Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

LE DEBAT SUR LE SOCIALISME CETTE FOIS NOUS VIENT DE CUBA

Agriculture: si nous continuons comme ça à Cuba, nous n’avancerons pas

Sous le titre “Si nous continuons comme ça à Cuba, nous n’avancerons pas ” cette réflexion sur l’agriculture et son organisation montre les problèmes concrets, les accommodements successifs auxquels les gestionnaires dans leur souci d’assurer à la majorité de la population des conditions optimales d’approvisionnement sont confrontés. Cela nous aide à comprendre les questions posées par “la réforme” chinoise. source Cubadebate. Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais vu Cuba autrement que dans des accès d’autocritique. Le blocus est là, mais il y a aussi la volonté de ne pas se contenter de dénoncer le blocus et de voir ce qu’il est possible de corriger pour rester toujours plus un pays socialiste (note et traduction de Danielle Bleitrach).

LUIS A. MONTERO CABRERA
GIRALDO MARTÍN MARTÍN 22/06/2020

On considère généralement comme le secteur primaire de l’économie ce qui extrait ou récolte des produits de la terre, tels que les matières premières et les aliments de base. Les activités associées à cette économie primaire comprennent principalement l’agriculture, la foresterie, le pâturage, la chasse, la cueillette et la pêche.

Quand on se réfère à la composante agroalimentaire de ce secteur primaire, une première approche capitaliste de nos problèmes de pénurie systémique dont nous souffrons ne nécessite pas de réflexion abstraite et encore moins de travail scientifique pour les résoudre. En utilisant simplement l’offre et la demande, en laissant les prix déterminer l’accès aux produits alimentaires et en utilisant de l’argent qui a une capacité de libération illimitée, nous remplissons déjà nos marchés de produits.

C’est exactement ce qui s’est passé lorsque les expériences socialistes de l’ex-URSS et des autres pays d’Europe de l’Est “se sont effondrées”, comme Fidel aimait à le dire. Donc se nourrissait celui qui pouvait, et mangeait très peu et mal celui qui ne pouvait pas. On sait déjà que cela conduit inévitablement à une accentuation de l’émergence de classes sociales différenciées dans le pays, en détruisant ainsi une grande partie du bien que la Révolution a réalisé. Il peut aussi y avoir une véritable faim pour les plus faibles, celle qui tue les gens, même en présence d’une abondance apparente de nourriture. Il n’est pas nécessaire d’aller très loin sur notre continent pour voir des exemples de la façon dont cela fonctionne. Sans parler des conséquences éthiques de la promotion de l’égoïsme et du “sauve qui peut” comme loi de survie.

Mais nous sommes un pays cultivé, qui a voté majoritairement pour le socialisme dans une nouvelle et récente Constitution, avec une population très scolarisée. Nous sommes également fiers de notre science, toujours prête à résoudre nos problèmes. Il doit y avoir des moyens de faire en sorte que tous les Cubains puissent porter de la bonne nourriture à leur bouche, tous les jours et selon leurs préférences de qualité et de quantité et dans le respect de la justice sociale.

Selon le ministère de l’Agriculture, notre pays compte quelque 6 300 000 hectares de terres arables. Les entreprises publiques et les anciens UBPC en gèrent environ 54%. Cependant, en termes de statistiques disponibles, ils ne produisent qu’environ 20% de ce qui est commercialisé pour approvisionner notre population. Les producteurs privés avec 38% des terres produisent près de 80% de tout ce que Cuba est censé produire à partir de produits alimentaires. Parmi les producteurs privés, nous comptons actuellement près d’un demi-million de «finqueros», ou des personnes qui exploitent des parcelles de terrain données gratuitement par l’État cubain avec près de 2 000 000 d’hectares. Ces exploitations ont toujours ou dépassent 13 ha. Beaucoup pensent que cet ensemble de petites parcelles peut produire encore plus de nourriture.

Prenons par comparaison un exemple international intéressant comme le cas de la Principauté des Asturies, en Espagne. Dans une zone productive d’environ 460 000 ha en 2008, une grande zone montagneuse, le régime foncier moyen était d’environ 11 ha par ferme. À cette époque, ils produisaient 118 millions d’euros de viande et 195 millions d’euros de lait par an.

Alors c’est évident nous sommes bien confrontés à problème de faible productivité dans notre utilisation des terres. Selon le système actuel de planification et de gestion, c’est la société d’État qui reçoit les ressources verticalement de l’État central et est chargée de «gérer» les petits producteurs privés, de distribuer ce dont ils peuvent avoir besoin. Ces ressources sont souvent allouées selon certains «paquets technologiques» nationaux qui parviennent rarement au producteur au bon moment et en quantité suffisante. Les petits producteurs n’ont aucun accès légal direct à presque aucune ressource. La contradiction et les conséquences désastreuses d’un tel terreau de la corruption et de l’improductivité n’ont pas à être expliquées, car ce serait offenser l’intelligence du lecteur.

Dans tous les cas et malgré ces contradictions, heureusement, il peut être clairement établi que la population rurale du pays qui travaille la terre a complètement inversé le modèle prérévolutionnaire et est passée d’une classe affamée et ignorante à une situation dans laquelle elle atteint un certain niveau de vie, des opportunités d’amélioration et de culture appréciables et sûres.

L’aspect complémentaire de cette description est la consommation. Dans les conditions qui prévalaient avant la crise du COVID 19, les marchés alimentaires des villes ont montré les déformations typiques d’une situation de libre offre et demande dans sa pire version. Légalement ou illégalement, les minorités dont les revenus sont nettement supérieurs à la majorité étaient en mesure de payer la nourriture à des prix dérisoires au taux de change officiel par rapport aux devises étrangères librement convertibles circulant sous forme de CUC. Mais en même temps, ces prix étaient inaccessibles pour le Cubain moyen. Cela a permis à des productions insuffisantes par rapport à celles nécessaires pour approvisionner tout le monde d’être mises sur le marché de détail à des prix bien payés par des minorités et garantissant un revenu satisfaisant aux commerçants. Ceci oblige à “limiter” les prix avec l’inévitable conséquence de l’insuffisance et de la mauvaise qualité pour ce qui est nécessaire à la majorité.

La contradiction entre «être ou ne pas être» devient évidente. Nous avons des producteurs dont les réserves d’efficacité ne peuvent pas être exploitées en raison d’une répartition inadéquate des ressources. Le marché de consommation dont la demande est plus rentable est approvisionné en relativement peu de quantités pour les secteurs de la population qui peuvent payer des prix élevés. Une bonne partie des bénéfices de ce marché restent acquis à l’agent de commercialisation, qu’il s’agisse d’un intermédiaire ou d’un vendeur direct, qu’ils soient ou non employés par des sociétés d’État, et sont donc exclus des fonds publics. Ironiquement, tout est né d’une gestion économique dogmatique et rigide de l’État. Et les résultats nous conduisent à une formule caractéristique du capitalisme sauvage!

Ce bref survol de certaines contradictions dans la gestion du secteur agricole primaire et de son contexte dans la globalité du paysage économique du pays invite à diverses réflexions. Une évidence serait que, dans le schéma socialiste, nous devons gérer ce secteur avec des outils économiques plus efficaces, sans crainte des étiquettes du capitalisme. Le système d’exploitation est le capitalisme, pas ses outils. Si nous abordons des solutions avec intelligence, créativité et sans dogmes qui conduisent à des échecs en raison des liens avec les théories fracturées par l’histoire, nous serions dans de meilleures conditions pour garantir l’abondance, la diversité, l’autarcie et la haute qualité de la nourriture cubaine.

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