Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Vu de Russie : Les Américains n’ont plus confiance dans leur gouvernement

Malgré l’assurance des responsables américains, la société américaine vit une véritable débâcle que les Russes regardent avec un certain contentement, tant le sentiment d’avoir été dupés par les Etats-Unis est puissant. La description est en tout les cas saisissante. Mais il y a une chose sur laquelle cette observation et la confiance du disciple de Kissinger sont d’accord, c’est sur le fait que l’Etat fédéral ayant atteint un maximum d’incompétence dans la manière d’assurer sécurité et nourriture et parfois les gouverneurs ne maîtrisant pas plus, c’est l’individualisme américain et son bricolage sur qui repose l’idée de la suprématie légitime… Le western comme fondement mythique… (note de Danielle Bleitrach , traduction de Marianne Dunlop)

4 mai 2020

Crédit photo: Alex Milan Tracy / Reuters

Texte: Victoria Nikiforova

https://vz.ru/world/2020/5/4/1036025.html

Les citoyens américains cultivent massivement des légumes dans leur jardin, achètent des armes et se soignent avec les moyens du bord. La pandémie de coronavirus montre que l’État a cessé de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Et le pire, c’est que de nombreux médias nationaux préfèrent garder le silence à ce sujet.

La presse a déjà remarqué une augmentation sans précédent des ventes d’armes à feu aux États-Unis. Rien qu’en mars, les Américains en ont acquis plus de deux millions. De plus, le chiffre officiel est franchement sous-estimé, car il s’appuie sur le nombre de demandes au système électronique du FBI que les vendeurs d’armes font (afin de s’assurer que leur acheteur respecte la loi), mais lors de la vente d’armes en ligne ou sur les réseaux sociaux, de telles demandes ne sont pas nécessaires.

Ce genre d’emballement s’est déjà produit plus d’une fois. De nombreux Américains se mettent à acheter des armes à feu à chaque fois après un meurtre de masse, craignant que cela devienne soudain interdit par la loi. Mais aujourd’hui, la situation est différente: des gens qui n’avaient jamais possédé d’armes auparavant ont commencé à acheter des armes à feu.

“J’ai peur que (à cause du coronavirus) tout se ferme … et que la société perde tout sens de la légalité”, a déclaré Danny Hill, directeur de restaurant de 29 ans, aux journalistes du New York Times, expliquant pourquoi il avait décidé pour la première fois de sa vie d’acheter une arme à feu – un pistolet Taurus de 9 mm et un fusil semi-automatique AR-15.

«C’est à cause du virus», lui fait écho M. Hayat, le propriétaire du magasin d’armes. – Les gens sont sûrs: si une grosse catastrophe se produit, le numéro 911 ne fonctionnera pas. Nous l’avons tous vu avec l’ouragan Katrina. Les gens n’ont pas oublié comment le malheur est arrivé et l’État les a abandonnés. »

Dans les villes détruites par Katrina, des gangs criminels ont longtemps fait régner leur pouvoir. Ils ont pillé, cambriolé, tué des gens. Pendant plusieurs jours (et dans des zones reculées pendant plusieurs semaines), les Américains ont été livrés à eux-mêmes, et seule l’envoi de la troupe a permis de prendre le contrôle de la situation. Aujourd’hui, cette expérience traumatisante oblige même les gens les mieux intentionnés à acheter des armes.

Les Américains ne comptent pas trop non plus sur l’aide de l’État pour manger. La plupart des familles du pays n’ont pas d’épargne et connaissent des fins de mois difficiles. Des dizaines de millions de personnes ont perdu leur emploi ces derniers mois. Et rien que l’année dernière, 37 millions d’Américains ont connu des problèmes de pénurie alimentaire.

Il est à craindre que le problème de la faim, qui pourra encore être résolu cet été, atteigne son apogée à l’automne. Le plus grand réseau de banques alimentaires Feeding America a déclaré que la demande de produits gratuits avait doublé en mars. Les banques alimentaires dans les régions reculées sont massivement fermées – elles n’ont tout simplement plus de nourriture. En raison des problèmes de semis et des pénurie, les prix des denrées alimentaires vont grimper à l’automne.

En conséquence, un autre produit vient à manquer en Amérique : les semences. Depuis mars, la demande a doublé ou même triplé, et les gens doivent attendre des semaines pour leurs commandes – les magasins ne peuvent pas faire face. Au sommet des achats, les graines de primeurs, oignons, tomates et bien sûr haricots blancs – un classique de la cuisine américaine, que l’on peut facilement faire sécher pour l’hiver.

Des vidéos expliquant comment préparer le terrain pour la plantation et autres “B-A BA du jardinier” connaissent un franc succès. Des stars de la télévision sur Instagram expliquent comment prendre soin des semis. L’Université de l’Oregon a lancé des cours en ligne gratuits sur le jardinage. Les psychologues de tous les médias rappellent que bêcher et désherber a une action bénéfique sur le mental et réduit le niveau de cortisol, l’hormone du stress.

Dans le même temps, les blogs culinaires et les sites Web sur les aliments prospèrent – car si avant la pandémie, un tiers des Américains mangeaient à l’extérieur tous les jours ou prenaient des plats à emporter, maintenant ils cuisinent généralement à la maison. On imagine que cette habitude perdurera. Les sites culinaires ont commencé à se spécialiser dans les plats les plus abordables et les conseils tels que «comment conserver les pommes de terre».

Quant aux soins médicaux, les tendances passées sont exacerbées. Les Américains ont depuis longtemps perdu confiance dans les soins de santé nationaux, de même que l’argent pour payer leurs services. L’augmentation folle des prix des médicaments et des services médicaux (non reflétée dans les données officielles sur l’inflation) a conduit à l’émergence d’un énorme «marché noir».

Les médias américains n’aiment pas écrire à ce sujet et il est difficile de trouver des témoignages. Fournir des services médicaux illégaux ou vendre des médicaments aux États-Unis est un crime grave. Cependant, des milliers de cliniques clandestines de la diaspora fonctionnent dans le pays – mexicaines, chinoises, vietnamiennes. Là, sans assurance et pour un versement en liquide relativement modeste, vous pouvez faire soigner vos dents, obtenir des antibiotiques sans prescription, vous faire opérer de l’appendicite ou plâtrer un bras cassé.

La vente sur les réseaux sociaux et internet des médicaments qui normalement nécessitent une ordonnance est florissante. Dans les sources ouvertes, elle se camoufle sous le nom de «dons» ou charité, mais tout le monde comprend que «je donne dix doses d’insuline gratuitement» signifie une invitation à faire un deal. Les Américains achètent massivement des génériques de l’Inde et du Mexique. Un autre schéma classique consiste à acheter de l’insuline au Canada – elle y est vendue sans ordonnance. C’est moins cher.

Le fait est que si dans les années 90 une dose mensuelle d’insuline aux États-Unis coûtait 20 $, elle coûtera aujourd’hui entre 300 et 700 $. Habituellement, l’assurance couvre le coût des médicaments sur ordonnance, cependant, il peut y avoir des exceptions lorsque les patients doivent payer un supplément par eux-mêmes – «de leur poche», comme on dit en Amérique. Cependant, les diabétiques sans assurance (en 2012, ils étaient environ deux millions aux États-Unis) sont obligés de payer le prix fort.

Il n’est pas surprenant que les patients économisent souvent sur l’insuline, étalant leur dose mensuelle. Les issues fatales dans de tels cas sont inévitables. Parfois, ils mènent même à quelques protestations contre Big Pharma. Mais ces protestations n’ont jamais donné de résultats. Même chose avec les antibiotiques. Un patient sans assurance, qui, par exemple, a un fort mal de gorge, tombe dans un cercle vicieux.

    Pour acheter un antibiotique, vous avez besoin d’une ordonnance. Pour obtenir une ordonnance, vous devez consulter un médecin. Pour aller chez le médecin, vous avez besoin d’argent et vous n’en avez pas.

Par conséquent, les Américains trouvent les moyens les plus exotiques de sortir de la situation. Par exemple, avant même le coronavirus, les Américains ont commencé à acheter en ligne et à utiliser des antibiotiques pour poissons d’aquarium à leur propre usage. Ils peuvent être achetés sur Internet sans ordonnance et ils sont beaucoup moins chers. Il n’y a bien sûr là aucune nouveauté de l’industrie pharmaceutique, seulement de la bonne vieille pénicilline et amoxicilline, que vous pouvez prendre pour soigner une bronchite ou une amygdalite à vos risques et périls. Les médecins mettent bien sûr en garde les Américains contre ce genre d’automédication, mais les antibiotiques pour poissons sont toujours très demandés.

Il semble que la pandémie de coronavirus ait vocation à ancrer pour de nombreuses années toutes ces pratiques effrayantes que l’on imaginerait plutôt dans des pays du tiers monde. Une publication en ligne des plus libérales, Salon, a récemment publié un appel de la féministe Amanda Marcott à légaliser d’urgence l’avortement médicamenteux à domicile. Autrement dit, ont prévoit que des femmes, au lieu d’aller à la clinique, achèteront simplement sur Internet des pilules de fabrication indienne ou mexicaine pour interrompre leur grossesse et cela sans la supervision d’un médecin, risquant leur santé et même leur vie. L’horreur est que de nombreux Américains sont enclins à soutenir cette idée – car elle sera beaucoup moins chère qu’ un avortement dans les règles.

La pandémie de coronavirus a mis à nu les problèmes tragiques de la vie américaine qui avaient auparavant été en quelque sorte masqués par les innombrables reportages à succès. Dans l’état actuel des choses, ils ne sont qu’exacerbées. Un pays qui défend les droits de l’homme se révèle incapable de répondre aux besoins fondamentaux des citoyens.

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