Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Traduttore traditore : Traducteur traître, à propos du langage de Poutine, par Jakline Boyer.

Nous avons vu ensemble avec Jakline Le Mage de Moscou et nous avons échangé des remarques sur la véracité de certaines scènes des années 1990 quand tout était « permis » en regrettant néanmoins de ne pas voir dans le même temps le drame vécu par l’immense majorité des Russes, qui allait de la misère, de la faim pour les vieillards, les enfants, et la peur du viol pour les jeunes femmes dans les immeubles, le banditisme. Comme d’ailleurs la traque des communistes qui refusaient de participer à cette orgie généralisée baptisée démocratie. A tout ceci Jakline ajoutait ce qu’elle présente ici dans son blog et qu’elle a transmis à Histoireetsociete, la falsification dans la traduction des propos de Poutine pour en faire un voyou. Un faux de plus de notre système de propagande qui est aux mains si ce n’est d’Epstein au moins de ses semblables (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete).

Publié le 7 février 2026 par Boyer Jakline

https://bordeaux-moscou.over-blog.com/2026/02/manipuler-le-langage-pour-construire-la-figure-de-l-ennemi.html

Сортир... prononcé sArtir. Du verbe français sortir.

Сортир… prononcé sArtir. Du verbe français sortir.

En italien : traduttore le traducteur, traditore le traître. Le traducteur est un traître. La traduction est un exercice de haut vol. Les grands classiques sont régulièrement retraduits, chaque époque ayant ses critères. Je pense à Dostoïevski dont toute l’œuvre vient d’être retraduite. Mais il arrive que la traduction trahisse l’original et c’est suffisamment fréquent pour que s’impose cette belle formule italienne. 

C’est une histoire ancienne : la traduction hyperbolique, fausse de mots russes, sous-titres de documents ou films déclaration de dirigeants, de Vladimir Poutine, ne sont pas neutres : il s’agit de construire l’image d’un régime au vocabulaire ordurier. L’exemple le plus fameux est repris dans le film « le mage du Kremlin ». Il s’agit de la réplique mondialement connue du tout nouveau Premier ministre de Boris Eltsine. Suite à une série d’attentats terroristes d’origine tchétchène à Moscou en 1995, Vladimir Poutine engage la deuxième guerre de Tchétchénie et déclarerait : nous les poursuivrons jusque dans les CHIOTTES, sArtir en russe.

Or, le mot sortir, prononcer sartir en russe, indique simplement les toilettes, certes précaires selon nos critères, encore que ces installations existaient toujours dans certaines de nos campagnes jusqu’au début des années 80.

Des toilettes à la russe, une cabane en bois, minimale, au fond du jardin ou du potager autour de la datcha. Ce mot vient du verbe français « sortir ». Les aristocrates employaient le verbe sortir pour indiquer qu’ils allaient satisfaire certains besoins. Pudiquement, sortir. Oui, les aristocrates russes parlaient le plus souvent entre eux en français. 

Autre exemple qui me revient : la langue russe a deux verbes pour « mourir ». À côté de ce mourir il y a périr qui indique une mort violente. Très couramment il est traduit par crever. Périr est peu utilisé en français et dans un usage stylistiquement élevé. En Russie, la mort violente est un phénomène malheureusement plus ordinaire d’où une utilisation fréquente.

Avec ces usages, il s’agit de conforter l’image du grossier personnage, qui peut évoluer vers le sauvage, le non civilisé, le barbare, l’incarnation du Mal. Ce qui permet à un Biden blanc comme neige de désigner le président russe comme un assassin, soit, outre la convocation devant la Cour Pénale Internationale, un pur et simple appel au meurtre. Combien de tentatives d’assassinat à l’encontre de Vladimir Poutine ont été déjouées.

On peut s’interroger sur Vladimir Poutine,  mais une chose est sûre, sa maîtrise calibrée du vocabulaire. Ni lui, ni Sergueï Lavrov, ni Maria Zakharova, pour citer les plus connus chez nous, ne s’autoriseront un langage débridé, si leurs propos, eux, sont sans ambiguïté et peuvent être violents. Il faut une Victoria Nuland pour lâcher un « fuck, Europe », en plein Maïdan. 

Combien de dirigeants furent salis et leur assassinat est apparu comme une juste mesure. Ils étaient plus prosaïquement opposés aux diktats étasuniens. La seule période de la fin du XXeme siècle regorge d’exemples. Les assassinats ciblés furent, sont l’arme privilégiée dans les pays dits du Tiers-monde qui aujourd’hui reprennent leur destin en main.

L’assassinat chez lui du fils cadet de Khadafi, Saif-al-Islam  ne déroge pas à l’analyse. C’était il y a quelques jours. Il était susceptible de témoigner dans un procès à haut risque dans notre pays. Il était le possible successeur de son père pour rétablir la situation dans la Libye massacrée. Une campagne de dénigrement avait été engagée contre lui, l’accusant d’enrichissement illégal. Du coup, il avait compris que son heure était proche. Témoignage de sa femme veuve.

Du dévoiement des mots aux campagnes de mensonges, l’impétrialisme en difficulté pour envoyer des troupes au sol favorise toujours plus les  attentats terroristes et assassinats ciblés. 

Affaibli mais son pouvoir de malfaisance intact.  Et nous, on nous balade de « valeurs » en  » intangibilité dès frontières », sur le mode « faites ce que je dis mais pas ce que je fais ».

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