Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’Union européenne a engendré des monstres.

TOPO EXPRESS

Si les prévisions alarmistes sur la Chine et la Russie sont sans cesse déjouées en revanche en ce qui concerne la stratégie des USA et surtout celle de ses vassaux c’est le zugzwang, chaque coup met dans une situation pire sans que pour autant nous en soyons encore à chasser les monstres et le cauchemar qui en résulte. Là aussi faire prendre conscience du caractère non fatal de cette situation est une des vocations d’histoire et societe. Cela ne peut pas encore se faire au nom d’une force politique mais il y a une évolution. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Europe, 15 décembre 2023, Sergio CararoL'Union européenne a engendré des monstres.

Une figure très influente du XXe siècle a déclaré : « Les États-Unis d’Europe seront réactionnaires, ou ils ne le seront pas . » Autrement dit : si les bourgeoisies européennes unissent leurs États, elles ne pourront le faire que dans le cadre d’un projet réactionnaire.

La prophétie de Vladimir Ilitch Oulianov (plus connu sous le nom de Lénine) semble s’être pleinement réalisée sous nos yeux, bien qu’elle ait été dissimulée – et présentée pendant des années – comme un projet progressiste afin d’être mise en œuvre. L’image que reflète l’architecture même de l’Union européenne au XXIe siècle est celle d’un bloc contradictoire, réactionnaire, suprématiste et belliqueux sous tous ses aspects.

Voici la photo de la galerie des monstres, les invités de Salvini à Florence, réunissant les forces les plus racistes et réactionnaires de la scène européenne. Des forces qui, pourtant, jouissent d’une grande influence. Largement disposées – et reconnaissantes – à conclure des accords avec les libéraux de droite, mais hostiles aux libéraux « de gauche » et surtout aux communistes. Exactement comme ce fut le cas en Europe lorsque la voie du pouvoir fut ouverte aux fascistes et aux nazis.

Il y a quelques jours, une autre image inquiétante a émergé : celle de Von der Leyen s’exprimant lors de la Conférence européenne de défense, affirmant que les dépenses militaires devaient augmenter même en période de récession comme celle-ci, car l’Ukraine devait être soutenue pour gagner la guerre contre la Russie et parce que l’UE devait se préparer à des scénarios de guerre.

Ces derniers mois, nous avons vu le visage glacial de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, annoncer des mesures étouffantes avec des hausses systématiques des taux d’intérêt au nom de la lutte contre l’inflation, qui est l’obsession constitutive – et souvent trompeuse – de la Banque centrale européenne.

Et puis il y a l’image du « socialiste » Borrell, représentant de la politique étrangère de l’UE, qui s’est révélé être l’un des pires bellicistes d’Europe en Ukraine, le plus prudent – ​​et aussi le plus hypocrite – dans le massacre déclenché par Israël à Gaza, mais ouvertement suprématiste envers le reste du monde lorsqu’il le divisait en « un jardin (l’Occident) et la jungle (tous les autres) ».

La galerie d’images des dirigeants et de la politique européens est donc un ramassis de figures monstrueuses qui déversent des instincts réactionnaires, belliqueux et suprématistes par tous les pores. Quelques eurodéputés de gauche sont épargnés, mais seulement une partie d’entre eux. D’autres, issus du même courant, sont profondément englués dans une logique eurocentrée.

Ce destin était-il inévitable ? À bien des égards, oui.

Au cours des décennies précédentes, trop nombreux furent ceux qui refusèrent de voir la nature réactionnaire du projet qui mena à la création de l’Union européenne, le maquillant d’un caractère progressiste qui s’est essoufflé en 1991 en raison de son « absence de fonction » et qui fut renversé par ce qui était à sa portée : libéral en économie, libéral en politique, réactionnaire et belliqueux dans ses ambitions.

Lorsque nous avons plaidé pour la nécessité de « rompre » avec ce projet, en proposant, le cas échéant, une alternative euro-méditerranéenne à l’Union européenne, nous étions pleinement conscients que la nature du « monstre européen » ne tarderait pas à se manifester.

L’accélération de la crise systémique de l’économie et de la crise de civilisation en politique, dès qu’elle s’est mêlée aux vents de la guerre en Europe et en Méditerranée, a rapidement révélé sa véritable nature, alignant les uns après les autres tous les protagonistes d’une galerie d’horreurs qui ont longtemps cherché à remplacer une démocratie vidée de ses fondements, mais avec la prétention de représenter une suprématie politique et morale sur le reste du monde.

Source : Contropiano .

Sergio Cararo est fonctionnaire à temps partiel et journaliste indépendant. Il collabore à Radio Città Aperta, dont il a été directeur à partir de 1993 et, depuis 2007, rédacteur en chef du journal puis de la publication en ligne Contropiano. Il a contribué à la fondation du Forum palestinien en 2001.

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