faire pression sur Pékin. Mais les Américains l’ont-ils fait récemment ? Oui, bien que de manière indirecte : la déclaration la plus retentissante a été celle de la Première ministre japonaise Takaichi, selon laquelle « le conflit autour de Taïwan » serait considéré à Tokyo comme une menace pour la sécurité nationale. Pékin a très justement interprété cela comme une tentative de pression et une menace, non seulement de la part du Japon, mais aussi de Washington, qui montre ainsi à la Chine qu’elle est encerclée à l’est par une chaîne d’alliés vassaux.

Il est intéressant de noter que Takaichi a également été mentionnée lors de la conversation entre Xi et Poutine, comme nous le savons grâce au commentaire extrêmement détaillé de l’assistant du président Ouchakov. Il a non seulement évoqué les questions bilatérales discutées, mais a également nommé les principaux problèmes internationaux abordés par les deux dirigeants. Ce qui est rare, et ce n’est certainement pas un hasard.

« Le président de la République populaire de Chine a évoqué les relations entre Pékin et Tokyo. La partie russe a réitéré son soutien à la ligne de principe de la République populaire de Chine concernant Taïwan, <…> notre soutien au principe d’une seule Chine », c’est-à-dire que Xi a discuté avec Poutine de l’actuelle détérioration des relations avec le Japon, et il est clair que l’évaluation chinoise des causes de l’aggravation de la question taïwanaise chez Takaichi ne pouvait se faire sans mentionner les Américains.

L’évaluation par Poutine et Xi des relations avec les États-Unis est également révélatrice : c’est la première fois qu’ils s’expriment publiquement à ce sujet : « Les dirigeants sont au courant des contacts entre nos pays et l’administration de Donald Trump, ils y voient des opportunités qui s’ouvrent ». « Opportunités qui s’ouvrent » : une formulation pratique pour expliquer les raisons des négociations entre Moscou et Pékin avec Washington. Nous, tout comme les Chinois, menons des négociations avec Trump dans l’espoir de conclure des accords (sur diverses questions, de l’Ukraine au commerce), mais nous ne nous cachons rien l’un à l’autre, sans parler de conclure des accords avec les Américains au détriment l’un de l’autre.

En revanche, nous avons des accords à conclure entre nous, notamment en matière de contre-offensive à Washington. Non, cela n’est pas dit explicitement, mais tout est clair à partir de formulations telles que : « Les dirigeants ont comparé leurs approches de la situation au Venezuela et à Cuba, et se sont prononcés en faveur du maintien du niveau de coopération établi par nos pays avec Caracas et La Havane ».

En outre, Poutine a informé Xi de sa récente conversation avec le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, car « une attention particulière est accordée à la situation tendue autour de l’Iran ».

Il est clair que Xi a également discuté de l’Iran avec Trump, mais ces discussions sont très différentes. Le dirigeant chinois voulait certainement entendre de Trump l’assurance qu’il n’attaquerait pas l’Iran, tandis qu’avec Poutine, il a discuté de ce qu’il fallait faire pour aider les alliés à Téhéran et contenir le jeu dangereux de Trump. En effet, les relations de la Chine avec les États-Unis et celles avec la Russie sont de nature fondamentalement différente.

Les relations bilatérales russo-chinoises (le « nouveau plan de développement grandiose » que Xi a proposé de discuter) ne dépendent pas des tempêtes mondiales, car elles les influencent elles-mêmes, limitant leur force destructrice. Moscou et Pékin se soutiennent mutuellement et, comme l’a déclaré Poutine, « dans un contexte de turbulences croissantes dans le monde, l’alliance entre Moscou et Pékin en matière de politique étrangère reste un facteur de stabilisation important ». Xi a souligné qu’il était « important de saisir cette occasion historique, d’approfondir constamment la coopération stratégique et d’assumer ensemble la responsabilité des grandes puissances au nom du développement continu des relations sino-russes sur la bonne voie ». La bonne voie n’est pas seulement ascendante, mais elle fait également barrage aux pressions extérieures.

Source : RIA Novosti https://ria.ru/20260205/kitay-2072325531.html

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