Le plénum du Parti communiste cubain se réunit. La résistance héroïque de Cuba se poursuit dans le respect de sa dignité, de sa souveraineté et malgré le blocus économique mondial. (Éditorial de Luciano Vasapollo)Le Politburo du Parti communiste de Cuba a décidé de convoquer une session plénière extraordinaire de son Comité central pour le mercredi 17 juin 2026, afin d’évaluer les propositions de transformation économique et sociale, comme l’a déclaré le premier secrétaire du Comité central du Parti et président de la République, Miguel Díaz-Canel Bermúdez, dans de récentes déclarations à la presse.L’objectif de la réunion a été approuvé par Raoul Castro qui est sans doute un des plus anciens membres du Parti communiste cubain, puisqu’il était membre du premier parti communiste cubain fondé par Mella, avant que Fidel fonde la nouveau parti. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Depuis
16 juin 2026

La convocation du plénum extraordinaire du Comité central du Parti communiste de Cuba marque une transition politique majeure dans la phase historique que traverse actuellement l’île. Il ne s’agit pas d’un simple événement organisationnel, mais d’une épreuve collective mettant à l’épreuve la capacité de résistance et de transformation d’un peuple qui continue de lutter contre l’une des formes de guerre économique les plus longues et les plus brutales des temps contemporains.
C’est dans ce contexte que s’inscrivent les déclarations du président Miguel Díaz-Canel, réaffirmant clairement que la stratégie de la Révolution repose sur deux piliers fondamentaux : la défense de la souveraineté nationale et la construction d’un modèle économique et social capable de résister aux conséquences du blocus extérieur. « Il n’y a pas de solutions faciles ni rapides », tel est le message politique qui reflète la situation actuelle de Cuba, mais la détermination à ne pas reculer face à la pression systémique exercée par les États-Unis est manifeste.
Cette même ligne se dégage avec force des récentes déclarations publiques de la présidence cubaine, qui a clairement dénoncé les effets du blocus et de la politique de pression multidimensionnelle, soulignant l’impact direct de ces mesures sur la vie quotidienne de la population, les chaînes d’approvisionnement, le système de santé et les perspectives de développement du pays. Or, précisément dans ce contexte, Cuba réaffirme un principe de valeur universelle : la volonté de dialoguer, mais sans conditions, sans chantage et sans subordination de sa souveraineté.
Un pas politiquement décisif consiste à rejeter explicitement toute forme d’« aide conditionnelle » qui reviendrait à s’ingérer dans les décisions intérieures de l’île. Cuba ne rejette pas la solidarité internationale, mais elle rejette fermement toute tentative de la transformer en instrument de pression politique. Cette position s’inscrit dans la tradition historique de la Révolution cubaine et est plus que jamais d’actualité dans le contexte d’une crise mondiale marquée par des inégalités croissantes et de nouvelles formes de dépendance économique.
La rhétorique de la « restructuration » et des « réformes » est souvent interprétée par l’Occident comme une ouverture au marché, mais dans le cas cubain, elle s’inscrit dans une trajectoire différente : celle d’un processus d’adaptation interne qui ne remet pas en cause la nature socialiste du projet politique, mais vise plutôt à en renforcer la pérennité dans des conditions matérielles extrêmement difficiles. Les mesures économiques discutées ces derniers mois doivent également être interprétées dans cette perspective : non pas comme un renoncement idéologique, mais comme une réponse concrète à une crise structurelle.
Dans ce contexte, la dimension politique de la résistance cubaine acquiert une importance qui dépasse les frontières nationales. Cuba redevient le symbole d’une contradiction mondiale : celle entre le droit des peuples à l’autodétermination et la logique de la domination économique et financière. Le blocus n’est pas une simple mesure punitive, mais un instrument de discipline géopolitique visant à rendre intenable toute alternative au modèle dominant.
Or, c’est précisément là que se manifeste ce que l’on pourrait appeler le cœur éthique de la Révolution cubaine : la capacité de résister, non pas par simple instinct de survie, mais par choix politique éclairé. L’appel à « l’unité du peuple », à la « créativité face à l’adversité » et à la « participation collective » n’est pas de la rhétorique, mais la construction concrète d’un modèle social qui aspire à ne pas s’effondrer sous le poids des crises extérieures.
L’histoire récente de l’île démontre que chaque phase de pression a engendré non seulement des difficultés, mais aussi des innovations sociales, une réorganisation institutionnelle et un renforcement du lien entre l’État et la société. C’est dans cette dialectique que réside l’unicité de Cuba : un laboratoire politique qui, malgré ses contradictions et ses limites, demeure un bastion de résistance sur la scène internationale.
L’approfondissement des questions économiques qui émergera du Comité central du Parti s’inscrit dans une phase de consolidation et de redéfinition stratégique de la voie socialiste. Déjà, à travers les grandes lignes esquissées dans les documents préparatoires, se dessine une trajectoire qui peut être interprétée comme une continuité et un développement de la planification socialiste aux caractéristiques typiquement cubaines, mais aussi comme un cadre de discussion intégrant diverses adaptations de différents modèles de construction socialiste dans le monde contemporain, du socialisme chinois à l’expérience vietnamienne.
Le cas du Vietnam, souvent négligé dans les débats internationaux, constitue un exemple significatif de socialisme politiquement fort, fondé sur un Parti communiste solide et une planification économique intégrée à des processus avancés de modernisation socio-économique. Ce modèle maintient la centralité de la planification publique tout en expérimentant des moyens de s’adapter aux réalités du développement mondial.
Dans cette perspective, les indications qui se dégagent des déclarations de Díaz-Canel – déjà mentionnées dans des analyses précédentes – s’inscrivent également dans un cadre de redéfinition des priorités stratégiques, qui sera approfondi lors de la réunion du Comité central. Il est important de souligner que ces éléments ne sont pas marginaux, mais contribuent à dessiner les contours d’une transition historique décisive : la nécessité d’assurer la continuité du socialisme face à la pression extérieure croissante.
En effet, cette phase est marquée par des agressions économiques, politiques et médiatiques qui rendent indispensable la capacité d’adaptation et de défense du système socialiste, notamment par une ouverture maîtrisée à de nouveaux acteurs et partenaires internationaux. Dans ce contexte, la relance et la revitalisation de secteurs stratégiques tels que le tourisme et d’autres composantes clés de l’économie nationale deviennent primordiales, toujours dans le cadre d’une planification et d’une orientation publiques.
La question fondamentale demeure donc celle de la capacité à concilier modernisation et continuité socialiste, en évitant le risque de dénaturer le modèle et en même temps en renforçant les outils du développement et de la souveraineté économique.
La résistance héroïque de Cuba n’est donc pas un mythe, mais une réalité concrète qui se renouvelle chaque jour dans la capacité du peuple à s’opposer à la logique de la capitulation forcée. C’est une résistance qui interpelle également les consciences internationales, car elle soulève une question fondamentale : jusqu’à quel point le droit international et la souveraineté des peuples peuvent-ils être sacrifiés sur l’autel des intérêts géopolitiques des grandes puissances ?
Cuba répond par des actes, avant même de parler : en restant debout.
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