Jean-Luc Picker collaborateur d’histoireetsociete nous adresse cette traduction et ses commentaires. Nous avons eu souvent des débats avec Jean Luc très engagé dans la cause palestinienne sur la nécessité de bien montrer le rôle au Moyen Orient de l’impérialisme US. L’Iran visiblement a choisi concrètement d’en tirer les conséquences stratégiques depuis la guerre des 12 jours et c’est le sens aussi de cet article et des commentaires qui suivent de Jean-Luc Picker. Cela ne blanchit en rien au contraire le rôle de ceux qui acceptent de devenir des génocidaires et en fait de sacrifier leur propre peuple comme Netanyahou, Zelenski… Et cela nous incite à réfléchir à ce que veulent faire de nous Macron, les autres dirigeants de l’UE et celui qui sauve l’honneur l’espagnol Sanchez. Dans ce cas se faire traiter ‘d’antisémite » me parait un honneur face à ceux qui trahissent l’humanité (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete).
Traduction d’un article de Dave de Camp paru le 3 mars 2026 sur Antiwar
En réponse à une question concernant la déclaration de Marco Rubio – faite la veille – affirmant que les États-Unis avaient déclenché la guerre parce qu’Israël s’apprêtait à attaquer l’Iran, le président états-unien a contredit son secrétaire d’état.
Ajoutant à la confusion du message de l’administration Trump concernant la guerre avec l’Iran, le président Trump a suggéré mardi aux journalistes présents dans le Bureau ovale que, au contraire, c’était peut-être lui qui avait « forcé la main d’Israël » pour entrer en guerre.
Lundi, le secrétaire d’État Marco Rubio, avait expliqué que, parmi les raisons pour l’entrée en guerre des USA, figurait le fait que si Israël initiait les hostilités, l’Iran pouvait répondre par des attaques sur des bases américaines.
Des hauts responsables de l’administration états-unienne ont repris ce message lors de briefings classifiés avec des membres du Congrès lundi, ce qui a été confirmé par plusieurs représentants et son président lui-même, Mike Johnson (R-LA) :
« Parce qu’Israël était déterminé à agir avec ou sans les États-Unis, notre commandant en chef, l’administration et les responsables [du Cabinet] ont dû prendre une décision très difficile. Ils devaient évaluer les menaces pesant sur les États-Unis, sur nos troupes, sur nos installations, sur nos ressources, dans la région au-delà »

Trump et Rubio dînent avec le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, à la Maison Blanche le 7 juillet 2025 (photo du service de la Maison Blanche)
Ce récit n’est pas sans failles, entre autres parce qu’Israël s’est appuyé sur les défenses aériennes américaines pour intercepter les missiles iraniens lors de conflits précédents. Par ailleurs, Politico a rapporté quelques jours avant le début de la guerre que des responsables de l’administration Trump pensaient qu’il serait peut-être préférable pour la « politique » qu’Israël attaque d’abord seul, provoquant des attaques iraniennes contre les actifs américains qui permettraient de justifier une intervention américaine.
Après que les propos de Rubio ont suscité de vives réactions, l’administration a semblé changer de version. Dans un article sur X, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a partagé un article du National Review intitulé « Non, Marco Rubio n’a pas affirmé qu’Israël a entraîné Trump dans la guerre contre l’Iran ». S’adressant à nouveau aux journalistes mardi, Rubio a rétropédalé, expliquant qu’il avait seulement voulu parler du moment choisi pour l’attaque commune et que le président avait déjà pris la décision de déclencher la guerre pour détruire le programme iranien de missiles balistiques.
Alors que des responsables du Pentagone avaient déclaré dimanche au Congrès que l’Iran ne prévoyait pas d’attaquer les actifs américains à moins qu’Israël n’attaque en premier, Trump a affirmé mardi qu’il pensait que l’Iran se préparait à attaquer :
« D’après la façon dont la négociation se déroulait, je pense qu’ils allaient attaquer en premier. Et je ne voulais pas que ça arrive. Donc, en réalité, c’est peut-être moi qui a forcé Israël à agir. Mais Israël était prêt, et nous étions prêts ».
Commentaires du traducteur Jean Luc Picker, collaborateur d’histoireetsociete pour lequel il a effectué cette traduction et ce commentaire.
Cette querelle de clocher entre le président et son secrétaire d’état n’est pas sans rappeler certaines amabilités que s’échangeaient Henry (Kissinger) et Richard (Nixon) en leur temps. Des dissensions de surface qui ne masquaient pas leur accord fondamental pour défendre l’hégémonie états-unienne dans ce qui était encore sa ‘sphère d’influence’, au prix de centaines de milliers de vie vietnamiennes ou autres.
Ce désaccord dans les narratifs poussés par Rubio et Trump ne doit pas non plus nous cacher l’essentiel : le contrôle – ou la destruction de l’Iran – est un objectif constant de l’impérialisme états-unien depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Et dans cette obsession, Israël n’a qu’une fonction de supplétif.
Israël sait parfaitement que – sauf à utiliser offensivement son arsenal nucléaire – il n’a aucun moyen de mater la république islamique. S’il en a jamais douté, la guerre des douze jours de juin 2025 lui aura clairement fait accepter ce simple fait. Israël est entièrement dépendant de la décision de l’empereur à qui il suffirait, par exemple, de lui dénier l’accès à ses facilités de renseignement pour le dissuader de faire cavalier seul.
La décision d’attaquer l’Iran appartient donc entièrement aux États-Unis et toutes les tentatives d’insinuer que Israël aurait ‘forcé’ les USA à cette guerre ne visent qu’à dédouaner l’empire de sa responsabilité pour cette n-ième -et peut-être finale- guerre d’agression au nom de son ‘destin hégémonique’. Une agression qui a peu à voir avec les prétextes officiels (la défense des Iraniennes, le risque nucléaire ou même la sécurité d’Israël) et tout à voir avec la nécessité vitale pour l’empire de contrôler les flux pétroliers mondiaux, du Venezuela au Moyen Orient, en passant, si ‘Poutine’ le veut, par la Russie. Nous y reviendrons au plus vite dans ce blog.
Views: 10


