Histoire et société

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Téhéran ne cherche pas un cessez-le-feu mais à rendre maximal le coût de la guerre aux USA

Nous partageons totalement l’analyse que nous présentons de Trita Parsi – Téhéran ne cherche pas un cessez-le-feu elle veut que l’impérialisme US connaisse le coût maximal de ses guerres. Mais nous considérons que pour être complète il y a encore une réalité sur laquelle il n’est pas mis l’accent alors qu’elle est fondamentale. Fondamentale parce qu’elle dépasse le cadre régional, fondamentale parce qu’elle témoigne du caractère géopolitique de l’enjeu et l’Iran n’est pas le seul à ne pouvoir se contenter d’une paix au rabais face à ce que sont les Etats-Unis. Ce monde unipolaire qui est à l’agonie et nous entraîne dans son apocalypse. Parce qu’il est assez évident au vu de la riposte iranienne que l’assaut était attendu et une riposte entièrement nouvelle mais qui inaugurait une autre ère était prévue y compris dans le cadre des BRICS avec le maillon faible dont nous analysons la vulnérabilité à savoir l’Inde. Il est évident que la Chine, la Russie et l’Iran (j’ajouterai volontiers Cuba à la liste) cherchent la paix mais celle-ci devra être durable et le coût de la guerre devenir trop lourd pour l’impérialisme. C’est ce qui nous a motivé à écrire notre livre sur la Chine. La censure dont il a été l’objet comme toutes les voix qui ont tenté d’alerter la France, l’aider à s’éveiller est bien un des symptômes de la débâcle française et de l’état de sidération qui lui a été imposé par le politico-médiatique qui est complétement inféodé à l’atlantisme. Donc voici pour expliquer le Zugzwang tous ces « coups » joué par le syndic de faillite du monde impérialiste unipolaire les raisons pour lesquelles l’Iran ne peut comme le reste de ceux qui résistent se contenter d’un cessez le feu.

1- Le rôle clé du détroit d’Ormuz

1- le rôle clé du détroit d’Ormuz

A l’analyse des raisons pour lesquelles l’Iran joue une autre stratégie : il faut encore ajouter l’atout maitre que constitue le détroit d’Ormuz comme celui du monopole du traitement des terres rares pour la Chine qui est visée par cette opération contre l’Iran. Il n’est même pas besoin de le tenir parce que si le détroit d’Ormuz demeure menacé et encombré par la guerre contre l’Iran, l’Asie mais la Chine moins que les autres sera confrontée à sa plus grave épreuve de sécurité énergétique depuis l’embargo pétrolier de 1973. Cela fait des décennies que je relaye les inquiétudes des décideurs sur cette question pourtant les Etats-Unis et Israël ont agi comme s’ils l’ignoraient. Et c’est pour cela que l’on peut décrire le Zugzwang qu’a déclenché le 28 février 2026, lorsqu’une opération militaire conjointe américano-israélienne a tué le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Ces frappes ciblées ont provoqué une rupture historique au sein de la structure de commandement de la République islamique et ont déclenché une riposte inflexible de la part de Téhéran dont nous analysons ci-dessous les choix stratégiques. Nous vous proposons donc ici une interprétation de la crise ouverte inspirée de l’analyse de deux chercheurs, celle de Slama Afzal dont nous nous sommes inspirés ici jusqu’au copié-collé mais en faisant ressortir les traits saillants qui renvoient à la stratégie du monde multipolaire, de la Chine, de l’IRAN. L’essentiel de la démonstration de cette chercheurs est pertinente parce qu’elle porte sur le fait que le détroit d’Ormuz n’a pas besoin d’être bloqué pour avoir des conséquences incommensurables pour l’Asie en ce qui concerne le pétrole et plus gravement en ce qui concerne le marché du Gaz du Qatar. Donc même si les Etats-Unis et Israêl maitrisent le ciel, détruisent toute la marine iranienne et empêchent tout lancement de missile (ce qui est difficile dans l’immense territoire iranien, sans occupation au sol alors que l’assassinat du religieux chiite a créé au contraire les conditions d’une unité patriotique comme le prouve la déclaration du Toudeh), la perturbation de ce point stratégique sera centrale. Dès maintenant les effets s’en font sentir en terme d’inflation. Les États-Unis sont relativement à l’abri, il n’en est pas de même du reste du monde.

(1) Saima Afzal est une chercheuse indépendante spécialisée dans la sécurité en Asie du Sud, la lutte contre le terrorisme, le Moyen-Orient, l’Afghanistan et la région indo-pacifique.

Le détroit d’Ormuz, passage stratégique reconnu de longue date est devenu un théâtre de guerre actif et un levier géopolitique. Environ 20 % du pétrole mondial et une part comparable du gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par voie maritime transitent par l’étroit corridor situé entre l’Iran et Oman. En 2025, près de 20 millions de barils par jour, soit près de 600 milliards de dollars d’échanges énergétiques annuels, ont emprunté cette voie maritime. Environ 3 000 navires y transitent chaque mois. À son point le plus étroit, le détroit d’Ormuz mesure environ 33 kilomètres de large. Les principales voies de navigation se situent dans les eaux territoriales iraniennes et omanaises. Sa profondeur permet le passage de très grands pétroliers chargés à pleine capacité, ce qui le rend indispensable aux exportateurs du Golfe. Cette situation géographique confère à Téhéran une influence asymétrique. Même en l’absence de blocus officiel et de suprématie maritime, les frappes de drones, les menaces de missiles et le harcèlement naval peuvent rendre le transit commercial prohibitif. Les marchés de l’assurance ont réagi rapidement en augmentant les primes, ce qui renchérit le transport maritime et accroît les risques inflationnistes à l’échelle mondiale. Les rapports indiquent que le trafic a déjà diminué, des dizaines de pétroliers stationnant à proximité du détroit. Les tarifs d’affrètement des superpétroliers sur les routes reliant le Golfe à l’Asie ont explosé. Il n’est pas nécessaire que le corridor soit physiquement fermé pour que son économie en soit affectée. Sur les marchés de l’énergie modernes, le marché des assurances peut fermer un détroit plus rapidement qu’une marine. Il suffit que les Etats-Unis, Israël et maintenant leurs alliés décident d’intervenir comme ils l’ont fait pour que l’effet soit immédiat. Par parenthèse on se demande ce que le porte avion français dans la Méditerranée peut faire sinon inquiéter un peu plus du côté du canal de Suez et déclencher une perturbation parallèle.

L’essentiel du pétrole brut transitant par le détroit d’Ormuz est destiné à l’Asie mais le gaz et d’autres matériaux comme l’aluminium touchent d’autres zones. Ces dernières années, environ les quatre cinquièmes du pétrole et des condensats sortant du détroit ont été acheminés vers l’est. La Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud représentent la majeure partie de ces importations. Nous insistons par ailleurs sur l’effondrement de la bourse sud-coréenne. Taïwan et Singapour sont confrontés à une vulnérabilité structurelle similaire. La Chine dispose de mécanismes de protection, mais son isolement est partiel. Pékin a accru ses réserves stratégiques de pétrole au cours de la dernière décennie précisément pour amortir les chocs externes, et a augmenté ses importations de pétrole brut à prix réduit en provenance de Russie depuis 2022 afin de se prémunir partiellement contre les perturbations maritimes. Toutefois, aucun de ces mécanismes ne compense entièrement la dépendance vis-à-vis du Golfe. Et l’offre russe ne peut remplacer à grande échelle les volumes du corridor d’Ormuz, et les corridors énergétiques mis en place dans le cadre des Nouvelles Routes de la Soie à travers l’Asie occidentale visaient à renforcer l’intégration des approvisionnements, et non à fonctionner dans un contexte de confrontation militaire comme d’ailleurs un commerce dans lequel les échanges pétroliers seraient rémunérés en renminbi donc elle doit intervenir si la situation se poursuit.

Pour les marchés gaziers, en revanche, c’est pire parce qu’ils sont plus tendus et moins flexibles. Environ un cinquième du commerce mondial de GNL transite par le détroit d’Ormuz. Le Qatar, fournisseur essentiel pour l’Asie et l’Europe, dépend de ces routes. L’infrastructure GNL est rigide : la capacité de liquéfaction est fixe, les contrats sont liés à une destination et les volumes de réserve sont limités. Les capacités de stockage sont faibles. En cas de retard ou de perturbation des cargaisons qataries, les acheteurs asiatiques se retrouveraient en concurrence directe avec l’Europe pour l’approvisionnement. La hausse des prix ne serait pas linéaire. Les coûts de l’électricité, la production industrielle et les intrants d’engrais doivent augmenter encore plus rapidement.

Une flambée des prix du pétrole affecte principalement les coûts de transport ; une flambée des prix du gaz répercute sur l’ensemble de l’économie mondiale. La perspective d’une flambée durable des prix de l’énergie ravive déjà les craintes inflationnistes. Une hausse de 10 dollars américains du prix du pétrole brut ajoute généralement quelques dixièmes de point de pourcentage à l’inflation globale. La hausse des prix du GNL induit une augmentation des coûts de production d’électricité et d’alimentation, amplifiant ainsi les répercussions. Les banques centrales asiatiques, qui n’ont que récemment retrouvé un contrôle partiel de l’inflation, seront confrontées à de nouveaux arbitrages entre stabilité des prix et soutien à la croissance.

Les économies émergentes d’Asie sont particulièrement vulnérables, nombre d’entre elles appliquant des régimes de subventions aux carburants. La hausse des coûts des importations pèsera sur les équilibres budgétaires de toute la région. Si les risques géopolitiques renforcent le dollar américain, l’inflation importée s’intensifiera. Quelle en seront les conséquences ? L’Amérique joue le jeu avec cynisme en attaquant d’abord la croissance des économies asiatiques quitte à un peu plus accabler ses alliés européens mais tout ce que nous pouvons dire c’est que tout se joue dans la durée et dans la mobilisation dans cette durée c’est le sens de ce que je définis comme le Zugzwang.
Danielle Bleitrach

2 mars 2026

2- voici une analyse qui explique pourquoi le gouvernement iranien a décidé de rejeter toute tentative de Trump d’arrêter la guerre aux conditions américaines. On peut même au vu de la préparation sur le choix de l’absence de précaution de l’ayatollah qui avait déjà 88 ans, tout est possible même celui de mourir en martyr. Parce qu’il est assez évident a vu de la riposte iranienne que l’assaut était attendu et une riposte entièrement nouvelle mais qui inaugurait une autre ère était prévue y compris dans le cadre des BRICS avec le maillon faible dont nous analysons la vulnérabilité à savoir l’Inde. Il est évident que la Chine, la Russie et l’Iran (j’ajouterai volontiers Cuba à la liste) cherchent la paix mais celle-ci devra être durable et le coût de la guerre devenir trop lourd pour l’impérialisme. (note de Danielle Bleitrach)

Trita Parsi est le cofondateur et vice-président exécutif du Quincy Institute for Responsible Statecraft.

Republié depuis X

Quelques observations et commentaires sur la guerre de Trump et d’Israël contre l’Iran :

  1. Téhéran ne cherche pas un cessez-le-feu et a rejeté les ouvertures de Trump. La raison est qu’ils estiment avoir commis une erreur en acceptant le cessez-le-feu en juin – cela n’a fait que permettre aux États-Unis et à Israël de se réapprovisionner et de se remobiliser pour relancer la guerre. S’ils acceptent un cessez-le-feu maintenant, ils ne seront attaqués de nouveau dans quelques mois.
  2. Pour qu’un cessez-le-feu soit acceptable, il semble difficile pour Téhéran d’y consentir tant que le coût pour les États-Unis ne sera pas devenu bien plus élevé qu’il ne l’est actuellement. Sinon, le calcul est que les États-Unis relanceront la guerre ultérieurement.
  3. En conséquence, l’Iran a modifié sa stratégie. Il frappe Israël, mais très différemment de la guerre de juin. Il y a un niveau d’attaque constant tout au long de la journée plutôt qu’une salve de 50 missiles en une seule fois. Les dégâts seront moindres, mais cela ne pose pas problème car Téhéran a conclu que la tolérance d’Israël à la douleur est très élevée – tant que les États-Unis restent dans la guerre. L’attention se déplace donc vers les États-Unis.
  4. Dès le départ, et peut-être de manière surprenante, l’Iran a ciblé des bases américaines dans la région, y compris dans des États considérés comme amis. Téhéran estime que la guerre ne pourra se terminer durablement que si le coût pour les États-Unis augmente considérablement, y compris avec des pertes américaines. Après l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei, l’Iran affirme ne plus avoir de lignes rouges et être prêt à tout pour détruire ces bases et infliger de lourdes pertes américaines.
  5. L’Iran comprend que beaucoup, au sein de l’establishment sécuritaire américain, avaient été convaincus que la retenue passée de l’Iran reflétait une faiblesse et une incapacité ou un manque de volonté d’affronter directement les États-Unis dans une guerre ouverte. Téhéran fait désormais tout ce qu’il peut pour démontrer le contraire – malgré le coût immense qu’il devra lui-même payer. Ironiquement, l’assassinat de Khamenei a facilité ce changement.
  6. Un aspect de cette évolution est que l’Iran a désormais également frappé des bases à Chypre, qui avaient été utilisées pour des attaques contre l’Iran. L’Iran est parfaitement conscient qu’il s’agit d’une attaque contre un État de l’UE. Mais cela semble précisément être le but. Téhéran paraît déterminé non seulement à étendre la guerre aux États du Golfe persique, mais aussi à l’Europe. À noter l’attaque contre la base française aux Émirats arabes unis. Pour que la guerre puisse prendre fin, l’Europe aussi doit payer un prix, tel semble être le raisonnement.
  7. Il semble n’y avoir qu’une inquiétude limitée concernant la situation intérieure. L’annonce de la mort de Khamenei a ouvert une fenêtre permettant à la population de descendre dans la rue pour tenter de renverser le régime. Bien que des expressions de joie aient été répandues, aucune véritable mobilisation n’a été observée. Cette fenêtre est désormais en train de se refermer, alors que le système théocratique resserre les rangs et établit une nouvelle direction formelle. Encore une fois : la question « Comment cela va-t-il se terminer ? » aurait dû être posée avant le déclenchement de cette guerre. Elle ne l’a pas été.

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