Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’Inde et les BRICS par Comaguer

Tout à fait d’accord avec cet article de Comaguer qui correspond d’ailleurs à notre échange sur radio galère dans lequel j’avais expliqué que la France ayant choisi une véritable politique de souveraineté pourrait adhérer à ce qui est un front anti-impérialiste. A ce titre, avais-je commenté à partir des textes de Marx que nous avons publiés en ouverture de notre livre (1), il existe une grande différence historique entre l’Inde, à cause de ses divisions de caste, l’intégration de ses potentats dans la domination britannique, et la Chine. Marx explique que l’Inde restera soumise à la colonisation britannique, alors que la Chine pourra se libérer et revenir tel un boomerang sur la Grande-Bretagne et les autres puissances européennes dans un nouveau pivot avec les Etats-Unis. Malgré ces divisions, ce que note COMAGUER, à savoir que le temps long des mouvements sociaux et de classe a toujours des incidences sur la politique de ces « élites » prêtes à toutes les corruptions (outre les intérêts qu’elles ont à bénéficier d’être ceux qui revendent le pétrole russe à l’Europe), la marge de manœuvre de Modi est limitée. La grève générale indienne de 2020-2021 a été un mouvement social initié par le secteur agricole indien, à la suite d’une réforme agraire mise en place par le premier ministre indien, Narendra Modi, dérégulant le marché agricole intérieur indien et qui continue à produire de la pression sociale. Nous sommes bien confrontés aux diverses temporalités historiques et les luttes des classes, les mouvements de masse ayant partout des effets sur le long terme quand la classe dominante ne peut plus exercer son hégémonie… La situation de la France n’est pas si éloignée. et même si la situation paraît désespérée vu l’état des forces politiques, notre pays peut surprendre (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

(1) Danielle Bleitrach, Marianne Dunlop, Jean Julien et Franck Marsal, quand la France s’éveillera à la Chine, la longue marche vers un monde multipolaire. Delga. mai 2025

Bulletin 634

06.0.2026

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INDE ET BRICS

Nous avons choisi de diffuser un article sur l’Inde bien documenté pour illustrer le fait que si les BRICS sont bien un front anti-impérialiste, même Trump l’a compris, il ne faut surtout pas croire que les BRICS seraient l’amorce d’une internationale socialiste de type nouveau tant sont divers politiquement et socialement les pays qui s’y retrouvent. Le cas de l’Inde, un des poids lourds des BRICS, mérite l’attention.

La source en est l’édition française du site du parti communiste marxiste-léniniste du Canada (https://cpcml.ca/fr/). A juste titre cet article souligne que l’Inde n’a pas connu de lutte armée de libération nationale et que l’indépendance lui a été octroyée par le colonisateur qui a ajouté à ce cadeau le poison de la division religieuse entre hindous et musulmans, la partition de 1947 et la création de deux puissances nucléaires non contrôlées c’est-à-dire non liées par le Traité de non-prolifération.

Mais des facteurs d’unité existent et la culture a maintenant trouvé sa place dans les BRICS. En témoigne l’attribution du premier prix de littérature des BRICS dont la création avait été annoncée à Kazan. La lauréate est l’égyptienne Salwa Bakr, les autres candidats présélectionnés étaient Ana Maria Gonzalez (Brésil), Sonu Saini (Inde), Ma Boyong (Chine), Reem al-Kamali (Emirats Arabes Unis), Abra Adamu (Ethiopie), Ntabiseng Jah Rose Jafta (Afrique du Sud), Denny JA (Indonesie), Aleksei Varlamov (Russie) et Mansour Alimoradi (Iran). Ce prix bien doté va trouver sa place à côté du Nobel et nous nous en réjouissons.

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Inde

Le Jour de la République rappelle la honte de la Constitution indienne

– J. Singh –

Le 26 janvier (2026) était le 76e anniversaire de la promulgation de la Constitution de l’Inde. C’est l’occasion de réfléchir et de tirer des conclusions sur la situation actuelle, où la Constitution concentre tous les pouvoirs de l’État et des gouvernements entre les mains d’une élite.

Selon les données recueillies, toutes les 15 minutes, quatre dalits et adivasis sont victimes d’atrocités. Chaque jour, trois femmes dalits sont violées, deux hommes dalits sont assassinés et 11 sont battus. Chaque semaine, 13 dalits sont assassinés et les maisons de cinq dalits sont incendiées. Au cours des 76 années d’existence de cette constitution, des centaines de millions de dalits ont été victimes d’atrocités.

En ce Jour de la République, l’énorme richesse créée par les travailleurs, les agriculteurs et les ouvriers est concentrée entre les mains de quelques familles appartenant à des groupes industriels tels que Adani, Ambani, Tata, Birla et d’autres. Les données publiées par des organisations et agences nationales et internationales révèlent cette dure réalité.

Les inégalités de revenus sont très importantes en Inde, et les inégalités de richesse le sont encore plus. Les 10 % les plus riches détiennent 65 % de la richesse du pays; les 1 % les plus riches détiennent à eux seuls environ 40 %. En cette fête de la République, les habitants dans la plupart des villes indiennes étouffent à cause de l’air toxique, des routes en mauvais état, des montagnes d’ordures, des rues sales et des embouteillages.

Selon les données du gouvernement, au cours des 76 dernières années, plus de 140 millions d’enfants sont morts de malnutrition. 150 millions d’autres enfants sont morts après avoir bu de l’eau insalubre. Plus de 40 millions de personnes ont été déplacées par des projets de « développement ». Toutes les concessions que le peuple avait obtenues au prix d’un bain de sang sont aujourd’hui remises en cause et l’élite au pouvoir a même retiré le droit de vote à des millions de personnes.

Ce n’est pas une coïncidence ni le fait de mauvaises personnes au pouvoir, dont les principales qualités sont leur caractère corrompu, leur capacité à escroquer, à mentir et à persécuter les populations qui se rebellent contre elles. La situation actuelle est le résultat et le prolongement de la voie choisie par ceux à qui les Britanniques ont transféré le pouvoir en 1947. Ils étaient tous des collaborateurs des Britanniques lorsque la Constitution a été rédigée de manière à priver le peuple de son droit de prendre les décisions qui affectent sa vie. Ceux qui ont rédigé la Constitution indienne ne voulaient pas rompre avec les institutions coloniales auxquelles leurs intérêts étaient intimement liés. Ils ont choisi de maintenir une forme de domination coloniale sans que les colonialistes britanniques y soient directement impliqués, car leurs collaborateurs ont pris leur place, servant les mêmes intérêts. Il n’est donc pas surprenant que plus de 90 % de la Constitution de la République de l’Inde soit constituée de la Loi sur le gouvernement de l’Inde promulguée par les Britanniques en 1935.

On peut voir à quel point la loi coloniale de 1935 est intégrée dans la Constitution de la République de l’Inde. En fait, un grand nombre de lois coloniales sont toujours en vigueur, appliquées encore aujourd’hui, car elles légalisent et facilitent le pillage, la spoliation, la répression et le génocide perpétrés par les élites au pouvoir.

Les trois premiers mots du préambule de la Constitution, « Nous, le peuple », sont les plus trompeurs. Les peuples de l’Inde n’ont rien eu à voir avec l’élaboration de la Constitution. À l’époque, le droit de vote, basé sur des considérations patrimoniales, était limité à 12 % des adultes. Dans ce qu’on appelait les États princiers, qui représentaient 60 % du territoire indien de l’époque, il n’y avait pas d’élections. Seuls 40 % du territoire indien organisaient des élections. Près de 50 % des personnes considérées comme habilitées à voter ne votaient pas. En d’autres termes, « nous, le peuple » comprenait alors et continue de comprendre aujourd’hui ceux qui ont rédigé la Constitution afin de protéger les intérêts d’une poignée de monopoles et de propriétaires terriens.

Les constitutions de toutes les démocraties libérales établies aux XVIIIe et XIXe siècles utilisaient le mot « peuple » pour désigner les hommes blancs propriétaires. Les esclaves étaient considérés comme des biens acquis lors de conquêtes étrangères. Les femmes étaient considérées comme des biens et les peuples coloniaux étaient considérés comme inférieurs à des êtres humains. Lorsque les peuples opprimés ont lutté pendant 200 ans contre une domination coloniale brutale et ont finalement obtenu le droit de vote, le type d’État établi ne reconnaissait pas leur droit de gouverner.

Au XXe siècle, les auteurs de la Constitution indienne ont été contraints de consacrer le suffrage universel, des dispositions relatives aux réserves et des droits limités pour les travailleurs, et de faire d’autres concessions pour apaiser les luttes du peuple. L’expérience montre qu’en l’absence d’une législation habilitante qui consacre le droit d’élire et d’être élu de manière significative afin de permettre au peuple d’exercer son pouvoir de décision, ce droit est en réalité vide de sens.

À l’occasion du 76e anniversaire de la promulgation de la Constitution indienne, le peuple indien – femmes, agriculteurs, travailleurs, étudiants, jeunes, peuples tribaux et intellectuels – est aux premières lignes des luttes menées dans tout le pays pour affirmer le droit d’être des peuples, défendre les droits de tous et garantir la protection de l’environnement naturel. Ils se battent dans les usines, les champs, les rues, les tribunaux, les assemblées, les écoles, les universités et tous les autres lieux. On constate également que les peuples de l’Inde développent leur propre vision et la conscience nécessaire pour sauver l’humanité et la planète des attaques vicieuses des oligarques qui cherchent à maximiser leurs profits. Alors que les criminels en col blanc intensifient leurs attaques, les rues de l’Inde résonnent de slogans tels que « Inquilab Zindabad, Sarbat Da Bhala » (Vive la révolution, l’égalité pour tous) et « Une seule humanité, une seule lutte, un autre monde est possible ».

Les Indiens ont découvert par leur propre expérience que la démocratie libérale inscrite dans la Constitution de 1950 ne les reconnaît pas, ni leurs droits ni leur existence. Peu importe la force avec laquelle l’élite au pouvoir et ses partis s’expriment depuis le Fort Rouge ou les chaînes de télévision, les gens se rendent compte que leur sécurité dépend de leur lutte et de leur unité. Comme l’a écrit Bhagat Singh :

Les oppresseurs inventent chaque jour de nouveaux moyens d’oppression
Notre passion est de mettre fin à toute oppression
.

C’est avec ces pensées que les habitants partout en Inde se souhaitent un joyeux jour de la République et lancent l’appel à se joindre à tous ceux qui luttent pour le renouveau et la rénovation de toutes les relations entre les êtres humains et entre les humains et la nature. Les agriculteurs de toutes les régions de l’Inde organisent des marches en tracteur pour mettre en avant leurs revendications et leur détermination à bâtir un monde meilleur qui garantisse une vie digne et juste pour tous.

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