Nous avons montré que la résistance à l’action des Etats-Unis au Venezuela avait trois dimensions essentielles : 1) La résistance et la mobilisation populaire autant que le refus de céder le pouvoir 2) le procès de Maduro 3) la légalité internationale et les rapports de forces réels. Sur ce plan, nous insistons aujourd’hui sur le calme de la Chine mais aussi comme pour la Russie la condamnation sans réserve de l’intervention américaine dans le pays et l’exigence de la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de la Première dame Cilia Flores. Il s’agit d’une position murement réfléchie qui tient compte de multiples paramètres à la fois politiques et économiques. Qu’il s’agisse de la Chine ou de la Russie sur un mode différent, l’événement n’a provoqué aucun retrait dans leur engagement en Amérique latine même si l’impact apparent du coup de force de Trump était en Asie moindre qu’en occident. Le commentaire de cette position de la Chine (comme d’ailleurs par ailleurs celle de la Russie) a correspondu à une réflexion qui a mis plusieurs jours pour devenir officielle et qui fait partie de la défense du multilatéralisme déjà à l’œuvre, un choix idéologique mais aussi très pragmatique. Nous en posons ici les attendus principaux à propos du Venezuela, outre les liens politiques affirmés mais qui sont plus étroits avec Cuba qui suscite une adhésion morale sans équivalent.

Le responsable a affirmé que Pékin maintenait une communication et une coopération « solides » avec Caracas. Photo : Xinhua
Le ministère chinois des Affaires étrangères a réaffirmé vendredi que, quoi qu’il arrive au Venezuela, Pékin continuera de soutenir ce pays sud-américain dans la défense de sa souveraineté et de sa sécurité nationale.
« La Chine continuera de soutenir fermement le Venezuela dans la sauvegarde de sa souveraineté, de sa dignité et de sa sécurité nationale, quelle que soit l’évolution de la situation politique », a déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, lors d’une conférence de presse. La responsable a déclaré que Pékin avait maintenu une communication et une coopération « étroites » avec Caracas, et que son pays « est profondément attaché à l’approfondissement de la coopération pratique et à la promotion du développement commun ». La Chine, qui a entretenu des relations étroites avec le Venezuela ces dernières années, a condamné l’intervention américaine dans le pays et exigé la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de la Première dame Cilia Flores.
La présidente par intérim du pays, Delcy Rodríguez, a rencontré l’ambassadeur de Chine, Lan Hu, et a souligné la « position ferme et constante de la Chine condamnant avec la plus grande fermeté la grave violation du droit international et de la souveraineté vénézuélienne ».
La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, avait précédemment réaffirmé que le Venezuela est un « État souverain qui exerce en permanence sa pleine souveraineté sur ses ressources naturelles et son activité économique dans son ensemble ». Elle a également qualifié les actions du gouvernement américain de « grave violation du droit international » qui menace la souveraineté de cette nation sud-américaine et porte atteinte à ses droits fondamentaux.
C’est une position très réfléchie de la part de la Chine
Cette analyse fait suite aux déclarations du président américain Donald Trump, qui a annoncé mardi que les autorités intérimaires vénézuéliennes remettraient aux États-Unis entre 30 et 50 millions de barils de pétrole. Ces produits représentent une valeur de 2,75 milliards de dollars américains aux prix actuels. « Trump souhaite obtenir environ 2 milliards de dollars de pétrole. Dans ce cas, la situation peut perdurer tant que la Chine pourra obtenir le pétrole qu’elle a payé d’avance grâce à ses investissements », a déclaré Einar Tangen, chercheur principal au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI), à Asia Times lors d’un entretien. Citoyen américain, M. Tangen vit à Pékin depuis vingt ans et a été chercheur principal à l’Institut Taihe de 2022 à 2025. « On parle de plus de 60 milliards de dollars d’investissements chinois au Venezuela ces dernières années, à travers divers projets, non seulement pétroliers, mais aussi d’autres infrastructures », a-t-il déclaré. Il a ensuite énuméré quelques facteurs importants. « Le gouvernement Maduro est toujours en place et comme nous l’analysons par ailleurs il a renforcé son unité comme l’affirmation de sa souveraineté. La vice-présidente a pris ses fonctions, il semble que tout ait été prévu à l’avance. Le même cabinet est resté en place. Personne n’a démissionné et personne n’est entré physiquement dans le pays pour s’emparer d’actifs ».
La plupart des commentateurs des marchés financiers ont noté que l’instabilité créée par Trump comme d’ailleurs le fait que les problèmes concernant l’économie américaine à savoir l’inflation de plus en plus galopante et l’incapacité à faire face à ce qui est proposé dans le deal que Trump prétend passer dans le cadre de ses démonstrations de force, avait tendance à renforcer les marchés asiatiques. Il faut également ajouter la situation exploitée par la Chine et dont nous traitons par ailleurs de faire pression sur le Japon qui est dans une situation préoccupante entre la Chine et les USA.
Donc la Chine n’a rien changé à son attitude et depuis l’opération militaire américaine au Venezuela, le gouvernement chinois s’emploie activement à évaluer la situation et à calculer les pertes potentielles pour ses intérêts économiques et politiques. Mercredi et jeudi, des responsables, des médias et des commentateurs chinois ont commencé à exprimer leurs points de vue, montrant que Pékin avait terminé son évaluation.
Selon certains observateurs, à court terme, la Chine souhaite s’assurer la continuité de ses approvisionnements en pétrole brut vénézuélien, ce dernier lui devant encore entre 10 et 20 milliards de dollars américains. Dans un article, un chroniqueur basé à Pékin, du nom de Xu, affirme que les accords de longue date conclus par la Chine avec le Venezuela, basés sur l’échange de pétrole contre des prêts, ont fortement exposé Pékin. « Depuis 2007, la Chine a accordé au Venezuela 60 milliards de dollars de prêts. Fin 2025, plus de 10 milliards de dollars restaient dus », explique Xu. « Le remboursement de cette dette s’effectue en pétrole brut, ce qui oblige le Venezuela à exporter environ 610 000 barils par jour vers la Chine. »
Xu affirme que l’arrestation de Maduro pourrait entraîner des pertes considérables pour la Chine. Il prévient que les entreprises chinoises ont investi des milliards de dollars américains dans le secteur énergétique vénézuélien, notamment dans des plateformes de forage à grande échelle et des projets pétroliers en amont, dont beaucoup pourraient être contraints de s’arrêter, tandis que les livraisons quotidiennes de pétrole brut, utilisées pour le remboursement de la dette, pourraient être perturbées.
De telles perturbations, ajoute-t-il, contraindraient les raffineries de l’est de la Chine à rechercher des sources d’approvisionnement alternatives, ce qui pourrait entraîner une hausse des prix du pétrole et des carburants. Par ailleurs, de nombreux projets d’infrastructures, de production et de télécommunications au Venezuela, financés par des investisseurs chinois, seraient confrontés à des risques de défaut de paiement accrus.
« Cet incident a infligé une leçon presque humiliante à tous les pays attachés au développement pacifique : la loi du plus fort n’a jamais vraiment disparu », déclare un écrivain du Henan. « Lorsqu’un pays détient une suprématie militaire absolue, la Charte des Nations Unies et le droit international ne sont plus que de simples bouts de papier à ses yeux. »
Sur ce plan et il est essentiel, la Chine est apparue comme la garante de la stabilité internationale tandis que l’aventurisme de Trump l’isolait un peu plus. Même si nous avons du mal à mesurer l’ampleur de l’onde de choc en UE et en France où le système de propagande interdit d’aller jusqu’au bout des conséquences de la politique des Etats-Unis et où nous en arrivons même à une invite à la fierté devant cette manœuvre désespérée d’un système impérialiste en crise profonde, un aveuglement totalement imbécile au plan international tant économique que politique, le calme dont fait preuve la Chine témoigne de la nature du piège.
Effectivement on imagine mal la Chine en train de renoncer à des accords parfaitement légaux et cette explication a le mérite de resituer le « pétrole » dans un système plus vaste, étant bien entendu comme je vous l’ai signalé que les zones les plus intéressantes se trouvent dans le sud du pays, dans la forêt amazonienne partagée avec le Brésil entre autres.
« Le problème réel c’est le blocus et il ne date pas du kidnapping de Maduro même s’il s’est renforcé. À l’heure actuelle, aucun chargement n’entre ni ne sort du pays à cause du blocus. » D’ailleurs seulement 2 à 4 % environ du pétrole importé par la Chine provenait du Venezuela, et ce pétrole pouvait être aisément remplacé par d’autres sources, même si les Etats-Unis organisaient parallèlement la déstabilisation de l’Iran.
« Je ne pense pas que la Chine ait encore perdu quoi que ce soit, mais si cela se produit, elle a encore des atouts en réserve, et elle l’a fait efficacement, notamment en ce qui concerne les terres rares », a déclaré Tangen. L’atout des terres rares ou plutôt le traitement desdites terres rares n’a pas évolué (et le Japon est en train d’en faire la démonstration).
au-delà du pétrole il y a toute la question de la route de la soie et de l’alternative multilatérale vers le Sud en particulier
Il y a bien sûr un autre problème que l’approvisionnement en pétrole et qui pourrait constituer un revers tactique, et sur lequel la Chine ne cédera pas, ce serait le blocage des Nouvelles routes de la soie et le fait que l’Amérique latine en général commerce désormais plus avec Pékin qu’avec Washington ce qui fait que la doctrine Monroe même baptisée Donroe qui vise à exclure tous les « concurrents non hémisphérique » est moins pertinente qu’au temps où elle a été établie. On peut même considérer que l’intervention américaine a déclenché une vague de méfiance dans toute l’Amérique latine, une onde de choc qui a eu des échos dans tout le Sud.
Au lieu d’entraîner la peur comme le voulait Trump elle a renforcé la position chinoise parce qu’elle a apporté une preuve irréfutable et en temps réel de ce qu’étaient les USA au-delà de Trump, une puissance prédatrice, sans foi ni loi qui substitue la loi du plus fort à la coopération proposée par la Chine et qui de surcroit impose des transactions peu avantageuses.
Interrogé sur la situation au Venezuela lors d’un point presse régulier jeudi, le porte-parole du ministère du Commerce, He Yadong, a déclaré que la volonté de la Chine d’approfondir sa coopération économique et commerciale avec le Venezuela restait inchangée.
« La coopération économique et commerciale entre la Chine et le Venezuela est une coopération entre États souverains, protégée par le droit international et les législations nationales des deux pays », a-t-il déclaré. « Aucun autre pays n’a le droit de s’y ingérer. »
« La coopération économique et commerciale de la Chine avec les pays d’Amérique latine a toujours été guidée par les principes d’égalité et d’avantages mutuels. Nous ne recherchons pas de sphères d’influence et nous ne ciblons aucun pays tiers », a-t-il déclaré. « Une forte complémentarité économique constitue le fondement solide de la coopération sino-latino-américaine, caractérisée par l’ouverture, l’inclusion et des résultats mutuellement bénéfiques. »
Il a déclaré que la Chine continuerait à œuvrer solidairement avec les pays d’Amérique latine pour faire face aux changements du contexte international, mener une coopération économique et commerciale sur la base de l’égalité et des avantages mutuels, et parvenir à un développement partagé.
Zhang Jianping, directeur adjoint du Comité académique de l’Académie chinoise du commerce international et de la coopération économique (CAITEC), qui dépend du ministère du Commerce, a déclaré jeudi que la Chine avait des investissements substantiels au Venezuela et importait du pétrole de ce pays, ce qui témoigne de l’importance accordée depuis des années aux liens économiques.
« La Chine fera tout son possible pour préserver ses intérêts économiques et ses droits à l’étranger », a-t-il déclaré. « Bien que la situation demeure très incertaine, la Chine prendra les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts et ses droits. »
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