C’est le titre de l’un des chapitres de mon petit livre pamphlet le Zugzwang, la fin du libéralisme libertaire. ET après ? Tous les jours nous tenterons d’en tirer quelques leçons : Je constate avec joie que l’équipe d’histoire et societe est en train de franchir son propre seuil de réflexion par rapport à la déception de n’avoir pas su, y compris en tant que collectif, porter plus loin sa propre démarche. Au point, malgré un certain succès éditorial, de n’avoir pas su vaincre la censure de la société française et l’état réel du médiatico-politique, la manière dont nous sommes nous mêmes bloqués par l’anomie, l’individualisme avec « l’existentiel » ou ce que nous estimons tel et qui détruit le collectif au lieu d’être un approfondissement. L’impérialisme n’est plus capable d’autre chose que, à chaque manoeuvre, d’approfondir son échec et celui de ceux qui sont ses vassaux victimes. Nous sommes dans l’illusion des « solutions » qui évitent cette autocritique matérialiste dont le texte de Xuan fait état par ailleurs, elles confortent simplement ce qui a créé les conditions de l’échec, le choix de la défaite de la nation par incapacité à donner à celle-ci son potentiel internationaliste dans ce monde multipolaire. Par parenthèse, on ne peut pas se limiter au manifeste à propos de Marx et de tout l’apport théorique du socialisme réel ses victoires et ses échecs, et nous avons besoin de travailler, travailler, encore travailler comme le disait Lénine. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Cet article et le texte sur les 100 ans du PCC sont très éclairants quant aux difficultés de notre époque : sur la nécessité des développements de la bonne compréhension théorique, sur le risque à chaque étape de développement de commettre des erreurs qui se traduisent inévitablement par des reculs et des échecs parfois importants, et sur l’articulation entre ces développements théoriques, les stades de construction du socialisme, et le développement des forces productives, qui donne l’énergie et le temps nécessaire pour franchir les seuils avec succès ou si nécessaire, reconstruire après des échecs et des erreurs.
Les idéalistes de tous poils veulent constamment éviter cette question des seuils, en imaginant un processus continu (sans révolution) de transition directe du capitalisme au communisme. Ils nous accusent d’ »étapisme », et voient dans cette logique de « transition continue sans révolution » tout acquis temporaire comme « du communisme déjà-là ».
Pourtant, l’expérience confirme la théorie de Marx: l’histoire sociale progresse par bonds. Il y a des seuils, des étapes et des stades et non seulement le stade général du socialisme existe, entre la prise du pouvoir et l’établissement d’une société communiste totalement développée, d’une société sans classes, mais ce stade du socialisme est un stade de transition, lui-même constitué d’un mouvement qui, comme l’explique le document du PCC, se déroule sur une longue période de développement historiqueCe développement historique lui-même est constitué de sauts qualitatifs et de mouvements d’accumulation des forces productives.
Comme nous l’avons déjà évoqué (et comme Marx l’explique, notamment dans le Manifeste du Parti Communiste), la révolution prolétarienne, doit se constituer, conquérir le pouvoir et développer de nouveaux rapports sociaux sur une base nationale (Marx dit « le prolétariat se constitue lui-même en nation, quoique nullement au sens bourgeois du mot »), mais en même temps, doit résoudre des tâches internationales et en particulier, lutter contre l’impérialisme, établir des nouveaux rapports mondiaux progressistes et basés sur le respect de la souveraineté et la coopération.
Or, pendant ce processus, les forces productives se développant, sortent chaque jour davantage du cadre national et se « mondialisent ».
Le développement du mode de production socialiste se produit dans ces conditions très complexes. L’URSS naît dans le contexte de la 1ère guerre mondiale, transformée en guerre civile par la révolution. Comme nous l’avons déjà souligné, elle accomplit une série de tâches historiques fondamentales, dont la modernisation de la société russe, l’établissement d’une forme précoce de socialisme, la reconstruction du mouvement révolutionnaire mondial et surtout, susr le plan inernational, la fin de la guerre impérialiste, la victoire contre le nazisme et le fascisme, puis la liquidation des vieux empires coloniaux, anglais et français notamment.
En revanche, l’émergence des USA comme nouveau centre impérialiste et nouveau mode d’accumulation capitaliste, crée une situation que l’URSS ne parvient pas à démanteler, pour des raisons à la fois objectives (ralentissement du développement des forces productives après les « réformes » de Khrouchtchev) et subjectives (erreurs et trahisons).
D’où la phase de recul que nous avons vécu depuis 70 ans. Le développement de la Chine, dont on perçoit bien le caractère avancé, tant sur le plan technologique, que sur les plans historiques et sociaux, en marque en réalité la fin.
Le stade auquel nous arrivons est manifestement un stade critique mondial, celui où le développement des forces productives de type socialiste arrive en situation de l’emporter en termes de dynamique politique et sociale) sur le système capitalisme lui-même. C’est la situation que nous devons analyser et sur laquelle nous devons prendre collectivement des orientations les plus correctes
Je complète mon propos : Lorsque je dis que les forces productives socialistes sont en situation de l’emporter sur le système capitaliste (à son stade impérialiste finissant), je ne dis pas qu’elle l’ont emporté et c’est très différent. C’est pour moi la situation que Danielle décrit sous le terme de Zuzgzwang. L’impérialisme est loin d’être encore vaincu, il est même par certains côtés très puissant. Mais la configuration des forces fait que sa situation, quoi qu’il fasse, ne peut que se dégrader.
Cela donne une nouvelle compréhension de la situation de la transition du capitalisme au socialisme. Après la révolution d’octobre 17 et la création de la Russie soviétique, après la victoire des rouges dans la guerre civile et contre les interventions impérialistes, certains (c’était le point de vue de Trotski en particulier) ont pensé que la révolution devait s’étendre comme un feu de prairie, qu’elle devait gagner des pays industriellement avancés, et notamment l’Allemagne. Pour eux, le socialisme ne pouvait survivre ni se développer dans un pays arriéré comme la Russie.
Cela a été essayé. Trotski a notamment supervisé la tentative d’insurrection par le KDP en Allemagne en 1923. Mais cette tentative a échoué, comme les autres tentatives de cette période.
La révolution – comme le souligne Marx – s’effectue d’abord sur des bases et des conditions nationales. Le succès d’une révolution dans un autre pays crée un facteur favorable, mais non décisif.
La doctrine dite du « Socialisme dans un seul pays », qui est formulée par Staline mais qui est en fait celle de l’immense majorité des communistes au niveau mondial n’est pas un choix : c’est un constat. Lenine considérait que la survie de la Russie après la guerre civile était l’acquis le plus précieux du mouvement ouvrier mondial. Après les échecs des révolutions dans d’autres pays, l’URSS se retrouve isolée et doit entériner la nécessité de poursuivre la construction du socialisme dans ces conditions : non seulememt isolée, mais avec tout autour d’elles des puissances impérialistes hostiles et plus tard, le nazisme. L’URSS va relever ce défi, développer son industrie, développer une diplomatie internationale (s’alliant avec les impérialistes britanniques, français et étas-uniens, qui ne sont pas du tout des « amis » du socialisme) qui lui permettra non seulement dde survivre, mais de vaincre et de contribuer à changer durablement les rapports mondiaux.
Mais malgré tous ces soubresauts et de violentes secousses révolutionnaires dans de nombreux pays, malgré la construction de partis révolutionnaire de masse dans de nombreux pays, la révolution socialiste ne gagne toujours pas les centres dominants de l’économie mondiale. On passe du « socialisme dans un seul pays » au « socialisme dans une poignée de pays », mais ces pays sont toujours des pays en retard sur le développement mondial des forces productives, qui doivent tous engager prioritairement le rattrapage de ce retard.
Cette situation reste bloquée et se dégrade (ce qui est d’un point de vue matérialiste dialectique logique : ce qui ne se développe pas va se dégrader), jusqu’au démantèlement de l’URSS. Et rien ne surgit jusqu’au moment où la Chine socialiste, par son développement productif conséquent, par la création des BRICS, change les rapports mondiaux en brisant le plafond de verre du développement représenté par le contrôle des USA sur le système monétaire / financier et sur la technologie.
On connait le schéma de Marx sur le mouvement du capital : A – M – A’ : l’argent s’investit en marchandises productives, dont la force de travail puis les marchandises produites sont réalisées en argent (marchandise équivalent général), en quantité supérieure à ce qui a été investit. En contrôlant le système monétaire et financier, les USA sont en situation de contrôler la transformation de l’argent en marchandises productives : où et comment va-t-on investir. En contrôlant la technologie, ils sont capables de contrôler la majorité de la captation de la plus-value, en constituant des monopoles technologiques et en captant ainsi une rente de monopole. S’adjoint une troisième domination impérialiste : la domination politico-militaire, qui vient couper à la racine toute menace de destabilisation de leur contrôle.
Ce n’est pas une nouvelle révolution, et surtout pas dans un pays impérialiste (ou le mouvement ouvrier est en décomposition complète partout) qui vient bouleverser cette situation : c’est le développement socialiste des forces productives de la Chine et son émergence avec les BRICS, l’OCS comme système financier et technologique mondial capable d’offrir une alternative au capitalisme à son stade impérialiste finissant, présentant lui-même des signes évidents de pourrissement.
Cela conforte l’analyse selon laquelle l’échec de l’extension de la révolution socialiste entre 1917 et 1950 n’est pas imputable seulement à des facteurs subjectifs. Il y a des facteurs objectifs et les facteurs objectifs et subjectifs sont liés dialectiquement.
La transition vers le socialisme est un phénomène complexe, car il se déroule sur deux niveaux différents (c’est en fait le cas de toute transition). Le capitalisme a constitué des états-nations unifiés et un système mondial inégalitaire entre ces états-nations, le système impérialiste colonial puis néo-colonial. Ce système impérialiste est la solution que le capitalisme a trouvé pour gérer des forces productives organisées sur une échelle mondiale alors que sa base politique et sociale n’est que nationale. Le socialisme en tant que phénomène social et politique ne peut naître que dans la nation, et n’a pu naître que dans des nations affaiblies, victimes ou aux marges de l’impérialisme, colonisées, ou semi-colonisées, arriérées et ne parvenant plus à se hisser au rang de puissances impérialistes dominantes. La solution a ce problème a nécessité plus d’un siècle, de lutte, de guerres, de révolutions mais aussi de construction de nouvelles forces productives et de développement. Il a fallu agir à la fois sur les facteurs objectifs et subjectifs, et il a fallu parvenir au stade les forces productives de type socialiste ont pu se réinjecter dans l’appareil productif mondialisé, s’y combiner avec les forces de type capitalistes encore dominantes au niveau mondial pour s’y développer et créer des conditions nouvelles de transformation en même temps que des forces productives d’un type nouveau, d’un stade supérieur : électrification généralisée, maîtrise développée de l’énergie atomique, numérisation complète et robotisation de la production, intelligence artificielle, interconnexion généralisée …
Ce stade désormais atteint, des tâches nouvelles surgissent à un rythme accéléré. C’est le moment où le facteur subjectif doit s’aligner sur le facteur objectif nouveau, alors que la réaction se raidit et tente de bloquer le processus de développement.
Pour un vieux pays impérialiste comme la France, un pays en voie de déclassement accéléré, du fait de l’inadaptation de ses rapports sociaux au nouveau stade, un pays désormais aux marges du centre impérialiste dominant et du nouveaux monde de l’Eurasie et de celui émergeant de l’Afrique, c’est un moment crucial : l’opportunité historique de reprendre son cycle révolutionnaire inachevé, et d’entreprendre la modernisation de ses rapports sociaux, leur mise à jour.
La France dispose d’atouts certains, matériels et surtout l’énergie combattante et la créativité du peuple, qui n’a jamais renoncé à se battre durant toutes ses années de libéralisme. Elle a besoin que son Parti Communiste fasse lui-même sa mue, se dégage à nouveau de l’emprise réformiste, retrouve sa capacité auto-critique, sa discipline, se reconnecte prioritairement avec le prolétariat qui déjà se met en mouvement par plein de signes (dont un des plus marquants fût la révolte des gilets jaunes).
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