Après l’attaque de la Russie en Ukraine, il est rapidement apparu que les tentatives d’isolement de la Russie par l’occident sous l’impulsion de Biden et de ses alliés européens allait buter sur l’émergence des BRICS et du « Sud global ». Ce fut le refus dominant d’un grand nombre de pays ayant vécu la colonisation occidentale et le néo-impérialisme libéral de se laisser entraîner encore une fois dans les coalitions forcées de l’impérialisme et de ses basses manoeuvres. Biden n’est plus là et l’impérialisme a choisi de laisser de côté le conflit russe embourbé pour se concentrer sur la prise de contrôle d’un autre axe du marché du pétrole et du gaz : le Golfe Persique. Mais la même situation provoque, dans un autre contexte historique et culturel que nous décrit Jean-Luc Picker, le même résultat : l’isolement discret mais réel de l’occident se répand inéluctablement. Les alliés se détournent (note de Franck Marsal pour Histoire&Société).
Rapide bilan de mon séjour parisien, je n’ai cessé d’osciller entre un sentiment d’impuissance et de solitude tant il me semblait que ce que représentait de savoir au combat de ma génération, son expérience était intransmissible et ne pouvait pas être à la fois transmise et adaptée aux nouvelles conditions de lutte. Mais par ailleurs j’étais étonnée de la manière dont j’étais aidée et soutenue par des camarades dans et hors PCF qui avaient perçu au moins une partie de ce message générationnel. La base de tout cela fort heureusement n’était pas moi mais ce site histoire et societe où un débat de fond et élargi s’avérait possible. C’est ce que confirme cet article de Jean-Luc Luc Picker qui apporte lui aussi une expérience puisque sa profession a fait de lui un itinérant et ici à partir d’articles parus dans histoireetsociete il nous décrit ce que sont les « monarchies du Golfe », y compris la pire celle des saoudiens. (note de Danielle Bleitrach histoireetsociete)
Le lien ci-dessous vous conduit à 2 articles probablement les plus pertinents qu’il m’ait été donné de lire au sujet de la tentative désespérée de l’ex-hégémon états-unien pour pérenniser sa domination mondiale.
Il y a peu à rajouter à l’analyse précieuse et approfondie qu’ils nous présentent.
Le refus de l’Arabie Saoudite de se joindre à l’agression contre l’Iran, au-delà de ce qu’il dit de l’isolement diplomatique des siono-impérialistes, est aussi un message d’espoir pour le camp anti-impérialiste. Plus clairement que tous les discours triomphateurs du rouquin en perdition, ce refus nous indique que l’impérialisme est militairement en difficulté.

Le prince héritier Saoudien, Mohammed Bin Salman, et le président des états-Unis, Donald Trump signent un contrat historique le 13 mai 2025 à Ryad (Getty images)
Sans vouloir donner dans les clichés, j’ai retenu de mon temps passé en Sultanat d’Oman ce qu’on m’expliquait en visitant les nombreuses tours fortifiées qui défendaient les oasis et les villages côtiers des razzias intertribales : « Les arabes se rangent toujours du côté de celui qui vaincra ». Je ne peux m’empêcher d’y penser en regardant la prudence surprenante des monarchies devant les bombardements, sur leurs territoires, des bases et des intérêts états-uniens ainsi que des leviers de l’économie régionale et mondiale. Sous la direction des Saouds, les pays du golfe attendent de voir qui prend le dessus avant de choisir le camp du vainqueur. Clairement, pour l’instant, ce n’est pas le camp des agresseurs.
Le refus de l’Arabie saoudite nous rappelle aussi que c’est sous l’égide de la Chine que la hache de guerre a été enterrée entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, les deux puissances qui commandent chacune une rive du golfe le plus stratégique du monde. L’accord signé à Beijing par les deux pays en mars 2023 a largement été passé sous silence par les gouvernements occidentaux et leurs médias aux ordres, de même que les pourparlers qui ont pris place en décembre 2025 entre les trois nations, à Téhéran même, quelques mois à peine après la guerre des douze jours et ‘l’anéantissement’ des capacités nucléaires de l’Iran par les B2 états-uniens.

De gauche à droite : Miao Deyu, ministre des affaires étrangères adjoint de la Chine, Majid Takht Ravanchy, ministre des affaires étrangères adjoint de l’Iran et Walid Al-Khereigi, ministre des affaires étrangères adjoint de l’Arabie Saoudite signent un accord de coopération à Téhéran, le 9 décembre 2025 (Press TV)
L’accord de 2023 mettait pourtant fin à des décennies d’intervention impérialistes cherchant à attiser les dissensions entre les deux principales puissances du Moyen-Orient, sur le principe du ‘diviser pour régner’.
C’est sur le dos des populations et de l’unité du Yemen, livré à une guerre par proxy aussi sanglante que silencieuse pendant 9 longues années, que s’est jouée cette ‘rivalité’ entre les Saouds et la République Islamique. Une rivalité soigneusement entretenue par les Etats-Unis d’Obama puis de Trump puis de Biden. Les stratèges de Washington espéraient ainsi ajouter le poids d’un conflit aux sanctions qui grevaient lourdement l’économie iranienne et augmenter la dépendance de l’Arabie Saoudite au complexe militaro-industriel états-unien, engrangeant au passage de juteux contrats d’armement.

Un homme transporte un enfant blessé après une frappe saoudienne à Sanaa qui a tué 8 membres de sa famille, en août 2017 (BBC News)
Rappelons tout de même que cette guerre presqu’invisible sur nos écrans et nos journaux occidentaux a laissé dans son sillage, outre les destructions et les retards économiques ‘habituels’, plus de 400.000 morts civiles, essentiellement de causes indirectes : famine, malnutrition, absence de soins et de commodités essentielles.
C’est cette guerre dévastatrice qui a été mise en pause par l’accord de Beijing.
Comme l’autruche devant le danger, la direction de l’empire a préféré fermer les yeux devant l’initiative chinoise, se persuadant que sa suprématie ‘naturelle’ et le montage des pétrodollars suffisaient à ficeler la vassalité du grand royaume arabe, dirigé par la famille des Saouds mise en place par leurs soins.
La mise au pas de l’UAE, en janvier, par les Saoudiens aurait dû les détromper. La tentative émiratie d’avancer les pions de l’axe israélo-états-unien pour le contrôle de la mer Rouge à travers ses actions militaires au Yemen et au Soudan et ses actions ‘diplomatiques’ en Somalie a été stoppée nette par Ryad, leader de fait du Conseil de Coopération du Golfe (Persique). Une action qui envoyait en clair un message à Washington : l’Arabie Saoudite interprétait désormais l’évolution des rapports de forces entre le monde multipolaire et l’empire occidental comme lui permettant de se préoccuper de ses intérêts avant ceux de l’empire.
Mais, là encore, les ‘stratèges’ en délire ont préféré les prières et les invocations bibliques à l’analyse sur le terrain.
Comme le souligne l’article du Collectif d’Alger publié sur H&S, ces stratèges ont ensuite aveuglément ignoré les avertissements des monarchies qui les suppliaient de ne pas attaquer l’Iran. Pour Washington, la tournée triomphale de Trump dans les monarchies du golfe en mai 2015 et les 2,7 billions (1012) de dollars de promesses d’investissement engrangées avaient éteint toutes velléités d’action indépendante chez ses ‘clients states’, et ils suivraient la fanfare quand on leur en donnerait l’ordre.
Le refus de l’Arabie Saoudite de soutenir la guerre impérialiste contre l’Iran, et les déclarations des monarchies du Golfe annonçant qu’elles s’apprêtent à renier leurs engagements financiers envers les USA devraient mettre un terme à ces illusions paranoïaques. Si l’empereur n’est pas encore tout nu, il ne lui reste désormais plus que ses dessous.
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