Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

« Le sang sèche vite en rentrant dans l’histoire ».

Ce texte a le mérite dans un temps où l’oubli nous a été imposé y compris chez les communistes eux-mêmes de rappeler ce qu’a été le temps où ceux qui portaient ce nom glorieux donnaient leur vie silencieusement, sans revendiquer ni gloire, ni place. Je vais devoir à l’occasion de la cérémonie du 26 juin 2026 parler de lui et je m’interroge beaucoup sur ce qu’il aurait souhaité que je dise. Je crois le reconnaitre dans le plus grand des déportés, il mesurait 185 mais il pesait 35 kilos et avait un oedème du visage qui déformait ses traits, ses jambes ont toujours conservé les traces des fers et dans ces plaies, s’incrustaient les poux du thyphis qu’il arrachait le matin par grappe entières, une photo de Dachau, il est resté parmi les derniers pour organiser le retour des plus faibles et il m’a raconté comment avec d’autres ils avaient trouvé une cassette pleine de pièce d’or sur la voie du chemin de fer et l’avaient laissé là, convaincus que tout cela n’aurait plus d’importance après ce qui avait forcément changé, les être humains auraient compris. Il y avait tant d’illusion sur la capacité de corruption et de médiocrité pourtant avec sa sagesse, il me disait aussi : il est plus facile de résister à la torture qu’à la vanité flattée. (note et traduction de danielle Bleitrach)

-Je porte le nom et les prénoms de 2 oncles cheminots communistes, résistants et déportés à Buchenwald ainsi que Dachau et le Struthof. L’un est parti en fumée après Buchenwald, Dora et Ellrich, l’autre a très brièvement survécu après Dachau. Au titre de la mémoire active du premier, j’ai participé sous la direction de l’historien chercheur Laurent THIERY à la rédaction de l’ouvrage « le livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora ». Un ouvrage magnifique de plus de 2400 pages et de plus de 4 kg livré une première fois à la coupole (Pas de Calais), magnifique musée dédié à la conquête de l’espace dans un monstrueux blockhaus.

-A l’occasion de la Journée nationale du souvenir de la Déportation (12 avril 2026) et de l’inauguration d’une nouvelle exposition « VERNON, UN DESTIN TOURNÉ VERS L’ESPACE », une cérémonie de remise du Livre des 9 000 déportés de Dora aux familles de déportés a été organisée à Vernon (Eure).

-La ville de Vernon doit son « aura patrimoniale » à la proximité des jardins de Claude Monet à Giverny et son « aura industrielle » à l’usine du Groupe Ariane en bon français et pas Group Ariane. C’est un site d’exception. L’essentiel de son activité concerne la propulsion cryotechnique (à hydrogène et oxygène liquides) pour les lanceurs Ariane 5 et Ariane 6. Son site d’essais, qui s’étend sur 116 ha, comprend trois bancs d’essais de moteurs cryotechniques et des installations pour tester divers composants.

-Comme l’a très justement présenté l’historien dans son discours inaugural, il convient de rappeler un élément important de l’histoire de cette usine. CITE THIERY

-Et oui la conquête de l’espace a commencé par l’esclavage, la torture et la mort de milliers de déportés notamment français. Les États-Unis, et en particulier la Nasa, récupèrent, notamment l’ingénieur tortionnaire Wernher von Braun et en font le père du programme Apolo. la France s’active pour attirer d’autres recrues allemandes et nazis. En effet, si la France et notamment Vernon, sont aujourd’hui à la pointe de la technologie spatiale, c’est en partie grâce aux ingénieurs allemands, recrutés 80 ans plus tôt, dès 1946. Au total, ils étaient près de 200 à avoir posé leurs valises à Vernon, pour travailler au Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques. Après la seconde guerre mondiale, la France recruta des spécialistes de l’armement afin qu’ils poursuivent leurs recherches sur les missiles à longue portée développés par l’Allemagne. Ils vécurent en communauté avec leurs familles, dans les bois, près de Vernon. La Cité de la Madeleine, rebaptisée par ses habitants « Buschdorf » – en français, le « village de la brousse ». Un lieu étonnant, à l’abri des regards, où une centaine de scientifiques allemands venus travailler en France après la seconde guerre mondiale formèrent, jusqu’au début des années 1960, une communauté à part, isolée de la population vernonnaise, dans les bois.

-À Vernon, Karl Heinz Bringer met ses compétences au service du LRBA et conçoit ainsi le moteur viking qui sera utilisé pour le programme Ariane. Mais des décennies plus tard, dans les années 90, malgré l’horreur des camps, Karl Heinz Bringer, surnommé le « père du moteur Ariane » porte des propos révisionnistes concernant le camp de Dora, où il a travaillé (3 500 résistants français, 210 survivants). Ce dernier assure, devant la caméra d’un historien, que les déportés de Dora « n’ont pas souffert » et « étaient mieux traités que certains ingénieurs ».

-Alors à Vernon le 12 avril, en même temps que sont honorés les déportés à travers le livre remis aux familles, 4 panneaux d’exposition sur Vernon et l’espace sont présentés au public. Si l’un des panneaux décline l’univers concentrationnaire, il n’en relève pas moins du scandale historique et lexical. En effet il y est écrit : « les ingénieurs allemands recrutés par la France étaient pour la plupart des membres du NSDAP. Travaillant sur place, ils ne pouvaient ignorer les conditions de production dans les tunnels de Dora où les déportés travaillaient et mourraient ». Qu’en terme aseptisés ces choses sont dites ! Non seulement ils n’ignoraient pas mais de surcroit ils étaient les maitres tortionnaires, les déportés à leurs services mourraient sous leurs coups et traitements ! 

-À Dora, rien n’étant prévu pour leur hébergement extérieur, les déportes sont « enterrés vivants » dans des galeries où ils travaillent, vivent et souvent meurent. La mortalité a avoisiné les 6 000 personnes pendant les six premiers mois, alors qu’il a pu s’y trouver ensemble jusqu’à 12 000 déportés, la plupart vivant dans les tunnels. Travail de douze heures, absence de système d’aération, d’installations électriques et de canalisations d’eau courante, saleté, puanteur, vermine, maladies, repos relatif dans la poussière et le bruit incessant. Nombreux sont les cas de pneumonie, tuberculose, typhoïde et dysenterie, sur des organismes affaiblis par le travail, le manque de soins et de nourriture.

Des morts à la pelle – Le monument-de-Buchenwald-dora au cimetière-du-père-Lachaise-Paris

Le premier ministre Sébaastien Lecornu, ex maire de Vernon, doit être saisi de ce scandale, que le panneau soit réécrit. Léon Landini disait à propos de l’histoire : « la mémoire ne vaut pas que pour le souvenir, elle vaut pour l’avenir ». Aujourd’hui, à l’heure du réarmement allemand, il ne s’agit pas de tricher avec l’histoire, le panneau de Vernon n’est pas isolé. Allez visiter la base de sous-marins allemands de St Nazaire, il y a encore quelques années, la base était dédiée à la consommation sans qu’aucun panneau ne vienne en préciser l’histoire. Et puis, en Normandie encore, sur les multiples restes des bases de lancement de V1 et V2 vers l’Angleterre, en Seine Maritime, on reconstitue bonne enfant, avec uniformes allemands ces temps furieux d’inhumanité!

J. DELEPINE

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1 Commentaire

  • Etoilerouge
    Etoilerouge

    Oui la mémoire c’est pour l’avenir et donc non au trafic de celle ci par des entrepreneurs corrompus ou irresponsables Pour le sinistre des affaires étrangères qui a couvert le crime contre la France résistante et me millions de morts soviétiques que représente les honneurs rendus au couple melnik , nazis, SS , par tout le gouvt l’armée la police tout l’état actuel ukrainien je pense que ce monsieur n’est pas irresponsable mais lui même un nazi d’aujourd’hui.
    Hommes veillez

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