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Russie: le quotidien au secours des citoyens par jakeline Boyer
Publié par le Levada-tsentr le 23 juillet dernier, cet article permet de pénétrer dans les processus d’adaptation des sociétés à des changements abrupts et sans doute peut éclairer des comportements ailleurs. Ce sont des réflexions que l’on peut entendre en France chez des personnes interrogées. Une approche pour comprendre le décalage entre la dégringolade avérée et reconnue de notre pays et la faible mobilisation populaire pour s’y opposer?
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : Publié par le Levada-tsentr le 23 juillet dernier, cet article permet de pénétrer dans les processus d’adaptation des sociétés à des changements abrupts et sans doute peut éclairer des comportements ailleurs. Ce sont des réflexions que l’on peut entendre en France chez des personnes interrogées. Une approche pour comprendre le décalage entre la dégringolade avérée et reconnue de notre pays et la faible mobilisation populaire pour s’y opposer?
Russie : le quotidien au secours des citoyens.
Publié le 16 août 2026 par Boyer Jakline
В стране «бардак», а дома «нормально». После краха СССР россиян спас быт, продолжает он спасать и сейчас.
Traduction en suivant.
Publié par le Levada-tsentr le 23 juillet dernier, cet article permet de pénétrer dans les processus d’adaptation des sociétés à des changements abrupts et sans doute peut éclairer des comportements ailleurs. Ce sont des réflexions que l’on peut entendre en France chez des personnes interrogées. Une approche pour comprendre le décalage entre la dégringolade avérée et reconnue de notre pays et la faible mobilisation populaire pour s’y opposer?
Traductions du texte en titre et de l’analyse en suivant.
Dans le pays c’est"le bordel" et à la maison tout est "normal". Après l’effondrement de l’URSS, le quotidien a sauvé les citoyens de la Fédération de Russie. Il continue de les sauver aujourd'hui encore.
CE TEXTE EST DANS LA RUBRIQUE "Cahier de vacances". Sans doute le dernier de ce genre. Mes vacances tirent à leur fin.
Traduction (larges extraits):
Il y a une cinquantaine d'années, le sociologue polonais Jan Szczepański écrivait que les événements historiques (révolutions, guerres, crises, réformes institutionnelles) perdent de leur éclat et de leur grandeur, se dissolvant dans la routine quotidienne de l'existence humaine – une masse d'actions quotidiennes, presque automatiques, empreintes de la grisaille d'un lundi matin. « Toutes les grandes révolutions (politiques et économiques, scientifiques, technologiques, philosophiques ou religieux), les nouvelles idéologies et les enseignements sont contraints de se soumettre au quotidien et à ses exigences pour s'inscrire durablement dans la vie de la société. […] Si une part importante de l'existence quotidienne demeure inchangée, alors la grandeur de la révolution commence à s'estomper peu à peu, ne survivant que dans les colonnes des journaux et le jargon des slogans politiques. »
La vie quotidienne forge les individus d'habitudes et d'attentes qui leur permettent de s'adapter à toute expérience sociale et à tout changement de politique étatique :
« L'extraordinaire est l'incarnation ou la forme d'expression de la grandeur humaine. La vie quotidienne, au contraire, est un domaine de monotonie et de stérilité. Mais seule la grandeur de la vie quotidienne donne sens aux découvertes, au créateur, à l'artiste. La vie quotidienne est donc la consécration de la grandeur et simultanément son épreuve de survie, sa vérification. La révolution devient ce que la vie quotidienne en fait. La vie quotidienne est le creuset ultime de l'histoire . »
La répétition des actions les plus ordinaires, sans particularité ni intérêt particulier, confère à la société stabilité, structure et donc la « stabilité » tant recherchée, puisqu'elle repose sur la reproduction des relations humaines fondamentales au sein des groupes primaires.
La vie quotidienne est dépourvue de signification historique ; ses événements ont un sens « ici et maintenant ». L'intérêt quotidien se concentre sur les relations familiales.
La famille est la projection des valeurs et des idéaux les plus importants de la vie, l'incarnation des espoirs et des illusions, une structure de confiance et d'engagement mutuels, de soutien, d'attentes d'amour, de compréhension, de paix, et… un lieu de déceptions et de conflits inévitables. Les relations familiales sont une condition essentielle à la résilience collective face aux épreuves de la vie et à l'acceptation de la réalité, contribuant ainsi à prolonger la vie (les statistiques le démontrent de manière convaincante : la famille réduit les risques de suicide, de maladie, de comportements criminels, etc.). La famille est une sphère d'existence privée, à l'abri des sphères de contrôle institutionnel ; elle est un refuge contre la coercition constante (et invisible) de l'État en temps de paix, et plus encore lors des périodes de chaos administratif et politique, de campagnes de mobilisation, d'aventures, sans parler des crimes d'État.
Au tournant de 1989-1991, la famille a joué un rôle crucial d'institution de « réserve » lorsque l'État soviétique (une économie planifiée, directive et distributive) s'est effondré et que les fonctions primordiales de reproduction et de maintien des normes sociales ont été transférées à la famille . Cette situation, peu étudiée par les chercheurs, est en revanche pleinement reconnue par l'opinion publique. La famille (et, en son sein, les femmes en particulier) s'est révélée être la principale ressource pour la préservation des normes sociales les plus générales et de certains concepts moraux (la solidarité entre les siens, l'importance des relations personnelles et informelles). La famille constitue un espace d'existence protégé des conflits sociaux. Grâce à elle, l'expérience de la survie, les conceptions de la vie, les valeurs et les vestiges de l'identité collective ont été transmis à la génération suivante.
Cela comportait des aspects positifs et négatifs.
Grâce à la famille, le pays n'a pas sombré dans le chaos social et la violence. Cependant, de nombreux acquis institutionnels essentiels ont été perdus, que la famille, par sa nature même, ne pouvait garantir (ces fonctions sociales et culturelles n'entraient pas dans son rôle). La famille ne pouvait assurer l'ordre social et juridique, le fonctionnement de la science et de l'éducation, la rationalisation du présent et du passé (l'élaboration morale de la mémoire collective), la représentation des intérêts du groupe et, par conséquent, la participation à la vie politique et aux transformations sociales. La morale de la survie (au sens privé du terme) n'était alors qu'une stratégie d'adaptation passive aux changements imposés d'en haut, qui, très rapidement, en seulement 10 à 15 ans, s'est traduite par un opportunisme civique (principalement chez les jeunes, qui ont refusé de participer à la vie publique) et une compréhension généralement très limitée des éévénements.
L’émergence spontanée de nombreuses formes d’auto-organisation dans la société (partis politiques, universités, ONG, mouvements culturels, etc.) n’a pas entraîné leur institutionnalisation profonde, puisqu’elles ne reposaient pas sur un soutien et un intérêt massifs pour la résolution des problèmes quotidiens de la population (les familles, avant tout).
Remarque :
1989-1991 : préciser ces dates est essentiel car ensuite commencent les "années dingues", les années 90, où le chaos atteignit le cercle familial, où le rôle assigné dans cette analyse aux familles ne put plus être tenu. Une amie, étudiante dans ces années terribles m’a raconté comment une boule de pain et une brique de lait l’ont sauvée de la faim. Oui, dans ces années là des Russes ont connu la faim. Un éclairage pour saisir leurs réactions à la guerre en cours...qu’on leur fait. Ils en ont vu d’autres, commente un politologue.
Certes, mais ce n'est pas une raison.
En lien un extrait de la déclaration de Boris Eltsine au Congrès américain. Il demande au président des États-Unis d’intervenir auprès du FMI pour qu'il soit généreux dans son aide à la Fédération de Russie. L’aide du FMI ou la camisole de force des peuples.
Boris Yeltsin Histroic Address to U.S. Congress
Russian leader Boris Yeltsin addresses the United States Congress in 1992. Excerpt taken from Great Speeches Volume 10 from Educational Video Group, Inc. available at www.evgonline.com
https://www.youtube.com/watch?v=HwemQR59wbw
1992 : Boris Eltsine devant le Congrès américain : la Russie vient de choisir la liberté et la démocratie.
Publié dans Du grain à moudre
