Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Les États-Unis menacent d’utiliser leur arme principale : la Russie emportera le monde entier avec elle

Il n’y a pas que Zelenski qui est condamné à choisir entre le pire et le pire, c’est la planète entière mais il est incontestable que plus vous êtes un allié ou un proche des USA, plus vous êtes dans une contrainte catastrophique. Ainsi par rapport à la menace de taxer fortement les acheteurs du pétrole russe, la situation est telle que, comme le décrit l’article, dans le cadre du partenariat stratégique avec la Chine, la « sanction » risque d’accélérer le mouvement déjà avancé vers le multipolaire, c’est ça où la faillite et comme nous ne cessons de le répéter bientôt les plus sensés des Français et des Européens découvriront qu’il n’y a pas d’autre issue que d’adhérer aux BRICS. (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop)

https://ria.ru/20250402/ssha-2008763245.html

Texte : Olga Samofalova

La principale arme de Donald Trump dans les négociations avec les autres pays, ce sont les droits de douane. Il est prêt à les imposer aussi bien à ses amis qu’à ses ennemis. Si, dans un premier temps, il a semblé qu’il s’agissait plus d’intimidation, ses déclarations concernant de nouveaux droits de douane sont désormais prises au sérieux. Ainsi, lorsque Trump a annoncé qu’il pourrait imposer des sanctions secondaires aux pays qui achètent du pétrole russe s’il décide que la Russie est responsable de l’échec des accords de paix avec l’Ukraine, cela n’a plus semblé être juste des belles paroles pour le panache.

Trump a déjà menacé d’imposer des droits de douane à ceux qui achètent du pétrole vénézuélien. Aujourd’hui, il promet d’imposer des droits de douane de 25 à 50 % sur les marchandises destinées aux États-Unis et provenant de pays qui achètent notre pétrole. Étant donné que 90 % du pétrole russe est acheté par l’Inde et la Chine, si de telles sanctions sont adoptées, elles affecteront directement ces deux pays.

Cependant, l’effet de ces restrictions sera comme une centaine de bombes qui exploseraient sur toute la planète. Tout le monde en subira les conséquences, que New Delhi et Pékin se rangent du côté des États-Unis ou de la Russie. Dans les deux cas, des conséquences catastrophiques sont assurées. Lesquelles ?

Que se passera-t-il si l’Inde et la Chine appréhendent les droits de douane des États-Unis, ne souhaitent pas perdre le marché américain pour leurs exportations et renoncent donc, la mort dans l’âme, à acheter du pétrole russe ?

Il en résultera une crise énergétique de grande ampleur qui touchera absolument tous les acteurs, qu’ils soient producteurs ou acheteurs de pétrole. En effet, il s’agit de retirer physiquement du marché mondial jusqu’à quatre ou cinq millions de barils par jour, soit environ 5 % de la consommation mondiale. La Russie devra tout simplement réduire sa production et ses exportations de ces volumes considérables. Le coup porté au budget russe sera énorme. Les revenus du pétrole et du gaz représentent jusqu’à un tiers de l’ensemble des revenus, et ce sont les exportations de pétrole qui en constituent l’épine dorsale. La Russie devra inévitablement réduire ses dépenses et il faudra recourir au FNB (Fonds de la Richesse Nationale) pour renflouer les caisses de l’État.

Cependant, tout le monde se retrouvera dans le pétrin, y compris les États-Unis eux-mêmes. En effet, personne ne pourra remplacer rapidement le pétrole russe expulsé du marché, et les prix monteront en flèche.

Lorsque, au printemps 2022, la Russie a dû réduire temporairement sa production et ses exportations d’un million de barils par jour, les prix ont grimpé jusqu’à 120 dollars le baril. À ce moment-là, nos approvisionnements en pétrole ont commencé à s’orienter vers de nouveaux marchés, en particulier l’Inde, et il y a eu un effondrement temporaire des exportations. Si nous retirons aujourd’hui quatre ou cinq millions de barils d’or noir du marché, les prix grimperont facilement à 350 dollars le baril.

Ceux qui importent du pétrole seront les premiers à en souffrir. Il s’agit non seulement de la Chine, de l’Inde et de l’Union européenne, mais aussi des États-Unis. Au cours de l’été 2022, les Américains ont eu un choc lorsqu’ils ont vu les prix des stations-service augmenter en fonction des cotations mondiales. Le coût du carburant a explosé – dans les stations-service, les Américains ont accroché des affiches avec Biden à côté des prix : « I did it » (c’est moi qui l’ai fait). Les Américains sont très sensibles aux prix de l’essence et du diesel et il est peu probable qu’ils pardonnent à Trump les nouveaux pics historiques des prix des carburants. D’autres pays qui ne peuvent se passer d’importations vont connaître des moments tout aussi amusants avec le pétrole.

Le coût du carburant affecte tout : le transport routier, tous les biens et services deviennent plus chers, ce qui se traduit par de l’inflation, un ralentissement économique, la nécessité de resserrer la politique monétaire, etc.

Mais dans le cas de prix prohibitifs de 350 dollars le baril, l’activité économique est tout simplement bloquée, car personne n’est prêt à payer un tel prix. Le produit ou le service finit par être si cher que l’acheteur renonce tout simplement lorsqu’il voit l’étiquette du prix. Par conséquent, de tels prix ne mènent qu’à une chose : une forte baisse de la demande de pétrole et l’effondrement de sa valeur jusqu’à une nouvelle anti-cote. Dans l’histoire du pétrole, il y a déjà eu un cas de prix négatifs au début de la pandémie.

Les conséquences à long terme seront à peu près les mêmes. La reprise de l’industrie sera lente, tout comme la reprise de la demande de pétrole et de la consommation d’essence et de diesel. La crise énergétique touchera le monde entier, et pas seulement la Russie, les États-Unis, l’Inde et la Chine.

Les producteurs du Moyen-Orient ne pourront pas contribuer à éviter des conséquences aussi catastrophiques. Tout d’abord, il faut du temps pour augmenter les volumes. Et sans la Russie, il sera également difficile d’augmenter la production de quatre ou cinq millions de barils par jour supplémentaires, quand bien même on y parviendrait. Une crise énergétique surviendrait plus vite que les membres de l’OPEP ne puissent faire quoi que ce soit. Deuxièmement, les membres de l’OPEP et l’Arabie saoudite peuvent ne pas vouloir agir. En 2022, par exemple, ils n’ont pas remplacé le million de barils de pétrole russe qui a quitté le marché, et la Russie est restée en bons termes avec l’OPEP. Car demain, n’importe quel autre pays producteur de pétrole pourrait se retrouver à la place de la Russie. Il suffit d’un précédent.

Un autre scénario est possible, bien sûr, si la Chine et l’Inde n’accompagnent pas les États-Unis dans la défense de leur indépendance et continuent d’acheter du pétrole russe. Trump devra alors imposer les droits de douane promis de 25 à 50 % sur les produits chinois et indiens fournis aux États-Unis.

Dans ce cas, les produits chinois et indiens deviendront plus chers pour les Américains et les exportations diminueront fortement. Or, la Chine produit un très grand nombre de biens, dont les produits Apple, qui font la fierté des États-Unis. Les Américains seront confrontés non seulement à une hausse des prix, mais aussi à une pénurie de produits de consommation courante, ce qui constituera un choc pour l’Américain moyen.

Les économistes tirent déjà la sonnette d’alarme lorsque Trump impose des droits de douane sur certaines catégories de marchandises en provenance d’autres pays. En effet, cela remodèle les flux mondiaux, la logistique et le commerce. On s’attend à une hausse de l’inflation, à un ralentissement du commerce mondial et de l’économie. L’or établit sans cesse de nouveaux records historiques. Il s’agit d’un actif de protection, où les investisseurs se réfugient pour attendre la fin de la crise.

Que se passera-t-il si tous les produits en provenance de Chine et d’Inde sont désormais soumis à des sanctions ? Le commerce et l’économie s’effondreront dans le monde entier. Cela affectera inévitablement le marché du pétrole, car la demande diminuera et les prix aussi. Toutefois, dans ce cas, la crise énergétique sera plus feutrée et moins brutale que dans le premier scénario.

La conclusion est que le bien-être des Américains eux-mêmes dépend du fait que la Russie continue à vendre son pétrole à l’Inde et à la Chine. Il leur est extrêmement défavorable que leur président prenne une mesure aussi dangereuse et retire physiquement le pétrole russe du marché. D’autant plus que l’arsenal de Trump comprend un tas d’autres sanctions déjà éprouvées, qui pourraient rendre la vie difficile aux exportateurs de pétrole de Russie – au moins temporairement. Il s’agit de sanctions contre les pétroliers de la « flotte fantôme », les banques russes, par l’intermédiaire desquelles les paiements à l’exportation sont effectués, etc. La Russie a déjà appris à contourner assez bien toutes les nouvelles sanctions de ce type, mais cela ne se fait pas instantanément, d’où un effet négatif temporaire.

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