Didier Gosselin
14 h ·
Quand on dit qu’il y a une filière néonazie européenne, qui essaime en Ukraine et ailleurs, intégrée à l’armée de Zelensky, les esprits forts, antirusses, ironisent sur les plateaux, disent que c’est exagéré et les députés votent crédits militaires sur crédits militaires pour permettre aux ukrainiens de mener la guerre occidentale par procuration contre la Russie. La France a déboursé un total de 8,6 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine, entre le 24 février 2022 et le 31 décembre 2024. La Russie, où on ne risque pas de trouver la moindre tracé d’un néonazi, a entre autres choses (neutralité de l’Ukraine, pas de bases de l’Otan, protection des populations russophones du Donbass…) posé la nécessité de la dénazification de l’Ukraine, et elle s’en occupe. Ici, en France et en Europe de l’ouest, on laisse se développer les mouvements néonazis tranquillement, et des loustics comme ceux évoqués dans cet article partir sur le front ukrainien ou arménien…

L’encre Libre
15 h ·

Condamné en appel mais toujours debout : qui est vraiment Marc de Cacqueray-Valménier, le chef du GUD que la justice ne parvient pas à arrêter ?
Il se présentait à l’audience avec un petit pull bien sage, des chaussures de ville, deux avocats ténors du barreau parisien, et son épouse enceinte à ses côtés. La mise en scène était parfaite, calculée pour inspirer la clémence. Elle n’a pas fonctionné. Ce jeudi 19 février 2026, la Cour d’appel de Paris a confirmé la condamnation de Marc de Cacqueray-Valménier à 18 mois d’emprisonnement, dont neuf avec sursis probatoire pendant deux ans. Un verdict qui aurait dû faire l’effet d’un coup de tonnerre dans l’opinion. Il n’en fut rien. Car derrière ce jugement se cache une réalité bien plus troublante : celle d’un militant néonazi protégé par ses réseaux, porté par ses connexions dans les hautes sphères de l’argent et du pouvoir médiatique, et que la République semble regarder prospérer sans vraiment l’arrêter.
Une blague de trop à la barre
Lors de l’audience de décembre dernier, le prévenu avait osé une plaisanterie glaçante. Interrogé sur les faits, il avait déclaré : « Je ne leur saute pas dessus… il n’y a pas de chaises dans cette salle. » Une référence directe et cynique aux coups de poing, aux coups de pied et aux chaises balancées sur des militants de SOS Racisme lors du meeting de lancement de la campagne présidentielle d’Eric Zemmour, le 5 décembre 2021, au Parc des expositions de Villepinte. Ce soir-là, une douzaine de jeunes activistes avaient osé se lever, monter sur des chaises, pour déployer sur leurs t-shirts un message simple : « Non au racisme. » En retour, ils avaient reçu une violence de meute organisée, exfiltrés par la police pendant que leurs agresseurs continuaient à profiter de la soirée comme si de rien n’était.
Les enquêteurs ont retrouvé Marc de Cacqueray-Valménier en photo dans la file d’attente à l’entrée de la salle. Les services de renseignement ont analysé les nombreuses images de l’événement, qui s’est déroulé juste devant les caméras couvrant le meeting, et ont établi sa participation au lynchage. Mêmes vêtements, mêmes chaussures, cagoulé mais parfaitement reconnaissable selon leur rapport. Lui a nié, jusqu’au bout, prétendant même qu’il serait volontiers « intervenu pour protéger les victimes », se vantant dans le même souffle d’être « une figure reconnue à l’extrême droite ». La cour n’a visiblement pas apprécié l’humour.
Ses avocats, maîtres Dutheil de la Rochère et Diakonoff, s’étaient échinés à démontrer une erreur d’identification de la part des services de renseignement. Ce n’est pas l’avis des magistrats.
L’autre prévenu, parti sur le front ukrainien
L’autre accusé dans ce dossier, Gwendal Pourajoud, avait lui aussi fait appel de sa condamnation à dix mois de prison avec sursis. Mais il s’est désisté avant l’audience, rendant sa peine définitive. Son avocat a expliqué à la cour que son client avait rejoint un bataillon de néonazis sur la ligne de front ukrainienne. Ses victimes, qui vivent dans le même village que lui, ont raconté à Libération qu’il continue de les intimider depuis le premier procès. La justice condamne, mais ne protège pas.
Dans la salle d’audience, sur les bancs des parties civiles situés à un mètre du prévenu, se trouvait un échantillon de la jeunesse française. Les victimes, racisées pour la plupart, avaient mis un costume pour aller témoigner. Leurs soutiens, dont les cadres de SOS Racisme et son président Dominique Sopo, avaient fait le déplacement. Les visages étaient graves, marqués par le souvenir d’un épisode pénible ressurgissant sous les boiseries du palais de justice de l’île de la Cité.
Portrait d’un aristocrate néonazi
Marc de Cacqueray-Valménier est issu de la famille de Cacqueray, ancienne noblesse française d’origine normande, profondément ancrée dans les milieux catholiques intégristes proches de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Son parent, l’abbé Régis de Cacqueray-Valménier, fut Supérieur du District de France de cette même fraternité. Un cousin siège au conseil municipal du Mans sous étiquette Rassemblement National. La famille est, selon le sociologue Emmanuel Casajus, « contre-révolutionnaire depuis 1789 ». Marc y grandit entre messes en latin et fantasmes de croisade, dans la grande bourgeoisie versaillaise. Il est diplômé de l’école de commerce Neoma Reims.
Très jeune, il intègre la section lycéenne de l’Action française à Paris, dont il devient rapidement le leader. En 2016, alors que la section marseillaise de l’AF est attaquée par des militants antifascistes, c’est lui qui organise des renforts en faisant venir à Marseille des militants parisiens mêlés à des membres du GUD et du groupe néonazi Blood and Honor Hexagone. Il revendique alors une double appartenance à l’AF et au GUD. L’Action française finira par lui demander de choisir. Il choisit la violence de rue.
Une longue carrière de violences, jamais interrompue
En 2018, il fonde les Zouaves Paris, groupuscule néofasciste issu du GUD et de Génération Identitaire, d’inspiration ouvertement mussolinienne. Dès l’été 2018, les Zouaves revendiquent des agressions racistes contre des supporters algériens sur les Champs-Élysées lors de la Coupe d’Afrique des Nations. Le 1er décembre 2018, en marge de l’acte III des Gilets jaunes, un cortège de 70 à 80 militants ultranationalistes mène des actions très violentes près de l’Arc de Triomphe. Marc de Cacqueray-Valménier y joue un rôle central. Il est condamné à six mois de prison avec sursis et 105 heures de travaux d’intérêt général. En janvier 2019, une trentaine de militants ultranationalistes attaquent à coups de pavés des militants du Nouveau Parti anticapitaliste à Bercy. Cacqueray est photographié sans cagoule en train de lancer une barrière de chantier.
La même année, les Zouaves agressent le rappeur d’extrême droite Amalek, jugé trop critique à leur égard, puis un étudiant de Paris-Nanterre portant une veste aux couleurs du Maroc, des militants de gauche lors d’une manifestation de Génération identitaire, et en janvier 2020, un journaliste de France Inter couvrant un défilé de La Manif pour tous. En 2020, il participe à la fondation du Swastiklan, groupuscule néonazi franco-suisse décrit par les renseignements helvétiques comme ayant une expertise militaire « profonde et robuste ». La même année, il part combattre dans la guerre du Haut-Karabakh aux côtés des Forces armées arméniennes, publiant une photographie de lui kalachnikov à la main avec un patch SS sur son gilet tactique, tentant même de recruter des volontaires étrangers. L’Azerbaïdjan dépose une plainte contre lui pour ses actions alléguées sur place. Un cessez-le-feu met fin à l’aventure quinze jours après son arrivée.
En 2020, les Zouaves attaquent le bar antifasciste Le Saint-Sauveur dans le 20e arrondissement de Paris. Marc de Cacqueray-Valménier est condamné à un an de prison ferme pour cette action, décrit comme le « meneur » par le tribunal. Il est aussi arrêté en décembre 2022 lors d’une tentative d’agression organisée contre des supporters marocains en marge de la demi-finale France-Maroc de la Coupe du monde, à la tête d’une quarantaine de néonazis mobilisés pour l’occasion. Il est fiché S par les services de renseignement français.
Ses tatouages parlent pour lui : sur les jambes, une Totenkopf, symbole des SS nazis, entourée des mots « Ehre » et « Treue », référence à la devise de la SS, « Mon honneur s’appelle fidélité ». Il a également hurlé « Paris est nazi ! » lors d’une manifestation en novembre 2019, avec d’autres membres des Zouaves.
En novembre 2022, à peine sorti de prison, il réactive le GUD sous une esthétique nouvelle : vidéos de propagande léchées, slogans guerriers, présence nationale structurée. Il organise en mai 2023 le Comité du 9-Mai, grande parade nationaliste dans les rues de Paris, à laquelle près de 300 militants cagoulés participent, protégée par la police pendant que la manifestation antifasciste était interdite. Le GUD est à son tour dissous par décret en juin 2024. Le 10 mai 2025, il défile encore en tête du cortège néonazi annuel à Paris, derrière des tambours évoquant les jeunesses hitlériennes.
Le réseau qui protège
Ce qui rend ce dossier particulièrement glaçant, au-delà de la violence répétée et documentée du personnage, ce sont ses connexions. Philippe Loustau, frère d’Axel Loustau, ancien membre du GUD, homme d’affaires proche de Marine Le Pen et ex-candidat RN, dirige la société de gardiennage Checkport, anciennement Normandy. C’est via cette société qu’il a été introduit dans la famille Loustau, dont le père était déjà, dans les années 1980, impliqué dans une milice patronale servant à agresser et séquestrer des grévistes. Axel Loustau a personnellement veillé à la carrière professionnelle de son protégé. Avant le procès de première instance, Marc de Cacqueray-Valménier produisait aux juges une promesse d’embauche comme DRH à la Financière Wagram, société appartenant à Axel Loustau et dirigée par son fils Gabriel, alors âgé de 18 ans seulement, pour la somme de 5 200 euros bruts mensuels.
Officiellement DRH de la Financière Wagram depuis janvier 2023, Marc de Cacqueray-Valménier est en réalité employé à la même période comme gardien de l’île du Loc’h, la plus grande île privée de l’archipel des Glénan au large de Concarneau, propriété de Vincent Bolloré. C’est le média La Lettre qui a révélé cette information en juillet 2024. Sa carrure, ses tatouages nazis, son passé connu, font office de dissuasion pour les visiteurs qui oseraient s’aventurer dans les zones privées. En mai 2025, La Lettre souligne que Bolloré maintient en poste le jeune néonazi en toute connaissance de cause, malgré le risque réputationnel évident. Cette révélation a déclenché une campagne nationale de mobilisation, avec des Soulèvements de la Terre qui ont organisé à deux reprises une armada de bateaux vers l’archipel des Glénan pour protester contre ce que le mouvement appelle l’entremêlement du capital réactionnaire et des milices néofascistes.
Checkport, la société qui l’emploie, appartient à la même galaxie que la Financière Wagram et d’autres structures gravitant autour des familles Loustau et Chatillon, Frédéric Chatillon étant lui-même une figure historique du GUD et gestionnaire de longue date des comptes de campagne de Marine Le Pen. Un militant néonazi condamné pour violences, gardien de l’île d’un milliardaire propriétaire de CNews, Europe 1, C8, Hachette et d’une chaîne d’écoles de journalisme. Ce n’est pas une anecdote, c’est un signal politique de premier ordre.
Une victoire judiciaire, nécessaire mais insuffisante
La condamnation confirmée ce 19 février 2026 est une victoire, petite et nécessaire. La justice a fait son travail, les militants de SOS Racisme ont eu raison de tenir, de ne pas lâcher malgré les intimidations, les procédures d’appel, les années écoulées. Sur les bancs des parties civiles, Dominique Sopo et les cadres de SOS Racisme ont vu leurs victimes obtenir la reconnaissance de ce qu’elles ont subi.
Mais il serait naïf de s’en contenter. Seuls deux agresseurs ont été jugés sur les dizaines présents ce soir-là à Villepinte. La peine confirmée pour Marc de Cacqueray-Valménier demeure aménageable. L’intéressé continue de défiler, de se montrer, de parader. Et ce vendredi 19 février, au moment même où la Cour d’appel confirmait sa condamnation, ses réseaux restaient intacts, son emploi chez Bolloré maintenu, ses connexions avec l’aile dure du monde politique et économique français préservées.
L’ultradroite violente en France ne se cache plus. Elle est dans la rue, sur les îles des puissants, dans les organigrammes de sociétés liées aux cercles du pouvoir. Marc de Cacqueray-Valménier en est l’incarnation la plus visible et la mieux documentée. Tant que ses protecteurs prospéreront dans l’impunité, la condamnation d’un homme, aussi méritée soit-elle, ne suffira pas.
Sources : Libération, StreetPress, La Lettre, L’Insoumission, Révolution Permanente, Contre-Attaque, Reporterre, France Info, CNews, Off Investigation, Socialter, Le Temps, Agence Anadolu
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