Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’absent a laissé la chaise vide par Domenico Losurdo

TOPO EXPRESS

Dans le cadre de mes vaines interpellations du landernau politicien et de la gauche la plus stupide qui se puisse imaginer je ne peux qu’être d’accord avec ce diagnostic de Domenico Losurdo sur la « chaise vide’ . Les historiens de demain seront sans doute stupéfaits par un phénomène qui caractérise notre société et notre époque. D’une part, il est aisé de trouver dans les livres, les revues et les journaux des analyses réalistes et lucides de l’état actuel de l’Occident, des problèmes et des tragédies de notre présent. À la crise économique s’ajoute une crise politique : selon des auteurs de renom, la démocratie se vide de sa substance, reculant devant la richesse et la « ploutocratie ». Mais existe-t-il en Occident une gauche capable de formuler cette analyse et cette dénonciation, et d’en tirer un projet de lutte et de transformation politique de l’ordre établi ? Concernant la politique internationale, même certains médias, pourtant peu réputés pour leur courage, omettent de reconnaître le caractère néocolonial des guerres les plus récentes déclenchées par les États-Unis et l’OTAN au Moyen-Orient. (traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Livres , Réflexions, 6 mars 2026, Domenico Losurdo

Domenico Losurdo

Les historiens de demain seront sans doute stupéfaits par un phénomène qui caractérise notre société et notre époque. D’une part, il est aisé de trouver dans les livres, les revues et les journaux des analyses réalistes et lucides de l’état actuel de l’Occident, des problèmes et des tragédies de notre présent. À la crise économique s’ajoute une crise politique : selon des auteurs de renom, la démocratie se vide de sa substance, reculant devant la richesse et la « ploutocratie ». Mais existe-t-il en Occident une gauche capable de formuler cette analyse et cette dénonciation, et d’en tirer un projet de lutte et de transformation politique de l’ordre établi ? Concernant la politique internationale, même certains médias, pourtant peu réputés pour leur courage, omettent de reconnaître le caractère néocolonial des guerres les plus récentes déclenchées par les États-Unis et l’OTAN au Moyen-Orient.

L’horreur de Gaza et la tragédie infligée au peuple palestinien par la domination coloniale et l’expansionnisme israéliens sont manifestes. Nous n’avons d’autre choix que de nous interroger, une fois de plus : existe-t-il en Occident une gauche capable de s’opposer à cette tendance effroyable qui sème déjà la mort et la destruction, et qui, de surcroît, porte en elle les germes d’un embrasement d’une ampleur bien plus vaste ?

En mars 2014, Seymour M. Hersh, journaliste américain et lauréat du prix Pulitzer, a fait d’importantes révélations sur l’utilisation d’armes chimiques le 21 août de l’année précédente : non, les responsables de cet acte infamant n’étaient pas les dirigeants du pays, mais les « rebelles » soutenus par les monarchies réactionnaires du Golfe persique, alliées de l’Occident, et par la Turquie, pays membre de l’OTAN et principal instigateur de la provocation et de la mise en scène, destinées à susciter une vague d’indignation mondiale contre les dirigeants syriens et à justifier l’action dévastatrice des bombardiers, dont les moteurs étaient déjà en marche et prêts à passer à l’action.

En août 2013, hommes d’État, journalistes et célébrités rivalisaient d’ingéniosité pour dépeindre l’ennemi sous son jour le plus sinistre. Inutile de préciser que la révélation des mensonges a été bien moins médiatisée que leur diffusion ; mieux valait ne pas trop encenser le scandale pour ne pas discréditer ni compromettre l’industrie du mensonge, toujours utile en vue de futurs conflits. Et une fois de plus, la gauche brillait par son absence.

Elle n’a pas eu le courage de poser des questions et de soulever des doutes lorsque la manipulation était à son comble, et elle n’a pas jugé nécessaire d’attirer l’attention du public sur le démasquage de cette manipulation et, plus généralement, sur l’industrie du mensonge qui, malgré tout, continue de prospérer. En réalité, la gauche se replie précisément au moment où elle devrait réagir avec plus de vigueur face à la polarisation sociale et à la redistribution massive des revenus au profit des plus riches (souvent de manière parasitaire), face à la résurgence des guerres coloniales ou néocoloniales et à la menace de conflits de grande ampleur, face à la restriction et à la distorsion de l’espace public causées par la « ploutocratie » et par une industrie du mensonge plus florissante, plus puissante et plus intrusive que jamais.

Il est désormais évident quel est le paradoxe qui exige une explication. Nous ne pouvons laisser cette tâche aux historiens futurs, car les drames et les dangers du présent requièrent une prise de conscience et une responsabilité immédiates.

P.S à propos de la chaise vide, il faut citer ce trés beau texte qui complète celui de domenico Losurdo ce sont nos pères et mères que trahit cette gauche imbécile… j’ai encore la mémoire d’eux…

https://www.lemonde.fr/livres/article/2021/03/06/la-chaise-de-van-gogh-de-paola-pigani-histoire-d-une-chaise-vide_6072201_3260.html

« La Chaise de Van Gogh », de Paola Pigani : histoire d’une chaise vide

Poésie. Dans un long poème en quatre chants, Paola Pigani rend hommage à son père, déjà évoqué dans son roman « Des orties et des hommes ».

Par Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres ») Publié le 06 mars 2021 à 13h0

« La Chaise de Van Gogh », de Paola Pigani, La Boucherie littéraire, « Sur le billot », 108 p., 15 €.

La bora est un vent du nord qui dévale les pentes des Alpes pour souffler, violent sur l’Adriatique et le golfe de Trieste. Un vent mauvais, revenant, chargé de longues et froides rafales. Dans le dernier texte de Paola Pigani, long poème en quatre chants, il emporte avec lui toute une mémoire âpre, une vie d’homme, des souvenirs d’enfant. Il les disperse au gré du temps. « — Tu te rends compte ?/ — Quoi papa ?/ — Tu te rends compte de la vitesse du vent qui passe entre les barreaux de chaise ? » Ça file, et si vite, ça se sauve si l’on veut. Sous un hangar, abandonnée, en piteux état, il y a la chaise du père, justement. « Ta chaise au dossier cassé où tu assois tes dimanches/pour trier la ferraille, le cuivre. » Bientôt cinq ans qu’il est mort. Elle l’avait déjà évoqué dans son roman Des orties et des hommes (Liana Levi, 2019). Ce père venu d’Italie il y a bien longtemps pour se retrouver, après mille boulots, mille errances, à cultiver la terre et élever des ­vaches en Charente. Ici, elle s’en rapproche, elle l’aborde vraiment, lui rend témoignage. Elle l’incarne. « Tes mains vivantes accrochent tout/la force de tourner les pages du ciel, même sales. »

La Chaise de Van Gogh est le poème de la place laissée, de la trace laissée. Le sentiment d’une impalpable présence, étrangement, enveloppe. Paola Pigani en a été saisie à Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise), dans la minuscule chambre du peintre, à l’étage de l’auberge ­Ravoux. Trois fois rien. Comme trois fois rien de Van Gogh à son père, si ce n’est l’histoire d’une chaise vide. « Choses vivantes, choses bruyantes,/ choses cassées, choses usées./ Va-et-vient déserté. » Cela a suffi pour renouer les fils. Pour en tisser les mots. Le poème est scandé d’émotions retenues. Ne pas trahir, ne rien omettre. « Une terre labourée, en attente, s’ouvre en mémoire. » Elle peut maintenant recueillir les cendres. On aurait pu tout aussi bien les laisser partir au vent

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