Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Neuvième jour, le chat essaye de n’en faire qu’à sa tête…

Bon le chat hier tu as été odieux, tentant de regagner toutes les positions perdues, essentiellement aller dormir sur mon lit. Je t’ai pourtant expliqué que si tu revenais y vomir ou autre comme cela t’est arrivé par deux fois en trois mois, je ne pouvais pas aller à la laverie pour tout nettoyer, draps couettes… mais hier rien n’y faisait, tu sentais bien que pour la première fois depuis les 8 jours de confinement, j’étais à deux doigts de craquer…

Quand la nuit est tombée, lundi soir, j’ai même eu pendant trois minutes un assaut de symptômes: poitrine serrée, douleur, mais comme j’ai eu pendant des années des crises de spasmophilie, j’ai tout de suite reconnu de quoi il en était: une crise d’anxiété et je suis allée me servir un grand verre d’eau que j’ai bu lentement tout en te lorgnant du coin de l’œil…

Ce n’est pas la solitude qui avait provoqué ça, mais “le trop plein”, il y a des moments comme ça où on s’interroge sur le bon sens humain… comment t’expliquer le chat, peut-être simplement comme le disait Woody Allen, tant que l’homme sera mortel et il le saura, il ne sera jamais tout à fait tranquille… Les querelles non seulement entre épidémiologues au bord de la crise de nerfs mais entre leurs disciples profanes qui s’insultent dans les réseaux à coup d’anathèmes… Pendant que le gouvernement tente de faire oublier qu’il a créé une situation assez difficile à surmonter, je m’explique: je suis incapable de trancher sur la question de savoir si Raoult est un bienfaiteur de l’humanité méconnu ou un escroc mégalomane et tous ceux qui sont prêts à s’écharper sur la question n’en savent pas plus que moi.

Physiquement je lui trouve un côté christique et dans cette période pascale sous contrainte virale, je ne peux m’empêcher de voir derrière lui notre seigneur Jésus Christ en train de nous murmurer : “cette année, je ne descends pas pour ressusciter, c’est vous qui montez!”

La décision du conseil des sages de n’administrer son remède miracle qu’en fin ultime de vie renforce encore l’impression du viatique ou du placebo comme les pêcheurs de Calvi qui baladent leur vierge. Pourquoi pas au point où on en est si ça ne fait pas de bien ça ne fera pas de mal…

Parce que la seule chose qui me paraisse raisonnable dans cette histoire et dont on soit assuré que c’est vraiment utile ce serait d’obtenir que des chaînes de production produisent à grande échelle des masques, des tests, des respirateurs alors qu’il semble que l’on veuille fermer une usine qui en produit… En revanche, le gouvernement s’obstine à faire travailler le bâtiment sans doute avec l’idée saugrenue que c’est le plein air… comme tous ces gens qui se sont mis à pratiquer le jogging ou sont partis porter leur virus dans le bon air campagnard… mais dénués d’équipement médical, pendant que l’on apprend que des médecins ont succombé et pas seulement à l’hôpital mais en recevant sans équipement des gens qui ont dû attendre quelques temps dans les salles d’attente… Nous sommes en guerre, mais ceux qui envoient les gens sur le front dans de telles conditions devraient la jouer plus sobre…

Mais pour revenir à notre génie méconnu ou escroc illuminé je trouve assez pathétique ces choix scientifiques sous référendum populaire et dire qu’on critiquait Jdanov, il est battu de loin… La biologie de classe ou la virologie du complot… Dans six mois Galilée passe dans les geôles de l’inquisition et avoue tout ce que l’on veut que la terre est carrée et que les Shaddocks sont des prophètes qu’il suffit de pédaler, pédaler… le tout flanqué d’un maître de cérémonie qui ressemble comme une sœur à l’invraisemblable Sibeth qui n’en rate pas une. Je ne sais jamais si ce qu’elle dit est l’invention facétieuse de sites spécialistes de la chose ou si elle a réellement osée aller jusque-là…

Et s’il n’y avait qu’elle, prends le ministre de l’agriculture : aujourd’hui il a proposé d’envoyer les coiffeurs cueillir les fraises pour suppléer au manque de main d’œuvre agricole. Pourquoi les coiffeurs? Je crois que lui est revenue cette vieille blague “c’est la faute au juifs et aux coiffeurs!” – Pourquoi les coiffeurs?”

Peut-être ses souvenirs du temps où dans les amphis surchauffés il proclamait l’urgence de la Révolution culturelle et l’envoi des intellectuels à la campagne… ou mais pourquoi les coiffeurs? je suis fascinée par ces gens-là qui tentent de retrouver au cœur du capitalise quelque chose de collectif à quoi s’accrocher. Ils me font songer à Staline dont on racontait dans la débâcle gorbatchévienne que le peuple éperdu l’avait rappelé du paradis ou des enfers au choix. Staline avait contemplé le spectacle et déclaré: ” il faut exécuter tout le comité central et repeindre en vert le mausolée de Lénine!” Un peu interloquée la foule s’est exclamée “pourquoi en vert?” Staline alors dit “bon la première proposition est adoptée à l’unanimité et la seconde est mise en débat!”

Et j’imagine un cortège de coiffeurs prenant la route vers les serres de fraisiers… Pourquoi les fraises? Il est vrai que nous sommes en train de recouvrer les aléas de la coupe maison… Le retour à dame nature qui va effacer bien des blondes du paysage.

L’image contient peut-être : 1 personne, gros plan, texte possible qui dit  ’Bientôt le grand retour des parents-coiffeurs’

Pourquoi les coiffeurs devraient-ils aller cueillir des fraises? pourquoi pas de la quinine comme extrême-onction? Tu parles d’une expertise! Mais pourquoi personne ne s’intéresse à la production des masques, des tests et des respirateurs. Puisque nous avons un ministre de l’agriculture qui veut faire vivre les joies de la révolution culturelle aux coiffeurs, pourquoi ne retrouvons-nous pas nos comportements d’étudiants communistes d’alors, quand nous leur répondions “des gommes, des crayons, nous sommes infatigables”; là nous irions répéter “des masques, des tests, des respirateurs, vive l’hôpital public”, nous le proclamerions fièrement à nos fenêtres avec des draps, des feuilles de papier… au lieu de nous prendre pour des spécialistes en virologie…

Encore que les tests risquent d’être dépassés par le nombre de personnes que l’on a laissé filer dans la nature… je signale que vu les atermoiements qui ont été ceux de nos gouvernants trop occupés à critiquer les Chinois, la stratégie coréenne est un peu difficile à mettre en œuvre… Même si le professeur Raoult a décidé à s’attaquer avec courage au stock marseillais qui se rassemble en masse devant ses locaux… Ce qui est sûr c’est qu’il y croît… Peut-être aussi que ceux qui n’étaient pas contaminés le sont désormais… mais j’ai mauvais esprit et surtout comme je vous l’ai dit je suis totalement incompétente sur le sujet… mais visiblement je suis la seule tous les autres savent.

Que tu le crois ou non, toi le chat, toi avec ton regard de sceptique, après une journée passée à subir des gens qui ressemblaient furieusement à des psychanalystes se disputant l’héritage moral de Lacan, j’ai eu comme un moment de doute sur notre capacité collective à nous en sortir… Et refuser de me lancer dans l’éloge funèbre de tous ceux dont j’apprenais la mort… Surtout quand un de mes copains pour lequel j’éprouve une grande tendresse et qui depuis des semaines ne me parle que de sa campagne électorale à Becon les Bruyères, est venu me porter le coup de grâce. Il a tout fait dans ces temps de contagion, tenu des meeting, du porte à porte, le tout sans masque, il s’est porté comme assesseur et après il a fêté ça à coup d’embrassades chaleureuses… Faute d’un second tour, il essaye de reprendre pied dans la réalité de l’épidémie et il m’explique tout joyeux qu’avec les voisins de sa zone pavillonnaire, ils ont pris l’habitude le soir de se réunir dans l’impasse et d’échanger des idées, à une vingtaine…

C’est là le chat que j’ai eu une crise de spasmophilie et tous les symptômes du mal qu’il est pourtant recommandé de fuir par la réclusion, là quand il a ajouté : mais on a compris pas de bisou, pas de mains serrés, on est raisonnables… A la manière de ces gamins qui jouent avec enthousiasme à se cracher dessus en se menaçant, “je t’envoie le virus”…

Et bien vois-tu ce qui me rend malade c’est que je crois que ce bordel prouve par qui on est dirigé, le jaja qui existe à cause d’eux et que cela n’est pas moral… Alors je regarde avec amour un petit groupe de Cubains partis en Italie pour tenter d’apporter soins, rationalité, et approche collective du monde… Mais jusqu’où ce que nous avons vécu depuis tant d’années nous a menés à cette difficulté à avoir une idée simple “restez chez vous” et ne cherchez pas les histoires qui ne débouchent sur rien… Ou encore l’énigmatique Xi Jinping qui a l’air de vouloir organiser ce foutoir… Il a l’air d’avoir des nerfs d’acier… mais peut-être que quand il rentre chez lui il pousse un hurlement!!!

Danielle Bleitrach

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Visiblement il y a des gens aux Etats-Unis qui partagent nos inquiétudes. C’est Simpson qui après avoir entendu un conseiller de son président prétendre que tout cela est normal ne trouve qu’une solution aller avec Marge supplier Mao ou un autre “s’il vous plait, réveillez-vous!”

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Excellent. oui des masques pour tous des tests pour séparer les malades et les sains des respirateurs et pourquoi pas le monde entier ayant assister médusé à l’exploit chinois, des hôpitaux?
Cependant à propos des traitements ce st les chinois qui font les résultats de de l’hexachloroquine et cuba avec son interferon dans les deux cas le comité théodule dégage en touche . Chinois, Cubain? Etonnant non?