Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

« Allez Cuba, car nous continuerons à vivre, à impulser l’économie et à vaincre !»

face au blocus dont l’étranglement ne cesse de se resserrer, à l’absence de tourisme, aux effets de la pandémie, que faire ? “Nous devons apprendre à vivre avec moins d’importations et avec plus d’exportations, en promouvant la production nationale pour répondre à la demande intérieure, en renforçant les systèmes de production territoriaux et locaux – et dans ce cas le rôle des gouvernements locaux doit être renforcé –, en établissant une séquence d’actions en fonction des priorités, comme cela a été proposé ici.”

Intervention de Miguel Mario Diaz-Canel Bermudez, président de la République de Cuba, à la réunion du Conseil des ministres, au Palais de la Révolution, le 16 juillet 2020, « Année 62 de la Révolution »

Auteur: Miguel Díaz-Canel Bermúdez | internet@granma.cu

21 juillet 2020 12:07:39

(Traduction de la version sténographique de la présidence de la République)

Nous renouvelons nos salutations à tous les membres du Conseil des ministres et également aux Premiers secrétaires du Parti et aux gouverneurs qui participent par vidéoconférence.

Avant toute chose, je souhaiterais m’arrêter sur certains éléments de contexte, sur quelques éléments qui concernent également l’approche idéologique, l’approche politique, l’affirmation politique et la manière dont nous devons travailler pour appuyer toute cette stratégie.

En premier lieu, nous partons tous du fait que nous agissons dans un monde qui se trouve dans une situation complexe, qui est un vrai défi, et que nous travaillons pour y faire face avec la conviction que nous ne pouvons pas continuer à faire la même chose dans une série de secteurs de notre vie économique, car si nous continuons à le faire de cette manière, nous n’obtiendrons pas les résultats que nous escomptons.

Cette stratégie a été adoptée la semaine dernière lors d’une réunion du Bureau politique présidée par son Premier secrétaire, le général d’armée Raul Castro Ruz. Une stratégie présentée aujourd’hui au Conseil des ministres pour approbation et aussi pour informer les gouverneurs, et de cette manière, nous allons préparer l’ensemble du système de direction qui sera chargé de sa mise en œuvre.

Nous sommes partis des Bases du Plan national de développement économique et social, adopté au 7e Congrès du Parti, de la Conceptualisation du modèle économique et social, approuvé au 7e Congrès du Parti et des Orientations, adoptées au 6e Congrès du Parti et mises à jour au 7e Congrès.

Avec cela, qu’avons-nous conçu et qu’est-ce qui est déjà adopté aujourd’hui à différents niveaux ? Une stratégie de redressement de la COVID qui donne des résultats ; un Plan national de développement économique et social dans un premier temps, dans une première étape, dans une première version que nous avons déjà adoptée au Bureau politique et que nous allons présenter au Conseil des ministres la semaine prochaine, ainsi qu’une stratégie économique et sociale de renforcement de l’économie pour faire face à la situation de crise, laquelle est approuvée ici aujourd’hui au Conseil des ministres et dont nous allons lancer l’application immédiatement.

Pour ce faire, nous sommes partis de la situation dans le monde, de la situation du pays. Nous avons examiné toutes les propositions issues du débat public qui a lieu sur les réseaux sociaux, à l’université, parmi la population cubaine. Nous avons tenu compte de toutes sortes de critères, y compris ceux des détracteurs de la Révolution, pour voir à partir de quels éléments ils nous attaquent, où sont les foyers d’intérêt utilisés pour détruire notre programme économique et social.

Par ailleurs, du fait que nous partons des documents adoptés par le Congrès du Parti, ce sont des mesures qui ont déjà été adoptées. Il s’agit de l’application de mesures qui ont été différées dans une certaine mesure, mais qui ont été adoptées lors d’un vaste débat populaire qui a précédé le Congrès et qui ont été également ratifiées à l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire.

Nous devons reconnaître qu’à l’échelle mondiale, nous sommes face à la convergence d’une profonde crise en raison de l’impact de la COVID-19, de l’effondrement définitif des paradigmes néolibéraux prônés par l’impérialisme à heure actuelle, de l’exercice abusif de l’hégémonie impériale, dévoilé dans le livre de Bolton, qui révèle la perversité de leurs pratiques, dont nous pouvons citer ici quelques exemples.

Ce livre décrit la façon dont une pression permanente est exercée sur d’autres gouvernements, le soutien flagrant aux coups d’État et aux tentatives de coups d’État, l’ingérence, la violence, la menace d’intervention militaire et le déploiement offensif de forces armées et de bases militaires dans le monde entier par le gouvernement des États-Unis, l’alliance étroite entre l’administration des États-Unis et la contre-révolution cubaine et l’opposition vénézuélienne, la façon dont la Doctrine Monroe a été réactivée, l’utilisation de la calomnie et du mensonge comme prétexte à l’ingérence et à l’interventionnisme, mais aussi la corruption et la subornation de certains gouvernements pour parvenir à leurs fins.

Le livre démontre l’obsession et l’acharnement contre Cuba et contre le Venezuela, la manière dont a été organisée la traque du carburant dont notre pays a besoin, ce qui nous a amenés dans un premier temps à prendre une série de mesures au milieu ou vers la fin de l’année dernière. Le manque de dignité dans l’exercice de la politique.

En résumé, nous pouvons dire que chaque page du livre de Bolton confirme la validité des dénonciations effectuées par la Révolution cubaine et de nos déclarations à propos de la scandaleuse politique actuelle de l’empire.

Nous devons reconnaître par ailleurs qu’une profonde crise sévit à l’échelle mondiale, causée par les facteurs cités précédemment et renforcée par les problèmes que traverse le gouvernement nord-américain. Vous avez constaté tous leurs problèmes économiques, les problèmes sociaux, la manière irresponsable et inefficace avec laquelle ils ont géré la lutte contre la pandémie : le pays qui dispose des plus grandes richesses dans le monde est le pays qui enregistre le plus de décès et le plus de personnes touchées par la pandémie, les abus policiers, les problèmes raciaux.

Et ce gouvernement ne supporte pas le prestige de notre pays et souffre de nos résultats. Cela explique l’accroissement de son agressivité en ce moment, qui se manifeste par des mesures constantes appliquées contre Cuba, par l’augmentation de la traque financière et le gel des comptes bancaires et des biens cubains dans des pays tiers, – qui est leur projet –, par des actions destinées à discréditer les dirigeants cubains, par des actions visant à réduire les envois d’argent à Cuba, par l’application de sanctions contre des entreprises qui font des affaires à Cuba, par les tentatives permanentes de créer les conditions pour une explosion sociale, et par leurs efforts pour promouvoir des positions politiques d’opposition au sein de nos institutions.

Pour toutes ces raisons, nous devons nous situer sur un champ de bataille où la stratégie ennemie démontre qu’elle a pour but de nous attaquer sur plusieurs fronts et tirer sur tous les flancs possibles. Chaque thème est une ligne de feu : ils utilisent le thème des files d’attente pour le poulet et visent le niveau de vie de la population ; ils prennent le thème des ruptures d’approvisionnement et attaquent la gestion économique du gouvernement. Ils passent à l’attaque constamment contre tout ce que nous faisons et tout ce que promeuvent les institutions de l’État ou ses dirigeants pour les discréditer, alors que leur image fait l’objet de moquerie et de diffamation permanentes.

Sur des thèmes de droit et de société, ils n’ont pas renoncé à chercher des point de rupture dans l’unité nationale, en exacerbant les éventuels dissensions sur des sujets sensibles comme le mariage égalitaire, le racisme, la violence contre les femmes ou les mauvais traitements envers les animaux, des questions sur lesquelles nous travaillons sérieusement pour solder des dettes datant de plusieurs siècles que seule la Révolution au pouvoir a affrontées avec des progrès indiscutables.

Il est essentiel de comprendre que plus ils seront capables d’ouvrir des fronts, et que nos institutions politiques et sociales seront moins à même de résoudre les problèmes en suspens, et de démontrer leurs mensonges induits grâce à des arguments, les ennemis historiques de la Révolution obtiendront de meilleurs résultats dans leur objectif majeur derrière toutes leurs campagnes, à savoir diffamer l’État révolutionnaire et le système politique, le médiatiser toujours en négatif et montrer le chaos dans notre société.

Il y a beaucoup d’argent en jeu, mais il y a aussi des laboratoires idéologiques derrière tout cela, parce que les nouveaux terrains d’opération virtuelle et médiatique ont démontré l’efficacité quant à la manipulation et à la possibilité de désarmer idéologiquement les peuples dans nos régions et dans le monde.

Nous devons être en mesure de générer également, avant toute chose, une stratégie de communication rigoureuse, en utilisant y compris nombre des outils qu’ils utilisent contre nous, mais aussi en créant de nouveaux outils, mieux adaptés à notre réalité et à la singularité de notre peuple. Quoi qu’il en soit, il ne fait pas de doute que la manière la plus efficace de communiquer est de faire les choses et de les faire bien. Cuba comme peu de pays au développement semblable, a la possibilité de bien faire les choses. Il existe de nombreuses institutions, des organisations et l’infrastructure nécessaire susceptibles de contribuer à cette stratégie et, plus important encore, nous avons les personnes formées pour cela, nous disposons du capital humain et révolutionnaire formé pour ce faire

Nous devons mettre à profit toutes nos potentialités; nous ne pouvons pas rester ancrés sur des formes de communication antérieures à l’ère numérique, et nous ne pouvons pas bureaucratiser les processus idéologiques. La communication sociale est enfin arrivée aux organismes du pays, mais nous devons être plus proactifs, capables d’anticiper les manipulations médiatiques que nos adversaires vont tenter de nous imposer.

Maintenant, en ce moment-même, ces derniers jours, certaines mesures complexes ont fait l’objet de spéculations, à savoir qu’elles ne bénéficient pas de la même façon à tous les secteurs sociaux, alors que l’on sait qu’elles sont nécessaires pour dépasser nos problèmes économiques, ce que le compañero Alejandro a expliqué ici. Immédiatement, ils commencé à semer le doute et à alimenter la méfiance.

L’ennemi, avec ses systèmes de médias et ses mercenaires de service, travaille à semer le désespoir et le découragement. Il faut voir comment ils crient au scandale et jouent le rôle de victimes ou de « penseurs » aujourd’hui très inquiets pour le peuple et pour les travailleurs, alors que certains d’entre eux seraient incapables du moindre sacrifice pour la nation, et qu’ils ne parlent jamais de la véritable cause ou de la principale cause de nos problèmes, qui est le blocus, qu’ils ne sont jamais capables ni de rejeter ni de condamner.

Ils sortent de leur contexte des phrases pour tourner les efforts en ridicule, ils parlent d’un apartheid économique. Peut-on accuser d’apartheid économique un pays dont le gouvernement se préoccupe tous les jours de faire parvenir la plus grande partie des produits à tous de manière égale ? Ce qui se passe, c’est que, où se trouve la malveillance ? – et cela fait partie des choses que nous devons savoir expliquer correctement –, c’est qu’ils ont dit que nous allons fermer les boutiques en CUC (peso cubain convertible) et que seules les magasins en devises vont rester. Et ce n’est pas ainsi.

Nous allons maintenir, à un coût énorme, un niveau de vente dans les magasins en CUC, principalement d’aliments, de produits de toilette, de layette, de lait en poudre, toute une série de produits, que tout le monde pourra acheter, et qui se vendront en CUC ou en CUP (peso cubain), tel que prévu.

Nous allons associer davantage d’acteurs économiques du pays, qui vendront également dans ces boutiques afin de remplacer certains produits pour lesquels il nous est impossible de dépenser de l’argent en devises en ce moment, tels que les meubles, les chaussures, les vêtements fabriqués par nos artisans et l’industrie nationale. Or, nous avons besoin de vendre une certaine quantité de produit en monnaie librement convertible afin de disposer de devises étrangères, pour continuer à développer ce commerce et grâce à cela pouvoir compter sur des ressources dont nous introduirons une partie dans l’industrie nationale et faire que l’industrie nationale devienne une source de produits pour ces boutiques et pour les autres, et de plus, disposer également de fonds qui nous permettra de pouvoir soutenir d’autres articles que nous voulons vendre dans les autres boutiques.

Mais cela ils ne l’ont pas dit. Hier, ils sont allés sur les réseaux sociaux pour dire : ces gens vont dollariser l’économie, ils vont fermer les magasins en CUC et tout vendre en devises. Et le peuple travailleur – dont ils se « préoccupent » tant – qui est payé en monnaie nationale et qui peut avec cette monnaie acquérir des CUC va se trouver complètement désemparé. C’est la matrice d’opinion qu’ils tentent de promouvoir sur les réseaux sociaux.

Et certains des nôtres, parce que nous n’avons pas encore donné l’information, parce que nous étions en train de préparer toutes les mesures, en restent là et commencent à montrer leur insatisfaction, leur incompréhension, leur insécurité, ils commencent à prédire qu’une situation complexe va se produire. Non, ne faites pas de prédictions, la situation est complexe depuis le milieu de l’année dernière, et tout cela nous l’avons progressivement surmonté. Mais la situation complexe, ce n’est pas celle de Cuba, c’est celle du monde. Et nous, au milieu de cette situation, nous continuons à faire des propositions pour tous, à chercher des solutions pour tous.

Aucun État dans le monde ne se préoccupe de faire en sorte que tous ses habitants mangent tous les jours. Les gens remplissent les marchés et celui qui a les moyens achète, et celui qui ne les a pas, n’achète pas, et cela n’intéresse personne. Ici, tous les jours, nous nous nous décarcassons pour savoir de combien de produits per capita disposeront les gens, d’où nous allons retirer « un petit peu » pour le distribuer de manière contrôlée et non par les voies normales du marché.

Ici, aussi bien le paysan, que le propriétaire d’un restaurant privé, que quelqu’un qui vit en ville ou travaille pour l’État reçoit cinq livres de riz à travers le panier subventionné de produits de base. Dites-moi dans quel pays du monde on vit ces choses-là, car il y a aussi des personnes, en ce moment complexe, qui oublient l’œuvre de la Révolution, et c’est dans les moments complexes où il faut mettre en avant les arguments de la Révolution et les forces de la Révolution. Aujourd’hui, aucun État dans le monde ni aucun gouvernement ne vient expliquer à sa population pourquoi il doit faire face à une stratégie de stimulation de l’économie ni comment il va le faire, et ici nous allons l’expliquer en toute transparence, à chaque moment, progressivement, dans la mesure où nous appliquerons les mesures.

Cela étant, ils n’ont sorti qu’une seule mesure – évidemment, ils ne connaissent pas les autres – et ils l’ont attaquée de toute leur rancœur et de toute leur haine. Cette mesure, parmi toutes, est celle qui a le moins de poids, car, comme vous l’avez vu, il s’agit d’un système de mesures, qui vise précisément à nous renforcer, non seulement pour résister, mais aussi pour avancer, pour progresser et nous développer.

Tout ce que nous proposons et tout ce sur quoi nous travaillons, nous le faisons dans le but de rechercher un bien commun, qui est de progresser, y compris dans des conditions de crise.

Dans ce contexte, nous avons dû faire un effort considérable pour garantir que, grâce à la vente contrôlée, des produits supplémentaires soient à la disposition de la population en juillet et en août. C’est vrai, certaines denrées alimentaires, auxquelles une partie de la population aura accès, vont être mises en vente en devises, mais nous garantissons au moins deux livres supplémentaires de riz en juillet et en août, à tous les Cubains, y compris à ceux qui ont des devises, et peut-être pourrons-nous même donner un peu plus grâce à d’autres démarches que nous effectuons.

Nous allons également donner une quantité supplémentaire de graines, de haricots, et nous cherchons également à donner une quantité supplémentaire de poulet. Tout cela au milieu de cette situation. Ce n’est pas seulement une petite mesure isolée et celle-ci est la mesure « phare » – comme ils ont essayé de le démontrer – et la mesure à travers laquelle il faut « attaquer le gouvernement cubain, qui n’a aucune sensibilité envers son peuple, qui ne reconnaît pas les besoins des travailleurs ». C’est cela le mensonge, la calomnie, la façon dont ils construisent toutes ces choses.

Et il y a un manque d’approvisionnement dans les magasins, oui, et quelle en est la cause ? Pourquoi Cuba n’a-t-elle pas plus de devises? Entre autres choses, à cause du blocus, à cause de la traque financière, parce que nous ne pouvons pas exporter tout ce que nous voulons ; parce que chaque fois que nous exportons vers quelqu’un, ils tentent d’empêcher cette exportation ; parce que chaque fois que nous négocions un crédit, ils tentent de nous enlever ce crédit ; parce qu’ils essaient d’empêcher le carburant d’arriver à Cuba et que nous devons donc acheter sur des marchés tiers à un prix plus élevé. Pourquoi ne parle-t-on pas de cela ? Ces gens sont-ils patriotes, s’intéressent-ils vraiment au peuple ou ce qu’ils veulent, c’est un changement de système où seule une minorité sera favorisée ?

Il est vrai que certaines de ces mesures comportent des risques : nous devrons faire face aux « coleros » (personnes qui passent leur temps à faire la queue pour revendre les produits plus cher) » de manière plus décisive et plus intensive. Nous devons faire face aux revendeurs qui nous compliquent la vie. Nous devrons faire face à des cas de corruption, qui tenteront de tirer profit de cette situation. Nous devrons faire face au marché des devises illégales. Mais pour tout cela, nous avons la force de la Révolution et la participation du peuple, et ce que nous devons obtenir, c’est que le peuple comprenne bien pourquoi nous allons prendre toutes ces mesures.

En tant que gouvernement, il nous appartient bien sûr d’écouter, de prêter attention, de faire la différence entre la critique honnête et la suggestion valable et l’acte malveillant et la proposition irréalisable ; et il nous incombe de répondre, d’expliquer, d’argumenter et d’appliquer toute contribution apportée. C’est le seul moyen de gagner la confiance de la majorité et de prouver que tout ce que nous faisons, nous le faisons pour sauver le pays et pour aller de l’avant.

Le peuple, dont nous faisons tous partie, sait distinguer ce qui est légitime de ce qui est faux lorsqu’il participe activement à ce que nous faisons pour défendre et renforcer la nation face à la difficile situation actuelle, qui est aggravée par la menace impériale.

Chaque jour, nous nous plongeons dans la recherche de solutions aux problèmes, en pensant et en ressentant en tant que peuple, en pensant et en agissant pour le bien de tous, et il nous appartient d’expliquer que, parfois, pour bénéficier à tous, il faut mettre en œuvre des mesures qui « semblent » ne favoriser que quelques-uns, mais qui, à long terme, bénéficieront à tous.

Je voudrais rappeler que ces derniers mois, nous avons été confrontés à de nombreuses tentatives visant à empêcher l’arrivée de carburant dans nos ports, à des pénuries de denrées alimentaires, d’intrants et de matières premières pour soutenir d’importants processus de production, et à des sanctions qui ont réduit nos recettes en devises en plein milieu de la pandémie. Même ainsi, nous avons augmenté, dans la mesure du possible, les salaires dans le secteur budgétisé ; nous avons évité les coupures d’électricité; nous avons maintenu la vitalité de l’activité productive, les investissements fondamentaux pour le développement du pays ; nous avons approuvé des mesures pour protéger et soigner toute la population cubaine, sans distinction, des impacts de la COVID-19.

Malgré un manque important de ressources, nous avons réussi à contrôler la pandémie et, bien que nous regrettions la lamentable perte de 87 vies pour cette raison, ce qui est minime comparé à ce qui se passe dans le monde, nous sommes réconfortés et encouragés par le fait qu’aucun enfant, aucun médecin, aucun personnel de santé n’est décédé ; que notre système de santé ne s’est pas effondré ; que la gestion du gouvernement a encouragé l’action intégrée du Système de santé cubain et de nos scientifiques, avec des résultats incontestables ; que nos protocoles médicaux ont sauvé plus de vies que ceux mis en œuvre dans d’autres pays ; que nous maintenons une communication transparente et systématique avec la population et que nous avons apporté notre soutien à des dizaines de pays avec nos brigades médicales, qui ont gagné le respect et l’admiration du monde.

Forts de la satisfaction de ces résultats, nous allons maintenant concentrer les plus grands efforts à la mise en œuvre d’actions visant à stimuler l’économie.

La Révolution, dans son devenir historique, a constamment et invariablement prouvé sa vocation pour la justice sociale, et personne ne peut en douter. Personne n’est laissé à l’abandon dans notre pays. Il en a toujours été ainsi, c’est ainsi et ça le sera toujours. Nous nous devons au peuple auquel nous appartenons, nous le respectons et nous l’aimons et c’est pour son bien-être que nous travaillons.

Sous ces prémisses, qui donnent un sens à nos vies, nous avons réfléchi à la manière d’affronter la nouvelle situation imposée par le monde post-COVID-19, non seulement pour résister, mais aussi pour avancer et nous renforcer.

Aujourd’hui, nous présentons ici la Stratégie économique et sociale pour relancer l’économie, qui repose sur la nécessité de transformer le comportement de l’économie cubaine avec agressivité, intensité et innovation.

Développer l’économie ne signifie ni plus ni moins qu’offrir davantage de bien-être au peuple. Il s’agit, en premier lieu, de reprendre tout ce qui est resté en suspens par rapport à ce que nous avons adopté au Congrès du Parti, en supprimant les obstacles identifiés dans les analyses constantes des processus économiques que nous avons mis en œuvre.

Les transformations en cours exigent l’application des 209 Orientations. Elles présentent toutes des opportunités et des risques que nous devons identifier, avec la volonté de corriger immédiatement toutes les distorsions possibles. Le pire risque serait de ne pas changer, de ne pas transformer et de perdre la confiance et le soutien populaire. Nous obtiendrons le soutien populaire parce que nous parviendrons au bien-être et à des améliorations, et il nous faut évaluer constamment l’impact politique et social des mesures que nous appliquons.

Les transformations de cette étape seront appliquées progressivement, mais en avançant dans toutes de manière simultanée avec toute l’agilité et l’efficacité que le moment exige, et de cela les organismes de l’Administration centrale de l’État, les institutions de l’État et aussi toutes les structures du gouvernement à tous les niveaux en sont responsables.

Nous devons apprendre à vivre avec moins d’importations et avec plus d’exportations, en promouvant la production nationale pour répondre à la demande intérieure, en renforçant les systèmes de production territoriaux et locaux – et dans ce cas le rôle des gouvernements locaux doit être renforcé –, en établissant une séquence d’actions en fonction des priorités, comme cela a été proposé ici.

Nous allons immédiatement entamer les transformations les plus urgentes et – je rappelle une idée donnée par Alejandro – nous sommes convaincus et déterminés à appliquer tout ce qui figure dans cette stratégie ; certaines des mesures seront exécutées plus rapidement et d’autres prendront le temps nécessaire pour finir de les mettre en œuvre, mais nous appliquerons tout ce qui est dans cette stratégie.

Cette décision exige une préparation des organismes. Mettre en œuvre une stratégie de communication qui permette de donner rapidement et efficacement des informations au peuple, en bloquant toute possibilité de manipulation et de distorsion opportuniste de l’adversaire. C’est pourquoi nous avons convoqué aujourd’hui le Conseil des ministres, en présence des gouverneurs. La semaine prochaine, nous donnerons ces informations aux présidents des assemblées municipales du Pouvoir populaire, aux secrétaires du Parti dans les municipalités et aux intendants.

À partir d’aujourd’hui, une série de Table ronde [émission télévisée] va démarrer pour apporter la plus vaste explication possible au peuple et, progressivement, nous donnerons des informations, lors de ces émissions, sur les mesures qui sont appliquées dans le cadre de cette Stratégie, leur portée et également des évaluations de leur application.

Une période de mise en œuvre et de contrôle commence dès maintenant. Les questions les plus complexes, celles qui nécessitent une évaluation politique plus approfondie, nous les soumettrons aussi systématiquement au Bureau politique du Parti communiste de Cuba, où nous examinerons ce qu’il faut approuver, ce qui est en train d’être approuvé, la marche de toutes les mises en œuvre. Et en octobre, nous présenterons cette Stratégie à l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire et, je dirais, plus que toute autre chose, nous discuterons déjà de ses premiers résultats.

Et nous allons tout faire dans une séquence, où nous allons nous centrer maintenant sur la production alimentaire, sur la souveraineté alimentaire et nutritionnelle, ce qui entraîne d’importantes transformations : des transformations dans le système de structure du ministère de l’Agriculture, des transformations dans les entreprises agricoles, des transformations dans la manière dont les entreprises d’État se relient de façon adéquate à toutes les formes de gestion et de propriété qui contribuent à la production alimentaire ; une transformation du système de commercialisation, des mesures incitatives, des soutiens aux crédits ; l’étude des possibilités d’actions bancaires de promotion de l’agriculture. Cela implique également la possibilité que n’importe quelle forme de production puisse importer les intrants dont elle a besoin, par l’intermédiaire d’entreprises d’État, et que n’importe quelle forme de production puisse également exporter sa production afin de disposer d’un financement en devises qui lui permette de reproduire, de manière étendue, son activité économique.

Nous allons également insister sur :

– la réorganisation du commerce intérieur, avec toute une série d’éléments qui ont été expliqués ici ;

– le renforcement de l’entreprise d’État socialiste, dans laquelle la première chose à faire est de donner la priorité aux 33 mesures que nous avons déjà approuvées pour obtenir une plus grande autonomie dans sa gestion ;

– la transformation de l’environnement monétaire dans lequel opèrent les investissements étrangers, comme il a été expliqué ici ;

– la modification du système de distribution des devises dans l’économie ;

– la participation de l’industrie nationale en tant que principal fournisseur de biens et services demandés par l’économie ;

– l’augmentation et la diversification des exportations, y compris, comme je l’ai dit, l’exportation par toutes les formes de gestion, par le biais d’entreprises d’État de commerce extérieur ;

– le perfectionnement du travail du secteur non étatique, avec pour priorité immédiate l’expansion du travail à son compte, afin de lever les obstacles à celui-ci ;

– la suppression de la taxe sur l’achat de dollars ;

– les canaux et mécanismes pour la canalisation des envois d’argent en fonction du développement économique et social ;

– la conception et l’application d’incitations fiscales pour les exportateurs ;

– la conception et la mise en œuvre du marché de la dette publique avec la participation de divers secteurs.

Et au milieu de tout cela, nous allons donner les résultats des dernières analyses pour compléter toute l’ampleur de la tâche d’unification monétaire et de change, pour l’approuver dans les plus brefs délais, et aussi pour la mettre en œuvre, quand elle sera approuvée, dans sa totalité, et qu’elle va, à elle seule, lorsque nous l’appliquerons, lever beaucoup, presque tous les obstacles que nous rencontrons aujourd’hui pour le développement des forces productives dans notre pays.

Compañeros et compañeras,

J’ai pensé que nous pourrions définir notre Stratégie comme un plan qui défend un idéal ; non pas comme une idée de perfection, mais comme la somme des objectifs à atteindre dans l’ordre suivant :

-Mettre en œuvre les accords du Congrès du Parti et répondre aux demandes populaires issues du débat populaire sur ses orientations.

-Vaincre la politique du blocus.

-Faire face à la crise mondiale et multidimensionnelle que le néolibéralisme et la pandémie ont exacerbée.

-Appliquer la science et l’innovation à tous les processus productifs et à toutes les dynamiques sociales pour renforcer le développement.

-Légitimer et renforcer l’idéal socialiste en tant que seule voie connue à ce jour vers la prospérité et la justice sociale.

Si nous unissons les lettres initiales de ces cinq objectifs fondamentaux, nous pouvons lire le mot IDÉAL. [Implementar-Derrotar-Enfrentar-Aplicar-Legitimar]

Cuba est de nouveau mise au défi par un contexte mondial difficile et une politique impériale agressive. Elle ne le cherche pas, mais ne le craint pas non plus. Notre histoire est suffisamment grande et pleine d’inspiration pour nous lancer dans la bataille !

À cette histoire, s’ajoutent maintenant les esprits renouvelés et exaltés par le dévouement et le talent de nos scientifiques et de notre personnel de santé, qui nous ont placés parmi les pays qui ont réussi à contrôler et à vaincre une terrible pandémie, au milieu des politiques de blocus et de traque financière les plus atroces et des campagnes les plus scandaleuses visant à discréditer nos héros : les coopérants de la santé.

Il y a exactement vingt ans, dans une déclaration qui allait devenir son Testament politique, notre commandant en chef nous a légué le concept de Révolution, dont nous tirons aujourd’hui quelques idées fondamentales, liées à ce que nous nous proposons avec la Stratégie que nous avons approuvée aujourd’hui :

« Révolution, c’est le sens du moment historique ; c’est changer tout ce qui doit être changé (…) ; c’est nous émanciper par nous-mêmes et par nos propres efforts ; c’est défier les puissantes forces dominantes à l’intérieur et à l’extérieur de la sphère sociale et nationale ; c’est défendre les valeurs auxquelles nous croyons au prix de tout sacrifice… »

Face à ces idées insurpassables de l’œuvre construite en plus de soixante ans de lutte et de sacrifice, nous répétons : Nous avons pu ! Nous pourrons ! Nous avons pu faire face à la pandémie et la contrôler. Nous pourrons faire face à la crise et la contrôler.

Allez Cuba, car nous continuerons à vivre, à relancer l’économie et à vaincre !

Comme le général d’armée, qui continue à diriger la Révolution, nous a enseigné à toujours affirmer, depuis cette tribune et d’autres : Vive Cuba libre ! (Applaudissements.)

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