Section italienne de REDH, ce site est celui officiel de chrétiens commentant en priorité les positions de l’église et comme le texte papal que nous présentons également aujourd’hui, leur analyse porte sur le fond : Cuba sous siège impérialiste, victime d’une guerre économique et humanitaire. Il faut immédiatement mettre fin au blocus génocidaire et défendre la dignité d’un peuple poussé au désespoir (Luciano Vasapollo, Rita Martufi, Mirella Madafferi et Salvatore Izzo). Ce weekend essentiellement comme le note Franck Marsal grâce à la mobilisation des militants du PCF et d’associations comme France Cuba et Cuba si, il y a eu une forte présence à Paris et en France. Celle-ci était aussi une réponse à ce qui se passait avec Rubio à Munich ou à l’axe Berlin-Rome envisagé. En Italie justement il y a avec la main tendue aux chrétiens un appel qui prend la mesure de ce qui se passe à Cuba et en Amérique latine d’où repart la contre-offensive impérialiste et fasciste qui est déjà en train de se sceller dans l’UE (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
15/02/2026

Sous la présidence de Trump, les États-Unis veulent plonger Cuba dans le désespoir. Il ne s’agit pas d’une dénonciation rhétorique ni d’une exagération militante : c’est la description crue d’une situation matérielle et morale qui s’est dramatiquement dégradée ces dernières semaines et qui repose sur une logique implacable. Le décret présidentiel par lequel les États-Unis imposent un nouvel embargo sur les carburants à l’île, menaçant de sanctions tout pays ou entreprise qui oserait approvisionner Cuba en énergie, représente un tournant majeur dans la stratégie d’étranglement économique menée depuis plus de soixante ans.
Il ne s’agit pas d’une simple mesure commerciale. C’est un acte de coercition extraterritoriale visant à contraindre des États souverains à adopter une conduite restrictive en leur imposant un embargo énergétique qui perturbe le quotidien de onze millions de personnes. Des experts indépendants des Nations Unies ont clairement dénoncé ces mesures unilatérales comme des violations du droit international et comme une atteinte aux droits fondamentaux : l’accès à l’énergie, à l’eau potable, aux transports, à la santé et à l’alimentation.
Sans carburant, les centrales électriques s’arrêtent, les bus et les ambulances cessent de circuler, les chaînes du froid indispensables à la conservation des médicaments et des aliments se rompent, et la production agricole et industrielle s’effondre. L’effet n’est pas symbolique ; il est concret : des coupures de courant interminables, des hôpitaux saturés, des familles qui cuisinent avec des ustensiles de fortune et des travailleurs qui ne peuvent plus se rendre à leur travail. Dans ce contexte, parler de « sanctions ciblées » est une erreur d’interprétation. La réalité est celle d’une punition collective.
De divers horizons, y compris au sein du débat latino-américain, l’expression « fascisme ordinaire » a été employée pour décrire cette normalisation de la violence économique : une forme d’agression qui recourt non pas aux chars d’assaut, mais aux instruments financiers, aux listes noires, aux interdictions bancaires et aux restrictions d’assurance. Il s’agit d’un fascisme qui opère par le biais du marché mondial, empêchant Cuba d’acheter du carburant, des médicaments, des pièces détachées et des technologies. C’est un système de pression constante qui vise à engendrer l’exaspération sociale, à créer de la frustration et à transformer les difficultés matérielles en déstabilisation politique.
Il a été fermement avancé que nous sommes confrontés à une logique génocidaire : peut-être pas au sens technico-juridique du terme, mais certainement dans le fond d’une politique qui crée sciemment des conditions de vie incompatibles avec un développement humain digne. Lorsque le blocus affecte l’accès aux médicaments pour les enfants atteints de cancer, lorsqu’il réduit les options thérapeutiques, lorsqu’il entrave l’acquisition de technologies médicales vitales, la frontière entre sanction et agression contre la vie devient dramatiquement floue. La réduction de l’espérance de vie, l’augmentation des souffrances évitables et la détérioration des services de santé ne sont pas des effets collatéraux : ce sont des conséquences prévisibles.
Le récent durcissement des politiques énergétiques s’inscrit dans un contexte déjà marqué par des années d’escalade des mesures coercitives. La réinscription de Cuba sur des listes arbitraires, les restrictions sur les transferts de fonds, les obstacles aux investissements et aux prêts internationaux, ainsi que la persécution des navires transportant du pétrole vers l’île ont engendré un blocus économique sans précédent. Ce n’est pas un hasard si l’objectif affiché, dans de nombreuses déclarations officielles américaines passées, était de « provoquer la faim et le désespoir » afin de forcer un changement de régime. Aujourd’hui, cette logique ressurgit avec une brutalité implacable.
Pourtant, comme l’ont également souligné des voix faisant autorité au sein de la culture cubaine, cette agression a produit un effet que ses instigateurs n’avaient probablement pas anticipé, ou qu’ils ont refusé de comprendre : elle a radicalisé la conscience d’une part importante du peuple cubain. Face à la pression extérieure, nombreux sont ceux qui redécouvrent un sentiment d’appartenance, de dignité et de défense de la souveraineté nationale. Il ne s’agit pas là de romantisme révolutionnaire : c’est la réaction d’une société qui se perçoit comme punie non pas pour ses actes, mais pour ce qu’elle est et représente.
Cela ne signifie pas nier les difficultés internes, les dysfonctionnements et les erreurs qui peuvent et doivent être abordés. Mais il est intellectuellement malhonnête de dissocier la crise actuelle de l’impact dévastateur du blocus. Toute analyse sérieuse se doit de reconnaître qu’aucun pays ne peut se développer normalement sous un régime de sanctions totales, avec un accès limité au crédit, des transactions bancaires entravées et des approvisionnements énergétiques criminalisés.
En tant que section italienne du Réseau des intellectuels et des mouvements sociaux pour la défense de l’humanité (REDH), au nom de nos organisations membres, dont ce journal en ligne FarodiRoma.it, nous ressentons l’obligation morale et politique de nous exprimer clairement. Nous ne sommes pas confrontés à une question idéologique abstraite, mais à une crise humanitaire bien réelle. Cuba traverse actuellement une situation de grande précarité matérielle. Dire qu’elle est plongée dans le désespoir n’est pas un slogan : c’est l’image poignante de familles confrontées à des pénuries quotidiennes, de médecins travaillant sans ressources suffisantes, de jeunes voyant leurs perspectives se rétrécir.
Nous appelons la communauté internationale à ne pas détourner le regard. Nous appelons le gouvernement italien et l’Union européenne à prendre une position claire contre les mesures coercitives unilatérales et à promouvoir des initiatives concrètes de coopération dans les domaines de l’énergie, de la santé et de la sécurité alimentaire. Nous appelons les organisations sociales, syndicales, culturelles et religieuses à intensifier leurs actions de solidarité, d’information et de pression diplomatique.
Cuba ne réclame pas de privilèges. Elle demande simplement à pouvoir commercer librement, à pouvoir acheter du carburant sans que ses navires soient menacés, à pouvoir payer ses fournisseurs sans que les banques bloquent les transactions par crainte de sanctions secondaires. En somme, elle demande ce que tout peuple considère comme fondamental : le droit à l’autodétermination.
Si le monde accepte qu’un pays puisse être asphyxié économiquement au point d’être désespéré pour des raisons politiques, il crée un dangereux précédent pour tous. Défendre Cuba aujourd’hui, c’est aussi défendre le droit international, le multilatéralisme et la dignité de tous les peuples.
Par conséquent, nous réaffirmons fermement notre position : levée immédiate du blocus économique, commercial et financier contre Cuba ; abrogation des mesures qui empêchent l’accès au carburant ; plein respect de la souveraineté nationale ; ouverture des canaux humanitaires et coopération inconditionnelle.
Il s’agit d’une véritable guerre humanitaire, et la section italienne de REDH appelle la Cour pénale internationale à poursuivre les États-Unis pour crimes contre l’humanité, tout en appelant à une solidarité internationaliste militante de la part de tous : intellectuels, militants, artistes, prêtres progressistes et étudiants, demandant que Cuba reçoive ce dont elle a besoin et que la solidarité soit mise en pratique, car même un euro chacun, si nous sommes nombreux à contribuer, peut devenir un fleuve capable d’aider un peuple assiégé et soumis à l’oppression exercée contre Cuba.
La solidarité n’est pas un geste de charité, c’est un acte de justice. Cuba résiste, mais résister ne saurait signifier se condamner à une privation perpétuelle. Le silence serait complice. Nous choisissons de ne pas nous taire.
Luciano Vasapollo, Rita Martufi, Mirella Madafferi et Salvatore Izzo
pour le Secrétariat National de la Section Italienne de REDH
Views: 19



