la rupture avec Paris se concrétise au nom de la souveraineté nationale (Irina Smirnova). L’ancienne Haute Volta, le pays de Sankara, celui des « hommes droits », dit sa colère devant ce que réprésente cette France là, celle de l’assassinat de Sankara alors que le Burkina a une véritable tradition culturelle française, ne serait-ce qu’à travers le cinéma, le syndicalisme, c’est un gâchis abominable si on connait un peu l’histoire de l’Afrique et qui s’étend partout dans l’Afrique francophone et même anglophone. Macron a choisi de nous enfermer dans une vision dépassée de « la puissance » française dans un partage des rôles avec les USA et les Britanniques qui ne nous font aucun cadeau et partout cette vision russophobe, sinophobe conduit à l’isolement et à une escalade très dangereuse. Il faut rompre avec une telle attitude au plan intérieur comme géopolitique (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Depuis
27 juin 2026

Le Burkina Faso a franchi une étape décisive dans sa politique étrangère récente en annonçant la rupture immédiate de ses relations diplomatiques avec la France. Cette décision, rendue publique par le gouvernement à Ouagadougou, constitue le dernier épisode, et le plus significatif, d’une crise qui oppose depuis des années ce pays sahélien à l’ancienne puissance coloniale et s’inscrit dans un processus plus large de redéfinition de l’équilibre géopolitique en Afrique de l’Ouest.
Selon un communiqué des autorités burkinabè, cette décision fait suite à une évaluation approfondie des relations bilatérales. Le gouvernement estime que les conditions essentielles au maintien de relations fondées sur le respect mutuel, la confiance, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la souveraineté nationale ne sont plus réunies.
Ce sont là des accusations particulièrement graves contre Paris. Ouagadougou affirme que la France se livre à un « activisme persistant » contraire aux intérêts du Burkina Faso, l’accusant de soutenir des réseaux considérés comme subversifs, voire des groupes terroristes tenus responsables des violences qui ravagent le pays et l’ensemble de la région du Sahel depuis des années.
Bien qu’elle n’ait fourni aucune preuve publique à l’appui de ces accusations, le gouvernement burkinabé interprète sa décision comme un acte de défense de la souveraineté nationale contre ce qu’il appelle des « ambitions impérialistes » visant à maintenir des formes de domination politique et économique sur le pays.
Cette rupture diplomatique intervient au terme d’une longue dégradation des relations avec Paris. Ces dernières années, la junte du capitaine Ibrahim Traoré s’était progressivement distanciée de la France, l’accusant de ne pas avoir su endiguer l’expansion des groupes djihadistes au Sahel et de continuer d’exercer une influence jugée incompatible avec les aspirations du Burkina Faso à une pleine indépendance.
Dès 2023, le gouvernement avait obtenu le retrait des forces militaires françaises du pays, marquant un tournant historique dans la présence parisienne dans la région. Parallèlement, Ouagadougou a renforcé ses relations avec d’autres partenaires internationaux, notamment la Russie, mais aussi avec d’autres pays du Sud, intégrant cette décision dans une stratégie de diversification des alliances.
La crise avec la France s’inscrit également dans le processus plus large d’émancipation politique poursuivi par les gouvernements militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger, qui ont créé l’Alliance des États du Sahel dans le but affiché de construire un modèle de coopération régionale indépendant des influences occidentales traditionnelles.
Dans leur communiqué officiel, les autorités de Ouagadougou ont toutefois clairement distingué le niveau institutionnel de celui des relations entre les peuples. La rupture concerne exclusivement les relations entre États et ne remet pas en cause les liens historiques, culturels, sociaux et humains tissés au fil des décennies entre les citoyens français et burkinabés.
Le gouvernement a également assuré que les citoyens français résidant dans le pays continueraient de bénéficier de la protection des autorités nationales et a exhorté la population à se comporter de manière responsable, modérée et dans le respect de la loi, en évitant toute forme d’hostilité envers la communauté française résidente.
Cette décision constitue également une déclaration d’intention quant à la future politique étrangère du Burkina Faso. Ouagadougou affirme sa volonté de construire un réseau de relations internationales fondé sur la coopération Sud-Sud, la diversification des partenaires et des relations caractérisées par l’égalité souveraine et la réciprocité, tout en réaffirmant sa volonté d’engager un dialogue avec tous les États qui reconnaissent ces principes.
La rupture avec Paris revêt ainsi une importance qui dépasse le cadre diplomatique. Elle confirme la contestation croissante de l’influence française dans une partie de l’Afrique de l’Ouest et témoigne du bouleversement des équilibres régionaux, de nombreux gouvernements sahéliens réclamant une plus grande autonomie en matière de politique étrangère et de sécurité. Les conséquences concrètes de cette rupture restent à déterminer, tant pour la stabilité de la région que pour l’avenir des relations entre la France et une zone qui, pendant des décennies, a constitué l’un des piliers de sa présence sur le continent africain.
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