Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Les leçons de Cuba

Voici encore un exemple de ce que l’on peut voir apparaître dans le monde multipolaire et que faute de mieux je définis comme « les dynamiques régionales » (souvent de voisinage géographique et historique) la manière dont ces « relations » politiques mais aussi civilisationnelles, souvent utilisées pour générer des conflits, peuvent également endiguer, submerger le terrorisme des USA. Et aller comme ici jusqu’en appeler à la réalité du peuple américain, a contrario de la puissance jusqu’ici hégémonique qui se débat en vain pour conserver sa suprématie sans partage. Il faut lire attentivement ce qu’écrit cette mexicaine moitié américaine et ce à quoi elle aspire. Cette fraternité historique entre « la patrie de Juarez » et celle de José Marti, les sentinelles de nuestra America, Mexique et Cuba partageant ce rôle historique face à l’avide voisin, mais aussi capable de lui manifester de l’amitié avec ce coeur chaleureux et chevaleresque des latinos. C’est une course contre la montre menée contre la monstruosité et face à laquelle toutes les armes doivent être déployées y compris celle de la fraternité et de l’obole de chacun comme des efforts diplomatiques, rien n’est inutile. Encore faut-il avoir conscience de l’importance de l’unité des efforts(note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
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Photo de Marco Peláez

Elena Gutiérrez*

24 mai 2026 00:03

Depuis janvier 2026, date à laquelle les États-Unis ont intensifié leur politique d’asphyxie du peuple cubain, j’ai eu l’occasion de me rendre sur l’île à trois reprises. À chaque fois, j’en reviens le cœur un peu plus brisé, mais aussi avec la conviction plus forte que Cuba doit être défendue. 

En tant que Mexicain, j’ai reçu, au nom de mes compatriotes, des milliers de témoignages de gratitude et d’accolades que le peuple cubain adresse au peuple mexicain. Comme me le dit mon ami Amado : pour nous, vous êtes le Mexique. À chaque fois que je suis là-bas, je parle de l’empathie et de la compréhension que nous avons pour Cuba, des efforts considérables que déploient les Mexicains ordinaires pour apporter quelques kilos de riz aux points de collecte ; et lorsque j’écoute les Cubains, j’en apprends un peu plus sur la profonde histoire qui nous unit. 

Mais en tant que Mexicaine-Américaine et militante binationale, je porte aussi le fardeau de comprendre le citoyen américain moyen. Après de nombreuses années passées aux États-Unis à tenter de comprendre ce pays, je suis toujours étonnée de constater à quel point l’idéal d’une démocratie tant désirée perdure en eux, malgré des années de crise démocratique qui ne cesse de s’aggraver. 

Ce que le système bipartite de la prétendue démocratie américaine a infligé au peuple cubain pendant des décennies – malgré les efforts de l’administration Obama – se reflète désormais au cœur même de l’empire. Ce sont les migrants, les Amérindiens, les Noirs et les populations historiquement opprimées qui en souffrent. Aujourd’hui, ce joug pèse sur une classe moyenne blanche qui commence à déplorer l’érosion des libertés qui lui ont été accordées. 

Que peuvent apprendre les États-Unis de l’Amérique latine ? Le peuple américain peut tirer des leçons d’une longue lutte contre son propre empire et d’un long processus de construction démocratique à partir de la base, un processus qui s’étend bien au-delà du moment électoral. Que peuvent apprendre les États-Unis de Cuba ? Absolument tout. 

La résilience et le tissu social que le peuple cubain a bâtis sont uniques, tout comme l’oppression du blocus que le gouvernement américain maintient depuis des décennies. Les États-Unis ont besoin d’un système de santé public, d’un accès gratuit à l’enseignement supérieur et de logements abordables. Ils doivent cesser d’investir les millions dépensés dans la guerre et commencer à les investir dans leur propre population. C’est ce qu’a fait Cuba. 

Le rêve démocratique, dans tout pays, se construit au-delà des urnes, par des projets que le peuple embrasse et met en œuvre. Les États-Unis ont aujourd’hui l’occasion de démontrer à eux-mêmes et au monde entier que les erreurs commises par leur gouvernement ne reflètent pas la volonté du peuple américain. Aujourd’hui, comme le disait C. Wright Mills il y a 60 ans, « la voix de Cuba doit être entendue aux États-Unis, car les États-Unis sont trop puissants et leurs responsabilités envers le monde et envers eux-mêmes sont trop grandes pour que leur peuple reste sourd aux appels du monde en détresse ». 

Les États-Unis se préparent à une nouvelle période électorale, tandis que leur politique de guerre et d’interventionnisme dans les pays du Sud est réaffirmée. 

Dans le même temps, l’île, qui compte 10 millions d’habitants, se prépare à poursuivre sa résistance face à une éventuelle attaque. Son « Guide familial de protection contre une agression militaire » donne des recommandations sur le contenu d’un sac à dos : papiers d’identité, radio, bougies, nourriture, médicaments et jouets pour occuper les enfants. 

Un récent sondage publié par le CEPR, un groupe de réflexion basé à Washington, révèle que plus de 60 % des Américains s’opposent à une guerre contre Cuba. Parallèlement, les réseaux de solidarité avec Cuba aux États-Unis, qui existent depuis le début de l’embargo, connaissent un regain d’activité. 

Mais les Américains peuvent-ils vraiment mettre fin à la folie que leur propre empire impose à eux-mêmes et au reste du monde ? Espérons-le, car seuls les Américains – et eux seuls – peuvent apporter les transformations dont leur pays a besoin. Ce n’est qu’alors que Cuba, les États-Unis, le Mexique et le reste du monde seront libres. 

Défenseur des droits de l’homme 

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