Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Sergueï Oboukhov. Le Parti communiste de la Fédération de Russie met en garde après l’invasion américaine du Venezuela : cinq conclusions clés pour le gouvernement russe.

Une possible répétition des « pillages médiévaux » et des illusions « trumpophiles » pourrait expliquer la trahison des élites. C’est la conclusion à laquelle est parvenu le politologue Sergueï Oboukhov après avoir analysé le contenu idéologique et les mises en garde du Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR), telles qu’elles ressortent des déclarations du Comité central du PCFR, du SKP-CPSU et de Guennadi Ziouganov concernant l’agression américaine contre le Venezuela. S’il est évident que Poutine soutient comme la Chine à l’ONU comme ailleurs le Venezuela, il y a dans son entourage des pseudos-nationalistes et vrais oligarques qui tout en jouant les excités bellicistes sont en fait prêts à passer un deal avec l’impérialisme. Ceux que les communistes russes dénoncent comme la 5e colonne toujours disposés à trahir et à spolier le peuple. Seul le socialisme et des patriotes proche du peuple sont fiables parce qu’ils ne veulent pas la guerre simplement chasser les tyrans (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Sergueï Oboukhov, docteur en sciences politiques

5 janvier 2026, 17h54 (mis à jour le 5 janvier 2026 à 19h35)

Le Parti communiste de la Fédération de Russie (PCFR) a été la seule force politique majeure en Russie à réagir rapidement et systématiquement à l’invasion américaine du Venezuela, en présentant non seulement une condamnation de l’agression, mais aussi un cadre idéologique pour comprendre les événements.

Le parti a instrumentalisé la crise pour critiquer violemment les sentiments pro-occidentaux au sein de l’élite russe. C’est probablement la raison pour laquelle aucune chaîne de télévision fédérale n’a relayé les déclarations du PCFR et de Ziouganov, ni retransmis le rassemblement public du PCFR à Moscou devant l’ambassade du Venezuela.

Actions et activités du Parti communiste de la Fédération de Russie

Le parti a joint le geste à la parole, démontrant ainsi un haut niveau de préparation à la mobilisation :

  • Activité médiatique : Une interview détaillée de G.A. Zyuganov sur la radio fédérale (Komsomolskaya Pravda), publication de déclarations officielles du Comité central du parti et de l’alliance SKP-CPSU sur toutes les ressources accessibles au PCFR.
  • Manifestation de rue : Le 5 janvier, des militants du Comité municipal de Moscou du Parti communiste de la Fédération de Russie ont organisé une manifestation de rue devant l’ambassade du Venezuela à Moscou, distribuant une déclaration de soutien.
  • Solidarité internationale : La déclaration SKP-CPSU a été signée par les partis communistes de toutes les anciennes républiques soviétiques (y compris l’Ukraine, la Géorgie et les pays baltes), démontrant la position consolidée des communistes dans l’espace post-soviétique.

Projection de la situation sur la Russie et mises en garde concernant une « cinquième colonne »

Les déclarations du Parti communiste de la Fédération de Russie vont bien au-delà des critiques de politique étrangère et contiennent des avertissements politiques intérieurs directs, pertinents pour l’agenda russe :

  1. La « cinquième colonne » est définie comme « les partisans de Trump » : le Parti communiste de la Fédération de Russie qualifie ouvertement de menace intérieure les membres de l’élite russe qui espéraient une normalisation des relations avec les États-Unis sous la présidence de Trump. Selon les communistes, ces forces affaiblissent la vigilance et la volonté de résistance du pays en faisant naître de faux espoirs de détente.
  2. Avertissement aux dirigeants : les propos sur l’enlèvement d’un dirigeant étranger et « un acte de guerre contre tout dirigeant » sonnent comme un rappel direct aux dirigeants russes des risques encourus. Ziouganov déclare en substance : « C’est une menace pour tout dirigeant… Arrivez, capturez-les… ​​et emmenez-les de force . » C’est un signal clair : le statut de puissance nucléaire ne garantit pas la sécurité personnelle d’un dirigeant si les élites du pays sont enclines à « conclure un marché », voire à une capitulation « honorable ».
  3. Positionnement du PCFR : Face à la réaction officielle discrète du ministère des Affaires étrangères et à l’impatience croissante des blogueurs militaires (qui réclament des frappes contre les « centres de décision »), le PCFR se positionne fermement comme une force patriotique inébranlable et l’avant-garde de la lutte anti-impérialiste. Le parti s’empare de l’agenda patriotique, proposant une vision du monde idéologiquement cohérente où tout compromis avec l’Occident est fondamentalement impossible.

Cinq conclusions clés du Parti communiste de la Fédération de Russie et de Ziouganov

À partir des déclarations de Guennadi Ziouganov et du Comité central du Parti, nous pouvons identifier cinq conclusions essentielles que la Russie doit tirer dès maintenant si elle ne veut pas revivre le sort de Caracas.

1. Ceci n’est pas une guerre, c’est du banditisme

Les communistes refusent de qualifier les actions américaines d’« opération militaire ». Toute prétention de civilité a été abandonnée.

« Au Venezuela, les États-Unis se comportent comme des bandits internationaux. On n’a jamais vu un retour au Moyen Âge… Ils ont fait irruption, arrêté des gens, les ont amenés, les ont mis en cage et vont les traduire en justice » , a déclaré Gennady Zyuganov.

L’essence de la position du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie : la Charte des Nations Unies est reléguée aux oubliettes de l’histoire. Désormais, seul le droit du plus fort prévaut : n’importe quel dirigeant d’un pays souverain peut être kidnappé, avec son épouse, comme dans un film de gangsters. Il s’agit d’un acte de terrorisme d’État.

2. Le sang a une odeur d’huile.

Les plans de Washington ne font mention ni de « démocratie » ni de « lutte contre le trafic de drogue ». Le Parti communiste de la Fédération de Russie va droit au but : il s’agit d’une guerre coloniale classique pour le contrôle des ressources.

« Partout où il y a du pétrole, et d’où qu’il vienne, aujourd’hui il sent non seulement l’essence et le gazole, mais surtout le sang » , souligne le dirigeant du Parti communiste, Guennadi Ziouganov.

Les capitaux américains affluent vers les plus riches gisements de richesses d’Amérique latine. Le scénario irakien se répète avec une précision effrayante : d’abord les mensonges, puis les bombes, puis l’exploitation des ressources.

3. Les « amoureux de Trump » sont couverts de honte

Les événements du 3 janvier ont été une douche froide pour cette partie de l’élite russe qui rêvait d’un « accord » avec Donald Trump. Le Parti communiste de la Fédération de Russie dénonce avec fermeté le manque de clairvoyance politique de tels espoirs.

« Tous ces gens qui adorent Trump et qui ne cessent de parler ici d ’« amitié éternelle avec l’Amérique » ne sont pas seulement déshonorés aujourd’hui, ils se retrouvent, pour le moins, dans une position délicate . »

L’illusion selon laquelle « les Républicains sont meilleurs que les Démocrates » est mortelle. La nature impérialiste des États-Unis demeure inchangée. Espérer un « marché » avec un prédateur, c’est s’exposer au danger.

4. Avertissement au Kremlin : La « Cinquième Colonne » ouvrira les portes

Le signal le plus alarmant émanant du Parti communiste de la Fédération de Russie est adressé à la Russie elle-même. Le Venezuela est tombé non seulement à cause des missiles, mais aussi à cause de la trahison, tout comme l’URSS est tombée en 1991 à cause de la trahison d’une partie de la nomenklatura, dirigée par Gorbatchev et Eltsine.

« Si notre peuple ne comprend pas et continue d’espérer un “ accord truqué ” , il n’en sortira rien » , prévient Ziouganov.

Le Parti communiste de la Fédération de Russie qualifie les partisans du compromis avec l’Occident au sein du gouvernement russe de menace directe pour la sécurité nationale.

Si les élites cherchent des moyens de « parvenir à un accord », la Russie sera confrontée au même scénario : un coup dur extérieur inattendu dans un contexte de paralysie intérieure .

Il n’est pas nécessaire de chercher bien loin pour trouver des exemples : lors de la tristement célèbre « rébellion de Prigojine » en 2023, malgré les deux allocutions télévisées en direct de Poutine, une part importante de l’élite et du parti au pouvoir s’est contentée d’observer les événements à distance.

5. La recette du salut est l’approche stalinienne

Que faire lorsque le droit international est bafoué ? Le Parti communiste de la Fédération de Russie a une réponse éprouvée par le temps.

« Souvenez-vous des paroles de Staline : Nous ne pouvons compter que sur notre propre force. Le monde n’a pas besoin d’une Russie forte . »

L’essentiel des propositions du CPRF :

  • Rejet de toute illusion quant à un partenariat avec l’Occident.
  • Mobilisation complète de l’économie et de la société.
  • Renforcer les alliances réelles – BRICS, OCS, liens avec la Chine et l’Inde.

La leçon vénézuélienne est simple et brutale.

Les faibles sont vaincus, les naïfs trompés, et les traîtres achetés. Le Parti communiste de la Fédération de Russie avertit : le temps des demi-mesures est révolu. Soit la Russie se mobilise et purge ses rangs des « agents dormants » et des « pro-Trump », soit nous sommes préparés à devenir les prochaines victimes d’un « vol digne du Moyen Âge ».

Voici les principales conclusions des déclarations du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie (SKP-CPSU) et de G.A. Ziouganov, que les médias officiels s’efforcent de passer sous silence.

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3 Commentaires

  • Franck Marsal
    Franck Marsal

    Clair net et précis. On doit ajouter que le monde impérialiste n’a pas besoin d’une France forte et indépendante et en tirer les conclusions qui s’imposent pour notre pays.

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  • jean-luc
    jean-luc

    « Le Venezuela est tombé non seulement à cause des missiles, mais aussi à cause de la trahison »
    Il faudrait que Guennadi Ziouganov lise H&S, et l’article de De Los Santos qui y est publié 😉

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  • Étoilerouge
    Étoilerouge

    Je suis tout à fait d’accord. L’empire occidental capitaliste n’a pas besoin d’une France indépendante et forte.
    Ce sont des bandits terroristes ceux qui soutiennent de quelque façon que ce soit les Biden comme les trump.

    Répondre

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