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Le cosmisme russe, et Konstantin Tsiolkovski, la cosmologie soviétique source cachée de l’hubris spatiale d’Elon Musk
Elon Musk veut étendre la conscience humaine au-delà de la Terre. Ce rêve, il ne l'a pas inventé dans la Silicon Valley. Il l'a emprunté à des philosophes russes du XIXe siècle et au père théorique de la cosmonautique moderne qui en était l'héritier, incompris sous le tsarisme, l'union soviétique lui a donné la possibilité de mettre en pratique ce rêve de la c onquête des étoiles. Si vous avez été un lecteur de la science fiction spatiale soviétique vous savez à quel point à l'innverse d'une bonne partie de la science fiction américaine cette littérature est scientifique. On retrouve d'ailleurs dans la science fiction chinoise la même exigence de faire coïncider les rêves cosmique avec l'état de la science. Ce qui n'est pas un frein à l'imaginaire au contraire. Le cosmisme russe, courant né avec Nikolaï Fiodorov (1829-1903), mêlait science et mysticisme chrétien dans un projet vertigineux : vaincre la mort, ressusciter les défunts, coloniser les étoiles. Konstantin Tsiolkovski, père théorique de la cosmonautique moderne, en était l'héritier direct. C'est lui qu'Elon Musk cite explicitement pour justifier ses ambitions spatiales. Mais il existe une différence fondamentale entre Fiodorov et Musk. Pour le penseur russe, l'expansion humaine dans l'univers supposait une réforme des sciences et du capitalisme. Le projet n'avait de sens que dans une dimension spirituelle et collective. Pour les transhumanistes libertariens d'aujourd'hui, il s'agit avant tout d'une fusion entre l'humain et la machine au service d'intérêts privés.
Publié par Danielle Bleitrach
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Article original pour le blog
Tsiolkovski (1857-1935)
Physicien russe, né à Ijevsk (district de Kazan) et mort à Kalouga, Tsiolkovski est universellement considéré comme le précurseur de l'ère spatiale. Autodidacte, en raison d'une surdité qui l'empêche de fréquenter l'école, il acquiert, par la lecture, de vastes connaissances en mathématiques, en physique et en technologie. Tout en gagnant sa vie comme instituteur, il consacre ses heures de liberté à l'étude de la locomotion aérienne et publie en 1887 une étude théorique sur la possibilité de construire un ballon dirigeable entièrement métallique. Trois ans plus tard, il soumet à la Société impériale des ingénieurs un important mémoire sur l'aérodynamique des planeurs. Ces travaux devaient le conduire à aborder l'étude des fusées, puis celle de l'exploration spatiale dont il devient, vingt ans avant Robert Hutchings Goddard et Hermann Oberth, le premier théoricien.
En 1898, il propose l'utilisation de propergols liquides pour la propulsion des fusées et démontre les avantages que ceux-ci possèdent sur les carburants solides. Il recommande, en particulier, la combinaison de l'hydrogène liquide et de l'oxygène liquide, combinaison qui devait être adoptée quelque soixante-dix ans plus tard. En 1903, il écrit le plus célèbre de ses articles : « Exploration de l'espace au moyen d'engins à réaction », dans lequel il expose le principe de la propulsion par réaction, démontre que ce procédé peut fonctionner dans le vide et donne la formule mathématique permettant de calculer la vitesse atteinte par une fusée à la fin de la phase de propulsion en fonction de la vitesse d'éjection des gaz ; cette formule est à la base de toutes les réalisations ultérieures en astronautique.
Malheureusement, les travaux de Tsiolkovski se heurtent à une totale indifférence. À tel point que l'article qu'il soumet, en 1903, à L'Observateur scientifique de Moscou ne sera publié qu'en 1923, après la révolution. Le nouveau régime encourage Tsiolkovski à poursuivre ses recherches et celui-ci a la satisfaction de voir enfin reconnue l'importance de ses travaux. Ses idées ont essaimé et, dès 1929, un groupe de jeunes techniciens, passionnés par ses théories, crée à Leningrad un organisme consacré au développement des moteurs-fusées qui va bientôt devenir la pépinière des futurs ingénieurs soviétiques de l'espace.
Parmi les idées dont l'astronautique est redevable à Tsiolkovski, on peut citer, outre l'utilisation des propergols liquides, l'emploi des tuyères convergentes-divergentes, le refroidissement des parois de tuyères par circulation des ergols, le principe des fusées à étages, la création d'une gravité artificielle par la mise en rotation du vaisseau spatial, le recyclage en circuit fermé des produits du métabolisme des occupants d'un astronef.
Outre la douzaine d'ouvrages techniques écrits entre 1883 et 1935, Tsiolkovski a laissé deux livres de science-fiction, Fantaisies de la Terre et du Ciel (1895) et Au-delà de la Terre (1920).
