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The Economist : un riche oligarque russe nous parle
The Economist de cette semaine fait un tour de force : il nous assène pas moins de trois articles sur et par Melnichenko, un richissime homme d’affaires russe.Ce qui est remarquable dans cette entreprise, c’est la puissante mauvaise foi des 2 articles rédigés par la revue. L’un par le rédacteur en chef du bureau de Moscou, qui a longuement interviewé le milliardaire. L’autre non signé, et donc endossé par la rédaction du journal, qui déforme jusqu’à la rupture le troisième morceau de la trilogie, l’essai écrit par Melnichenko lui-même.Ce brillant essai, à l’inverse, nous frappe par sa profondeur d’analyse et sa vision historique de la lutte entre les élites des blocs mondiaux.
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : www.economist.com
Commentaires du traducteur: Jean Luc Picker , un de nos collaborateurs d'Histoireet societe 2 qui félicite le nouveau blog, plus épuré, plus maniable, merci donc à TIMO JOLIVET, l'auteur de ce blog qui fait l'unanimité.
The Economist de cette semaine fait un tour de force : il nous assène pas moins de trois articles sur et par Melnichenko, un richissime homme d’affaires russe.Ce qui est remarquable dans cette entreprise, c’est la puissante mauvaise foi des 2 articles rédigés par la revue. L’un par le rédacteur en chef du bureau de Moscou, qui a longuement interviewé le milliardaire. L’autre non signé, et donc endossé par la rédaction du journal, qui déforme jusqu’à la rupture le troisième morceau de la trilogie, l’essai écrit par Melnichenko lui-même.Ce brillant essai, à l’inverse, nous frappe par sa profondeur d’analyse et sa vision historique de la lutte entre les élites des blocs mondiaux.La traduction de ces trois articles serait en elle-même un exercice intéressant, mais sans doute trop long, et j’ai préféré vous relayer l’article écrit par un fin connaisseur de la Russie moderne qui synthétise et analyse avec perspicacité le sens et la relation entre ces textes.Il y aurait bien d’autres chose à écrire, sur les motivations qui ont poussé Melnichenko à se prêter à ce jeu et à exposer son point de vue, sur les motivations qui ont poussé The Economist sur cette voie glissante. Ou sur ce que cette série nous dit de la poursuite de la guerre et surtout de l’après Ukraine.Mais l’analyse de Simplicius suffit à nous montrer la vacuité de la propagande occidentale et d’un système qui ne fonctionne plus « que sur les mensonges, la propagande et l’interprétation fallacieuse ».En revanche, ce que ni son analyse, ni la trilogie de The Economist ne nous permet d’appréhender c’est l’actualité de la lutte de classe au sein de la nouvelle Russie. En nous plongeant dans cette lecture instructive, gardons à l’esprit que Melnichenko est un pur représentant de la nouvelle classe capitaliste russe, un escroc de grande envergure qui a construit son empire sur le vol de la propriété soviétique, et que s’il se plait à qualifier sa bande de collègues milliardaires de ‘classe créatrice’, la création de son immense richesse est bien du ressort de ceux qu’il exploite aux quatre coins du monde. En appeler, comme il le fait, à une renaissance du système où la classe ‘créatrice’, les grandes entreprises et les citoyens travailleraient ensemble à la construction d’un bonheur commun est tout aussi mystificateur que les articles écrits par les exégètes de The Economist.
Un ‘oligarche’ russe parle. L’Occident fait la sourde oreille.
Un article de Simplicius, publié sur son substack le 11 juillet 2026
The Economist publie cette semaine 2 articles de poids autour de ‘l’oligarque’ russe Andrey Melnichenko. Le plus secret des richissimes capitalistes russes, peut-être le plus riche de tous, est présenté par la revue comme le « roi des engrais » et le « plus grand industriel » de Russie. Selon l’article, sa singularité tient à sa position « centriste », gagnée à travers une vie partagée entre le cercle rapproché de Poutine et le milieu des milliardaires russes europhiles, acquis au mode de vie libéral et occidental.
Le premier article sert à introduire le personnage. Le deuxième est un essai rédigé par Melnichenko lui-même comme un message fondamental à l’intention du monde au sujet de la Russie.
Le premier article est particulièrement long et contient quelques révélations intéressantes. Surtout, alors qu’il tente de transformer le narratif dans le sens de la ‘Kremlinologie’ en vogue et du cliché des ‘oligarques au service d’une Russie autocratique et anti-démocratique’, The Economist nous livre par mégarde des vérités qui les contredisent entièrement.
Par exemple, il montre que, contrairement au discours occidental, les oligarques avaient déjà renoncé à tout pouvoir politique depuis belle lurette, même si l’auteur de l’article n’ose pas nous en dévoiler les raisons.
Quand Poutine a envahi l’Ukraine, tout le monde s’attendait à ce qu’en Russie, les riches et les puissants se prononcent contre la guerre, pourtant, ils n’ont pas bronché. L’Occident leur a imposé des sanctions, en partie dans l’espoir qu’ils mettent la pression sur Poutine. Mais cette tactique était fondée sur une totale incompréhension des mécanismes du pouvoir en Russie. L’élite des affaires avait depuis longtemps abandonné l’idée d’influencer le politique.
Le magazine va jusqu’à reconnaitre que les sanctions occidentales ont en réalité produit l’effet exactement inverse de celui recherché. L’élite russe s’est réfugiée sous la protection de l’état. Melnichenko lui-même, après avoir choisi de vivre une grande partie de sa vie en Suisse, en a conclu que la Russie était sa seule vraie patrie.
Poutine craignait que les oligarques ne le trahissent. Mais en réalité, les sanctions les ont poussés dans ses bras. Et avec eux, ils ont rapatrié leur argent, leurs intérêts et leurs ambitions. Dès le début de nos conversations, il y a 3 mois, Melnichenko m’a confié que « pour la première fois, je ressentais que je n’avais d’autre patrie que la Russie ». Alors que ses pairs brillent par leur silence, il est d’autant plus étonnant que le plus énigmatique des oligarques, qui vit maintenant à Moscou, soit disposé à sortir du bois et partager publiquement ses impressions.
Il va même jusqu’à admettre que, après le déclenchement de l’Opération Militaire Spéciale, l’état Russe a bien commencé à confisquer les biens de certains oligarques pour les redistribuer aux « loyalistes ».
C’est aux alentours de ce moment qu’il a compris, avec d’autres hommes d’affaires, que la guerre allait durer et avec elles les sanctions qui les frappaient. Ils ont commencé à rentrer en Russie où ils avaient à faire face à une autre menace.
En Russie, la propriété a toujours été conditionnelle. Mais la guerre a vu naître une rapacité inconnue depuis des décennies. Depuis 2023, plus de 60 milliards de biens ont été nationalisés ou remis à des loyalistes. C’est la plus grande redistribution de propriété depuis les privatisations de masse des années 1990s.
En Août 2023, le parquet a cherché à confisquer Sibeco, une centrale électrique sibérienne aux mains de Melnichenko. Leur argument, c’était que son acquisition avait été possible grâce à une entente préalable avec le propriétaire précédent. Deux semaines plus tard, le bureau du procureur général a abandonné les poursuites, en échange d’une donation à un « organisme de charité ». Selon les personnes familières avec le dossier, on parle de 32 milliards de roubles (€293 millions). Une somme du même ordre que le prix payé pour acquérir Sibeco. Melnichenko aurait versé cette donation à Sirius, une école pour enfants surdoués soutenue par Poutine.
Cette information est importante à comprendre parce qu’elle résonne avec tout ce que The Economist essaye de nous dire à travers cette série : l’OMS a lentement révolutionné la société russe, transformant les oligarques, considérés comme une sixième colonne libérale, en soutiens de la nation, à la façon chinoise.
Melnichenko était de ceux qui ont le plus vite compris ce qu’il fallait faire. Il est rentré se refaire une réputation en serviteur d’une patrie qu’il voyait jusqu’à présent plus comme une source d’extraction et de profits, préférant passer sa vie à l’étranger. Il a commencé à gagner les faveurs de l’élite russe, à réapprendre le système et à se mettre au pouls de la nation, sur le terrain.
Désormais, Melnichenko savait qu’il devait établir ses droits de propriété en Russie. La seule façon d’y parvenir consistait à pénétrer le système, à en comprendre les contradictions d’intérêt et l’aider à définir ses objectifs : « pour s’asseoir à la table, il faut avoir une utilité ».
Selon son habitude, il a commencé par observer. « A partir de 2023, j’ai commencé à passer plus de temps en Russie, pour la connaître plus profondément ». Il a rencontré tous ceux qui étaient partie prenante et pouvaient avoir une opinion : « les politiciens, les journalistes, les intellectuels, les libéraux, les nationalistes, les communistes ». Vous pouviez le trouver au petit-déjeuner avec Dmitry Muratov, prix Nobel et fondateur de la Novaya Gazeta, un journal d’inspiration libérale, ostracisé par le gouvernement comme « agent de l’étranger », et au dîner en compagnie d’Alexandre Dougine, un philosophe nationaliste grand supporter de la guerre.
C’est autour de ce thème que tourne toute la série de The Economist. Son effort pour réintégrer la société russe a permis à Melnichenko de réaliser que l’élite russe est désorientée et manque pour l’instant d’une vision centrale pour construire un futur viable. Il explique que la Russie est vue comme étant à la croisée de 4 chemins différents, plus lugubres les uns que les autres. Et The Economist prend ce sombre constat comme fil directeur de sa série.
Mais c’est un fil trompeur, car l’auteur insinue malhonnêtement que Melnichenko voit le futur à travers ces seuls 4 scénarii d’un effondrement certain de la Russie. En réalité, Melnichenko ne présente ces 4 options funestes que pour pouvoir en introduire une cinquième qui s’y oppose.
Quelle est donc cette option ? Pour la découvrir, nous devrons nous tourner vers le second article de la série, l’essai écrit par Melnichenko lui-même.
https://www.economist.com/by-invitation/2026/07/09/why-a-broken-russia-is-bad-for-the-world
(Pourquoi une Russie brisée est une mauvaise chose pour le monde.
Pour Andrey Melnichenko, il faudra que la Russie soit partie prenante de la nouvelle architecture de sécurité qui suivra la fin de la guerre en Ukraine)
Dans cet essai, il garde volontairement un ton neutre sur le conflit ukrainien. En rupture avec les rumeurs qu’il aurait vertement critiqué l’OMS russe dans le passé, il évite de blâmer ouvertement l’Ukraine ou la Russie. Un chemin étroit, qui lui permet d’espérer une résolution du conflit qui lui soit aussi favorable qu’au reste de la société.
En essence, l’essai peut être résumé par un seul mot : Souverainisme.
Il accuse l’Occident de chercher à affaiblir et saboter la souveraineté de la Russie. Avec un luxe de précautions, il sous-entend qu’il s’agit en réalité d’un conflit autrement plus global entre la Russie et l’Occident, un conflit qui trouve sa source dans la désintégration de l’architecture de sécurité occidentale qui en est venu à considérer la souveraineté russe comme une menace pour l’Occident. Son observation sonne juste.
La Russie est aujourd’hui est une nation souveraine : elle a fait et continue à faire des choix indépendants. Il ne s’agit pas là d’un jugement de valeur mais d’un état de fait. La Russie a défini quels étaient ses intérêts vitaux, elle possède la base matérielle pour les défendre et assume les conséquences de ses choix.
Le discours actuel de l’Occident sur la Russie d’après-guerre, quelques soient ses multiples formes et variations politiques vise une seule chose : la destruction ou la limitation drastique de cette souveraineté. Cette logique peut se comprendre. Si la souveraineté russe est perçue comme une menace, son élimination résout le problème.
