La guerre divise l’Europe en deux : des milliards pour maintenir à flot les institutions ukrainiennes, le déploiement de drones reporté. Voilà comment Kiev est soutenue sans être armée. (Fulvio Beltrami) Même si nous surmontons notre aversion pour ce régime et si nous adoptons le point de vue de l’OTAN, les choix européens sont absurdes. Cette agression de l’Europe contre la Russie est la première qui manifeste une telle lâcheté dont la principale victime est le peuple ukrainien. Lâcheté qui a sa traduction budgétaire ses dépenses qui servent surtout à soutenir les institutions corrompues ukrainiennes, j’ajouterai dans ce qu’elles permettent à certains groupes de poursuivre le pillage aux côtés des dirigeants ulkrainiens. C’est ce que ce groupe de catholiques italiens analyse et cette analyse est pertinente. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Depuis
28 juin 2026

Une première tranche d’aide a été allouée à Kiev dans le cadre d’un plan de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’Ukraine « jusqu’à la victoire ». Ces fonds serviront au soutien budgétaire, c’est-à-dire au maintien des institutions ukrainiennes.
Plusieurs médias ont rapporté que 5,9 milliards d’euros destinés à la production de drones avaient été exclus de la première tranche en raison de soupçons de corruption en Ukraine. Cette version a été confirmée par la Commission européenne.Il est intéressant de constater que l’UE évoque désormais la corruption ukrainienne, alors que pendant quatre ans, quiconque osait dénoncer ces faits était accusé de diffuser de fausses informations et de propagande pro-russe. Certains ont même réclamé l’intervention des forces spéciales italiennes (DIGOS), espérant voir emprisonné ce « salaud de Poutine », à l’instar de Son Excellence Pina Picerno, présidente du Parlement européen.
La prochaine tranche de 3,7 milliards d’euros (destinée à payer les entreprises européennes de fabrication de drones) devrait être débloquée en septembre, à condition que l’Ukraine démontre son intégrité, en rejetant la corruption qui fait partie intégrante de la culture des dirigeants ukrainiens depuis l’occupation nazie des années 1940, qui s’est poursuivie pendant l’ère soviétique, qui s’est perfectionnée après l’indépendance et qui règne désormais en maître à tous les niveaux grâce à la guerre par procuration de l’OTAN.
Le financement des drones reste donc incertain. Au total, l’UE allouera 8,5 milliards d’euros à Kiev d’ici la fin de l’année.Quels choix politiques ont été faits et quelle stratégie sous-tend le versement de la première tranche de 90 milliards d’euros à l’Ukraine ?
Pour répondre pleinement à cette question, mettons de côté un instant notre opposition justifiée à ce conflit insensé, mené par l’Occident depuis 2014 ; notre aversion justifiée pour un régime néonazi hyper-corrompu qui a accepté de mener une guerre par procuration contre la Russie, risquant la destruction de son pays et de son peuple ; et notre indignation justifiée face à une classe politique européenne discréditée et impopulaire qui détruit l’économie européenne et compromet la sécurité physique de 400 millions de citoyens européens, pour aider un pays non européen où les concepts de démocratie et de respect des droits de l’homme ne font même pas partie de leur vocabulaire.
Laissons de côté tous ces faits indiscutables et analysons les choix de Bruxelles dans une perspective de l’OTAN, en partant du principe que la Russie est véritablement notre ennemi mortel et que le soutien à l’Ukraine est essentiel pour l’Europe des « valeurs » et de la « démocratie ».
Derrière le chiffre de 3,2 milliards se cache un choix politique très précis : Bruxelles a décidé de financer la survie de l’État ukrainien, mais pas sa capacité de combat réelle.Cet argent est destiné au « soutien budgétaire » : salaires des fonctionnaires, services essentiels, pensions et fonctionnement des institutions. C’est le répit qui permet à Kiev d’éviter l’effondrement administratif tandis que la guerre absorbe ses ressources sur le front.
Un effondrement engendrerait des tensions sociales susceptibles de dégénérer immédiatement en révoltes armées. Déjà, la population ne voit aucune raison de poursuivre un combat perdu d’avance et est consciente de la corruption endémique qui gangrène le régime.Le montant total de l’aide européenne à Kiev — 90 milliards d’euros — est impressionnant et présenté dans les communications officielles comme une preuve de la « solidarité européenne inébranlable ». Mais la manière dont cette aide est répartie révèle une tout autre réalité.L’Europe a choisi de consolider son rôle de grand bailleur de fonds en reportant sa décision concernant son rôle de co-protagoniste militaire.
Depuis 2022, l’Europe est en guerre contre la Russie, mais elle prétend gérer le conflit avec une mentalité purement budgétaire et au prix du sang des Ukrainiens. C’est la première agression contre la Russie fondée sur la lâcheté. Des agressions polono-estoniennes à Napoléon et Hitler, les troupes européennes ont combattu en première ligne. Aujourd’hui, elles ont sous-traité le conflit à l’Ukraine…Depuis deux ans, les institutions européennes répètent à l’envi que « cette question concerne notre sécurité », que « la situation en Ukraine redéfinit l’architecture de la sécurité européenne ». Elles le réaffirment dans chaque déclaration, à chaque visite à Kiev, dans chaque résolution parlementaire. Mais lorsqu’il s’agit de passer des principes aux actes, l’asymétrie est flagrante : l’engagement est massif sur les plans financier et macroéconomique, mais sélectivement hésitant concernant les capacités militaires les plus sensibles, celles qui peuvent faire basculer le cours de la guerre.
Le budget de 5,9 milliards d’euros alloué à la production de drones et de munitions en circulation a été reporté, exclu de la première tranche et gelé dans l’attente de « contrôles anticorruption ». Politiquement, cela permet aux gouvernements d’exiger rigueur et transparence. Militairement, cela signifie que l’un des rares domaines où Kiev a fait preuve de créativité et de capacité à compenser son infériorité conventionnelle – le recours massif aux drones en profondeur sur le territoire russe – est marginalisé par les financements européens.
La contradiction est flagrante : ils prétendent vouloir empêcher une victoire russe, mais ils retardent le financement des moyens qui, aujourd’hui plus que tout autre, permettent à l’Ukraine de frapper des raffineries, des dépôts, des nœuds ferroviaires et des infrastructures critiques en Russie. Cela lui permet également de ralentir l’avancée russe et de compenser temporairement les pertes effroyables subies par l’armée. Selon certaines sources, on dénombre plus de 2 millions de soldats morts, blessés et disparus, contre moins de 300 000 pertes russes. Ces chiffres sont censurés en Europe dite « libre », mais sont accessibles au public en Ukraine et en Russie.
Dans le nouveau paradigme de la guerre qui émerge en Ukraine, les drones ne sont pas un simple accessoire technologique : ils constituent « l’artillerie des nations les plus faibles », comme l’Iran l’a amplement démontré. Ils permettent une vision au-delà de la ligne de front, un ajustement des tirs et le ciblage de véhicules blindés, de tranchées, de ponts et de convois. Ils entravent le déploiement massif de troupes et permettent des frappes à longue portée sur des cibles stratégiques en territoire russe à un coût bien inférieur à celui des missiles.
Ces deux dernières années, Kiev a développé une capacité de drones hybride, combinant production nationale, adaptations de drones commerciaux, financement participatif local et approvisionnement européen. Les attaques contre des raffineries et des installations énergétiques en Russie ont démontré qu’un nombre suffisant de drones pouvait compromettre les capacités de défense aérienne, contraignant Moscou à disperser ces systèmes et à accroître les coûts de protection de son territoire.C’est précisément ce type de capacité que les 5,9 milliards d’euros européens auraient dû permettre de consolider : transformer une chaîne d’approvisionnement semi-artisanale en un programme industriel coordonné, avec des normes et des volumes comparables à ceux de la Russie. Ce retard signifie que Kiev continue de se débattre avec une « économie de la guerre par drones » fondée sur une production irrégulière et insuffisante.
Sur le front, les conséquences sont évidentes : des drones FPV, des munitions à trajectoire circulaire et des drones de reconnaissance sont indispensables pour contenir l’avancée russe, tandis que l’artillerie ukrainienne souffre d’un manque de munitions et que l’infanterie est en infériorité numérique. Tout retard dans le financement compromet la capacité de l’Ukraine à assurer une surveillance électronique complète de chaque secteur du front, à neutraliser systématiquement les concentrations de troupes et à ralentir les assauts et les rotations.
Chaque semaine perdue se traduit par une colonne ennemie non détectée, une position russe consolidée et de nouvelles défaites.
La Russie a adapté sa stratégie. Après l’échec des avancées spectaculaires de la phase initiale (2022), la ligne de défense qui a anéanti l’armée ukrainienne lors de l’offensive désastreuse de 2023, elle a depuis opté pour une guerre d’usure, faite de petits gains territoriaux accumulés grâce à l’exploitation de sa supériorité industrielle et humaine.
L’armée russe ne cherche plus une percée décisive, mais plutôt une érosion progressive de la capacité de résistance de l’Ukraine. Cette stratégie lui a permis de s’emparer de places fortes importantes dans le Donbass (Kostantinovka et Lyman sont tombées cette semaine), de limiter considérablement ses pertes et d’empêcher la conscription de masse. Désormais, Soumy, Kherson et Zaporijia sont dans le viseur de Moscou. Tôt ou tard, ce sera au tour d’Odessa. Certains évoquent même Kiev.
Dans cette guerre d’usure, chaque retard européen est un avantage pour la Russie. L’absence, depuis des mois, d’un soutien européen conséquent en matière de munitions, de systèmes antiaériens et de drones s’inscrit parfaitement dans la stratégie du Kremlin. Moscou sait que le débat interne à l’UE est lent, source de divisions et fragmenté.Il sait que des questions comme la corruption, la transparence des marchés publics et la crainte de « militariser » les dépenses publiques deviennent des outils de procrastination.
Ainsi, tandis que Bruxelles débat du moment et des modalités de déblocage des 5,9 milliards d’euros destinés aux drones, sur le terrain, l’armée russe consolide ses positions, exerce une pression sur les plateformes logistiques ukrainiennes et teste la solidité de ses lignes de défense.
Les progrès sont lents, mais accumulés au fil du temps, ils deviennent décisifs. C’est la logique de l’usure : une victoire éclair n’est pas nécessaire ; il suffit que l’adversaire épuise progressivement ses ressources et son moral.
La justification officielle du retard de financement des drones est la corruption. Kiev est sommée de veiller à ce que les fonds ne soient pas détournés, que les procédures d’acquisition soient transparentes et que les fournitures militaires ne deviennent pas de nouvelles sources de corruption. Cette préoccupation est légitime, surtout pour une Union qui a déjà été confrontée à des scandales liés à son système de dépenses.Mais la sélectivité avec laquelle cette préoccupation est appliquée est révélatrice. Ces mêmes préoccupations semblent peser beaucoup moins lourd sur le soutien budgétaire, alors même que les flux financiers sont considérables, les chaînes d’approvisionnement complexes et les risques de mauvaise gestion tout aussi nombreux. À titre d’exemple, le maire d’Odessa (nationaliste fanatique, ami de la Première dame et détesté par la population) vient d’acquérir une villa d’un milliard de dollars en Italie, alors qu’il ne perçoit que 600 euros par mois pour sa fonction.
Le message implicite est que la corruption est plus « tolérable » lorsqu’elle concerne les salaires et les dépenses courantes que lorsqu’elle affecte l’achat d’armes sensibles.
En réalité, dans un contexte de guerre, le choix de ne prendre aucun risque en matière de financement de drones constitue un calcul politique erroné et préjudiciable : il vaut mieux financer le fonctionnement de l’État ukrainien que de s’exposer à des critiques internes pour avoir directement financé des armes offensives dans un pays perçu comme fragile sur le plan de la légalité.Ce raisonnement ne mène qu’à une seule issue : la défaite, car la corruption devient insignifiante si l’on parvient à se procurer la quantité d’armes et de munitions nécessaire pour renforcer la défense et bloquer l’avancée russe.
La corruption devient ainsi un prétexte commode pour reporter les décisions les plus controversées, même au prix d’un affaiblissement de la position militaire de Kiev.
Ce soutien rend l’Ukraine dépendante, mais non souveraine. À long terme, la structure de l’aide européenne risque de transformer ce pays slave en une sorte de protectorat financier : un État capable de rémunérer ses fonctionnaires (grâce à l’UE), de maintenir ses tribunaux et ses écoles ouverts, mais dépendant des décisions de dirigeants européens naïfs pour obtenir les moyens de défendre ou de reconquérir son territoire.
La dépendance financière vis-à-vis des pays européens et occidentaux est désormais totale au niveau macroéconomique. Sans les plans de soutien budgétaire, l’appareil d’État ukrainien serait paralysé. Cependant, la souveraineté militaire, c’est-à-dire la capacité de décider du moment et de la manière de frapper, demeure tributaire du rythme et des contraintes politiques des parlements et des gouvernements européens.
Il en résulte une « guerre conditionnelle » : l’Ukraine est soutenue suffisamment pour ne pas risquer une défaite rapide, mais pas suffisamment pour lui permettre d’inverser la dynamique du front. Le seul champ d’action qui reste à Kiev est celui du confinement, non celui de la victoire.
Dans cette logique, les drones, arme offensive et instrument de pression sur le territoire russe, sont plus problématiques que le financement de la bureaucratie, et sont donc reportés.C’est un message ambigu adressé à Moscou et à l’opinion publique européenne.
En apparence, la communication européenne est énergique, affirmative et truffée de formules toutes faites : « soutien indéfectible », « nous ne détournerons pas le regard », « nous ferons le nécessaire ». En réalité, le message adressé à Moscou est tout autre : l’Europe est prête à dépenser sans compter pour maintenir l’État ukrainien à flot, mais hésite lorsqu’il s’agit de soutenir les instruments qui mènent la guerre en Russie.
Pour le Kremlin, c’est un signe rassurant. Cela indique que l’UE ne souhaite pas pousser l’engagement militaire au-delà d’un certain seuil, par crainte d’une escalade, de divisions internes et de réactions négatives de l’opinion publique.
Cela indique qu’il existe des marges d’ambiguïté qui peuvent être exploitées, précisément parce que la ligne rouge européenne est plus politique que stratégique.
« Des hommes sans couilles », comme on aurait dit il y a 80 ans…Dans le même temps, on sert au public européen un discours édulcoré : on parle des chiffres globaux, pas de leur composition ; l’accent est mis sur le « combien » et le « comment » est négligé. Les citoyens voient qu’« on donne des milliards à l’Ukraine » et se demandent si ce n’est pas excessif.
Mais la question cruciale devrait être la suivante : finançons-nous ce qui influe réellement sur l’issue de la guerre, ou ne faisons-nous que prolonger le conflit sans modifier le rapport de forces ?
Fulvio Beltrami
Views: 181




Franck Marsal
Tout cela est un jeu très dangereux. Et après ce qui s’est passé entre les USA et l’Iran, l’UE ferait bien de réfléchir un peu. Pendant des années, on a fait croire aux gens qu’Israël décidait par son lobbying de la politique des USA et qu’Israël était le principal facteur de guerre impérialiste en Asie occidentale. Pendant des années, Israël fut ciblé prioritairement (déjà Saddam Hussein avait envoyé ses fameux SCUDs sans grand succès). Il suffisait alors de dépenser des milliards dans des systèmes anti-aérien (générateurs de commissions et rétro-commissions) et pendant ce temps, le jeu se déroulait sans encombre dans tous les pays voisins. Ces dernières années (jusqu’à la guerre de juin 2024), l’Iran a aussi concentré ses ripostes (lorsqu’il était bombardé) à Israël. Et puis, les choses ont changé. L’Iran a pris conscience que l’enjeu prioritaire était moins Israël que la présence militaire états-unienne dans et autour du golfe Persique et les pays qui l’acueillent. C’est à dire que l’Iran a choisi de cibler non pas ceux qui mènent la guerre, mais ceux qui l’attisent, la financent et la fournissent en arme, d’attaquer non le « proxy » mais le donneur d’ordre. Cela a complètement renversé le rapports de force. D’un coup, ceux qui ce croyaient à l’abri ont commencé à recevoir des missiles et ils étaient d’autant plus des cibles faciles qu’ils se croyaient pour toujours à l’abri.
Chacun peut examiner la transposition de cette situation au conflit russo-ukrainien. L’UE finance, les USA arment et renseignent, les ukrainiens et les russes meurent sur le champ de bataille. Le gouvernement russe est très probablement conscient de la situation. Il combat en Ukraine en ménageant ses forces, car il sait depuis longtemps que le donneur d’ordre n’est pas ukrainien. Il sait aussi que tout élargissement du conflit présente un risque de guerre potentiellement nucléaire. L’UE, de son côté, continue à attiser le conflit, à bloquer toute perspective de réglement pacifique, à financer l’énorme machine de corruption dont la pompe est à Kiev, mais le débouché principal ici (comme l’explique l’article).
On pourrait objecter que la Russie ne peut contrôler l’équivalent du détroit d’Ormuz. Mais si la Russie se mettait à faire en Europe ce que l’Ukraine fait en Russie, nous serions vite à genoux. Si les drones ukrainiens aériens peuvent frapper à 3000 km à l’intérieur de la Russie, cela implique symétriquement que les drones russes pourraient frapper très rapidement à 3 000 km à l’intérieur de l’espace de l’OTAN, très très loin …