Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

LE VIRUS LIBERAL

par Comaguer et préface de danielle Bleitrach

***revenir sur ce livre, mais aussi sur les mémoires que j’ai écrites et qui suivent en fait la même chronologie pour remettre en cause non des dirigeants du PCF, mais une inadaptation stratégique de ce parti et de la quasi totalité des partis communistes européens, à un monde en plein bouleversement et sur lequel se déchaînait “le virus libéral”, celui sur qui l’actuel coronavirus agit comme un révélateur. Nous n’avons toujours pas de stratégie. Eux non plus et il ne savent que poursuivre. Hier Macron, nous en a donné un exemple, un nouvel exercice un peu plus humble que les précédents, une fausse contrition puisque tout devait rester en état. C’est le virus libéral qu’il faut vaincre pour vaincre que le coronavirus, sans oublier que le coronavirus libéral n’est que l’ultime mutation d’un virus capitalisme sous sa forme impérialiste

La chose la plus concrète de ce discours est une date le 11 mai, tout est reporté y compris la possibilité d’avoir un masque et des tests. Dans ce temps, les enfants et leurs enseignants pourront s’entasser à trente dans une classe… pour que leurs parents puissent aller travailler, mais sans avoir pour autant droit à un restaurant… Il est bien pauvre celui qui ne peut pas promettre… simplement la promesse ne vaut qu’à l’aune de ce qui a été tenu…

Il y a eu des failles “comme tous les pays du monde“. a-t-il dit Non comme certains pays qui ont témoigné de leur imprévoyance, de l’état dans lequel ils avaient ruiné leurs services publics et délocalisés des entreprises essentielles… voulu accélérer l’inoculation du virus libéral…

Il y a eu des failles, nous en parlerons en temps utiles…” quand est-ce que les failles seront comblées et une politique nouvelle dans ces domaines ci-dessus seront-elles donc mises en oeuvre? quand nous répondrons comme d’habitude aux exigences du Medf et des marchés financiers? … quand alors une fois de plus nous ferons payer aux mêmes la sur accumulation de leurs profits… et détruit un peu plus leur protections ?… Rien dans ce discours n’a témoigné d’un changement de cap.

Cocorico, NOUS avons tenu, NOUS avons été héroïques et débrouillards… Pas toi, ni ton gouvernement, ni tes députés, ni tes conseils d’administration, non le personnel hospitalier que ton Castaner massacrait il y a peu. Les Français ont tenu avec la créativité d’un pays sous développé, chacun s’est mis à fabriquer masques et tenues…

Leur véritable problème est qu’ils sont bloqués par la classe qu’il représentent, bien malade, en proie depuis tant d’années au virus libéral, nous ne pourrons nous en sortir qu’en le détruisant, en laissant derrière nous le capitalisme. Là où il y a une volonté , il y a un chemin. Tous les peuples qui ont choisi de résister et de prendre la voie du socialisme font la preuve que l’on peut vaincre mais pas en prétendant aménager ce qui ne peut l’être. (note de Danielle Bleitrach)

Le livre de Samir Amin portant ce titre publié en 2004 ne pouvait pas manquer de susciter une réflexion approfondie en ces temps de pandémie. En effet cette métaphore médicale a permis à Samir Amin de décrire le fonctionnement  et la transmission des idéologies. Il le fait en constatant que l’idéologie dominante n’est autre que l’idéologie de la classe dominante dans les pays et l’idéologie de la puissance dominante au niveau mondial.  Le sous-titre du livre est d’ailleurs parfaitement  explicite :

l’américanisation du monde.

Ne pas se méprendre sur le qualificatif libéral  Samir Amin l’applique à l’économie  et pour lui l’économie libérale telle qu’elle fonctionne au moment où il écrit est une économie internationale de plus en plus dérégulée où s’exerce la dictature des marchés  et dont l’acte de naissance officiel est la chute de l’URSS  qui ouvre la période de la domination de l’hyper puissance étasunienne acté au plan idéologique par Francis Fukuyama qui déclare LA FIN DE L’HSTOIRE et le triomphe  de l’économie libérale et publie son  livre en 1994.

Seize ans plus tard il n’est pas sans intérêt de revenir sur cette propagation du VIRUS LIBERAL  qui s’étend sur une longue période bien antérieure à 1991 qui est simplement l’année où le virus vient à bout de l’économie socialiste et de son principal fleuron : l’URSS .L’outil métaphorique  du virus permet une lecture intéressante des événements internationaux que COMAGUER a entamé à l’occasion d’une émission de radio et que nous mettons en forme ici.

Que s’est il passé dans les décennies antérieures ? Tout simplement un bouleversement de la géopolitique mondiale  puisque entre 1945 et 1974 la quasi totalité des pays du monde sont sortis du joug colonial ou semi-colonial dans le cas de la Chine. Cette émancipation politique de la majorité de la population mondiale va s’exprimer symboliquement par la tenue de la conférence de Bandoeng 1956 puis par la réunion de la Tricontinentale à la Havane en 1966.Il sera facilité par l’équilibre des deux superpuissances de l’époque : Etats-Unis et URSS qui a interdit aux Etats-Unis de dominer voire d’écraser les nouveaux pays indépendants. La crise des fusées à Cuba de1962  en est la manifestation  la plus claire. A l’exception des colonies du Portugal, la décolonisation  de la totalité des anciennes colonies est réalisée en 1962. Les rythmes et les modes d’accession à l’indépendance on été variés  (guerre de libération ou autre processus) mais s’est constitué un bloc : le tiers monde, qui sans être unifié politiquement porte la revendication d’échapper à l’ordre économique libéral et à la domination des jeunes économies décolonisées par les économies du centre comme le dénomme Samir Amin. Cette revendication va s’exprimer clairement par la création de la CNUCED en  1964 qui vise à réguler les termes de l’échange  économique : les pays développés doivent laisser libre accès à leur marché des produits de base  ( minerais et produits agricoles )venant du tiers monde  et des systèmes de régulation des cours des produits de base garantissant une certaine stabilité aux budgets des Etats exportateurs doivent être établis La synthétisation politique de ce nouveau rapport en construction entre pays développés et pays en voie de développement sera élaborée par la conférence des non alignés de 1973 et officialisée en 1974 par son adoption par l’Assemblée général des Nations Unis sous l’appellation de NOUVEL ORDRE ECONOMIQUE INTERNATIONAL résolutions 3201 et 3202 du 01.05.1974.

Mais ce succès politique heurte les intérêts profonds des  multinationales qui vont entamer une action de longue durée pour rétablir leur domination économique sur un tiers monde encore faible. Les Etats-Unis un temps entravés au Vietnam  mais qui sont profondément opposés au NOEI vont propager le virus libéral. La  première victime du mal est le Chili. Le coup d’été militaire du 11 Septembre 1973 marque leur refus de laisser se développer de nouvelles économies socialistes surtout dans leur arrière-cour. Dans les jours suivant le renversement du gouvernement Allende arrivent à Santiago du Chili les CHICAGO BOYS qui vont établir le programme de privatisation totale de l’économie chilienne qui sera appliqué systématiquement par la dictature militaire de Pinochet. Ironie de l’histoire : le coup d’état au Chili a lieu trois jours après le sommet des non alignés à Alger qui proclame le NOUVEL ORDRE ECONOMIOUE INTERNATIONAL.

Mais le NOEI ne verra pas le jour, le virus libéral va le tuer. En effet les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 qui vont affaiblir les économies développées fortement importatrices  (Europe et Japon) vont être bien plus douloureuses pour la plupart des pays du tiers-monde. Pour supporter ce choc brutal ils vont recourir massivement à l’emprunt .Entre 73 et 79 leur endettement a en moyenne quadruplé. Ils sont désormais entre les mains  des créditeurs internationaux : états, institutions financières internationales, banques. La Contre offensive libérale peut prendre son essor Elle a lieu simultanément aux Etats-Unis et au Royaume Uni et s’incarne dans deux personnages  emblématiques : Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Ils vont mener leur combat à la fois sur le plan intérieur et sur le plan international

Ainsi en Aout 1981 Reagan révoque 11000 aiguilleurs du ciel  fonctionnaires fédéraux et les remplace par des militaires et des intérimaires. En 1985 Thatcher brise la grève des mineurs et casse le mouvement syndical britannique. En 1983 Reagan renverse militairement  un régime progressiste arrivé au pouvoir par les urnes dans l’ile de la Grenade  et en 1982 Thatcher inflige une sévère défaite militaire à l’Argentine qui voulait rétablir sa souveraineté sur l’archipel de Malouines. La France elle-même abandonne ses velléités réformatrices de 1981 et Mitterrand se plie aux politiques libérales .En 1984 Fabius remplace Mauroy à la tête du gouvernement pour organiser le « tournant de la rigueur »initié par Mauroy en 1983.Les ministres communistes sont éliminés .Le virus écarté brièvement pénètre.

L’épidémie a bien progressé favorisée par la politique financière  de la Banque centrale étasunienne qui relève brutalement les taux des prêts internationaux. Le tiers monde est étranglé.

Sur le chemin de la domination mondiale totale restent deux gros obstacles : l’URSS et la Chine populaire. Pas question de se lancer dans une action militaire incertaine contre deux puissances nucléaires. D’autant que sur fond d’échec au Vietnam les Etats-Unis en position de faiblesse ont accepté de signer en 1975 les accords d’Helsinki qui maintiennent le statu quo militaire en Europe mais facilitent la pénétration des idées libérales occidentales dans les pays du pacte de Varsovie. La RFA et la RDA entrent ensemble à l’ONU en 1973. Il faut subvertir l’adversaire, négocié avec lui  car toujours pour parler le langage épidémique  la négociation et surtout les rencontres au sommet permettent la contamination quand l’autre n’a pas de solides anticorps. Cette politique va porter ses fruits avec l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev dont l’armée souffre en Afghanistan où les rebelles reçoivent un soutien militaire massif des Etats-Unis   et dont la GLASNOST et la PERESTROIKA sont des politiques libérales. La suite est connue. Mais ce que l’est moins c’est que le virus libéral a infecté profondément les couches dirigeantes soviétiques et que, l’URSS retirée d’Europe de l’Est et dissoute, émerge de l’appareil d’Etat soviétique une couche de dirigeants ultra libéraux qui pour certains vont s’approprier les armes à la main les entreprises collectives et pour d’autres détruire l’état social socialiste sous l’œil d’un Eltsine bien encadré par des conseillers occidentaux et qui n’a que quelques heures de lucidité par jour .  Prenons un exemple peut- être le plus emblématique : Egon Gáldar premier ministre à partir de 1992 et grand organisateur de la thérapie de choc qui voit le PIB diminuer de 35%, la population russe diminuer de 7 millions d’habitants  en 10 ans ,s’appauvrir – voir à ce sujet le livre de Henri Alleg (« Le grand bond en arrière -reportage dans une Russie de ruines et d’espérance – Editions Delga 2011).-.   Gaidar aura une telle réputation à Washington que sitôt l’Irak envahi et colonisé  en 2003 il est chargé par Bush de déconstruire et de privatiser l’économie nationalisée par Saddam Hussein.

Prévenue par ce qu’elle observe du libéralisme gorbatchévien et ayant en d’autres occasions montré son autonomie par rapport au grand frère socialiste ce qui lui a permis de se fabriquer des anticorps  la Chine va résister. L’épisode décisif se joue sur la place Tien An Men au printemps 1989. Les étudiants qui manifestent sont porteurs d’aspirations libérales y compris de l’instauration du multipartisme et trouvent un écho dans une fraction du Bureau politique du PCC et chez  le secrétaire général. Zhao Zi yang. L’arrivée le 14 mai 1989 de Gorbatchev  premier chef d’état soviétique invité officiellement après 30 ans de brouille est saluée par les manifestants qui brandissent son portrait. Il ne pourra pas comme il le souhaite, les rencontrer car la vieille garde du parti autour de Deng Xiaoping qui est encore Président de la commission militaire centrale c’est à dire chef des armées a compris qu’il fallait éviter la contamination. La rencontre de Gorbatchev avec les étudiants de la place Tien an Men sous les caméras du monde entier présentes pour marquer cette visite historique aurait pu faire basculer la situation. Sous l’impulsion de Deng Xiaoping et de la nouvelle équipe dirigeante qui arrive au pouvoir après Tien An Men Le Chine va poursuivre les réformes économiques qu’elle a entamées dix ans plus tôt mais sans abandonner son système politique centralisé*. Le virus libéral  c’est à dire la dictature des marchés et des entreprises multinationales ne l’a pas touchée. Elle est restée maitresse de son destin

Cette stratégie l’a conduit en acceptant par son entrée dans l’OMC en 2000  le défi de la concurrence économique internationale à la place de seconde puissance économique mondiale qu’elle occupe aujourd’hui  tout en assurant à sa population un progrès social collectif considérable exactement inverse du creusement dramatique des inégalités dans les pays du capitalisme néolibéral et du tassement des économies occidentales.

Pendant la décennie 90 le virus libéral va d’abord mette à mal l’économie russe et celle des pays du bloc de l’Est mais sa prolifération dans les pays occidentaux va entrainer le recul de toutes les politiques sociales qui  avaient été mises en œuvre après 1945 pour freiner les revendications ouvrières et limiter l’influence communiste. La maladie conduit à un véritable crépuscule de la social-démocratie le principal porteur du virus. La violence armée ne sera utilisée que pour mettre à genoux des pays soit trop nationalistes (Irak 1991) soit trop non-alignés (Yougoslavie 1991 1998). Le cas  de la Yougoslavie est intéressant : les républiques les plus contaminées par le truchement de l’Allemagne : Slovénie et Croatie tombent immédiatement , pour la Bosnie-Herzégovine il faut fabriquer une guerre de religion d’où il sortira un état-croupion qui na toujours pas administré la preuve de sa viabilité quant à la Serbie la plus rebelle à la loi libérale il faudra lui arracher le Kosovo et la bombarder pendant 2 mois pour la faire rentrer de force dans l’orbite libérale , succès d’ailleurs encore incertain comme si la contamination était plus efficace que la brutalité.  Quand s’achève cette décennie de « fin de l’histoire » l’ordre néolibéral a déjà produit beaucoup de ses effets négatifs sur les classes dominées des pays développés (chômage, précarisation et traités néolibéraux comme celui de Maastricht  en 1992).

Quand Georges Bush s’installe à la Maison Blanche il est entouré de toute l’équipe qui a élaboré le PROJET POUR UN NOUVEAU SIECLE AMERICAIN (PNAC): Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Perl et autres.  En vérité c’est cette équipe qui a porté Bush à la présidence et c’est elle qui tient tous les rouages de l’Etat. L’année 2001 devrait donc être pour elle triomphale et son ordre néolibéral mondial ne plus rencontrer d’opposition. Or il n’en sera rien.

Dés janvier le premier forum social mondial de Porto Allègre qui marque le surgissement international de l’altermondialiste démontre que le virus qui a touché beaucoup de gouvernements des pays développés comme des pays en voie de développement n’a pas touché toutes les catégories de population qui réagissent aux privatisations de services publics, à la précarisation au chômage. Les anticorps existent donc.  En Juin de la même année La Chine et la Russie jettent les bases de leur nouvelle alliance stratégique en créant avec les anciennes républiques d’Asie Centrale l’Organisation de coopération de Shanghai. Pour la Russie qi est passée très prés de la catastrophe, c’est le début de la convalescence, pour la Chine qui affronte en entrant à l’OMC le face à face  économique et surtout industriel avec l’Occident l’OCS est un outil qui va lui permettre de mettre au point toutes les méthodes de coopération avec des Etats souvent très divers dans leur mode d’organisation qui vont assurer son nouveau rayonnement mondial. En Juillet  se tient à Gènes la réunion annuelle du G7, structure souple initiée en 1975 mais véritable quartier général du néolibéralisme. Le mouvement altermondialiste encouragé par la réussite du sommet de Porto Allègre veut passer de la contre proposition  à la  contremanifestation et donc affronter politiquement et physiquement le  QG néolibéral. Celui-ci a bien compris la menace, Gênes est mis en état de siège militaire les manifestants sont réprimés   , la police italienne écrase volontairement un manifestant, l’ordre néolibéral montre les dents. L’équipe fondatrice du PNAC aux commandes depuis quelques mois voit son projet contesté. Deux mois après Gênes trois mois après la création de l’OMC survient le 11 septembre new-yorkais. La contamination a trouvé ses limites : des anticorps se sont développés un peu partout la Chine n’a pas été frappée et l’ Russie commence à se remettre. Ne reste alors que le passage à la guerre permanente et générale : la guerre contre le terrorisme et l’extension de l’OTAN  ou de ses avatars régionaux partout où c’est encore possible. Cette période s’achève sous nos yeux.

*Rappelons que, fait unique dans l’histoire de l’humanité, la république populaire met en place en 1979  la politique de l’enfant unique qui fait partie intégrante de sa politique de modernisation, l’objectif étant d’éviter temporairement que le nombre de bouches à nourrir n’augmente plus vite que les ressources. La mesure sera abolie en 2015.  Pour mémoire en 1980 la chine compte 1 milliard d’habitants soit 400 millions de moins qu’aujourd’hui. Il y a bien eu régulation autoritaire de la population mais régulation acceptée car simultanément le progrès collectif était palpable.

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Les socio-démocrates dans le rôle des porteurs asymptomatiques! Bien trouvé ;o)