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Tant qu'il n'y a pas d'œuvre commune, il y aura toujours de l'intolérance

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Vous n’avez pas idée de l’espèce de vieux cafards que sont Breton et presque toute la bande des surréalistes

Cette opinion de la communiste mexicaine Freda Khalo rejoint étonnement celle de Simone Weil, la mystique qui voulut aller en usine instruire les masses, tout en étant dégagée du marxisme elle dénonce cette "culture moderne" élaboré dans des cercles si fermés, si tarés , tellement indifférents à la vérité que l'on prétend donner au prolétariat comme aux oiseaux la becquée. Elle dénonce la responsabilité du dadaïsme et du surréalisme en ces termes: "Ce sont des cas extrêmes. Ils ont exprimé l'ivresse de la licence totale, ivresse où se plonge l'esprit quand, rejetant toute considération de valeur, il se livre à l'immédiat. Le bien est le pôle vers lequel s'oriente nécessairement l'esprit humain, non seulement dans l'action, mais dans tout l'effort, y compris l'effort de la pure intelligence. Les surréalistes ont érigé en modèle la pensée non orientée; ils ont choisi pour suprême valeur l'absence totale de valeur. La licence a toujours enivré les hommes, et c'est pourquoi, tout au long de l'histoire, des villes ont été saccagées. Mais le sac des villes n'a pas toujours eu d'équivalent littéraire. Le surréalisme est un tel équivalent. " Il y a de l'exagération dans ce diagnostic il concerne plutôt ce qu'elle ne peuvent voir à savoir quelqu'un comme Dali qui est répugnant y compris au plan artistique et Céline, leur engagement politique certes mais précédé d'un style éructant... Breton et d'autres surréalistes sont plutôt dans une impasse et ce passage qu'ils ont emprunté a été bénéfique pour Aragon, Eluard mais aussi Bunuel qui n'ont jamais totalement renié leur apport.

Publié par Danielle Bleitrach

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Source : www.beauxarts.com

En 1939, Frida Kahlo se rend à Paris, invitée par André Breton qui prépare une exposition à sa gloire. Mais le séjour est chaotique. Déçue et furieuse, la peintre prend les surréalistes en grippe, écrivant à leurs propos des lettres savoureuses, truffées d’insultes carabinées… Alors que l’icône mexicaine est au cœur d’une exposition au Palais Galliera, retour sur cet épisode méconnu de l’histoire de l’art.

Dora Maar, Frida Kahlo

Dora Maar, Frida Kahlo, vers 1934

Frida Kahlo (1907–1954) ne quitte pratiquement jamais ses robes flamboyantes. Pas même lorsqu’elle embarque, en janvier 1939, sur le paquebot transatlantique qui l’emmène vers la France au départ de New York. Sur le papier, le voyage s’annonce glorieux : l’artiste, qui ne s’est encore jamais rendue en Europe, est invitée par André Breton en personne !

Frida Kahlo et André Breton lors de la visite de ce dernier au Mexique en 1938

Frida Kahlo et André Breton lors de la visite de ce dernier au Mexique en 1938

Le pape du surréalisme a fait sa connaissance au Mexique, où il s’était rendu durant l’été 1938 avec sa femme Jacqueline Lamba pour y donner une série de conférences. Ébloui par la splendeur irréelle du pays, le poète avait cherché à y rencontrer le communiste révolutionnaire russo-ukrainien Léon Trotski… justement hébergé à la Casa Azul, chez Diego et Frida.

Breton avait alors écrit un manifeste avec Trotski, Pour un art révolutionnaire indépendant, visant la « totale liberté de l’art ». Un texte signé Breton et Rivera, pour préserver l’anonymat du célèbre réfugié politique, traqué de toutes parts ! Accrochée à un mur de la Maison bleue, une peinture avait introduit Breton à l’univers de Kahlo : un autoportrait dédicacé à son sulfureux invité venu du froid, avec lequel elle avait vécu une liaison secrète en juin-juillet 1937. Envoûté par son art – un « ruban autour d’une bombe » – et son séjour en sa compagnie, Breton a rédigé, dès octobre 1938, le texte de la brochure de sa première exposition personnelle à New York. Puis décidé de lui en organiser une à Paris dans la foulée…

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« Je n’ai jamais rien vu de tel dans toute ma foutue vie »

Mais le séjour dans la capitale de l’art commence mal. Frida, qui considère sa peinture comme une mise en images de sa réalité et non de ses rêves, ne se reconnaît pas dans les principes du surréalisme, alors que Breton, lui, la voit comme une représentante exotique du mouvement ! À ce différend s’ajoutent des contrariétés pratiques. Sur le bateau, Frida rumine déjà face au manque d’organisation de Breton, qui ne lui a toujours pas communiqué le lieu de l’exposition. Pire, lorsqu’elle débarque au Havre le 21 janvier, elle découvre que les dix-huit peintures qu’elle a fait acheminer croupissent encore à la douane, ce freluquet n’ayant même pas pris la peine de venir les chercher ! Heureusement, deux femmes qu’elle apprécie l’attendent à la descente du navire : l’épouse de Breton, Jacqueline Lamba, avec laquelle elle partage une attirance sexuelle, et son amie, la photographe Dora Maar,qui fera plusieurs portraits d’elle, le visage fermé, mal à l’aise sous sa couronne de fleurs [ill. en une]…

Frida Kahlo, Souvenir ou Le Coeur

Frida Kahlo, Souvenir ou Le Coeur, 1937

Il faudra attendre un mois et demi, ponctué de nombreuses disputes, avant que la date de l’exposition ne soit fixée. Dans les lettres pimentées écrites à son amant américain, le photographe Nickolas Muray, et à son mari, Diego Rivera, Frida jure comme un charretier et dresse un portrait au vitriol de ses hôtes. « Vous n’avez pas idée, même la plus petite, de l’espèce de vieux cafards que sont Breton et presque toute la bande des surréalistes », enrage-t-elle.

Frida Kahlo et Jacqueline Lamba au Mexique, en 1938

Frida Kahlo et Jacqueline Lamba au Mexique, en 1938

D’abord logée dans l’appartement des Breton, au 42, rue Fontaine, l’artiste vit très mal sa cohabitation avec cet homme dominateur et prétentieux qui fait de l’ombre à son épouse et par qui elle ne se sent pas respectée – le poète, « sans le sou », a même le culot de lui demander de l’argent ! –, au point qu’elle finit par déménager avec Jacqueline à l’hôtel Regina, place des Pyramides.

Toute la haine qu’elle éprouve désormais à l’égard des surréalistes et de leur chef explose dans une lettre croustillante envoyée à Muray trois semaines avant l’ouverture de l’exposition, alors qu’elle se trouve sur un lit de l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, en proie à une infection urinaire carabinée causée par une bactérie intestinale. « Je parierais que c’est chez Breton que j’ai attrapé ces fichus colibacilles, siffle-t-elle. Tu n’as pas idée de la saleté dans laquelle vivent ces gens, ni du genre de nourriture qu’ils avalent. […] Je n’ai jamais rien vu de tel dans toute ma foutue vie. »

Frida Kahlo, Ma nourrice et moi

Frida Kahlo, Ma nourrice et moi, 1937

« Ils se prennent pour les dieux du monde, ils rêvent les idioties les plus fantastiques, et empoisonnent l’air de théories qui ne se réalisent jamais. »

Frida Kahlo

Sa rage décuplée par la douleur et la fièvre, Frida ne mâche pas ses mots. « Ces gens sont des putes. Ils me font vomir. […] J’aimerais mieux rester assise par terre à vendre des tortillas sur le marché de Toluca que d’avoir affaire à ces salopes « artistiques » de Paris. Ils s’assoient des heures dans les cafés, à réchauffer leurs précieux derrières, et parlent sans arrêt de culture, d’art, de révolution […] ; ils se prennent pour les dieux du monde, ils rêvent les idioties les plus fantastiques, et empoisonnent l’air de théories qui ne se réalisent jamais […]. Le lendemain, ils n’ont rien à manger à la maison vu que pas un seul ne travaille. Ils vivent comme des parasites. Des merdes, rien que des merdes, c’est tout ce qu’ils sont. » « C’était édifiant de venir jusqu’ici juste pour voir pourquoi l’Europe est pourrie, comment ces personnes – bonnes à rien – sont la cause de Hitler et Mussolini. Je te jure […] que je détesterai cet endroit et son peuple tant que je serai en vie. »

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Frida Kahlo, Ce que l’eau m’a donné

Frida Kahlo, Ce que l’eau m’a donné, 1938

Seul Marcel Duchamp échappe à ses foudres.« Un peintre merveilleux », écrit Frida, « le seul vrai mec parmi tous ces minables », « le seul qui ait les pieds sur terre parmi cette bande de fils de pute lunatiques et tarés que sont les surréalistes ». Car c’est l’as du ready-made qui finit par récupérer ses tableaux et lui trouver une galerie prestigieuse : celle de Pierre Colle, le marchand de Salvador Dalí ! À sa sortie de l’hôpital fin février, Frida, désormais hébergée par Duchamp et sa compagne Mary Reynolds, va mieux. Mais elle manque de sauter à la gorge de l’associé du galeriste, Maurice Renou, lorsque ce « bâtard de fils de pute », jugeant ses œuvres trop choquantes, suggère de n’en présenter que deux ! La sanguine envisage de reprendre la mer le 8 mars, l’avant-veille de l’ouverture de l’exposition. Diego la convainc de rester pour s’assurer que « ces types » lui rendent bien ses tableaux…

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Liberté et confiance

Carton d’invitation pour le vernissage de l’exposition « Mexique », à Paris, le 10 mars 1939

Carton d’invitation pour le vernissage de l’exposition « Mexique », à Paris, le 10 mars 1939

Kahlo est déçue. Au lieu de l’exposition personnelle attendue, ses peintures se retrouvent noyées au milieu de photographies de Manuel Álvarez Bravo, d’objets d’art précolombien, de peintures vernaculaires des XVIIIe et XIXe siècles et d’un fatras folklorique d’objets populaires (« que des déchets ! ») achetés par Breton sur des marchés mexicains. Pourtant, l’exposition « Mexique » est un succès. Au vernissage, la galerie est noire de monde, et Frida, dont la tenue multicolore fait de l’ombre aux dames excentriques de Montparnasse, reçoit une avalanche de compliments et d’embrassades de Duchamp, Picasso (qui lui offre une paire de boucles d’oreilles en ivoire), Vassily Kandinsky, Joan Miró, Yves Tanguy, Wolfgang Paalen, et d’autres « grands cacas du surréalisme ». L’État français acquiert même l’un de ses autoportraits, Le Cadre [ill. ci-dessous], qui entre dès le 4 juillet dans les collections du Jeu de Paume puis intègrera le Centre Pompidou – restant à ce jour la seule de ses œuvres possédées par un musée européen. Malgré cette gloire, Frida repart excédée dès le 25 mars (dernier jour de l’exposition) pour le Mexique. Et renonce à l’honneur d’exposer à Londres à la galerie de Peggy Guggenheim…

Frida Kahlo, Le Cadre

Frida Kahlo, Le Cadre, 1938

A-t-elle à ce point haï Paris ? Ce qu’elle écrit n’est pas toujours à prendre pour argent comptant. Dans l’ouvrage Frida Kahlo. Tout l’œuvre peint (Taschen, 2021), l’historien de l’art Luis-Martín Lozano rappelle que l’artiste a eu une aventure avec Michel Petitjean, un beau et pétillant jeune homme chargé du montage de son exposition parisienne, à qui elle a offert un tableau intime, Souvenir ou Le Coeur (1937) [ill. plus haut]… tout en assurant dans une lettre à ses amis Ella et Bertram Wolfe n’avoir eu « ni flirts, ni amants » dans la Ville Lumière !

Bien que « vulnérable en raison de son état de santé, dans un pays inconnu où elle ne maîtrisait pas la langue », « Kahlo connut à Paris une liberté et un sentiment de confiance en elle rarement vécus avec Diego Rivera » analyse l’auteur. Lozano estime possible qu’elle « ait préféré ne pas raconter [à son mari et son amant] qu’elle se sentait très bien sans eux, ni leur faire part des nouvelles expériences fascinantes qu’elle y vivait ». Une perspective intéressante qui permet de relativiser un peu ce flot d’insultes !

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