le week end malgré une actualité chargée est aussi un moment de détente voici un conte de Brecht sur l’alliance nécessaire entre l’intellectuel matérialiste en proie à l’inquisition des « bigots » et l’obstination prolétarienne à réclamer son dû. Accusé d’hérésie, Giordano Bruno se retrouve emprisonné à Venise et soumis à un long procès devant le Saint-Office mais l’épouse du tailleur perturbe le cérémonial vatican en réclamant le prix impayé du manteau. Giordano Bruno, abandonné par son riche protecteur qui voulait un sorcier alchimiste et a eu un physicien, n’a pas les moyens de payer le travail effectué. Il y a des dettes véritables et d’autres procès qui ne sont que tartufferies, goinfreries au mépris du travail réel celui de l’intellectuel et celui du prolétaire. Cette dette lui parait plus importante que tout le réquisitoire imbécile de ses accusateurs le condamnant à mort parce ce qui est est une insulte à ce qu’ils acceptent d’être. Je me sens totalement solidaire de l’attitude de Giordano Bruno et de l’obstinée créancière, cette alliance a gouverné ma vie et je n’en changerai pas. j’ajouterai cette remarque en ce qui concerne mes propres censeurs et diffamateurs type ce crétinissime de Claude Gindin le directeur de la Pensée qui en est arrivé à réclamer au vatican UE l’effacement de mes écrits et l’ombre portée de son grand inquisiteur le sieur Boulet : je leur dis messieurs j’ai déjà un pied dans la tombe et je suis d’autant plus mal disposée à me faire marcher sur l’autre à cause de vos fantasmes de toute puissance inquisitoire. (note de danielle Bleitrach pour histoire et societe)
https://www.rts.ch/archives/1964/video/le-combat-de-brecht-26181606.html
en quelques lignes une philosophie que je partage plus que jamais en notant que l’on peut être exilé au sein, de son propre pays …
Bertolt Brecht
Histoires de calendriers (1949)
Traduction : Joaquín Rábago
Synopsis : « Le Manteau de l’hérétique » ( Der Mantel des Ketzers ) est une nouvelle de l’écrivain allemand Bertolt Brecht, publiée en 1949 dans le recueil Kalendergeschichten . Accusé d’hérésie, Giordano Bruno se retrouve emprisonné à Venise et soumis à un long procès devant le Saint-Office. Au moment de son arrestation brutale, il laisse derrière lui une dette : le paiement d’un manteau d’hiver confectionné sur mesure par le tailleur Gabriele Zunto. Tandis que le philosophe fait face aux graves accusations qui menacent sa vie, l’épouse obstinée de l’artisan se lance dans une lutte acharnée pour recouvrer la somme que lui doit l’illustre prisonnier.

Le manteau de l’hérétique
Bertolt Brecht
(Histoire complète)
Giordano Bruno, cet homme de Nola condamné au bûcher pour hérésie par l’Inquisition romaine en 1600, est universellement considéré comme un grand homme, non seulement pour ses hypothèses audacieuses – et confirmées par la suite – sur le mouvement des astres, mais aussi pour son courage face à l’Inquisition. Il leur déclara : « Vous prononcez peut-être votre sentence contre moi avec plus de crainte que j’en éprouve en l’entendant. » À la lecture de ses écrits et au regard des récits de ses actions publiques, on comprend aisément pourquoi il est un grand homme. Pourtant, une anecdote pourrait bien accroître encore notre respect pour lui.
C’est l’histoire de son manteau.
Premièrement, nous devons savoir comment il est tombé entre les mains de l’Inquisition.
Un patricien vénitien, un certain Mocenigo, invita un savant à séjourner chez lui afin de l’initier aux secrets de la physique et de la mnémotechnie. Il lui offrit l’hospitalité pendant plusieurs mois et reçut, en échange, l’enseignement convenu. Mais au lieu des leçons de magie noire qu’il attendait, il ne reçut que des leçons de physique. Fort mécontent, car celles-ci ne lui étaient d’aucune utilité, il commença à s’inquiéter des dépenses de son hôte et le pressa avec insistance de lui révéler le savoir secret et précieux qu’un homme aussi illustre ne pouvait manquer de posséder. N’obtenant rien de cette manière, il le dénonça par lettre à l’Inquisition. Il écrivit que cet homme pervers et ingrat avait tenu des propos injurieux envers le Christ en sa présence, affirmant que les moines étaient des ânes qui abrutissaient le peuple et prétendant également, contrairement à ce que disait la Bible, qu’il n’y avait pas un seul soleil, mais d’innombrables soleils, etc., etc. C’est pourquoi, lui, Mocenigo, l’avait enfermé dans son grenier et avait supplié qu’on envoie rapidement des autorités à sa recherche.
Les fonctionnaires arrivèrent très tôt un lundi matin et emmenèrent le sage dans les cachots de l’Inquisition.
Cela se produisit le lundi 25 mai 1592, à trois heures du matin, et de ce moment jusqu’au jour où il monta sur le bûcher, le 17 février 1600, l’homme de Nola ne quitta plus jamais les cachots.
Pendant les huit années que dura ce terrible processus, Bruno lutta sans relâche pour sa vie, mais la bataille qu’il mena à Venise, la première année, contre son transfert à Rome fut peut-être la plus désespérée.
L’histoire du manteau se déroule durant cette période.
Durant l’hiver 1592, alors qu’il logeait encore dans une auberge, il fit confectionner un épais manteau sur mesure par un tailleur nommé Gabriele Zunto. Au moment de son arrestation, il ne l’avait pas encore payé.
Apprenant l’arrestation, le tailleur se précipita chez M. Mocenigo, près de San Samuele, pour lui présenter sa facture. Il était trop tard. Un domestique de M. Mocenigo lui montra la porte du doigt. « Nous avons déjà dépensé bien trop pour cet imposteur ! » cria-t-il si fort depuis le seuil que des passants se retournèrent. « Vous feriez mieux d’aller au Saint-Office et de leur dire que vous avez affaire à cet hérétique ! »
Le tailleur, figé de peur, se tenait au milieu de la rue. Une bande de gamins des rues avait tout entendu, et l’un d’eux, un garçon boutonneux et déguenillé, lui avait jeté une pierre. Certes, une femme mal vêtue était apparue sur le seuil d’une porte et avait giflé le vaurien, mais Zunto, un vieil homme, sentait bien qu’il était dangereux de « fréquenter cet hérétique ». Il s’enfuit en jetant des regards apeurés autour de lui et fit un long détour pour rentrer chez lui. Il ne dit rien à sa femme de son malheur, et pendant une semaine, elle ne comprit pas les raisons de son désespoir.
Mais le 1er juin, en faisant ses comptes, elle découvrit qu’un manteau n’avait pas été payé par un client dont le nom était sur toutes les lèvres, car l’homme de Nola était la risée de la ville. Les rumeurs les plus terribles circulaient sur sa perversité. Non seulement il s’était insurgé contre le mariage, tant dans ses livres que dans ses conversations, mais il avait même traité le Christ lui-même de charlatan et proféré les affirmations les plus extravagantes au sujet du soleil. Il n’était donc pas étonnant qu’il n’ait pas payé son manteau. Et la brave femme n’avait aucune intention de se résigner à cette perte. Après une vive dispute avec son mari, la septuagénaire, vêtue de ses plus beaux vêtements, se rendit au siège du Saint-Office et, d’un air renfrogné, réclama les trente-deux couronnes que l’hérétique emprisonné lui devait.
Le fonctionnaire à qui il s’est adressé a pris note de sa demande et a promis d’examiner la question.
Zunto reçut bientôt une convocation et, tremblant comme une feuille, il se présenta au bâtiment redouté. À sa grande surprise, il ne fut pas interrogé, mais simplement informé que sa demande serait examinée lors de la vérification de la situation financière du détenu. Quoi qu’il en soit, le fonctionnaire lui laissa entendre qu’il ne devait pas se faire d’illusions.
Le vieil homme, ravi d’avoir échappé si facilement à la mort, la remercia humblement. Mais sa femme était loin d’être satisfaite. Pour compenser cette perte, il ne suffisait pas à son mari de renoncer à son verre de l’après-midi et de continuer à coudre tard dans la nuit. Ils avaient contracté des dettes auprès du marchand de tissus qu’ils ne pouvaient éviter. Elle se mit à crier dans la cuisine et la cour que c’était une honte d’emprisonner un criminel avant qu’il n’ait remboursé ses dettes. S’il le fallait, ajouta-t-elle, elle irait trouver le Saint-Père à Rome pour récupérer ses trente-deux écus. « Il n’aura pas besoin de manteau sur le bûcher ! » s’écria-t-elle.
Elle raconta l’incident à son confesseur. Celui-ci lui conseilla de réclamer au moins le manteau. Voyant là une reconnaissance, par une autorité ecclésiastique, de la légitimité de sa demande, la femme déclara qu’elle ne se contenterait pas du seul manteau, qui avait sans doute déjà servi et qui, de surcroît, était fait sur mesure. Elle avait besoin d’argent. Et lorsqu’elle éleva légèrement la voix, emportée par sa ferveur, le prêtre la congédia.
Cela la ramena un peu à la raison et la calma pendant quelques semaines. Rien de nouveau ne sortit du bâtiment de l’Inquisition concernant l’affaire de l’hérétique emprisonné. Mais partout, la rumeur courait que les interrogatoires révélaient d’horribles infamies. La vieille femme écoutait avidement tous les ragots. Elle était tourmentée d’entendre que le sort de l’hérétique était scellé. Cet homme ne serait jamais libéré, et il ne pourrait jamais rembourser ses dettes. La femme cessa de dormir la nuit, et en août, lorsque la chaleur eut finalement raison de ses nerfs, elle se mit à déverser ses griefs à flots dans les boutiques où elle achetait ses vêtements et auprès des clientes venues les essayer. Elle insinuait que les moines commettaient un péché en rejetant avec une telle indifférence les justes revendications d’un petit artisan. Les impôts étaient accablants, et le prix du pain venait encore d’augmenter.
Un matin, un fonctionnaire l’emmena au siège du Saint-Office, où on lui ordonna fermement de cesser ses médisances. On lui demanda si elle n’avait pas honte de colporter des rumeurs sur une affaire religieuse aussi grave pour quelques pièces de monnaie. On lui fit clairement comprendre qu’ils disposaient de tous les moyens nécessaires contre les personnes de son genre. Cela eut un effet temporaire, mais chaque fois qu’elle repensait à l’expression « pour quelques pièces de monnaie », prononcée par ce moine bedonnant, elle rougissait de colère.
Puis, en septembre, des rumeurs ont circulé selon lesquelles le Grand Inquisiteur de Rome avait demandé le transfert de l’homme de Nola. La question était débattue à la Seigneurie.
Les citoyens débattirent vivement de cette demande de transfert, et l’opinion générale y était opposée. Les corporations refusaient de se soumettre à une quelconque juridiction romaine.
La vieille femme était hors d’elle. Allaient-ils maintenant permettre le transfert de l’hérétique à Rome sans que ses dettes soient réglées au préalable ? C’en était trop. À peine avait-elle appris cette nouvelle incroyable que, sans même prendre la peine de se vêtir plus élégamment, elle se précipita au siège du Saint-Office.
Cette fois, elle fut reçue par un fonctionnaire de rang supérieur qui, curieusement, se montra beaucoup plus conciliant que les précédents. Il avait presque son âge et écouta ses doléances calmement et attentivement. Lorsqu’elle eut terminé, après une brève pause, il lui demanda si elle souhaitait parler à Bruno.
Elle a immédiatement dit oui. Et ils ont programmé un entretien pour le lendemain.
Ce matin-là, un petit homme maigre à la barbe sombre clairsemée l’aborda dans une minuscule pièce aux fenêtres grillagées et lui demanda poliment ce qu’elle voulait.
Elle l’avait vu essayer le manteau et se souvenait bien de son visage, mais cette fois, elle ne l’a pas reconnu immédiatement. La tension des interrogatoires avait dû le transformer.
La femme a dit précipitamment :
—Le manteau. Il n’a jamais pris le temps de le payer.
Il la fixa, stupéfait, pendant quelques secondes. Lorsqu’il se souvint enfin, il lui demanda à voix basse :
—Combien je vous dois ?
« Trente-deux escudos », dit-elle. « Nous vous enverrons la facture. »
Il se tourna vers le fonctionnaire grand et corpulent qui supervisait l’entretien et lui demanda s’il savait combien d’argent avait été déposé au siège du Saint-Office avec ses autres effets personnels. L’homme l’ignorait, mais promit de se renseigner.
« Comment va votre mari ? » demanda la prisonnière en se retournant vers la vieille femme, comme si l’affaire était pratiquement réglée, que des relations normales avaient été rétablies et qu’il s’agissait d’une visite ordinaire.
Et la femme, surprise par la gentillesse du petit homme, murmura qu’elle allait bien et ajouta même quelque chose à propos de ses rhumatismes.
Ce n’est qu’après deux jours qu’il retourna au siège du Saint-Office, car il jugea opportun de laisser à ce monsieur le temps de mener à bien ses investigations.
On lui accorda de nouveau l’autorisation de lui parler. Il dut patienter plus d’une heure dans la petite pièce aux fenêtres grillagées, pendant l’interrogatoire du prisonnier.
Finalement, il apparut, l’air très fatigué. Comme il n’y avait pas de chaises, il s’appuya légèrement contre le mur. Mais il alla droit au but.
D’une voix très faible, il lui dit qu’il ne pouvait malheureusement pas payer le manteau. Il n’avait trouvé aucun argent liquide parmi ses affaires. Mais il ajouta qu’il ne comptait pas perdre espoir. Il y avait réfléchi et il lui semblait se souvenir qu’un homme qui avait publié certains de ses livres à Francfort lui devait encore de l’argent. Il lui écrirait, si on le lui permettait. Il en ferait la demande le lendemain. Durant l’interrogatoire, ce jour-là, il avait eu l’impression que l’atmosphère n’était pas des plus favorables, et avait donc préféré ne poser aucune question pour ne pas tout gâcher.
La vieille femme le scrutait de ses yeux perçants pendant qu’il parlait. Elle connaissait les ruses et les vaines promesses des mauvais payeurs. Leurs obligations ne signifiaient rien pour eux, et acculés, ils faisaient semblant de remuer ciel et terre.
« Alors pourquoi avait-il besoin d’un manteau s’il n’avait pas d’argent pour le payer ? » demanda-t-il sèchement.
Le prisonnier hocha la tête pour montrer qu’il comprenait son raisonnement. Et il répondit :
J’ai toujours gagné de l’argent grâce à mes livres et mes cours. C’est pourquoi je pensais en gagner aussi maintenant. Et je pensais avoir besoin de la cape, car je pensais continuer à voyager à travers le monde.
Il dit cela sans la moindre amertume, comme s’il voulait simplement ne pas laisser la vieille femme sans réponse.
La vieille femme l’examina de nouveau de la tête aux pieds, furieuse, mais en même temps avec le sentiment qu’elle ne le comprendrait pas, et, sans ajouter un seul mot, elle se retourna et quitta précipitamment la petite pièce.
« Qui oserait envoyer de l’argent à un homme poursuivi par l’Inquisition ? » lança-t-elle avec indignation à son mari ce soir-là, au lit. Il n’était plus préoccupé par la position des autorités ecclésiastiques à son égard, mais il désapprouvait toujours les efforts inlassables de sa femme pour obtenir cet argent.
« Maintenant, il a des choses plus importantes à penser », grommela-t-il.
Elle n’a rien dit.
Les mois suivants s’écoulèrent sans aucun nouveau développement dans cette affaire troublante. Début janvier, des rumeurs circulèrent selon lesquelles la Seigneurie envisageait d’accéder à la demande du Pape et de livrer l’hérétique. La famille Zunto reçut par ailleurs une nouvelle convocation au siège du Saint-Office.
Aucun horaire précis n’avait été fixé, et Mme Zunto arriva un après-midi. Son arrivée était malvenue. Le prisonnier attendait la visite du procureur général, auprès duquel la Seigneurie avait sollicité un avis concernant son transfert. Mme Zunto fut reçue par le haut fonctionnaire qui avait organisé son premier entretien avec le Nolan quelque temps auparavant ; le vieil homme lui indiqua que le prisonnier avait exprimé le désir de lui parler, mais lui conseilla de bien réfléchir avant de se rendre à l’audience, car le prisonnier attendait une réunion très importante.
Elle a dit qu’il valait mieux lui demander.
Un fonctionnaire sortit et revint peu après avec l’homme de Nola. L’interrogatoire eut lieu en présence du haut fonctionnaire. Avant que le prisonnier, qui souriait à la dame depuis l’embrasure de la porte, n’ait pu dire un mot, la vieille femme le réprimanda sèchement :
—Pourquoi te comportes-tu ainsi si tu veux continuer à voyager à travers le monde ?
Le petit homme parut déconcerté pendant quelques instants. Il avait répondu à d’innombrables questions durant ces trois mois et se souvenait à peine de la fin de son dernier entretien avec la femme du tailleur.
« L’argent n’est pas arrivé », dit-il finalement ; « J’ai écrit deux fois pour le réclamer, mais je ne l’ai pas reçu. Je me suis dit que vous seriez peut-être intéressé(e) à récupérer le manteau. »
« Je savais qu’on en arriverait là », répondit-elle d’un ton dédaigneux. « C’est du sur-mesure et bien trop petit pour la plupart des gens. »
L’homme de Nola regarda la vieille femme avec un air tourmenté.
« Je n’y avais pas pensé », dit-il en se tournant vers le moine. « Ne pourrait-on pas vendre tous mes biens et donner l’argent à ces gens ? »
« Je crains que ce ne soit impossible », intervint le grand et robuste fonctionnaire qui l’accompagnait. « Monsieur Mocenigo les réclame. Vous vivez à ses crochets depuis longtemps. »
« C’est lui qui m’a invité », répondit l’homme de Nola d’une voix lasse.
Le vieil homme leva la main.
— Cela n’a rien à voir avec le sujet. Je pense que nous devrions rendre la cape.
« Et que ferons-nous de lui ? » demanda obstinément la vieille femme.
Le vieil homme rougit légèrement. Puis il dit d’une voix calme :
«Ma chère dame, un peu de charité chrétienne ne ferait pas de mal. L’accusé attend un interrogatoire qui pourrait être une question de vie ou de mort pour lui. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’il ne se préoccupe que de son manteau.»
La vieille femme le regarda d’un air incertain. Soudain, elle se souvint où elle était et se demanda si elle ne ferait pas mieux de partir, lorsqu’elle entendit le prisonnier derrière elle dire à voix basse :
—À mon avis, il a le droit de protester.
Et lorsque la vieille femme se tourna vers lui, il ajouta :
—Veuillez excuser tout cela. Ne croyez surtout pas que votre perte soit insignifiante pour moi. Je porterai plainte à ce sujet.
Le grand et robuste fonctionnaire avait quitté la pièce sur un signal du vieil homme. À ce moment-là, il revint et, ouvrant les bras, dit :
—Le manteau ne nous a pas été remis. Mocenigo a dû le garder.
L’homme de Nola était visiblement effrayé. Puis il a dit fermement :
—Ce n’est pas juste. Je vais porter plainte contre lui.
Le vieil homme secoua la tête.
—Tu ferais mieux de te préoccuper de la conversation que vous allez avoir dans quelques minutes. Je ne peux pas laisser cette dispute pour quelques escudos s’éterniser.
La vieille femme sentit le sang lui monter à la tête. Elle était restée silencieuse pendant que l’homme de Nola parlait, fixant d’un air boudeur un coin de la pièce. Mais à ce moment-là, sa patience s’épuisa.
« Quelques escudos ! » s’exclama-t-il. « C’est le bénéfice d’un mois entier ! C’est si facile pour vous de faire l’aumône. Vous n’avez rien à perdre ! »
À ce moment-là, un moine très grand s’approcha de la porte.
« Le procureur est arrivé », dit-il à voix basse, regardant avec surprise la vieille femme à la voix stridente.
Le grand et robuste fonctionnaire saisit Nolan par la manche et le conduisit dehors. Le prisonnier ne cessait de jeter des coups d’œil en arrière à la femme jusqu’à ce qu’il franchisse le seuil. Son visage émacié était d’une pâleur cadavérique.
La vieille femme descendit les marches de pierre de l’immeuble, un peu secouée. Elle ne savait plus quoi penser. Après tout, l’homme avait fait tout son possible.
Il refusa d’entrer dans l’atelier lorsque, une semaine plus tard, le grand et robuste fonctionnaire leur apporta le manteau. Mais il colla son oreille à la porte et l’entendit dire :
—En vérité, il a passé ces derniers jours très inquiet au sujet de ce manteau. Il a déposé deux requêtes, entre deux interrogatoires et entretiens avec les autorités municipales, et a demandé à plusieurs reprises une audience auprès du nonce apostolique pour discuter de l’affaire. Finalement, il a obtenu gain de cause. Mocenigo a dû restituer le manteau, qui, soit dit en passant, lui aurait été parfait à présent, puisqu’il a été remis et sera envoyé à Rome cette semaine.
C’était vrai. C’était fin janvier.
FIN
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