Face à la démonstration ci dessous de la manière dont l’Iran a changé la donne de l’agression des Etats-Unis en obligeant celui-ci à jouer selon leur « jeu » il faut mesurer que l’UE a paru prendre ses distances au point de mettre en cause l’OTAN. Mais en fait cette apparence d’autonomie s’est vite avérée de la part de l’Allemagne comme de la France une simple division des rôles. L’Otan dont Macron disait jadis qu’elle est en état de coma dépassé a au contraire repris de la vigueur (1). Et plus que jamais le consensus atlantiste qui de fait s’impose à la France comme en a témoigné les vote du budget militaire nous conduit vers une catastrophe sans que l’on voit assez surgir les moyens de l’éviter., surtout que ce qui se passe en Iran oblige tous les autres protagonistes en particulier la Russie à changer de stratégie. (note et traduction de danielle Bleitrach)
(1) – Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a décrit la réévaluation par les États-Unis de leur engagement auprès des alliés européens au sein de l’OTAN comme une opportunité de renforcer le rôle de l’Europe dans l’alliance, alors que les ministres des Affaires étrangères étaient réunis pour un sommet en Suède.« Le réexamen par les États-Unis de leur niveau d’engagement sur le continent européen au sein de l’Alliance n’est pas un phénomène récent… J’y vois une opportunité de renforcer le rôle de l’Europe au sein de l’Alliance, de rendre l’OTAN plus européenne, de développer nos capacités et notre vision en son sein, et d’assumer une plus grande responsabilité », a déclaré Barrot aux journalistes avant la réunion de l’OTAN. Il a par ailleurs souligné la nécessité de mécanismes de solidarité liant les alliés à leurs partenaires et voisins les plus proches. « De ce point de vue, les appels lancés par certaines personnalités politiques françaises en faveur d’un retrait de la France de l’OTAN sont clairement déraisonnables et totalement irresponsables », a déclaré Barrot. Soulignant les menaces croissantes, notamment à proximité des États baltes en raison de la guerre russo-ukrainienne, il a fait remarquer que les pays baltes considéreraient une telle initiative comme une trahison. « Prendre ses distances avec une organisation qui, depuis 1949, nous a permis de dissuader et de repousser toute forme de menace serait une erreur », a ajouté Barrot.
Géopolitique 22 mai 2026
QUAND LA GUERRE NE SE JOUE PLUS EN SUIVANT LES PLANS DE WASHINGTON
Par José Gagliano
Aux yeux des États-Unis, la guerre contre l’Iran était une démonstration de force. Elle visait à confirmer l’idée que les États-Unis conservaient un contrôle absolu : pression militaire, supériorité technologique, domination navale, sanctions et intimidation diplomatique. Or, le conflit a démontré tout le contraire : Washington détient toujours un pouvoir considérable, mais n’est plus en mesure de le traduire automatiquement en obéissance politique.
La proposition américaine, rejetée par Téhéran, n’était pas, en substance, un plan de paix. Il s’agissait d’une exigence de capitulation. Les conditions imposées par les États-Unis portaient sur le détroit d’Ormuz, le rétablissement de la liberté de navigation, le gel des capacités iraniennes et l’acceptation d’un ordre régional établi ailleurs. L’Iran a répliqué par un contre-argument qui confirme le point essentiel : il ne se considère pas vaincu. En réalité, il estime disposer d’une marge de manœuvre plus importante que Washington ne veut bien l’admettre.
Au départ, l’objectif déclaré de la guerre était classique : le programme nucléaire iranien, la stabilité régionale, la sécurité d’Israël et le gouvernement de Téhéran. Mais au fil des jours, le centre du conflit s’est déplacé vers le détroit d’Ormuz. C’est là que la guerre militaire s’est muée en guerre géoéconomique. Quiconque contrôle Ormuz, ou menace son contrôle, contrôle non seulement une voie maritime, mais influe également sur les prix du pétrole, les assurances, les budgets des États du Golfe et la sécurité énergétique de l’Asie et de l’Europe.
La réponse iranienne : non pas tout paralyser, mais créer de l’incertitude partout.
Les Émirats arabes unis avaient prévu une stratégie de repli : l’oléoduc Abou Dhabi-Fujairah, dans le golfe d’Oman, conçu pour exporter du pétrole sans passer par le détroit de Gibraltar. Il s’agissait d’une voie de repli géoéconomique en cas de crise avec l’Iran. Mais Téhéran a réagi en étendant sa zone d’influence au point de rendre même cette option vulnérable. L’avantage émirati s’est ainsi trouvé anéanti.
La différence opérationnelle est cruciale. Les Iraniens doivent contrôler une ligne maritime plus courte, d’environ 130 kilomètres. Les Américains, pour imposer leur déploiement, doivent couvrir une zone beaucoup plus vaste, estimée à environ 350 kilomètres, de la frontière irano-pakistanaise jusqu’à la pointe d’Oman. Menacer un point de passage stratégique est une chose ; protéger une mer entière en est une autre. La géographie, ignorée par les déclarations politiques, finit toujours par prévaloir.
Dans ce contexte, seul l’Arabie saoudite, pays du Golfe, dispose d’une alternative viable grâce à l’oléoduc reliant l’est et l’ouest via Yanbu sur la mer Rouge. Toutefois, même là, la capacité n’est pas illimitée. Les oléoducs ont une capacité limitée, peuvent devenir des cibles et ne suppriment pas la vulnérabilité systémique du marché de l’énergie. Si le détroit d’Ormuz devient dangereux, l’ensemble du système pétrolier mondial sera plongé dans l’incertitude.
Les lettres de Trump et le paradoxe de la propagande
Trump voulait se présenter comme un homme qui maîtrise la situation. Mais l’image qu’il a choisie, liée au jeu Uno, s’est retournée contre lui : dans ce jeu, le gagnant est celui qui n’a plus de cartes. La propagande iranienne a immédiatement saisi l’occasion, déployant un style de communication plus rapide, plus ironique et plus sophistiqué que ce que l’Occident est prêt à admettre.
Il ne s’agit pas d’un problème folklorique, mais stratégique. L’Occident persiste à concevoir la communication militaire à l’aide de catégories obsolètes, souvent simplistes, fondées sur des déclarations péremptoires et des leçons de morale répétées. À l’inverse, les Russes, les Iraniens et les acteurs du Moyen-Orient emploient une forme de communication plus souple, symbolique et indirecte, capable de transformer même une erreur de l’adversaire en arme psychologique.
Sur le plan militaire, la situation est moins favorable à Washington que ne le laissent entendre les déclarations officielles. Les États-Unis auraient consommé une quantité considérable de missiles et de munitions, tandis que l’Iran, selon les estimations citées lors du débat américain, conserve une part importante de ses lanceurs de missiles et de son arsenal. Téhéran affirme même avoir accru ses stocks depuis le début du conflit, grâce à une production continue dans des installations souterraines.
Même sans prendre la propagande iranienne pour argent comptant, force est de constater que l’Iran n’a pas été anéanti. Le pays continue de produire des armes, de lancer des missiles, de menacer et de négocier. Washington a certes attaqué, mais n’est pas parvenu à briser les capacités politiques et militaires de son adversaire. Or, une guerre contre un adversaire qui refuse de s’effondrer se transforme immédiatement en un problème industriel, financier et diplomatique.
Le coût de la guerre et la fracture au sein du camp américain
Aux États-Unis, on prend de plus en plus conscience que le conflit pourrait coûter bien plus cher que prévu. Certaines estimations évoquent un coût faramineux, pouvant atteindre mille milliards de dollars. Même si ce chiffre est excessif, il souligne l’ampleur du problème : la guerre moderne engloutit des capitaux, des arsenaux, la crédibilité et les efforts stratégiques.
Le paradoxe réside dans le fait que Trump souhaitait utiliser la victoire sur l’Iran comme levier dans sa confrontation avec la Chine. Présenter Pékin comme vainqueur au Moyen-Orient lui aurait conféré un avantage lors des négociations. Or, une guerre inachevée produit l’effet inverse : loin de renforcer la position des États-Unis, elle l’affaiblit.
Même au sein des cercles néoconservateurs les plus radicaux des États-Unis, le risque commence à se faire sentir. Robert Kagan, figure emblématique de ce courant stratégique, a reconnu que le conflit ne démontre pas la puissance américaine, mais plutôt la difficulté des États-Unis à mener à bien ce qu’ils entreprennent. Ce constat est sévère, venant d’un milieu qui a souvent défendu l’interventionnisme américain.
Riyad ne tombe pas dans le piège
Le comportement de l’Arabie saoudite est peut-être le facteur le plus important. Riyad a refusé de laisser la crise dégénérer en guerre directe contre l’Iran. Malgré les attaques, les pressions et les provocations, Mohammed ben Salmane a maintenu une position prudente. Le prince Turki al-Faisal, ancien chef des services de renseignement saoudiens, a laissé entendre qu’une guerre régionale servirait avant tout le plan d’Israël visant à entraîner les États du Golfe dans une confrontation directe avec Téhéran.
C’est là le nœud politique du problème. Si l’Arabie saoudite avait réagi militairement, le Golfe aurait sombré dans la catastrophe : des milliers de morts, des infrastructures énergétiques endommagées, des voies maritimes paralysées et une flambée des prix. Au lieu de cela, Riyad a choisi le calme. Le pays a évité de tomber dans le piège, a maintenu le dialogue avec Téhéran et a même continué d’accueillir les pèlerins iraniens pour le Hajj.
La leçon est claire : le monde arabe, du moins dans cette crise, fait preuve d’une plus grande maturité diplomatique que l’Europe. Il ne confond pas chaque provocation avec la nécessité d’une escalade du conflit. Il ne transforme pas chaque incident en guerre ouverte. Il sait faire la distinction entre intérêt national, pression des alliés et risque systémique.
La Chine comme nouveau centre diplomatique
La crise iranienne est étroitement liée au conflit sino-américain. Avant sa visite prévue en Chine, Trump a imposé de nouvelles sanctions à des entreprises chinoises, cherchant ainsi à obtenir un avantage dans les négociations. Il s’agit d’une réaction occidentale classique : face à l’impossibilité de négocier, on impose des sanctions. Mais Pékin a réagi en interdisant à ses entreprises de se conformer automatiquement aux décisions de justice américaines.
C’est là que réside la différence avec l’Europe. L’Union européenne dispose depuis des années d’outils juridiques pour contrer l’extraterritorialité des sanctions américaines. Elle aurait pu les utiliser après le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien de 2015, alors que Téhéran respectait encore ses engagements. Elle ne l’a pas fait, par crainte de Washington. La Chine, quant à elle, construit sa souveraineté juridique, économique et stratégique.
Aujourd’hui, Pékin accueille favorablement les Iraniens, les Russes et ses partenaires régionaux. La ville devient l’épicentre d’une véritable diplomatie, tandis que l’Occident semble plus enclin à punir qu’à jouer les médiateurs.
L’Ukraine, la Russie et l’Europe sans stratégie
Le débat s’étend inévitablement à l’Ukraine. Là aussi, l’Occident a parié sur un effondrement russe qui ne s’est jamais produit. L’Europe a parlé de victoire, sans jamais vraiment expliquer quel type de paix elle entendait construire. Elle a confondu l’espoir d’un implosion russe avec une stratégie. Or, Moscou ne montre aucun signe d’affaiblissement significatif, et même la crise pétrolière du Golfe pourrait accroître ses revenus grâce à la hausse des prix de l’énergie.
Les incidents de drones en Lettonie illustrent la fragilité de la situation. La première réaction de l’Occident a été d’accuser Moscou, mais certains rapports suggèrent que les drones pourraient être ukrainiens, ayant franchi des zones frontalières sensibles. Si les États membres de l’Union européenne autorisent ou tolèrent l’utilisation de leur espace aérien pour des opérations contre la Russie, ils s’exposent à un risque élevé : Moscou pourrait les considérer comme belligérants.
Dans ce contexte, Poutine ne s’est pas contenté de déclarer la guerre terminée. Il a clairement indiqué que le discours européen prédisant l’effondrement de la Russie s’essoufflait. Cela change la donne. La guerre peut se poursuivre, mais le discours occidental perd de son influence. Même en Ukraine, les liens profonds avec la mémoire soviétique et russe persistent, comme en témoigne l’intérêt suscité par le défilé du 9 mai à Moscou. Cela n’implique pas un soutien à l’invasion, mais cela montre que la société ukrainienne est plus complexe que ne le laisse entendre la propagande occidentale.
Le déclin de la supériorité automatique
L’Iran, le désert d’Ormuz, l’Arabie saoudite, la Chine, l’Ukraine et la Russie témoignent de cette même transformation. Les États-Unis demeurent très puissants, mais non omnipotents. L’Europe exerce une influence considérable, mais dispose de peu de pouvoir réel. Les alliés n’obéissent plus aveuglément. Les adversaires ne s’effondrent plus au premier coup. Les puissances moyennes font preuve de stratégie. La Chine attend et s’organise. L’Iran résiste. La Russie ne s’effondre pas.
La grande illusion occidentale était de croire que la supériorité militaire, les sanctions et la propagande suffisaient encore à gouverner le monde. Ce n’est plus le cas. Au XXIe siècle, la puissance se mesure non seulement à la capacité d’attaquer, mais aussi à celle de résister, de produire, de maîtriser les coûts, d’entretenir des alliances, d’ouvrir des canaux de communication, de surmonter les obstacles économiques et d’utiliser le temps comme une arme.
Trump peut encore prétendre avoir tout à gagner. Mais la situation actuelle prouve le contraire : nombre de ses atouts sont épuisés, certains ne fonctionnent plus, d’autres sont tombés entre les mains de ses adversaires. Et le reste du monde a appris à jouer sans demander la permission à Washington.
Source : The Fionda
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