Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

SOUVENEZ-VOUS DU 6 NOVEMBRE 1941, avant de parler de faillite de l’URSS

La scène se passe le 6 novembre 1941 dans le métro de Moscou, dans la station place Maiakovski, le métro conçu comme un palais pour le peuple, commence la séance solennelle du soviet des députés, des travailleurs de Moscou, élargie aux organisations sociales du parti de cette ville, les circonstances sont dramatiques.


Dans les premiers jours de novembre, l’offensive allemande qui jusque-là paraissait irrésistible connait un relâchement relatif sous les murs de Moscou; il est dû à l’extraordinaire résistance opposée par les soviétiques dans différents hauts-lieux, à Toula par exemple, tous les communistes et les komsomols en état de porter les armes rejoignent les combattants, suivis par des milliers de sans parti, un régiment d’ouvriers est mis sur pied sous le commandement du capitaine Gorchkov, il combattra au premier rang; la population dresse des barricades, creuse des tranchées et des fossés anti-chars, aménage des postes de tir, la ville devient une véritable forteresse. Dans bien des endroits les chemins des envahisseurs semblent les mêmes que ceux de Napoléon, d’où la fin du discours de Staline.


Les Allemands, un temps désorientés par cette résistance, regroupent leurs forces, plus de dix divisions montent à l’assaut de Moscou alors qu’au même moment l’étau se resserre sur Léningrad. L’ennemi bande ses forces pour s’emparer de Moscou avant l’hiver.


C’est alors le 31 octobre que Staline et le comité central qui ont refusé de quitter Moscou et de se replier dans le Caucase, lancent un appel à la population et aux forces armées pour une lutte impitoyable contre les nazis et en même temps, ils prévoient que l’anniversaire de la Révolution d’octobre sera célébré pour les cadres du parti le 6 novembre pas au théâtre Bolchoï mais au métro Maïakovski.


Là est annoncé que le lendemain il y aura bien devant le mausolée de Lénine un défilé militaire et que Staline y prendra la parole.
Déjà dans le métro, Staline d’un ton calme a fait un discours mémorable dont nous reproduisons ici les grandes lignes. Il explique la situation aux organisations du parti de Moscou, il ne cache rien de la situation périlleuse dans laquelle ils sont:
en quatre mois de guerre, nous avons perdu 350.000 tués, 378.000 disparus, nous comptons 1.020.000 blessés.
En revanche, montre-t-il, la guerre éclair envisagée par l’ennemi a avorté.

Pourquoi? Parce que les Allemands ont échoué à entraîner la grande Bretagne et les Etats-Unis dans leur guerre contre l’URSS, alors qu’ils y ont réussi avec la France.
Les Allemands comptaient sur la fragilité du système soviétique, sur sa dislocation après les premiers échecs, il n’en a rien été, l’arrière soutient le front, “sur notre inexpérience alors qu’ils sont aguerris, c’était une erreur nous luttons pour une cause juste et eux pour le brigandage“.
Il analyse les causes de l’échec:

  • L’absence de deuxième front en Europe contre les troupes fascistes. La situation présente est telle que notre pays mène seul la guerre libératrice sans l’aide militaire de qui que ce soit, contre les forces coalisées des Allemands, Finlandais, Roumains, Italiens, Hongrois
  • une autre cause des échecs temporaires de notre armée, c’est le manque de chars et, en partie, le manque d’avions (…) cependant la quantité de chars que nous possédons est de beaucoup inférieure à celle des Allemands. Là est le secret des succès temporaires de l’armée allemande.
    Puis Staline décrit l’absence d’éthique des Allemands qui ne sont, comme il le dit, ni nationaux, ni socialistes mais impérialistes. “Des bêtes fauves, des gens sans conscience”
    Les envahisseurs allemands veulent une guerre d’extermination contre les peuples de l’URSS. Qu’à cela ne tienne; si les Allemands veulent une guerre d’extermination, ils l’auront.
    Désormais notre tâche, la tâche des peuples de l’URSS, la tâche des combattants, des commandants et des travailleurs politiques de notre armée et de notre flotte consistera à extermine jusqu’au dernier, tous les Allemands qui auront pénétré sur le territoire de notre patrie en qualité d’envahisseur

Et enfin, Staline insiste sur les raisons qui produiront la défaite de l’Allemagne, il montre que les peuples asservis relèvent une jour la tête.

“On fait allusion à Napoléon en assurant qu’Hitler agit comme lui et qu’il ressemble en toute chose à Napoléon. Mais d’abord il ne faut pas oublier quel fut le sort de Napoléon. En second lieu, Hitler ne ressemble pas plus à Napoléon qu’un petit chat ne ressemble à un lion, car Napoléon combattit les forces de la réaction en s’appuyant sur les forces de progrès; tandis qu’Hitler au contraire s’appuie sur les forces de réaction pour combattre les forces de progrès

Il me sera répondu aisément que nul ne songe à nier les mérites de l’URSS dans la guerre contre le nazisme, est-ce vraiment assuré? Il n’y a pas que l’UE pour mettre un signe d’équation infâme entre nazisme et communisme ou feindre la confusion sous le terme de totalitarisme? Mais je prétends que ce que l’on doit mettre à l’actif de l’URSS, c’est le fait d’avoir rendu possible non seulement d’autres révolutions socialistes, mais tout un mouvement de libération qui va de la décolonisation à l’émancipation individuelle, y compris féminine, et les acquis de la classe ouvrière et des couches populaires. Une faillite comme celle-là il faut n’avoir soi-même connu que des combats d’arrière garde pour oser l’affirmer et s’étonner après que l’on ait tant de mal à parler de socialisme dans les pays et les partis où on a inculqué une telle vision.

Si j’ai raconté cet épisode, c’est bien sûr pour rappeler ce que nous devons à l’URSS et y compris celui qui a su galvaniser les énergies. Ce que nous devons à l’URSS ne s’arrête pas à la victoire sur le nazisme puisqu’on peut affirmer que tout ce que nous avons obtenu à la libération en matière de conquis sociaux n’a pu exister que parce qu’il y avait le rapport des forces créé par l’Union soviétique. Ceux qui, comme Ambroise Croizat, ont créé les conditions d’une amélioration extraordinaire de la vie des ouvriers et des couches populaires comme du développement de la nation étaient “des staliniens”. Comme Ambroise Croizat, ils ont préféré le bagne plutôt que de désavouer l’URSS, ils ont affirmé que le pacte germano-soviétique était la conséquence des abandons de Munich. Ils savaient tous, Maurice Thorez, Marcel Paul, Ambroise Croizat, Wallon, Joliot Curie tout ce qu’ils devaient à l’URSS. Parce que l’URSS ne s’est pas contentée de nous sauver du nazisme, en ayant la bombe atomique elle a empêché que les USA renouvellent leurs “exploits” d’Hiroshima et Nagasaski sur des populations civiles.

L’URSS a été le premier pays qui a donné la paix comme fondement des relations internationales, insisté sur les souverainetés.

Enfin quand on s’interroge sur l’affaiblissement de “l’appareil communiste” qui a pu engendrer des dirigeants de moins en moins communistes jusqu’à produire des Gorbatchev et des Eltsine, on parle rarement de cette formidable saignée de communistes et de Komsomols en première ligne des combats.

Il me semble que le combat pour le socialisme suppose que l’on parle d’une manière moins superficielle de la révolution qui a rendu possible toutes les autres.

Danielle Bleitrach

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Ce n’est pas ds le caucase que STALINE envisageait éventuellement de se replier mais ds le quartier général souterrain de SAMARA

Très bien Danielle,

Bonjour,
L’article ne s’imprime pas ?? Merci de voir si cela vient de votre site ou bien de mon ordinateur.

Il est nécessaire de rappeler tout ce que l’on doit à l’existence de l’URSS, on c’est-à-dire nous les travailleurs français (sécurité sociale, statut de la fonction publique, EDF, CNRS, services publics …), les mouvements de libération nationale, les autres révolutions socialistes victorieuses (Cuba, Chine, Vietnam …).

Mais quand je vois qu’un philosophe communiste (Bernard Vasseur) produit un livre dont le titre est “Le communisme a de l’avenir SI ON LE LIBERE DU PASSE” il y a un sacré boulot à faire.

Encore merci, Danielle, pour ton travail persévérant.