Il y a quelque cruauté à se moquer des tentatives désespérées du néocolonialisme français pour tenter de surnager à l’agressivité des Etats-Unis en s’en prenant à la Russie et à la Chine… C’est pourtant le consensus français en matière de géopolitique : s’imaginer neutre et se voir comme une puissance amicale protectrice et terminer en train de faire du zèle au profit de l’OTAN, en envoyant des armes ou en tentant de convaincre des anciens et toujours colonisés. Le Niger qui recèle l’uranium pour le nucléaire et pour Areva et qui reste un des pays les plus pauvres du monde est un des rares que la France avait réussi à convaincre de ne pas aller au sommet de Saint-Petersbourg. C’est là où se sont repliés 1500 soldats français chassés du Mali… patatras, coup d’Etat dans les rues de Niamey on crie A bas la France… Bref le monde entier se fiche de nous et en France, nous sommes arrivés à un consensus sans faille sur les justifications colonialistes (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop)
https://vz.ru/world/2023/7/27/1222931.html
Illustration @ Michael Kappeler/dpa ?global Look Press
Texte : Dmitri Bavyrine
L’armée nigérienne a fait défection au profit des rebelles, laissant peu de chances au président Mohamed Bazoum de conserver le pouvoir. C’est un coup dur pour Paris, car l’approvisionnement en minerai d’uranium de ces régions est crucial pour elle. C’est à cause de la France que le Niger s’est opposé à la Russie. C’est aussi la raison pour laquelle il est si malheureux.
Le président de la République du Niger, Mohamed Bazoum, pourrait aujourd’hui admirer la place du Palais de Saint-Pétersbourg, mais il est pris en otage par des rebelles armés et écarté de la direction du pays. Et c’est à Paris qu’il le doit, puisque le Niger a refusé de participer au sommet Russie-Afrique sous la pression de la France, son partenaire de toujours ou, mieux, sa tutelle.
Les relations entre les deux pays sont malsaines depuis la fin du XIXe siècle, lorsque les Français ont décidé de conquérir le bassin du lac Tchad et y ont envoyé l’expédition dite d’Afrique centrale, sous le commandement du capitaine Paul Voulet. Il choisit le vol et le meurtre de masse comme méthode de colonisation – des atrocités d’un tel niveau qu’un scandale éclate à Paris et que le voyou est congédié à la hâte. Voulet tue le messager qui ordonne son renvoi, se mutine avec l’intention de devenir le chef d’un nouvel empire africain, mais est finalement tué par des Sénégalais au service de la France parmi les membres de l’expédition.
Peu avant cela, Voulet avait ordonné l’exécution de cent cinquante femmes et enfants en représailles à la mort de deux soldats. Cet incident cauchemardesque, parmi tant d’autres, explique la poursuite du sentiment anticolonial au Niger. Les Français n’ont pas obtenu cette pièce du puzzle facilement, mais ils ont obtenu ce qu’ils voulaient, et ils s’y agrippent encore avec leurs dents.
Lorsqu’il est devenu mauvais ton d’avoir des colonies dans le monde, le président Charles de Gaulle a envisagé d’en faire une autonomie au sein de la France. La population nigérienne, majoritairement analphabète, aurait voté en faveur de ce projet lors d’un référendum, à la suite duquel les partisans de l’indépendance ont été expulsés, mais deux ans plus tard, en 1960, l’indépendance était malgré tout proclamée – l’autonomie ne semblait pas suffisante aux yeux des dirigeants locaux.
Le nouvel État est dirigé par Amani Diori, un ancien député français issu des partisans de l’autonomie. Il instaure rapidement un régime autoritaire et lie la patrie par des traités d’alliance avec Paris. Les revenus des mines d’uranium françaises suffisaient à l’élite, le reste de la population végétant dans une pauvreté abjecte, et le régime de Diori, préoccupé principalement par la politique étrangère, ne contrôlant en grande partie que la capitale et ses environs – le reste du territoire vivant d’une économie de subsistance sous l’oppression des chefs locaux.
En 1974, le régime est tombé, et le Niger est entré dans le schéma africain commun d’un coup d’État militaire à l’autre. En près de 65 ans d’indépendance formelle, il y a eu sept constitutions et un seul transfert pacifique du pouvoir d’un président à l’autre – celui de Mohamed Bazoum en avril 2021.
Mais même ce « record historique » a failli être réduit en miettes au dernier moment : une autre tentative de coup d’État militaire a eu lieu deux jours avant l’investiture de Bazoum, mais sans succès.
Cette lutte de pouvoir intense n’est pas sans objet : cinquième au monde pour l’extraction de l’uranium, le Niger est l’un des pays les moins développés du monde et, ces dernières années, il a établi un contre-record à l’échelle planétaire dans ce que l’on appelle l’indice de développement humain. La raison n’en est pas seulement la pauvreté locale, mais aussi l’analphabétisme généralisé.
Cette situation arrange les Français, qui ont rendu accros les autorités nigériennes (toutes les autorités, à tour de rôle) à leurs subventions et à leur technologie. La seule richesse du pays est l’uranium, et l’économie locale ne peut pas en profiter parce qu’elle est sous-développée. Les Français qui parlent la même langue (le français) que l’élite y sont donc des monopoleurs qui peuvent ouvrir n’importe quelle porte avec leur pied.
Si les Nigériens sont moins préoccupés par leur survie quotidienne, ils pourront enfin apprendre à lire et s’interroger sur l’équité de la répartition des richesses dans le pays. Et aussi se demander pourquoi tout est encore gouverné par des hommes blancs dont les ancêtres ont procédé à des nettoyages ethniques en ces lieux.
La dépendance du Niger à l’égard de Paris est également forte parce qu’elle est réciproque. La base énergétique de la France n’est pas le gaz, comme en Allemagne, mais l’atome pacifique. Le Niger fournit aux Français jusqu’à 40 % de l’uranium dont ils ont besoin. En outre, il abrite un groupe militaire français expulsé du Mali et du Burkina Faso voisins.
Là aussi, la vie se déroule de coup d’État en coup d’État, et à cette étape historique, les nouvelles autorités décident de se débarrasser de l’influence française et jettent sans équivoque les colonisateurs à la porte.
On pense que le fameux groupe PMC « Wagner », qui a par la suite occupé des casernes françaises, y a participé. Les médias français fantasment également sur la participation de « Wagner » au coup d’État nigérian, ce qui, dans leur cas, s’apparente à de la paranoïa, même s’il faut reconnaître que le fondateur de ce PMC, Evgeny Prigozhine, sait surprendre.
Quoi qu’il en soit, beaucoup s’attendent à ce que le Niger passe au front anti-français et prenne plus au sérieux les invitations aux sommets russes. Car il a vraiment de quoi détester la France.
Mais il serait également injuste d’accuser les Français d’être les seuls responsables de la situation du pays. La lutte constante pour le pouvoir et les ressources au Niger est alimentée par de nombreux facteurs, jusqu’à la situation ethnique sur le terrain.
Un peu plus de la moitié de la population appartient au peuple haoussa. Cependant, le peuple formant l’État est considéré comme le Jerma : il représente moins de 20 %, mais constitue la majorité absolue dans la capitale, Niamey, et ses environs. Le centre administratif du pays a été subordonné au président Diori, même pendant le déclin de son pouvoir, notamment parce qu’il est aussi un Jerma local.
Au nord, vivent les nomades, les Touaregs, qui se révoltent régulièrement, ainsi que les Arabes. Ils représentent moins de 2 % de la population, mais Bazoum, aujourd’hui déchu, en fait partie. En d’autres termes, le président du pays, bastion de l’influence française en Afrique, dont la majorité noire a été victime de persécutions raciales, est blanc selon les normes locales. Voilà pour BLM.
Le pronostic pour l’avenir de Bazoum est sans ambiguïté : il ne restera pas président. Le jour qui, pour lui et ses amis français, aurait dû être le jour du boycott du sommet Russie-Afrique est devenu pour le Niger le jour du changement de pouvoir. Alors que dans les premières 24 heures, un scénario théorique prévoyait que l’armée prenne le président au milieu de sa garde personnelle pour le soustraire aux rebelles, le commandement militaire a annoncé jeudi qu’il rejoindrait la junte afin d' »éviter l’effusion de sang ».
Plus compliqué est l’avenir du Niger dans son ensemble. Malgré toutes les tempêtes locales, les Français ont généralement réussi à garder ce territoire sous leur contrôle, l’enjeu est élevé pour eux – bien plus élevé que les défaites géopolitiques au Burkina Faso ou au Mali, pour lesquelles Emmanuel Macron blâme la Russie.
Cependant, il est un peu facile pour Macron de rejeter la faute sur la Russie. Sa participation active et inactive à l’effondrement de l’influence française en Afrique est bien plus grande. Avec un tel leadership « talentueux », il est possible de perdre le Niger.
C’est peut-être aussi inévitable que la perte de l’Algérie, comme le pensait le général de Gaulle (la fierté de l’empire français est aujourd’hui l’un des pays les plus pro-russes d’Afrique, et ouvertement pro-russe). Parce que la France n’est plus « la même », mais si avant ce n’était pas glorieux.
Lorsque Paul Voulet unifiait les colonies françaises d’Afrique de l’Ouest par le feu et l’épée, l’une des tribus qui l’a défié était la tribu Aznu, dirigée par la reine Sarraounia. Elle était considérée comme une sorcière par les habitants.
La bataille imposée aux envahisseurs a été perdue assez lamentablement par les hommes de Sarraounia. La reine a dû lancer une malédiction aux Français dans sa fuite, sinon ce n’est pas une vraie sorcière. Les habitants ne savent pas s’ils doivent y croire ou non, mais un mariage politique avec Paris ne peut être heureux, cent trente ans en témoignent.
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Xuan
Merci pour cet excellent article.
Paris est ulcéré par le coup d’Etat au Niger, la solution de repli après le Mali et le Burkina Faso « c’est le pire scenario qui pouvait arriver à la France » dit un journaliste de France24.
Cet après midi, c’est un conseil de défense qui est annoncé. Macron a condamné « avec la plus grande fermeté » et « ne reconnaît pas les autorités » issues du coup d’état.
Il est très clair que l’impérialisme français se sent très gravement atteint et menacé.
La participation de notre pays à la guerre contre la Russie a non seulement aggravé la crise économique en interne, elle a aussi accéléré l’effondrement de l’empire français en Afrique.
Il faut mettre en regard deux points de vue.
Hier dans l’Humanité, Benjamin König a tranché :
« Le coup d’État perpétré par des officiers issus de l’ancien régime nigérien n’a pour fondement que l’assouvissement d’ambitions personnelles »….
Sans jamais dénoncer dans ses articles l’impérialisme français au Niger, ni s’inquiéter du rôle du président du Niger, il appuie sa position sur le jugement de dieu, Guy Labertit :
Bien que je l’aie déjà cité, permettez-moi de remettre le couvert en ajoutant la transcription d’une partie du discours d’Ibrahim Traoré pour le Burkina Faso au sommet Russie – Afrique :
Ibrahim Traoré a salué « le sacrifice consenti par la Russie contre le nazisme » et celui des peuples d’Afrique, «déportés de force aussi pour aider à se débarrasser du nazisme », et dénoncé l’oubli de leurs rôles respectifs dans l’histoire.
La jeunesse africaine s’interroge aussi :
Vexé, Macky Sall a préféré boycotter la photo du rassemblement, avec les présidents du Congo et de la Guinée-Bissau.
[1] Le massacre ordonné par De Gaulle le 1er décembre 1944 dans un camp militaire de la banlieue de Dakar, de 940 tirailleurs sénégalais rapatriés, qui avaient réclamé leur pécule et les primes de démobilisation.
Martine Garcin
Ferme dans son positionnement pro-OTAN, l’Humanité refuse de voir la réalité des changements en cours dans le monde, maintenant au Niger. Mieux vaut ce 30 juillet lire la presse de province, par exemple le DL qui montre le peuple de Niamey prendre la parole : « Le peuple nigérien exige sans condition le départ de toutes les troupes étrangères basées au NIGER », un autre manifestant demande « la coopération NIGER-RUSSIE ». L’article insiste sur les inquiétudes de la France relatives à son approvisionnement en uranium, notamment pour son programme militaire.
Coopération plutôt qu’exploitation, refus des ingérences étrangères, le nouveau monde est en marche, sans nous.
admin5319
c’est vrai mais nous sommes partout dans un jeu à triple bande… Il y a la colère des peuples, le cas du Niger pillé par Areva, devenu lieu où s’est positionné l’armée française chassée de partout parait clair, mais il ne faut jamais oublier ce que voient très bien les Chinois, le fait que partout les Etats-Unis flanqués de la grande Bretagne et d’autres vassaux ejectent partout la France pour prendre la place et avoir des bastions plus surs. Il faut relire toutes les adresses de la Chine à la France, la manière dont elle se moque de ce malheureux Macron obligé à la manière de Zelensky de livrer une guerre par procuration… Malheureusement l’Humanité et la direction du PCF est incapable de penser au delà des prochaines sénatoriales et de la nécessité de s’attirer les bonnes grâce d’un PS totalement inféodé à l’oTAN. C’st aussi simplement tragique que ça…
admin5319
Hubert vedrine invité d’honneur flanqué de Wurtz à l’université d’été du PCF dit le niveau réel de ce que l’on veut être « la pensée » du collectif… sur le plan de la formation et du positionnement international…
HUBERT VEDRINE OU LE RETOUR DE LA MOMIE MITTERRANDIENNE
On ne peut pas dire qu’il y ait réellement un renouvellement du personnel politique… C’est le retour de la momie vaticinante qui a longtemps sévi à la manière de feu Alexandre Adler, je veux parler d’Hubert Vedrine. Sa prestation sur la chaine de l’OTAN, je veux parler de LCI a été digne du personnage, une anguille qui dit souvent n’importe quoi pour paraitre un homme à paradoxe plutôt qu’à préjugé, mais ce n’importe quoi retombe toujours du bon côté de la tartine, les intérêts de sa carrière combiné avec l’illustration des désiderta du pouvoir atlantiste.
Il nous faisait le coup du mitterandisme et de la social démocratie des années quatre vingt, un art qui a su si harmonieusement accompagner la mise à sac de l’Aftique et du monde en teintant les assauts du néo libéralisme de quelques élans empruntés à Regis debray rédigeant le discours de Cancun. Je me souviens encore de la manière dont à quelques jours de l’invasion de l’IRAK, le secteur international du PCF a produit sous sa dictée un article dans l’humanité extraordinaire qui expliquait que l’Europe empêcherait la guerre… l’auteur de ce chef d’oeuvre était Daniel Cirera, resposable d’une longue série de même accabit à la tête du secteur international et second enthousiaste de Vedrine… le reponsable à l’UE était Francis Wurtz et le directeur de l’humanité Patrick le hyarec… A eux tous ils ont installé cette pompe à fric qu’est le PGE.
Nous en sommes toujours là… mais cette permanence, cette ossification des recettes se heurte à un changement mondial qu’il ne veut surtout pas voir et qu’il accueille avec dérision feignant de transformer la vague multipolaire en caprice de quelques sous développés, ex-colonisés, flanqués du perfide asiate et de la dictature communiste… On prend les reste et on les ressert…
Nous avons été un certain nombre à protester quand on voulu nous vendre une Europe salvatrice de l’intervention en Irak, mais nos interventions ont été impitoyablement censurées… C’était le début d’une longue dérive qui semble de nouveau à l’ordre du jour.
Mais le retour de Vedrine, et de la colonisation à la Mitterrand ce fut une tragédie qui accompagna le crime néolibéral,qui a dévaté l’Afrique, les pays du sud, il n’y a pas que le souvenir du colonialisme dans ces pays, il y a la dévastation à la chute de l’URSS, les plans d’ajustement structurel et aujourd’hui les vaticinations snobs de Vedrine, c’est une pitrerie…
Celle de la solution des guerres de l’OTAN sous couvert de défense de la « dmocratie », le choix in fine de la répression et du fascisme et la tentative de reprendre le flambeau d’une sociel démocratie déconsidérée face à la débâcle qui atteint la forme « mouvement » qu’il s’agisse de la FI, Podemos, Syriza et l’espoiir de recanaliser la haine légitime du fascisme dans ce qui le crée, à savoir la mitterrandie…
danielle Bleitrach
Xuan
Ce sont les peuples qui font l’histoire et l’Afrique s’ébranle.
Naturellement les USA condamnent le coup d’État mais se réjouissent des mésaventures de l’impérialisme français.
Ceci dit son éviction par les peuples d’Afrique est la meilleure garantie de leur résistance aux USA, que les nigériens rejettent tout autant.
Le Figaro enregistre « des milliers de manifestants » opposés à l’impérialisme français :
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/on-veut-la-russie-des-milliers-de-manifestants-devant-lambassade-de-france-au-niger/ar-AA1ey2tZ
admin5319
tout à fait d’accord avec Xuan, et il faut que les communistes prennent l’habitude de ne plus chercher une position internationale anti-impérialiste là où elle ne peut pas être développée… Je ne sais pas si c’est pareil pour tous ceux qui n’ont cessé depuis tant d’annés d’attendre un sursaut non seulement du PCF mais des groupuscules (qui n’existent que pour en dire du mal), mais en ce qui me concerne je n’attends plus rien de personne et c’est apaisant. Je sais désormais qu’il n’y a rien, ni personne qui soit apte à tracer une pserpective politique du moins dans l’immédiat. Donc n’attendant rien j’ai moins d’exigence et plus de facilité à agir dans des actions limitées et qui me paraissnt utiles. Me dire: bon ces gens là n’ont rien à voir avec ce que l’on peut espérer d’une force révolutionnaire, ce ne sont même pas des sociaux démocrates, chaque élection débouchera sur un changement d’attitude, mais ils sont comme ils sont et souvent les militants sont respectables et on peut agir…
Oui ce sont les peuples qui font l’histoire mais il faut également que les peuples soient confrontés à une « offre » politique dans laquelle ils se reconnaissent et qui les fait passer de l’en soi au pour soi…
Que pensez-vous de l’idée qu’il y aurait trois positionnements, trois « offres » à partir de ce que furent les communistes :
le premier ne s’y reconnait ^pas dans ce qui est en train de naître et qui n’a pas les caractéristiques disons non seulement de l’URSS mais de la plupart des Révolutions qui sont parvenues au pouvoir et dont l’inspiration a toujours été marxiste léniniste. Ce courant reste néanmoins très conscient de ce qu’est l’impérialisme des Etats-Unis, le colonialisme, etc…
Le second a complétement perdu ses marques et ses références, il n’est même plus social démocrate et il est totalement aligné au nom de la démocratie sur l’OTAN avec parfois quelques réticences asses comparable à celle de Macron. Au nom de cette démocratie, ce courant exerce une impitoyable censure qui reoubles celle du capital et la légitime.
Le troisième se jette dans le monde multipolaire avec la préoccupation de nos camarades russes: si on veut réellement un monde multipolaire avec les respect des souverainetés et du développement, autant que la capacité à faire face aux défis, il faut en finir avec la capitalisme et créer partout les conditions du socialisme.
Il me semble que la définition sans doute un peu grossière de ces trois groupes de positionnement sont assez opératoires…
Xuan
On pourrait aussi définir ces groupes comme une gauche, une droite et un centre.
Celui de gauche me paraît inspiré par les thèses albanaises, selon lesquelles la contradiction principale dans le monde est entre la bourgeoisie et le prolétariat, et toutes les guerres sont inter-impérialistes. Mais les faits l’entraînent à s’opposer prioritairement à l’OTAN.
Le second a complètement révisé le marxisme et défend un humanisme bourgeois. Il rejette la dictature du prolétariat, milite pour aménager le capitalisme vers un communisme « déjà là », prétend s’opposer à l’OTAN mais le défend dans les faits, comme il défend dans les faits l’impérialisme français. C’est une autre forme de liquidation du PCF.
L’essor du monde multipolaire, la crise du capitalisme occidental et sa fascisation détruisent la base sociale de ce courant et tous les rêves de réforme et de capitalisme « républicain ».
ME Leclerc est tombé les pieds dans le plat en annonçant qu’une baisse de l’inflation ne signifiait pas un retour en arrière et que les prix n’allaient nullement diminuer. Et les capitalistes européens sont effrayés par la perspective d’une guerre étendue.
Effectivement le socialisme est la seule issue, permettant de résoudre les contradictions propres à un monde multipolaire. La fin de l’impérialisme historique pourra favoriser la transformation du conflit actuel en lutte pour le socialisme. Mais en pratique, cela veut dire que nous avons mangé notre pain blanc pour quelques années et que la tempête va se déchaîner. Accrochons-nous à la barre
marsal
Non seulement les prix ne vont pas baisser, mais rien ne garantit que l’inflation baisse durablement. Au contraire. La Chine poursuit son combat pour arracher le monde au sous-développement. Elle a désormais les moyens de mener une politique monétaire et financière autonome. Et avec son alliance avec l’Iran, l’Arabie et la Russie, elle peut orienter les flux d’énergie à sa guise. Elle dispose de toutes les technologies majeures et de la base industrielle dominante.
Dans ces conditions, comment l’occident peut-il justifier d’avoir un privilège de consommation d’énergie supérieur au reste du monde ? D’avoir des monnaies fortes qui lui permettent de se réserver l’accès aux produits les plus recherchés ?
L’inflation qui nous attend, c’est le rééquilibrage de nos systèmes de prix sur les systèmes de prix mondiaux. C’est à dire que l’immense majorité des habitants du monde auront à terme la même légitimité à accéder à l’énergie, particulièrement pétrolière. Et notre production sera évaluée à ce qu’elle vaut en parité de pouvoir d’achat, ce qui signifie une sérieuse dégringolade.
Et cela peut aller très vite. Nous sommes dans de telles contradictions que notre énergie dépend encore de notre fournisseur russe, que par ailleurs nous vouons aux gémonies quotidiennement : une bonne partie du gaz transite encore de Russie par la Pologne et l’Ukraine, une bonne partie du pétrole vient également de Russie en transitant par l’Inde. On s’est gargarisé d’avoir convenablement passé l’hiver alors que c’est juste parce que la Russie maintient ses robinets ouverts depuis 15 mois. Et personne n’en parle, mais tout le monde sait que l’hiver prochain n’est en rien assuré.
Si l’on observe la méthode suivie par la Russie, on s’aperçoit qu’elle est faite de patience, elle attend le bon moment pour jouer ses cartes, laisse l’adversaire lui donner à de multiples reprises les raisons et la légitimité d’agir.
Ce qui a été fait à propos de l’accord sur les céréales est très intéressant. La Russie, depuis le début répête avec calme mais constance que l’occident ni l’Ukraine n’applique leur part des engagements et que cela va mener à la rupture de l’accord. Tout le monde s’est habitué à ce discours et est arrivé à penser que la Russie râle mais qu’elle n’agira pas. Puis lorsque le moment vient où la Russie rompt l’accord, on découvre qu’elle a tout préparé pour que cela se passe au mieux : non seulement l’Afrique n’a pas mis en cause la décision russe, mais elle se trouve rassemblée pour célébrer la coopération historique URSS-Russie / Afrique à St Pétersbourg, quelques semaines seulement après la rupture de l’accord; L’UE en revanche n’a rien prévu pour gérer les conflits liés à l’arrivée sur ses marchés des céréales ukrainiennes soldées …
De la même manière, tout le monde a l’air de considérer que, puisque le gaz russe continue à arriver depuis 15 mois, c’est que la Russie ne coupera pas le robinet…
Mais pourquoi la Russie ne le ferait-elle pas au moment où, de son côté tout sera prêt pour le faire et au moment où l’impact sera maximum… Cet hiver ? Pas impossible.
La réponse à l’inflation choisie par l’occident, c’est d’augmenter les taux d’intérêt. C’est un autre volet du suicide collectif. Je ne sais pas le dire autrement :
1. C’est une politique basée sur l’expérience des années 80, à l’époque où l’occident contrôlait la finance et l’industrie mondiale. La montée des taux d’intérêts engendrait une récession mondiale, mais cette récession frappait en priorité les fractions les plus fragiles, pays endettés en dollars, économies les moins productives. Aujourd’hui la situation est différente. L’occident ne contrôle plus la finance mondiale. Donc, la hausse des taux d’intérêt n’atteindra que très indirectement la Chine, qui va continuer à se développer et entraîner avec elle une large partie du sud. Donc, l’économie du nord va entrer en récession (auto-provoquée) et perdre des parts de marchés à l’international. De plus, l’économie occidentale n’est plus l’économie la plus compétitive, en particulier pour une Europe qui se prive d’elle-même de sa source naturelle d’énergie à bas coûts, la Russie …
2. Il y a une crise de la dette latente aujourd’hui dans les pays du nord et en particulier dans certains pays important de l’UE, aux USA et au Japon. La montée des taux va rapidement rendre cette dette ingérable. Les frais financiers, les intérêts vont exploser et sans croissance, les états ne pourront plus faire face. La solution sera l’inflation ou la faillite.
3. Le système financier occidental hypertrophié va lui-même se trouver en crise profonde. On a déja vu les premiers soubresauts avec les faillites des deux banques américaines et du Crédit Suisse cet hiver. Les banques ont consentis d’énormes quantités de prêts à taux très bas. Ces prêts continuent à courrir, mais les taux montent. Au fur et à mesure que les taux et l’inflation montent, ces prêts anciens subissent une décote irrémédiable, jusqu’à ne plus valoir grand chose. Les bilans des banques sont alors en grande difficulté.
Alors, comme disait Lenine, que faire ?
A mon sens, le socialisme deviendra rapidement une urgence vitale, une sorte de socialisme de guerre. La tendance naturelle du capitalisme pourrait être de laisser s’effondrer l’économie réelle en même temps que l’économie financière et les superstructures de marchés.
Il faudra au contraire agir pour sauvegarder ce qui peut l’être de la production réelle en créant rapidement une autre structure de pilotage de l’économie. Il faudra rapidement identifier les manques, re-répartir les ressources disponibles pour produire ce qui est indispensable.
De nouvelles directions politiques vont émerger, en particulier dans la classe ouvrière. Toutes les superstructures occidentales seront décrédibilisées voire balayées par le souffle de l’implosion.
Nous aurons besoin d’un parti fort et structuré, d’une classe ouvrière qui prenne le pouvoir entre ses mains.
En gros, et pour le dire très vite, il va falloir apprendre très très vite à reprendre tout ce que nous avions abandonné, à penser à l’opposé de ce que l’on nous a appris, à faire le contraire de ce qui nous a été imposé.