Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’Iran pourra compter pour vaincre sur son meilleur allié

Il est encore trop tôt pour dire ce qu’il va advenir de l’affrontement en Iran. Ce que l’on peut constater en lien avec cette analyse, c’est qu’il y a une stratégie visiblement envisagée avant l’intervention et prévue de longue date qui donnerait les moyens de la durée en tablant sur le fait que les Etats-Unis et Israël n’ont pas ces moyens de la durée non seulement en matériel mais dans la mobilisation des masses des pays qui eux acceptent la soumission. Mobilisation idéologique mais aussi quant aux conséquences du coût de la guerre comme on le voit avec le détroit d’Ormuz. Nous reviendrons probablement sur les formes de décentralisation et néanmoins de capacité de coordination qui vont a contrario de l’acte initial d’assassinat et donc de décapitation en ignorant la nature de ce pouvoir iranien et de son rapport avec une des sociétés civiles les plus éduquées du Moyen Orient (note de Danielle Bleitrach traduction de Marianne Dunlop pour histoireetsociete)

https://ria.ru/20260302/iran-2077670734.html

Texte : Victoria Nikiforova, Ria-novosti

La situation difficile de l’Iran, victime d’une agression brutale de la part des États-Unis et d’Israël, soulève la question suivante : cet ancienne nation est-elle condamnée ? Cependant, ce pays sage et habile à la guerre dispose d’atouts pour faire face à ses agresseurs. L’Iran en a dévoilé certains dès l’été 2025, d’autres ne sont révélés que maintenant.

Les ripostes de Téhéran contre Israël affaiblissent progressivement et rendent inutile le fameux « Dôme de fer », le système local de défense antimissile. C’est précisément après que les dommages causés aux Israéliens sont devenus inacceptables qu’ils ont rapidement mis fin à leur agression contre l’Iran l’année dernière.

La nouvelle carte maîtresse des Iraniens est l’annonce de la fermeture du détroit d’Ormuz. Hier, une déclaration a été faite annonçant sa réouverture « jusqu’à nouvel ordre », mais cela ressemble à un typique « brouillard de guerre ». Le fait est que les navires américains restent une cible militaire légitime pour l’Iran, et se trouver à proximité de ceux-ci revient à se retrouver dans une zone de combats réels.

C’est pourquoi les navires transportant du pétrole, qui se sont accumulés dans le golfe Persique, ont jeté l’ancre et ne se pressent pas du tout à s’engager dans le goulet étroit du détroit d’Ormuz. Un pétrolier a tenté de passer, a été pris pour cible et a coulé. Personne d’autre n’a voulu tenter l’aventure.

Le coût des assurances de fret a déjà grimpé en flèche, ce qui laisse présager une hausse rapide des prix du pétrole cette semaine. Il s’agit là d’un risque politique énorme pour l’administration de Washington. La guerre contre l’Iran n’est déjà pas très populaire aux États-Unis, et lorsque les électeurs américains verront que le prix de l’essence a doublé, ils ne voteront pas pour les républicains, auteurs de cette agression. La perte du Congrès menace Trump d’une procédure de destitution et ses collaborateurs de poursuites judiciaires.

L’attaque contre l’Iran est devenue une entreprise extrêmement coûteuse pour les États-Unis, et les coûts augmentent chaque jour. Près d’un tiers de la marine américaine, dont deux groupes aéronavals, a été déployé sur le théâtre des opérations. Les missiles sont également coûteux et leur nombre est limité. Les dépenses s’élèvent donc à des dizaines, voire des centaines de millions de dollars par jour.

Tout cela aura inévitablement des répercussions sur le marché boursier américain. Afin de minimiser les dégâts, Washington a lancé son attaque samedi, mais chaque jour de combats supplémentaires causera des dommages de plus en plus importants à l’économie américaine, qui traverse déjà une période difficile.

Les États-Unis n’ont ni les forces ni les moyens nécessaires pour mener une opération terrestre en Iran. Ils n’ont personne pour occuper cet immense pays de 93 millions d’habitants. Ils comptent simplement sur le fait que les bombardements y provoqueront le chaos et qu’ils pourront alors imposer leur marionnette au pouvoir.

Cependant, Reza Pahlavi, fils du shah déchu, détesté par la majorité des Iraniens, a vécu toute sa vie aux États-Unis et ne comprend absolument pas comment aborder la machine complexe de l’administration publique iranienne. Il est tout simplement difficile de croire que ce fils de bonne famille gâté soit capable de diriger un pays aussi vaste.

Le calcul selon lequel les bombardements brutaux et les massacres de civils effraieraient les Iraniens et briseraient leur unité ne s’est pas vérifié. Ceux qui le souhaitent peuvent regarder les images vidéo de Téhéran : des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour un rassemblement spontané, elles pleurent leurs martyrs et jurent de poursuivre leur combat.

En somme, la situation des Américains dans la région empire de jour en jour. L’Iran doit simplement continuer à faire ce qu’il fait : riposter sur le plan militaire, obtenir un soutien diplomatique, supporter avec courage les catastrophes militaires, rester uni et tirer pleinement parti de son avantage géographique.

Oui, ce n’est pas la stratégie la plus spectaculaire, mais c’est la plus efficace. Rester patiemment sur la défensive, en minimisant les pertes parmi ses propres troupes, c’est ennuyeux et peu cinématographique. Cette stratégie a un avantage : elle fonctionne. Le meilleur allié de l’Iran aujourd’hui, c’est le temps.

Tout peut déclencher la fuite des Américains de la région. Ils peuvent manquer de missiles, le prix du pétrole peut devenir inconfortable ou un drone venu de nulle part peut s’abattre sur l’un de leurs porte-avions. Ils s’enfuiront alors plus vite que des gazelles, suivis par les militaires israéliens. Bien sûr, leurs médias chanteront cela comme une victoire sans précédent, mais nous nous souvenons tous de ce qu’a donné une « victoire » similaire l’été dernier. Spoiler : rien.

Le temps joue contre l’administration américaine, ce qui explique ses agissements frénétiques à travers le monde. Nos pessimistes devraient s’en souvenir : souvent, la capacité à patienter et à attendre mène plus sûrement à la victoire que des attaques vouées à l’échec.

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