Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Comment l’URSS n’a pas réussi à sauver la Pologne et la Tchécoslovaquie de Hitler, par Evgeny Krutikov

Face à la campagne qui attribue au pacte germano-soviétique le déclenchement de la deuxième guerre mondiale, Poutine avait promis d’ouvrir les archives et d’y révéler ce qui avait été tu jusqu’ici. Le Conseil des jeunes diplomates du ministère russe des Affaires étrangères, dans le cadre du projet de diplomatie de la victoire et de la préparation du forum de diplomatie de la victoire des jeunes diplomates, lancé à l’occasion du 75e anniversaire de la victoire dans la Grande guerre patriotique, offre aux lecteurs du journal VZGLYAD des documents uniques des archives de la politique étrangère (AUE) de la Fédération de Russie, dédié au travail actif de la diplomatie soviétique dans la période d’avant-guerre et pendant la Grande Guerre patriotique. C’est une partie de ces archives que publie le journal et que nous traduisons ici.
Ce qu’il en ressort, si l’on ignore ces faits c’est que L’URSS avait voulu sauver l’honneur de pays appartenant au pacte de Varsovie, comme la Pologne mais aussi la Tchécoslovaquie. Ce qui est révélé par cette publication, c’est que l’intervention russe mais aussi française ont été bloquée par la peur tchèque, l’absence de volonté de se défendre, mais aussi la manière dont la Pologne de Pidulski a profité de la situation pour tenter de récupérer partout des portions des pays proches, ici la Lituanie. Churchill l’appelait “la hyène” de l’Europe. Un nouvel acteur apparaît un pro-nazi le père de Kennedy.
deux remarques, Vilnus était une ville juive, comment s’est passé l’invasion polonais? pour l’Allemagne on sait. Deuxième remarque, l’ambassade d’Allemagne fait courir des bruits sur le fait que l’URSS et l’armée rouge sont en décomposition, quel influence cela aura-t-il sur les procès qui ont été reprochés à Staline ? Dans la préface des guerres de Staline, Annie La Croix Riz dit que l’on sait qu’il y a bien eu trahison. Rumeurs ou faits? (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société).
4  3 mars 2020, 08:34
Photo: AP / TASS
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La politique agressive de la Pologne, la mystérieuse apathie de la Tchécoslovaquie, l’intervention des États-Unis en la personne du fondateur du clan Kennedy – des diplomates soviétiques ont câblé à Moscou à la veille de la Seconde Guerre mondiale des renseignements sur tous ces faits. Les documents décryptés montrent comment l’URSS a essayé d’aider ceux qui ont finalement été victimes des nazis – et comment l’Union soviétique a été empêchée d’agir.

Le journal VZGLYAD dans le cadre du projet  “Diplomatie de la victoire”  continue de publier les télégrammes chiffrés déclassifiés des diplomates soviétiques avant la guerre. Ces documents de 1938 montrent des faits méconnus ou passés sous silence dans l’alignement des forces d’alors en Europe centrale et orientale.

La faute à l’Union Soviétique

À l’époque soviétique, le comportement d’avant-guerre de la Pologne et de la Tchécoslovaquie devait demeurer secret fondamentalement. Il n’y avait pas de travaux scientifiques sur la Pologne d’avant-guerre; il était impossible de toucher le plus grand allié d’Europe de l’Est en vertu du Traité de Varsovie. Ces interdictions non écrites concernaient les relations polono-lituaniennes dans les années 1920 et 1930, toute l’histoire de l’occupation polonaise des terres de Tieszyn en Tchécoslovaquie et les contacts du gouvernement polonais avec Hitler. Dans l’historiographie soviétique, il était strictement interdit de faire émerger des documents sur la Kresa orientale, la guerre terroriste que l’UPA * avait déclenchée en Galice et à Zamosc contre l’administration polonaise et tout à l’avenant. La Tchécoslovaquie à l’époque soviétique était présentée comme un «pauvre mouton», livré à Hitler par les capitalistes impérialistes. Le rôle de Prague lui-même n’a pas été commenté du tout. 

En outre, en URSS, il n’y a pas eu la moindre tentative de mettre à jour la question nationale par écrit, ce qui aboutissait à taire les relations polono-lituaniennes d’avant-guerre, les pratiques réelles sur les marches orientales, le massacre de Volyn, les transferts de population et de territoires. Il en était de même pour la Tchécoslovaquie. Les opinions extrêmement nationalistes sur le monde du gouvernement tchèque d’alors l’avait conduit à la répression contre les minorités nationales, y compris dans l’après-guerre (par exemple, la déportation de Hongrois de Slovaquie en 1945), étaient tabou pour l’historiographie soviétique.

En conséquence, plusieurs générations de soviétiques ont grandi, à qui on a appris à l’école qu’Hitler avait attaqué la Pologne paisible et bonne, après avoir mordu la Tchécoslovaquie tremblante et douce. Aujourd’hui, il devient clair que

Le récit historique agressif de la Pologne s’est avéré beaucoup plus efficace que la tactique soviétique consistant à ne pas offenser un allié dans la révélation de faits compromettants pour les Polonais . 

Aujourd’hui, avec l’utilisation de documents déclassifiés, on peut expliquer en revenant sur les faits comment tout cela s’était passé en réalité, alors même que de Varsovie parviennent régulièrement des déclarations selon lesquelles “l’Union soviétique a déclenché la guerre”, et les Polonais eux se contentaient de planter des fleurs à cette époque. Par exemple, le plénipotentiaire soviétique de Londres Maysky, dans un télégramme daté du 18 mars 1938, écrit notamment:

«L’envoyé lituanien m’a dit aujourd’hui les conditions de l’ultimatum polonais, que vous connaissez bien sûr par Baltrushaitis (Jurgis Baltrushaitis, jusqu’en 1939, ambassadeur de Lituanie à Moscou, un poète exceptionnel de l’âge d’argent, qui a écrit en lituanien et en russe, un ami de Bryusov et Balmont. Il est décédé à Paris en 1944. Dans la «Maison Baltrushaitis» de la rue Povarskaya à Moscou, est maintenant situé le Centre culturel lituanien – VZGLIAD). Balutis (Bronus Kazis Balutis, envoyé lituanien au Royaume-Uni. Après 1940, le gouvernement du peuple lituanien l’a privé de sa citoyenneté, lui a interdit l’entrée en RSS de Lituanie et a confisqué ses biens. Jusqu’à sa mort en 1967, il était considéré comme le «gardien» de la réserve d’or du gouvernement lituanien en exil à Londres et il était en contact avec les «frères de la forêt» – VZGLIAD ) s’est présenté aujourd’hui avec cet ultimatum à Halifax,

Cette histoire n’étant pas familière au grand public elle nécessite des éclaircissements. Quel genre de concept est cet «ultimatum polonais», en particulier dans le contexte de la diplomatie soviétique d’avant-guerre?

Comment la Pologne a provoqué une guerre

Le 17 mars 1938, le gouvernement polonais a présenté un ultimatum à la Lituanie, demandant d’établir des relations diplomatiques avec Varsovie dans les 48 heures et de mettre fin à la reconnaissance mutuelle avant le 31 mars. En cas de refus, Varsovie se réservait le droit d’utiliser «toutes les mesures appropriées» pour assurer la sécurité de sa frontière.

Le fait est que depuis 1920, la Lituanie a toujours refusé d’établir des relations diplomatiques avec la Pologne. La Lituanie protestait ainsi contre l’annexion par la Pologne du territoire de Vilnius, la soi-disant «Lituanie centrale» (un état partiellement reconnu dans les territoires contestés avec pour capitale Vilnius) et de Suwalkia. En 1920, il y a eu une guerre polono-lituanienne, le général Lucian Zheligovsky avait occupé Vilnius, Grodno, Oshmyany et Lida et s’est proclamé souverain de la «Lituanie centrale». Elle a été ensuite incorporée en Pologne en tant qu’acte spécial. Pour Jozef Pilsudski, né à Zulovo près de Svianceni – aujourd’hui le district de Svenciensky dans le comté de Vilnius en Lituanie – l’occupation de sa “petite patrie” a été un moment crucial pour la restauration du Rec Pospolita d’un océan à l’autre.

Après l’occupation de Vilnius par les Polonais, la capitale de la Lituanie a été transférée à Kaunas. La Lituanie n’a jamais reconnu cette annexion et a donc refusé d’établir des relations diplomatiques avec la Pologne, car cela constituerait une reconnaissance de facto de l’état actuel des choses. 

Et dans le contexte de l’Anschluss d’Autriche et de la crise autour de la Tchécoslovaquie, le gouvernement polonais a décidé de faire pression sur la Lituanie. Les historiens polonais soutiennent qu’il s’agit d’une «mesure forcée», la situation en Europe devenant tendue et la Pologne décidant de sécuriser son flanc nord. En réalité, il s’agissait d’une poursuite de l’agression polonaise. Soit dit en passant, à la fois dans la forme et, dans les faits l’ultimatum a été reproduit par Varsovie six mois plus tard – le 30 octobre 1938 en ce qui concerne la Tchécoslovaquie, alors là Varsovie exigeait déjà les territoires Tesin et Zaolzie.

Autrement dit, dans les deux cas, la Pologne a utilisé les crises internationales pour résoudre les différends frontaliers en sa faveur. Et dans le cas de la Lituanie, sachant que pour des raisons idéologiques et «d’honneur», Kaunas ne céderait pas à l’ultimatum, Varsovie a simplement provoqué une guerre en Europe de l’Est avec l’occupation de toute la Lituanie.

Les Russes pouvaient-ils aider les Tchèques?

Passons maintenant aux documents. Le commissaire du peuple Litvinov a convoqué à deux reprises l’ambassadeur de Pologne à Moscou, Vaclav Grzybowski, et il lui a demandé d’arrêter le transfert des troupes polonaises à la frontière lituanienne. Sinon, Litvinov avait menacé de dénoncer le pacte de non-agression soviéto-polonais au cas où la Pologne attaquerait la Lituanie.

Voici comment l’envoyé soviétique à Prague Alexandrovsky décrit cette situation dans un télégramme du 23 mars 1938:

“Krofta (Kamil Krofta, ministre tchécoslovaque des Affaires étrangères, plus tard membre de la Résistance antifasciste, a été arrêté par la Gestapo et placé dans le camp de concentration de Theresienstadt, libéré en mai 1945, mais décédé quelques mois plus tard à Prague en raison de ses problèmes de santé – VZGLIAD ), a déclaré, que l’URSS a directement sauvé la Lituanie de l’annexion à la Pologne. Krofta dans cet esprit a informé par circulaire tous ses contacts dans d’autres pays. Dans le même temps, Krofta m’a interrogé sur les détails des conversations à Moscou sur la question lituanienne. Il a évoqué le manque d’informations provenant d’une source soviétique et le fait qu’une rumeur concernant ce type de contenu se soit répandue à Prague: Litvinov a appelé la nuit à 12 heures l’ambassadeur de Pologne Grzybowski, bien connu des Tchèques depuis qu’il était envoyé à Prague depuis 6 ans. Connaissant l’insolence de Grzybowski, Krofta estime que que Grzybowski a refusé de venir. Une rumeur dit qu’alors Litvinov a averti Grzhibovsky par téléphone que si la Pologne utilise la force pour résoudre son différend avec la Lituanie, l’URSS ne sera pas indifférente à cela.

Le lendemain, Grzhibovsky était avec Litvinov et a essayé de prétendre qu’une telle conversation n’avait pas eu lieu. À cela, Litvinov a riposté en lui demandant sans détour s’il avait transmis la conversation d’hier à Varsovie. Devant le refus de répondre de Grzhibovsky, Litvinov lui a carrément dit – rentrez chez vous et transférez à Varsovie ce que je vous ai dit, à savoir que si la Pologne fait usage de la force contre la Lituanie, l’URSS ne laissera pas cela sans conséquences. Interrogé par Grzybowski sur ce que cela signifie, Litvinov a répondu que cela signifie la guerre en Europe de l’Est. Krofta a ajouté que c’était avec grand plaisir qu’il a vu Grzybowski partir “comme un caniche trempé dans l’eau”.

Le ministre tchécoslovaque des Affaires étrangères a rapporté toutes ces rumeurs à l’ambassadeur soviétique, pas seulement pour le plaisir de bavarder. De plus, Alexandrovsky rapporte:

“En liaison avec ce qui précède, Krofta, en termes diplomatiques, mais suffisamment clairs, a déclaré que la Tchécoslovaquie, étant déjà reconnaissante de l’aide, compte bien sûr sur le fait qu’au moment décisif, l’URSS lui apportera un avantage non moins substantiel et une assistance directe.”

Dans le même temps, des rumeurs sur «les révoltes en URSS» et le fait que l’Armée rouge était décomposée et n’était pas prête au combat circulaient dans toute l’Europe envoyés par les renseignements allemands. Toute cette propagande a été acceptée comme la vérité non seulement en Tchécoslovaquie, mais aussi en Grande-Bretagne et en France. Mais alors qu’à Paris et à Londres cela a été discuté théoriquement, à Prague, dans le contexte général de la peur de l’Allemagne, cette propagande a effectivement multiplié les rangs des alarmistes. Dans l’esprit que, bien sûr, il est bon que Moscou soit resté à Varsovie et aide la Lituanie, mais la question de savoir si les Russes pouvaient aider les Tchèques n’était pas claire. Ensuite, à cause de cela il ne valait peut-être pas la peine de résister et il valait mieux abandonner tout de suite, d’autant plus qu’ils insistaient depuis Londres, ils ont même envoyé un envoyé spécial – Lord Walter Rensimen, 1er vicomte de Doxford pour convaincre le gouvernement tchèque de se rendre.

La réaction de l’envoyé d’Alexandrovsky est remarquable:

«Je ne pouvais pas le supporter à ce moment là et j’ai dit à Krofta, sur le ton amical habituel pour nos conversations, que je n’aimais pas du tout son raisonnement. Et j’ai l’impression d’avoir eu à faire face à une sorte d’excuses pour ne rien faire pour se protéger contre une éventuelle attaque. Bien sûr, Hitler ne doit pas être provoqué, Henlein ne doit pas être provoqué non plus, la paix ne doit pas être perdue, mais en même temps, la question de la protection de la liberté et de la démocratie tchécoslovaques est avant tout l’affaire de la Tchécoslovaquie elle-même. La France, suivie de l’URSS, peut aider la Tchécoslovaquie. Cependant, le concept d’assistance part du principe que la Tchécoslovaquie elle-même se défendra. »

Le mot «aide» est souligné dans le texte du télégramme par Aleksandrovsky lui-même, et quelqu’un à Moscou a souligné la dernière phrase au crayon dans le programme de chiffrement original.

Krofta, en outre, dit à Aleksandrovsky qu’un “parti des apeurés” s’est formé à Prague, dans lequel il rangeait presque tous les principaux partis politiques du pays.

Ce phénomène purement tchécoslovaque de 1938 n’est toujours pas résolu. La petite Lituanie, ces mêmes jours, était prête à combattre la Pologne qui la dépassait cinq fois en territoire et 10 fois en population, ce qui semblait être un suicide national collectif sans le soutien de Moscou. La Tchécoslovaquie, possédant l’un des complexes militaro-industriels les plus développés d’Europe et des fortifications des Sudètes, comparable à la ligne Maginot française, était plongée dans un effroi irrationnel et n’a même pas essayé de résister. Lord Rensimen a simplement exigé que le gouvernement tchécoslovaque remette immédiatement les Sudètes à l’Allemagne, et personne ne l’a chassé du bureau. Et Moscou a commencé à ressentir une irritation grandissante contre les Tchèques à cause de leur position passive, et les Français ont progressivement commencé à partager cette irritation.

Depuis 1935, l’URSS a tenté de mettre en place une sorte d’alliance défensive en Europe de l’Est et dans les Balkans, mais toutes ces configurations se sont heurtées à des contradictions insolubles entre les pays d’Europe de l’Est eux-mêmes. Dans ce contexte, le télégramme de l’envoyé soviétique à Berlin Astakhov du 17 mai 1938 est particulièrement intéressant.

Astakhov donne les informations très explicatives suivantes concernant la position de la Pologne: «De plus, les Français ont des informations de Varsovie sur le transfert d’un nombre important de troupes à la frontière germano-polonaise sous prétexte de troubles en Galice (mouvement des Ukrainiens). Le Français soupçonne (et probablement pas sans raison) que la véritable raison de ces échanges est l’intention des Polonais de ne pas manquer d’exiger leur part en cas d’attaque de Hitler contre la Tchécoslovaquie . »

Mais déjà le 25 mai, le même Astakhov écrivait à Moscou: «Les journaux du soir ont publié de gros sous-titres bruyants, annonçant le meurtre de deux Allemands par des soldats tchèques à Jäger. Les titres sont: «les actes sanglants des soldats tchèques, la première preuve sanglante, l’armée tchèque contre les Allemands des Sudètes», etc. Un certain nombre de télégrammes de Prague sont composés de couleurs très alarmistes. L’attaché militaire tchèque a déclaré à Gerasimov (Anton Vladimirovich Gerasimov, assistant de l’attaché militaire soviétique à Berlin, dans les années 1950 – colonel-général d’artillerie, commandant adjoint des Forces de défense aérienne de l’URSS – VZGLIAD) qu’il a officiellement demandé aux Allemands les raisons du transfert de troupes en République tchèque. Le représentant du ministère de la Guerre a expliqué le transfert comme une mesure de l’ordre organisationnel interne, sans toutefois nier le fait lui-même. »

La ville hongroise d’Eger, célèbre pour sa défense héroïque contre les Turcs au XVIe siècle (les “étoiles d’Eger”), comme le reste d’Egerland, a été annexée à la Tchécoslovaquie dans le traité de Versailles. La plupart des Hongrois vivaient à Eger, et autour de cette ville, il y avait plusieurs grandes colonies avec une population à majorité allemande (Saxons). Au printemps 1938, le freikor local (le corps des volontaires des Allemands des Sudètes contrôlé par l’organisation Henlein) et les militants locaux des SA et SS ont effectivement saisi ces colonies, chassé une petite population tchèque, suspendu des drapeaux avec la croix gammée et des portraits d’Hitler.

La patience de Prague s’est interrompue en mai et des troupes et des unités de police ont été amenées à Egerland. Lors du rétablissement de l’ordre, les Tchèques ne se sont pas toujours comportés correctement, les réfugiés ont atteint la Saxe et, dans certains cas, il y a eu des tirs locaux. Ainsi, le 24 mai, des soldats tchèques à un poste de contrôle près d’Eger ont abattu deux résistants freikorites. Leurs funérailles en Saxe ont eu lieu avec un grand rassemblement de personnes et ont été activement utilisées par la propagande hitlérienne pour créer l’image des «Tchèques sanglants». À Prague, ils ont été encore plus effrayés lorsqu’ils ont vu comment l’hystérie anti-tchèque s’est intensifiée en Allemagne. Mais la situation était difficile. Ci-dessus, nous avons cité les paroles de l’ambassadeur Alexandrovsky selon lesquelles «il n’est pas nécessaire de provoquer Henlein».

Et ici Kennedy

Vers la même époque, un nouveau joueur, les États-Unis, a commencé à se pointer dans l’arène européenne. Joseph Patrick Kennedy Sr., père du futur président et fondateur du clan politique Kennedy, arrive à Londres.

Kennedy Sr. voulait vraiment devenir le président des États-Unis. L’ascendance irlandaise, le catholicisme sincère, le manque d’éducation, une langue trop bavarde, la foi dans l’isolationnisme américain et l’antisémitisme fondamental l’en ont empêché. Autrement dit, c’était une personne extraordinaire et exceptionnelle.

Et le télégramme du plénipotentiaire soviétique à Londres Ivan Maisky sur sa rencontre avec le nouvel ambassadeur américain le 22 mars 1938 est également un document remarquable. Tout d’abord, il caractérise parfaitement Kennedy lui-même comme un ignorant dans la diplomatie et transférant facilement sa manière habituelle de comportement et de parole dans cette sphère. Maisky cite abondamment le discours direct de Kennedy, qui démontre la saveur de cette conversation. Maisky écrit:

“La politique de Chamberlain, selon Kennedy, est une politique d’accord avec l’Allemagne et l’Italie en raison de concessions faites par l’Angleterre et lui (Chamberlain – VGLIAD ne va pas reculer. Haussant les épaules, Kennedy s’exclama: “Je ne sais pas s’il y a quelque chose pour lequel le Premier ministre serait prêt à se battre.”

En même temps, Kennedy a confirmé à Maisky que la propagande allemande représentait avec succès l’Union soviétique et l’Armée rouge, comme des incapables, non seulement aux yeux des Tchèques peureux, mais aussi à Londres. «Anglpra, selon Kennedy, fait maintenant tout son possible pour empêcher la France de toute action qui pourrait empêcher Chamberlain de poursuivre sa politique (conciliation avec l’Allemagne – VGLIAD) – non seulement sur la question espagnole, mais aussi en ce qui concerne la Tchécoslovaquie. En particulier, afin de dissuader les Français de remplir leurs obligations en vertu du traité franco-tchèque, les cercles du gouvernement britannique («ils parlent tous d’une seule voix», comme l’a dit Kennedy) expliquent fermement aux Français que l’URSS ne remplira pas ses obligations en vertu du pacte tchéco-soviétique, parce que de (“selon les informations les plus fiables en anglais”) en URSS domine désormais la décomposition interne complète – ce n’est pas sans raison que les voyages récents des voyageurs et des touristes en Union soviétique ont été rendus impossibles. L’Armée rouge est en état de division interne et elle n’est pas adaptée aux opérations militaires sérieuses. Par conséquent, les Britanniques concluent – même si (le gouvernement soviétique – VGLIAD ) le voulait il ne pourrait pas intervenir, les soviétiques ne pourraient pas remplir leurs obligations en vertu du pacte. La France peut-elle se risquer dans de telles conditions? J’ai ridiculisé l’insinuation anglaise et donné à Kennedy les explications nécessaires, pour lesquelles il m’a beaucoup remercié, car comme il l’a lui-même admis, il n’a qu’une très vague idée de l’URSS. “Ne pensez-vous pas, cependant, que des mesures devraient être prises contre la propagande britannique à Paris?” 

Dans l’ensemble, Kennedy a par la suite soutenu une politique de compromis avec Hitler et, dans certains cas, s’est montré ouvertement pro-nazi. En particulier, c’est l’ambassadeur Kennedy qui a ordonné de ne pas délivrer de visas américains aux Juifs allemands qui ont fui en Grande-Bretagne. Mais en 1938, ni le président Roosevelt ni l’ambassadeur Kennedy proche de lui n’avaient personnellement une position claire sur les événements au centre de l’Europe.

Même la France ne croyait pas dans les Polonais

A Paris même, pendant cette période, le nouveau Premier ministre français Daladier se rendait à Moscou. Le plénipotentiaire soviétique Yakov Surits rapporte dans un télégramme daté du 25 mai 1938:

«Constatant une amélioration notable (la situation autour de la Tchécoslovaquie – VGLIAD ) (« la première phase est gagnée »), Daladier est loin d’être rassuré. Selon lui, Hitler a fait pression sur des éléments extrémistes. Beaucoup dépendra de la souplesse de Prague, qui reste très sensible aux conseils de Londres et de Paris sur la prudence. Le gouvernement français ne va cependant pas imposer de suicide politique à Prague et est donc enclin à envisager comme une possibilité le conflit militaire. À cet égard, il a consacré tous ses derniers jours à élucider la position de la Pologne et de la Roumanie. Le sondage en Pologne a donné le résultat le plus négatif. Non seulement on ne peut pas compter sur le soutien polonais, mais il n’y a aucune certitude que la Pologne ne frappera pas par l’arrière. Contrairement aux déclarations polonaises, Daladier ne croit pas à la loyauté des Polonais, même avec l’attaque de l’Allemagne contre la France, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse maintenant. Il a demandé aux Polonais une réponse claire et sans équivoque “avec qui est-elle en paix et avec qui en guerre”. À cet égard, il a posé hier un certain nombre de questions directes à Lukasevich (Juliusz Lukasevich, l’ambassadeur de Pologne à Paris en 1938, avant d’être l’ambassadeur à Moscou, puis il a collaboré avec le gouvernement polonais en exil, mais l’a quitté en raison d’un conflit avec Sikorsky. Après 1945, il est resté en Occident, en 1951 aux USA s’est suicidé – VGLIAD ). Il lui a demandé si les Polonais laisseraient passer les troupes soviétiques. Lukasevich a répondu par la négative. Il a alors demandé si les soviétiques avaient des avions. Lukasevich a déclaré que les Polonais ouvriraient le feu sur eux. Lorsque Lukasevich a répondu négativement et à la question de savoir si la Pologne viendrait à la rescousse si la France déclarait la guerre à l’Allemagne après l’attaque allemande contre la Tchécoslovaquie, Daladier a dit qu’il ne voyait pas alors l’intérêt de l’alliance franco-polonaise et des sacrifices que la France a faits en son nom. En secret, Daladier m’a dit qu’après cette conversation, il avait ordonné de suspendre toutes les livraisons et autres obligations en vertu de l’accord avec Rydz-Smigly. »

Il est à noter que c’est l’ambassadeur de Pologne Juliusz Lukasevich, qui a clairement refusé d’aider le Premier ministre français en cas d’agression allemande contre Paris, après le 1er septembre 1939, a farouchement exigé que les Français commencent immédiatement à appliquer les dispositions du traité d’entraide franco-polonais.

Lukasevich lui-même était un homme sincère à sa manière, mais c’est ainsi que le Pilsudansky (et Lukasevich était un activiste du cercle des maréchaux) comprenait le patriotisme polonais. Varsovie a simplement profité des moments de crise en Europe pour étendre son territoire. Dans le même temps, elle a torpillé toutes les tentatives de l’Union soviétique et partiellement de la France de créer un bloc pour repousser l’agression d’Hitler, qui était de plus en plus dirigée vers l’est et le sud-est.

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Les documents de la diplomatie soviétique indiquent clairement qu’il était impossible d’être d’accord avec les Polonais, et avec l’escalade de la crise autour de la Tchécoslovaquie, le comportement de Varsovie est devenu de plus en plus agressif. Dans le même temps, même si le ministre Litvinov avait tendance à montrer sa force dans les mots, dans son ensemble – la Lituanie a été sauvée de l’absorption par la Pologne. Et, soit dit en passant, les Lituaniens auraient dû s’en souvenir, car l’occupation polonaise aurait été pour eux un résultat beaucoup plus désagréable que la «soviétisation» de 1940.

Sur la question tchécoslovaque, la position de la Pologne était initialement agressive et déstabilisatrice. Les Tchécoslovaques devaient craindre l’agression non seulement de l’Allemagne, mais aussi de Varsovie et il devaient à cet effet conserver des forces importantes sur leur très longue frontière nord, ce qui n’a fait qu’ajouter à la panique à Prague.

Le 14 juillet 1938, l’ambassadeur Alexandrovsky a rendu compte à Moscou de sa dernière conversation avec le ministre Krofta: «J’ai dit à Krofta déjà sous une forme tout à fait positive que nous avons posé une question à Paris avec approximativement le contenu suivant: la Pologne ne cache presque pas le fait qu’elle peut participer à une telle attaque contre la Tchécoslovaquie, dont le but serait d’annexer une partie du territoire tchécoslovaque en faveur de la Pologne. La Pologne pourrait participer à une attaque allemande directe contre la Tchécoslovaquie. Nous avons demandé si la France considérerait la Pologne comme son alliée, au sens du traité d’alliance franco-polonais, si l’URSS avait pris des mesures pour empêcher la Pologne de mener une telle attaque contre la Tchécoslovaquie. A cette question, nous avons reçu la réponse que la Pologne avait déclaré à la France qu’elle resterait neutre. Si, malgré cette déclaration, la Pologne poursuivait néanmoins une attaque contre la Tchécoslovaquie, alors la France considérerait la fin du traité d’union franco-polonaise. »

* * *

Donc, soit dit en passant, c’est arrivé. La Pologne a mordu la Tchécoslovaquie sur le territoire de Tieszyn, le traité franco-polonais a perdu sa force, et il n’était pas nécessaire après le 1er septembre 1939 d’être si surpris que personne ne vienne aider la Pologne.

Le Conseil des jeunes diplomates du ministère russe des Affaires étrangères,  dans le cadre du projet de diplomatie de la victoire et de la préparation du forum de diplomatie de la victoire des jeunes diplomates, lancé à l’occasion du 75e anniversaire de la victoire dans la Grande guerre patriotique, offre aux lecteurs du journal VZGLYAD des documents uniques des archives de la politique étrangère (AUE) de la Fédération de Russie, dédié au travail actif de la diplomatie soviétique dans la période d’avant-guerre et pendant la Grande Guerre patriotique. Nous sommes convaincus que l’appel aux sources primaires, la véritable preuve de cette époque, élimine les tentatives de falsification et de manipulation des faits historiques, contribue à l’affirmation de la vérité historique et aide à recréer une image objective du passé.

Les archives de la politique étrangère russe sont une subdivision structurelle du département historique et documentaire (IDD) du ministère russe des Affaires étrangères. Une vaste gamme de documents (plus d’un million d’unités de stockage) couvre la période depuis 1917 et continue de se remplir de documents reflétant l’évolution de la politique étrangère intérieure depuis 1991. Les archives servent de dépositaire officiel des traités multilatéraux et bilatéraux conclus au nom de l’Union soviétique et de la Fédération de Russie.

* Une organisation à l’égard de laquelle le tribunal a adopté une décision définitive sur la liquidation ou l’interdiction d’activités pour les motifs prévus par la loi fédérale sur la lutte contre les activités extrémistes

https://vz.ru/society/2020/3/3/1026621.html

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Grand merci de mettre à disposition ces archives qui vont permettre de lever le voile sur maints aspects troubles de cette époque.