Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

En quoi les bio-laboratoires américains menacent la Russie et la Chine?

J’ai découvert avec stupéfaction qu’au moins un laboratoire de ce type existe dans la région marseillaise et qu’ils sont à la fois un des moyens de s’approprier les trusts médicaux existant, en occurrence Sanofi et de réserver aux seuls bénéfices des Etats-Unis leur découvertes potentielles. Mais désormais, on ne peut pas exclure comme le dit l’article de ce professeur russe que dans des zones proches des pays visés comme l’Ukraine pour la Russie, ces laboratoires ne soient déjà en train de préparer une “guerre hybride” avec des virus adaptés aux types de populations auxquels ils seraient destinés (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop).

Gevorg Mirzayan Professeur agrégé, Département de science politique, Université financière sous le gouvernement de la Fédération de Russie

              5 juin 2020

https://vz.ru/opinions/2020/6/5/1043344.html

L’épidémie de coronavirus a fortement mis à jour certains problèmes: par exemple, le thème des menaces biologiques posées par les États-Unis.

Dans l’espace post-soviétique, des histoires de bio-laboratoires américains déployés le long des frontières russes ont régulièrement fait surface. Avant le coronavirus, le sujet était, en général, de la catégorie des théories du complot à fort succès médiatique : une menace fantomatique et incompréhensible qui suscitait l’intérêt du public, mais rien de plus. Cependant, l’épidémie de coronavirus a parfaitement montré à quelles pertes et restrictions il fallait se plier pour lutter contre un virus relativement non dangereux et peu meurtrier. Peu importe dans quel pays ce virus apparaît, le monde est devenu si petit que la maladie saute facilement du pays touché à ses voisins.

Bien sûr, le coronavirus lui-même (à en juger par les déclarations des experts) est malgré tout d’origine naturelle. Cependant, le chaos créé par l’épidémie (les pertes humaines et économiques, ainsi que la montée des mouvements de protestation dus aux mesures de quarantaine dans les différents pays) est sans aucun doute déjà étudié par des spécialistes de la guerre hybride. Et peut-être bien que les manuels spéciaux sur l’intégration de la guerre biologique dans le plan général des guerres froides et fraîches avec des adversaires potentiels soient déjà en train d’être réécrits (sur la base, cette fois, d’ expérience réelle). Ces guerres ont besoin de nouveaux virus qui seront plus faciles à gérer et plus létaux pour des populations spécifiques (les Russes par exemple ou les Han).

Il est impossible de mener de telles études aux États-Unis : c’est dangereux (on ne sait jamais, le virus pourrait s’échapper des laboratoires), inefficace (vous devriez importer des cobayes), et politiquement inapproprié. Les autorités de tous les États sans exception seront catégoriquement opposées à de tels tests sur leur territoire. Enfin, c’est tout à fait illégal, les États-Unis étant toujours signataires de la Convention sur l’interdiction de la mise au point d’armes biologiques. Bien sûr, les Américains ont tout fait pour émasculer cette convention: par exemple, ils ont bloqué la création d’un mécanisme de vérification efficace, ce que les diplomates russes dénoncent régulièrement, mais il est dangereux de placer de tels laboratoires aux États-Unis de toute façon.

Proche, pratique, sûr

Фото: Министерство обороны РФ/РИА Новости

Alors pourquoi subir tous les inconvénients ci-dessus alors que d’autres pays sont prêts à héberger chez eux ce genre de laboratoire? Où personne ne touchera les scientifiques, où personne ne demandera leur avis aux résidents locaux, où les bons échantillons pour les expériences seront à portée de main et où, en général, il n’est pas nécessaire de se conformer à la loi. Et surtout, où les laboratoires se trouvent à proximité du pays rival potentiel.

C’est pourquoi les laboratoires américains sont situés dans les pays post-soviétiques. Washington assure que ces «bio-laboratoires» ne sont que des éléments de la coopération transnationale. Une assistance aux peuples autochtones par des médecins américains de pointe dont les activités ne menacent personne, bien au contraire – selon les diplomates américains, les États-Unis aident à empêcher que des agents pathogènes dangereux ne tombent entre de mauvaises mains. Les diplomates ne disent rien sur l’aide que les populations locales peuvent recevoir des installations,qui opèrent d’ailleurs non pas dans le cadre des programmes du Département américain de la Santé, mais sous l’aile du Département américain de la Défense.

Cependant, la population n’est pas silencieuse. Le coronavirus a exacerbé les craintes et encouragé les gens à poser des questions aux autorités. Par exemple, au Kazakhstan, où au Laboratoire central de référence (CRL) à Almaty, l’armée américaine se sentait chez elle. Le laboratoire lui-même a été créé avec l’argent du département américain de la Défense, a travaillé pour des projets américains et a été largement financé par l’argent du budget américain. Après l’indignation massive des Kazakhs (ainsi que, possiblement, les demandes de Moscou et de Pékin), le président du pays, Kassym-Zhomart Tokayev, a officiellement déclaré que les Américains n’étaient plus là – le contrat avec eux était terminé et ils ne l’ont pas renouvelé. Cependant, selon le responsable du Eurasian Analytical Club Nikita Mendkovich, l’histoire du biodéveloppement américain au Kazakhstan ne s’arrête pas là.

Selon lui, il est maintenant important de parvenir à un véritable retrait de l’armée américaine non seulement du CRL, mais aussi d’autres centres, dont le Biological Safety Research Institute à Gvardiéyski, où des études scandaleuses sur le coronavirus de chauve-souris ont été menées il y a plusieurs années.

Qu’est-ce que tu veux?

Cependant, le Kazakhstan, où il y a tout de même une élite à vocation nationale qui respecte sa population et les intérêts de ses voisins, a au moins entamé le processus. Dans d’autres pays, les choses sont toujours au même point. Par exemple, en Géorgie, où les autorités locales ne veulent absolument pas renvoyer les militaires américains du laboratoire de Lugar près de Tbilissi (où selon le ministère russe des Affaires étrangères, “des expériences sur l’utilisation d’insectes comme porteurs d’agents biologiques et d’agents pathogènes particulièrement dangereux” ont été menées par l’armée américaine). De plus, ils ne laissent même pas y pénétrer la commission russe, qui a le droit de procéder à une inspection complète de l’installation en vertu de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques.

La situation la plus compliquée se dessine dans le pays le plus ingérable de l’espace post-soviétique – l’Ukraine. Dans un pays où les autorités, à en juger par la fuite des conversations téléphoniques de Biden avec Porochenko, communiquent avec les conservateurs américains à la manière de serveurs d’un cabaret chic devant un riche invité, les laboratoires non seulement fleurissent (selon l’opposition ukrainienne, il y en a une douzaine), mais font régulièrement parler d’eux. Les experts estiment qu’un certain nombre d’épidémies dans le pays se sont produites en raison de virus et de bactéries provenant de ces laboratoires, diffusés au hasard ou délibérément. Naturellement, les serveurs de la rue Bankovaya [l’administration présidentielle ukrainienne, NdT] n’ont pas exprimé la moindre plainte aux clients concernant ce qui s’était passé, sinon ils perdraient les pourboires politiques sur lesquels ils vivent.

Le peuple ukrainien est indigné – mais qui se soucie de son opinion? En outre, les Américains ont court-circuité toute réaction de Kiev à une telle indignation – l’ambassade américaine en Ukraine a clairement indiqué que toutes les préoccupations de la population ukrainienne étaient le résultat d’une désinformation russe. Dans ces conditions, cette série logique peut être poursuivie, et au cas d’une nouvelle propagation de maladie en Ukraine par le laboratoire américain, déclarer que les méchants Moscovites jouent spécialement des tours aux bons et généreux Américains.

Et encore une fois, Moscou fait face à un problème : non pas «qui et comment blâmer» – cela nous le savons bien. Mais la question est «que faire à ce sujet?”. Se limiter à des accusations ou prendre des mesures? Et si on en prend, lesquelles? Il n’y a pas de réponses simples ici, ni de réponses faciles non plus.

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