Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le KPRF et la guerre en Ukraine : réponse de 2022 au KKE

22/07/2024

Cet article signalé par Jean-Luc Picker a été publié par defend democracy, un site grec d’orientation trotskyste (d’inspiration pabliste) qui a des positions le plus souvent justes sur le plan de la guerre et de la paix, mais qui est dans une guérilla larvée avec le KKE qui peut les pousser à ignorer le rôle que joue aujourd’hui ce parti y compris contre l’OTAN. L’article du KPRF date du 16 mai 2022 et depuis sans changer tout à fait de position théorique, le KKE mène une lutte sans faille contre l’OTAN et l’intervention grecque à ses côtés. Ce site est en fait le relais de Mélenchon avec toutes les ambiguïtés internationales de ce dernier, la manière dont il se présente comme le seul anti-impérialiste en France… Tout en étant au plan national (en dehors de la lutte pro-palestinienne qu’il mène en divisant en vue du clientélisme plus qu’il ne contribue à une issue) plus que modéré et opportuniste dans la lutte contre l’OTAN. Il ne s’est jamais opposé à l’OTAN et comme tous les partis de gauche il a signé la partie du programme du NFP absolument indigne consacré à la guerre en Ukraine qui s’affirme partisan d’armer l’Ukraine (c’est à dire l’OTAN). Marion Aubry au parlement européen a été plus que suspecte dans ce domaine, mais comme le vent tourne et que la volonté de paix du peuple français est manifeste, il est probable qu’il va prendre de plus en plus un rôle anti-OTAN, un rôle de politique spectacle. Il n’en demeure pas moins que cette lettre de 2022 publiée aujourd’hui… pourquoi ? n’en est pas moins très explicative et très respectueuse du KKE… Une manière de s’expliquer entre partis que l’on voudrait voir à l’œuvre partout. (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

May 16, 2022

http://www.defenddemocracy.press/le-pcfr-et-la-guerre-en-ukraine/

EN RÉPONSE AU KKE DE GRÈCE

Le 23 avril 2022, le journal Rizospastis, qui est l’organe du Parti communiste grec (KKE), a publié un article du Département international du CC KKE, intitulé : « Sur la guerre impérialiste en Ukraine et la position du Parti communiste de la Fédération de Russie (KNPO) ».

L’article évalue les actions du PCFR dans le cadre de l’opération spéciale que la Russie mène en Ukraine accusant ouvertement le parti d’avoir une position pro-gouvernementale, c’est-à-dire pro-impérialiste. Nous sommes catégoriquement en désaccord avec cette évaluation utilitariste.

L’essentiel de l’article est que, de l’avis des camarades grecs, ce qui se passe en Ukraine est une guerre impérialiste, menée dans l’intérêt de la bourgeoisie russe, et donc, en soutenant celle-ci, le PCFR prônerait une politique qui revient à se coller au parti au pouvoir, soit le Parti Russie unie et au président V. Poutine.

En insistant sur le caractère « impérialiste » de cette guerre, les camarades grecs partent de la thèse bien connue de Lénine, soit : « une lutte pour les marchés et pour la liberté de piller les pays étrangers, une lutte pour réprimer le mouvement révolutionnaire du prolétariat et de la démocratie dans des pays individuels, une volonté de tromper, de désunir et de massacrer les prolétaires de tous les pays en dressant les esclaves salariés d’une nation contre ceux d’une autre au profit de la bourgeoisie ; ce sont les seuls véritables contenu et signification de la guerre ».

Cependant, les camarades ne mentionnent en même temps pas le fait que cette déclaration fait spécifiquement référence à la Première Guerre mondiale, qui était en effet une guerre purement impérialiste et de conquête. Cependant, laissant de côté le dogme, force est d’admettre que toute guerre a aussi ses spécificités.

La tâche des marxistes, dans la détermination de leurs positions, à l’égard de la guerre, est de déterminer son caractère. Car en plus des guerres impérialistes, il y a (aussi) les guerres de libération nationale, ainsi que les guerres antifascistes qui se sont généralisées au milieu du XXe siècle, lorsque le fascisme et le nazisme sont apparus comme des phénomènes politiques et que les luttes de libération nationale se sont intensifiées sous l’impact de la Révolution d’Octobre.

Ce qui a guidé le PCFR dans la détermination de sa position

En élaborant sa position politique sur la question de la conduite de l’opération spéciale, notre parti a analysé les conditions historiques concrètes qui ont objectivement conduit à la crise en Ukraine.

Avant la Révolution d’Octobre en Russie, l’Ukraine, qui faisait partie de l’Empire russe, était un pays agraire typique. Pour renforcer son industrie, six zones industrielles de la République socialiste soviétique de la Fédération de Russie, à l’est et au sud, qui n’avaient jamais fait partie de l’Ukraine, ont été incluses en Ukraine. Parmi elles se trouvaient les régions de Donetsk et de Lougansk. En 1939, la Galice (ouest de l’Ukraine), qui faisait auparavant partie de la Pologne, fut également ajoutée à l’Ukraine. Ainsi, le territoire actuel de l’Ukraine est le résultat de son intégration à l’URSS (ndlr : et non l’inverse). Il fut littéralement « cousu ensemble » à partir de parcelles disparates, allant de la Galice (incluant la ville de Lvov), qui était sous l’influence passée de la Pologne, de l’Autriche et de la Hongrie, à l’est de l’Ukraine, qui gravitait plus vers la Russie, auparavant.

(Sous l’égide de l’URSS) l’industrie ukrainienne socialiste prospéra rapidement. Aux productions de métal et de charbon s’ajoutèrent aussi les secteurs de l’aviation et des fusées, de la pétrochimie et de la production d’électricité (4 centrales nucléaires) et de la défense. C’est dans le cadre de l’URSS que l’Ukraine obtint non seulement la majeure partie de son territoire actuel, mais aussi son potentiel économique pour devenir l’une des dix premières économies européennes.

La dissolution de l’Union soviétique, en décembre 1991, entraîna la destruction de l’intégration économique séculaire de l’Ukraine d’avec la Russie, et rompit aussi tous les liens économiques, politiques et culturels.

L’Ukraine est aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Son industrie manufacturière, à l’exception de la métallurgie, fut pratiquement détruite (au fil des années). Et si l’économie ukrainienne peut encore rester à flot, c’est uniquement grâce aux prêts occidentaux et aux envois de fonds de personnes parties en Europe et en Russie à la recherche d’un emploi. Le niveau de vie a chuté et l’émigration explosé. Environ 10 millions de personnes (sur 45 millions) sont parties, souvent les spécialistes les plus qualifiés.

L’Ukraine a en même temps, désormais certains des niveaux les plus élevés de corruption et d’inégalité sociale. Bien avant le déclenchement de la guerre, le pays était au bord d’une catastrophe nationale.

Le coup d’État du gouvernement à Kiev comme base de la fomentation du conflit

En février 2014, avec l’aide directe des États-Unis et d’autres pays de l’OTAN, un coup d’État gouvernemental eut lieu en Ukraine. Le gouvernement légitime d’alors fut renversé. Les néo-nazis sont arrivés au pouvoir. Par la suite, les États-Unis ont reconnu publiquement avoir investi environ 5 milliards de dollars dans la préparation du changement de régime dans le pays ainsi que dans « le développement de la démocratie ». Inutile de dire que personne ne dépenserait normalement une somme aussi colossale que cela (sans avoir un intérêt bien particulier en tête).

À la suite de ce coup d’État, le pouvoir fut transféré pour l’essentiel à des gens issus de l’ouest de l’Ukraine, notamment de Galice, où les sentiments nationalistes extrêmes, antisémites, anti-polonais, russophobes et anticommunistes furent toujours très forts.

L’assimilation forcée de la population russophone commença alors. L’interdiction de la langue russe et la décision de faire passer l’enseignement scolaire du russe à l’ukrainien se heurtèrent à une forte résistance dans les régions de Donetsk et de Lougansk. Les gens se soulevèrent même, les armes à la main.

Lors du référendum national du 11 mai 2014, 87% des citoyens votèrent pour l’indépendance. Ainsi, les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk furent formées à l’initiative des masses populaires, et non sous les instructions du Kremlin.

Après plusieurs tentatives infructueuses pour s’emparer des Républiques Populaires du Donetsk et de Lougansk, les nazis de Kiev eurent ensuite recours à la terreur. Pendant huit ans de bombardements continus, par l’artillerie lourde, près de 14 000 civils furent tués et des dizaines de milliers mutilés. Les infrastructures des deux républiques furent aussi gravement endommagées.

Tout au long de ces huit longues années, les pays européens et les États-Unis considéraient le génocide du peuple russe, dans le Donbass, avec une extrême sérénité, justifiant ainsi efficacement les actions du régime de Kiev.

Aujourd’hui, l’Union européenne et les États-Unis font preuve d’une hypocrisie sans précédent en décrivant certes la souffrance des personnes, au cours des combats, mais en ignorant en même temps le fait que l’utilisation de civils comme boucliers humains est devenue la pratique courante de ceux qu’ils appellent les « combattants de la liberté ».

Développement du néonazisme en Ukraine

Nos camarades, en considérant la situation en Ukraine, n’évoquent qu’à contrecœur le danger de sa fascisation. Et pourtant, l’un des principaux objectifs de l’opération militaire russe dans ce pays est sa dénazification. Même les congressistes américains et les services spéciaux admettent que l’Ukraine est devenue le centre du néonazisme international.

Voici quelques faits. Après l’invasion de l’URSS par Hitler, comme nous l’avons noté ci-dessus, les sentiments nationalistes extrêmes, antisémites, russophobes et anticommunistes dans l’ouest de l’Ukraine étaient au plus haut. Les divisions SS qui y ont été formées, ont combattu l’Armée rouge. Les nationalistes locaux, dirigés par Semyon Bandera, un ardent fan d’Hitler, se sont mis à exterminer les Juifs. En Ukraine, les Banderistes ont massacré environ 1,5 million de Juifs, soit un quart de toutes les victimes de l’Holocauste. Au cours du « massacre de Volyn », de 1944, dans l’ouest de l’Ukraine, environ 100 000 Polonais furent aussi massacrés. Les adeptes de Bandera ont également tué des partisans et brûlé vifs des civils dans des centaines de villages biélorusses.

Après la guerre, les rebelles anticommunistes et antisoviétiques de l’ouest de l’Ukraine, soutenus par les États-Unis et la Grande-Bretagne, ont semé la terreur contre les civils, entre 1945 et 1953. Au cours de ces années, les Banderistes ont tué environ 50 000 citoyens. Les descendants et successeurs de ces voyous sont arrivés au pouvoir après le coup d’État de 2014. La tradition de la terreur anti-polonaise, antisémite et antirusse est très forte parmi les néo-nazis qui dirigent pratiquement l’Ukraine aujourd’hui.

Aujourd’hui, les Banderistes, comme les troupes d’assaut allemandes, durant la Seconde guerre mondiale, sont la brigade de choc du Big Business. Ils contrôlent chaque mouvement du gouvernement en le faisant constamment chanter avec la menace d’un autre coup d’État au besoin.

La nature de l’État ukrainien actuel en est une d’alliance du grand capital et de la bureaucratie gouvernementale, soutenue par des éléments fascistes, sous le contrôle politique et financier total des États-Unis.

Les causes et le caractère de l’opération militaire spéciale

D’un point de vue marxiste, le conflit militaire en Ukraine ne peut pas être décrit comme une guerre impérialiste, comme diraient nos camarades. Il s’agit essentiellement d’une guerre de libération nationale du peuple du Donbass. Du point de vue de la Russie, c’est une lutte contre une menace extérieure à la sécurité nationale et contre le fascisme.

Ce n’est un secret pour personne que les milices du Donbass n’étaient pas en mesure de résister aux forces armées ukrainiennes armées de plusieurs milliers de personnes (et une nouvelle offensive se préparait encore). Une défaite des milices aurait conduit à l’anéantissement de toute la population russophone, dont une grande partie sont des citoyens russes. En vertu de la Constitution de la Fédération de Russie, la Russie a pris des mesures légitimes pour protéger ses citoyens et assurer sa sécurité nationale car cela n’aurait pas pu être fait par d’autres moyens.

Avec le soutien des États-Unis et de l’Union européenne, Kiev avait aussi délibérément saboté le processus de négociation dans le cadre des accords de Minsk.

Avant l’intervention russe, l’Ukraine avait concentré 150 000 militaires, dont de nombreux bataillons nazis, dans le Donbass. Kiev, avec le soutien des États-Unis, s’apprêtait à reprendre le contrôle du Donbass par des moyens militaires.

Avec la bénédiction de ses mandants américains, l’Ukraine se préparait à lancer une opération militaire pour s’emparer du Donbass puis de la Crimée, début mars de cette année. Il existe un ensemble de preuves solides pour confirmer l’existence de ces plans.

Le régime pro-Bandera préparait cette guerre depuis huit ans. Les militaires ont été soumis à un lavage de cerveau idéologique implacable dans un esprit de russophobie ouvert.

Conformément à leurs objectifs géopolitiques impérialistes, les États-Unis ont attiré progressivement l’Ukraine dans la sphère de leurs intérêts militaires, faisant du pays un fer de lance de l’OTAN, déterminé à combattre la Russie « jusqu’au dernier soldat ukrainien ».

Dès décembre 2021, la Russie avait proposé aux États-Unis de tenir des pourparlers sur le non-élargissement de l’OTAN à l’est. Les Américains ont évité de donner une réponse directe. Ainsi, en janvier 2022, la Russie a averti que dans cette situation, elle devrait prendre des mesures supplémentaires pour protéger sa sécurité nationale.

Sous le patronage du Pentagone, l’Ukraine avait mis en place plus de 30 laboratoires pour développer des armes bactériologiques. Il existe des documents prouvant que ces laboratoires travaillaient avec des bactéries particulièrement dangereuses de maladies mortelles et étudiaient des méthodes pour les propager à des personnes cibles de races différentes.

Tout cela constituait une menace non seulement pour la Russie, mais pour l’humanité tout entière.

On prétend qu’il s’agirait plus de contradictions inter-impérialistes ou de lutte pour les marchés et les ressources du sous-sol. L’incapacité à voir la composante nationale des problèmes de classe et la composante de classe dans les problèmes nationaux peut conduire au dogmatisme.

Les intérêts de l’oligarchie russe en Ukraine

Cherchant à prouver que la guerre est menée dans l’intérêt de la bourgeoisie russe, afin de s’emparer des ressources naturelles et du potentiel industriel de l’Ukraine, nos camarades sortent les paroles de Lénine sur la nature des guerres de leur contexte historique.

Cependant, l’affirmation selon laquelle les dirigeants russes se préparaient à s’emparer de l’Ukraine à l’avance est contredite par les faits.

Dès le départ, les dirigeants russes ne soutenaient pas l’idée d’un référendum sur la formation des républiques populaires du Donbass.

À la suite des accords de Minsk-2, la Russie supposait également, à priori, que le Donbass resterait une partie de l’Ukraine, avec une certaine autonomie.

Jusqu’au début de l’opération militaire, les dirigeants russes continuaient d’insister sur le respect de Minsk-2, qui laisserait le Donbass dans le cadre de l’Ukraine.

Une affirmation qui ne tient pas la route

Depuis 1991, l’Ukraine, son industrie et ses ressources, ont fait l’objet d’une surexploitation par les monopoles américains et européens. L’oligarchie russe n’a pas participé au « partage du gâteau » qui relevait plus de la sphère des intérêts occidentaux.

Qui plus est, l’oligarchie russe était en fait contre l’opération militaire en Ukraine. Elle s’efforçait de s’intégrer dans l’oligarchie mondiale et subissait déjà une pression massive de l’Occident qui la poussait à faire pression sur le gouvernement pour l’inciter à préserver l’orientation pro-occidentale de la Russie.

Par ailleurs, les oligarques russes ont considérablement souffert de l’opération militaire russe en Ukraine. Ils ont été mis sous sanctions, et voient leurs palais et yachts leur être enlevés et leurs comptes bancaires gelés.

Nous n’avons pas la moindre sympathie pour ceux qui pillent la Russie depuis trois décennies et qui sont aujourd’hui privés de leur butin. Nous voulons simplement souligner que l’oligarchie russe non seulement n’était pas intéressée par l’opération militaire, mais en a souffert. En refusant de soutenir cette opération, les grandes entreprises ont perdu non seulement leurs biens et leur argent, mais aussi leur influence au sein de l’élite dirigeante russe.

Notez quelles forces de classe étaient les adversaires les plus féroces de l’opération militaire russe en Ukraine. Il s’agissait avant tout du grand capital monopoliste, de ses représentants politiques, dans le milieu libéral, ainsi que leurs laquais « créatifs », parmi la soi-disant intelligentsia.

Nous reconnaissons l’existence de contradictions inter-impérialistes, de même que le désir des différents prédateurs impérialistes de s’emparer des ressources naturelles et énergétiques d’autres pays. La Russie est victime des plans de l’Occident visant à faire de notre pays une source de matières premières bon marché. Nous nous opposons à ces projets depuis des décennies. Mais nous ne croyons pas que la Russie, malgré tous les défauts de son système politique actuel, basé sur la puissance du grand capital, soit devenue du jour au lendemain un tel prédateur. La lutte en Ukraine a un caractère fondamentalement différent qui défie les dogmes.

La position du PCFR

Le PCFR a été le premier à définir la nature du régime qui a pris le pouvoir en Ukraine lors des manifestations de Maïdan en 2014. Désormais, toutes les activités du parti ont été basées sur l’essence de classe des processus politiques en cours.

Nous avons toujours critiqué la politique extérieure des dirigeants russes, qui a effectivement ignoré les intérêts des peuples qui, jusqu’à récemment, faisaient partie d’un seul État soviétique.

Ceux qui suivent attentivement nos actions (et nous supposons que les camarades grecs connaissent parfaitement nos documents) sauront que c’est le PCFR qui, depuis 2014, n’a cessé d’appeler à la reconnaissance des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk.

Aucun autre parti politique, en Russie, n’aura en même temps fait autant pour soutenir la population du Donbass. Dès le départ, nous avons soutenu le retour du Donbass en Russie. Ce n’est pas le PCFR qui suit « la ligne du parti au pouvoir, soit la « Russie unie » et du président Poutine », mais eux, sous la pression des impératifs historiques, qui doivent aujourd’hui plus suivre la voie que le PCFR préconisait depuis trois décennies.

Dans cette situation, est-il juste de dire que nous soutenons presque aveuglément la politique de Poutine en Ukraine ?

Toutes ces dernières années, le PCFR a exhorté les dirigeants russes à reconnaître l’indépendance du Donbass.

Bien franchement, nous ne sommes pas contents d’entendre nos camarades grecs parler avec un brin de dédain des « Républiques dites populaires » du Donbass, car ce sont précisément des républiques populaires qui ont vu le jour à la suite de la volonté exprimée par le peuple.

Les citoyens des Républiques Populaires du Donetsk et de Lougansk les ont défendues au prix de milliers de vies civiles et militaires, au cours des huit sombres années de résistance à l’agression rampante des nazis banderistes.

Il est d’une importance capitale que ceux qui combattent ces nazis ne soient pas seulement l’armée russe, mais aussi les unités de la milice du Donbass lui-même, parmi lesquelles les communistes et les mineurs forment une large couche.

Où voyez-vous la « protection des intérêts de l’oligarchie » dans tout cela ? Nos camarades, qui exposent quotidiennement leur vie à un danger mortel, défendent-ils aussi les intérêts des oligarques russes ? Ou défendent-ils les intérêts des gens ordinaires qui ont été victimes des néo-nazis qui ont pris le pouvoir en Ukraine ?

Il faut être particulièrement aveugle à la situation réelle pour prétendre que le PCFR agirait en même temps en collusion ouverte avec le groupe au pouvoir.

Le ton de la lutte politique de classe en Russie est plus élevé que jamais. La persécution des communistes et des partisans du parti, même après le début de l’opération militaire en Ukraine, montre qu’il n’y a pas d’harmonie de classe entre le PCFR et l’élite dirigeante actuelle. On peut citer de nombreux exemples de nos camarades soumis à différentes formes de répression. Notre réponse à la persécution de nos camarades est en même temps vigoureuse.

Nous restons aussi des critiques sévères de la politique socio-économique du gouvernement. Aucun autre parti en Russie ne peut prétendre avoir été plus critique que nous face aux autorités sur ces questions.

Au cours des quelque trente années qui se sont écoulées depuis le coup d’État anticommuniste de 1991, nous avons fourni de nombreuses preuves de notre lutte résolue contre l’élite dirigeante. C’est pourquoi notre parti bénéficie d’un si large soutien des masses.

Lors des élections de septembre 2021, à la Douma d’État, le PCFR a remporté près de 19 % des voix. Et cela, en dépit de la machine bien huilée et établie de longue date, du trucage des votes, mise en place par l’élite toujours au pouvoir. Nous sommes convaincus que le niveau réel de soutien populaire s’est depuis considérablement élevé. C’est parce que, dans l’esprit du marxisme-léninisme, nous cherchons à étudier les intérêts et l’humeur du peuple. Incidemment, en soutenant l’opération spéciale russe en Ukraine, le PCFR a exprimé la volonté de l’écrasante majorité des citoyens russes.

Quant aux affirmations voulant que nous serions en train de « flirter avec des approches nationalistes et des forces nationalistes », nous sommes fiers de pouvoir également dire que le PCFR est la principale force de gauche patriotique en Russie.

Nous estimons également qu’il est de notre devoir internationaliste de protéger les intérêts du peuple russe et des autres peuples qui ont vécu pendant des siècles avec les Russes, surtout les Ukrainiens et les Biélorusses. Nier la signification historique du « monde russe », ou de la civilisation russe, est à notre avis aussi absurde que nier la grande signification de la civilisation grecque antique. Lorsque Manolis Glezos a arraché le drapeau nazi au sommet de l’Acropole, il n’était pas seulement guidé par des intérêts de classe, mais aussi par la fierté nationale des Grecs qui avaient lancé une lutte résolue contre l’occupation allemande.

Au niveau de la communauté internationale

Alors que les politiciens et les médias occidentaux, qui prétendent avec arrogance représenter « la communauté internationale », prennent ouvertement le parti des néonazis, de grands pays d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique latine, qui ont eu une expérience directe de l’Europe, ainsi que du néo-colonialisme américain, voient à juste titre les événements en Ukraine comme la lutte de la Russie contre le monde unipolaire dirigé par les États-Unis.

Les pays qui abritent 60% de la population de la planète soutiennent l’opération russe ou adoptent une position neutre.

Seuls ceux qui, en 1941, ont amené la guerre dans notre pays en tant que membres de la coalition hitlérienne adoptent une position agressive. Ce sont les pays d’Europe, ainsi que les États-Unis et la Grande-Bretagne qui ont beaucoup contribué à la relance de la machine militaire nazie après sa défaite lors de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, la Russie combat à nouveau le fascisme et ceux qui le soutiennent en Europe et aux États-Unis.

***

En souvenir des actes héroïques du Parti communiste grec (KKE) dans la lutte contre le nazisme et contre la dictature militaire, nous écartons catégoriquement l’idée que nos camarades auraient pu consciemment rejoindre le camp de ceux qui tentent aujourd’hui d’écraser la Russie avec les mains de l’Ukraine. Nous réitérons notre profond respect pour le KKE en tant que parti qui a apporté une immense contribution à la renaissance du mouvement communiste et ouvrier international après l’effondrement de l’URSS en 1991. Cependant, les paroles de nos camarades sonnent parfois comme la déclaration de l’ultime vérité. Nous sommes pour un dialogue de camaraderie qui a toujours aidé les communistes du monde entier à comprendre l’essence des événements et à élaborer leur approche correcte et véritablement marxiste de leur évaluation.

Le Département international du Comité Central du PCFR

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